"Dis, tu donnes quoi, toi, en lecture cursive, à tes cinquièmes ?..."

Les professeurs de français sauront percevoir à travers cette question l'angoisse récurrente face à cette gageure : la lecture cursive. 

De quoi s'agit-il ? D'une lecture qui est censée "courir" : ben oui, cursive, ça vient d'un verbe latin, currere, qui signifie "courir". On imagine une lecture rapide, en opposition aux études d'oeuvres intégrales que l'on mène en classe, et qui nous prennent parfois des semaines et des semaines. 

Bon, ne nous leurrons pas, nos élèves ont quand même souvent besoin de plusieurs semaines pour faire ces lectures qui courent. Le critère principal de définition, c'est plutôt que, contrairement aux oeuvres intégrales, les lectures cursives ne seront pas exploitées en classe. Ce sont des lectures que les élèves font à la maison, et que l'on peut vérifier par une fiche de lecture, un questionnaire, ou tout autre moyen dont je parlerai un peu plus tard. 

Le gros problème, c'est que les lectures cursives doivent être en lien avec notre programme. Et que dans notre programme, il y a des choses difficiles. Prenez le niveau cinquième : le Moyen Âge est à l'honneur. Mais allez donc donner du Chrétien de Troyes à lire à la maison, tout seul comme un grand, sans aucun travail en classe qui serait encadré par le professeur. Je ne dis pas que c'est impossible, dans certaines classes, on peut. Mais pas dans toutes. Se pose donc la question : que donner en lecture cursive ? Qui soit à la fois abordable et intéressant pour les élèves ? 

Je m'attelle à ce problème depuis plus de deux ans. Sans l'avoir entièrement résolu, j'ai trouvé des pistes. Tout d'abord, je me suis fixée une sorte de règle implicite : si, en classe, j'étudie des oeuvres patrimoniales, des "classiques", comme on dit, en n'écartant pas d'emblée des textes prétendûment difficiles, pour les lectures cursives, je privilégie la littérature jeunesse.  Pourquoi ? Parce qu'il y a énormément de choses intéressantes à lire en littérature jeunesse (si vous fréquentez ce blog, vous avez pu vous rendre compte que j'aimais cette littérature, et que j'aimais la partager), mais que les élèves, tout seuls, ne savent pas les trouver. Soit parce qu'ils ont décidé une bonne fois pour toutes qu'ils n'aimaient pas lire. Soit parce qu'en librairie ou médiathèque, ils se dirigent spontanément vers les succès commerciaux, les têtes de gondoles, qui ne sont pas toujours les lectures les plus enrichissantes. Je suis donc convaincue qu'un professeur de français - et un documentaliste - ne doit pas se contenter de faire découvrir des classiques à ses élèves, mais doit aussi lui apprendre à s'y retrouver dans cette jungle actuelle de l'édition jeunesse, pour entretenir chez eux le goût de la "lecture plaisir". C'est assez étonnant comme certains élèves qui pensent ne pas aimer lire, ou ne jurent que par un auteur ou un genre littéraire bien précis, sont parfois ravis qu'on leur ait mis sous le nez tel ou tel titre qu'ils n'auraient jamais été chercher tout seuls.  Et puis, souvent, on arrive à faire découvrir à une classe des éléments de civilisation, des procédés littéraires, des techniques de construction d'un récit... de manière claire et plaisante ; à condition de choisir les bons titres bien sûr. 

