04 juin 2016

Des suites et des fins, épisode 3 : Suzanne Collins, Hunger games, La révolte

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Pas de début chez la petite Mu : j'ai attendu d'avoir lu les trois tomes pour plumer sur cette trilogie.

Je suis passée à côté du phénomène Hunger games, aussi bien à la sortie des livres qu'à celle des films. Les rares extraits, en images, que j'en avais vus, essentiellement des scènes de combat, m'avaient fait dire : mouais. Mais après avoir regardé, un peu par hasard, le deuxième film, l'envie m'a prise de regarder le troisième, puis, en attendant le dernier, de lire l'histoire depuis le début.

De nombreux ingrédients étaient faits pour me plaire :

- une bonne vieille contre-utopie bien ficelée, avec un gouvernement tout-puissant, des lois cruelles destinées à maintenir la peur, et donc l'ordre et la discipline, et, bien sûr, une rébellion qui entre en marche ;

- un univers mi-futuriste, mi-archaïque, une façon de montrer que le futur peut ne pas être signe de progrès ; ou, en tout cas, que la profondeur des inégalités peut faire avancer les uns mais reculer les autres ;

- des héros jeunes mais pas trop, propices à l'identification tout en restant crédibles ;

- une belle histoire d'amouuuuuuur ;

- des relations complexes, parfois ambiguës, entre les personnages.

Tout cela, on l'a dans les films comme dans les livres. Mais, comme trop souvent dans les adaptations (je vous en ai déjà parlé), c'est la construction psychologique des personnages qui s'avère bien en dessous des romans. Jennifer Lawrence campe une Katniss qui a de l'allure, certes, mais qui reste très plate par rapport à son modèle littéraire. En lisant le premier tome, j'ai découvert une héroïne bien plus complexe que dans les films. Katniss est à la fois fougueuse et sage, révoltée et résignée. Le point de vue interne choisi pour les romans permet de comprendre qu'elle n'est en rien une rebelle acquise à la cause depuis toujours, mais juste une adolescente prête à défendre farouchement ses intérêts et la vie de sa petite soeur. Elle a un mal fou à faire confiance, y compris à sa propre mère, se montre parfois naïve, parfois orgueilleuse, bref, pas du tout l'héroïne lisse et belle qu'on veut nous faire admirer dans les films. Peut-être que le jeu de Jennifer Lawrence cherche à montrer à quel point Katniss est inaccessible pour son entourage ; mais du coup, l'histoire perd beaucoup de son intérêt. J'ai trouvé, en effet, que la première grande originalité de cette trilogie tenait en la présentation d'une héroïne qui lutte pendant presque deux tomes pour ne pas entrer dans le jeu des rebelles.

L'histoire d'amour est également plus puissante dans les livres, car on y voit toute l'ampleur du dilemme auquel Katniss est soumise. Son coeur oscille sans cesse entre Gale, l'ami de toujours, et Peeta, l'amant des jeux. Certes, le triangle amoureux, ce n'est pas nouveau, dans la littérature, mais, quand c'est bien raconté, ça marche à tous les coups. Jusqu'à la fin du dernier tome, on ne peut affirmer catégoriquement le choix que Katniss fera quant à sa vie sentimentale. Elle pourrait tout aussi bien finir sa vie seule, tant elle lutte contre ses sentiments à de multiples reprises. Le personnage de Peeta est intéressant, contrasté lui aussi.

Le principe des jeux est assez fascinant, car il permet de mêler action et réflexion. [Attention : paragraphe spécial profs] Amis enseignants en quête de parallèles signifiants entre univers littéraires et cinématographiques d'aujourd'hui et mythes et civilisations d'hier, Hunger games est fait pour vous ! Je n'irais pas jusqu'à travailler en classe sur les extraits des livres, sauf peut-être pour travailler sur les points de vue, mais des extraits des films, ou une étude générale après lecture cursive de la trilogie, pourquoi pas. A mettre en relation avec la décadence de l'Empire romain (il y a un passage, assez tardif, dans le troisième tome, où Katniss apprend que "Panem", le nom de leur monde, est le début de l'expression "Panem et circenses") et la question universelle et intemporelle du sacrifice. Pensons aussi à d'autres films de science-fiction qui aiment utiliser des traditions antiques : par exemple la scène de l'arène dans Star Wars, épisode II, L'Attaque des clones, quand Anakin et Obi-Wan se battent contre des créatures dressées pour tuer, sous les yeux d'un public ravi par ces affrontements. Et n'oublions pas Le combat d'hiver, le roman de Jean-Claude Mourlevat, dans lequel des personnages sont aussi dressés pour tuer, y compris leurs propres camarades, dans des combats se déroulant également dans une arène et en public. Voici quelques idées à exploiter pour les nouveaux programmes (le roman d'anticipation y apparaît en 5e, mais peut aussi être judicieusement utilisé en 3e, pour le thème complémentaire), permettant de lier littérature, cinéma et civilisations de l'Antiquité. [Fin du paragraphe spécial profs]

Ce billet avait initialement pour but de parler du dernier tome de la trilogie. Je l'attendais avec impatience (réservé dans ma médiathèque, j'ai mis plus d'un mois à l'obtenir, pourtant il n'est pas nouveau ; le phénomène est donc loin d'être fini même si tous les films sont maintenant sortis), même si je connaissais les faits relatés dans la première moitié du livre, puisque j'avais vu le troisième film. (Rappelons que, comme pour Harry Potter d'ailleurs, le dernier livre a été adapté en deux films). J'ai d'abord été surprise par la noirceur plus prégnante que dans le film. Notamment, le personnage de la présidence Coin apparaît beaucoup moins rassurante, douce et fiable qu'elle ne l'est dans les films. Le désespoir de Katniss quant à la fin de la guerre, à ses relations avec Peeta (dont on a bourré le crâne au Capitole pour qu'il n'éprouve que de la haine envers Katniss), à son avenir tout simplement, est très présent. Quant à la deuxième moitié de l'histoire, elle est riche en actions, encore plus noire (ne pas s'attacher aux personnages...), au point qu'on se demande s'il pourra même y avoir une fin à l'histoire. Il y en a bel et bien une, pas tellement surprenante, plutôt de l'ordre de l'inévitable, mais qui colle bien à ce qu'on sait des personnages. Les ultimes pages "vingt ans plus tard", bon, on aurait pu s'en passer ; de même que dans Harry Potter, ça n'apporte pas grand-chose.

Finalement, j'ai beaucoup aimé le premier livre (pas encore vu le premier film), aimé assez également le deuxième livre et le deuxième film, un peu moins aimé le dernier livre, mais toujours plus que l'avant-dernier film (et pas encore vu le tout dernier). (Si vous n'avez rien compris à cette phrase, je comprends.) Mais, au demeurant, un nouvel univers d'anticipation riche et prenant, dont les livres ne tombent pas dans des facilités d'écriture, qu'on peut donc conseiller sans honte à tous ceux qui ne les connaîtraient pas encore.

 

Neo-défi lecture 2016 : Un livre dont l'intrigue se passe dans un lieu imaginaire. 


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