 

Or, il y a beaucoup d'enseignants de français - et de documentalistes - qui avouent eux-mêmes ne rien y connaître en littérature jeunesse. Je ne les blâme absolument pas. Disons que pour moi, c'est facile : on m'a mis les pieds dans une librairie dès mon enfance, la librairie en question ayant toujours possédé un important rayon de littérature jeunesse, avec des nouveautés, des auteurs en devenir, etc (souvenirs, souvenirs). On passait un moment dans le magasin, mes parents choisissaient leurs livres, et moi, je choisissais les miens. Cela ne m'empêchait pas de piocher dans leur bibliothèque, mais j'avais aussi mes livres, à moi, pour mon âge, sur des thèmes qui me plaisaient, avec des héros qui me ressemblaient. Et c'est dès mon enfance que j'ai connu Marie-Aude Murail, Micheal Morpurgo, Valérie Dayre, Christian Grenier, Malika Ferdjoukh, Régine Detambel... et j'en passe. Certains auteurs m'ont amené aussi vers d'autres romans adultes : ce fut le cas de Daniel Pennac, par exemple.  Et cette culture a été ancrée une fois pour toutes dans mes habitudes de lectrice. Je n'ai donc pas spécialement de mérite à "m'y connaître" plus que d'autres. Je suis en revanche un peu plus novice pour ce qui est des auteurs nouveaux, car pendant plusieurs années, je m'étais consacrée à d'autres types de lectures ; mais je tente, depuis un an ou deux, de combler ce trou et de m'intéresser aux publications les plus récentes. 

 

Ce blog, et plus particulièrement cet article, est donc là pour guider les professeurs qui voudraient proposer des titres de littérature jeunesse à leurs élèves, mais qui manqueraient d'idées.

Je vous soumets donc quelques listes, classées par thèmes, qui seront enrichies au fil du temps (et peut-être, je l'espère, d'après les conseils avisés de mes lecteurs). Cet article sera régulièrement remis à jour : les livres dont je vais citer le titre ci-dessous ne sont pas encore tous plumés sur ce blog, mais à terme, ils le seront. Vous n'aurez donc qu'à cliquer sur le titre pour trouver de plus amples informations. 

Allons-y ! 

Récits merveilleux (6e - 9 à 11 ans)

 Marcel Aymé, Les Contes du chat perché

 Pierre Gripari, La Sorcière de la rue Mouffetard

 J.K. Rowling, Les contes de Beedle le Barde

 Roald Dahl, Sacrées sorcièresou Matilda, ou Charlie et le grand ascenseur de verre

Carmen Martin Gaite, Le Petit chaperon rouge à Manhattan

Claude Roy, La maison qui s'envole

Dick-King Smith, Les longs-museaux, As de Trèfle, Babe

Ian McEwan, Le rêveur

Timothée de Fombelle, Tobie Lolness

et, bien entendu, Tove Jansson, Moumine le Troll, Les mémoires de Papa Moumine, Papa Moumine et la mer

(à savoir : pour cette liste, je propose également les Contes de Grimm, les Contes d'Andersen, Peter Pan, le Petit Prince, Alice au pays des merveilles, Pinocchio ; des classiques qui, s'ils ne sont plus vraiment à présenter, mériteront quand même un petit article... quand j'aurai le temps. Et puis, bien sûr, il y a Le Magicien d'Oz, mais que je considère comme un classique à part entière et que j'étudie en classe en tant qu'oeuvre intégrale.)

 

Romans épistolaires, ou sur la question de l'épistolaire (4e - 13 à 15 ans) : 

John Marsden, Lettres de l'intérieur

Hélène MontardreAmies sans frontières

Kathrine Kressmann TaylorInconnu à cette adresse

Daniel PennacKamo, l'agence Babel

Sarah Cohen-ScaliAgathe en flagrant délire

Xavier-Laurent Petit, Be safe

Jean Webster, Papa Longues-jambes

 

Récits de chevaliers (5e - 11 à 13 ans) :

Micheal Morpurgo, Le roi Arthur

Christian de MontellaGraal, tome 1 : Le chevalier sans nom

Anne-Marie Cadot-Colin, Merlin

Philip Reeve, Arthur, l'autre légende

 

Romans d'anticipation et contre-utopies (4e/3e - 13 à 16 ans) :

Lois Lowry, Le passeur

Christian Lehmann, No pasaran, le jeu 

Christian Grenier, Virus L.I.V.3 ou la mort des livres

Mary E. PearsonJenna Fox, pour toujours

Florence Hinckel, Théa pour l'éternité