dsc_2305-le-journal-de-chrys

Une fois n'est pas coutume, la petite Mu va prêter sa plume à une autre blogueuse pour vous parler de ce roman découvert au début de l'été. Aemilia a effectivement rédigé en 2016 un article très complet, avec de nombreux extraits, idéal pour ceux qui, comme moi il y a peu, ne connaissent pas encore ce classique de la science-fiction : 

Des fleurs pour Algernon chez Forty-five weeks

Qu'ai-je envie d'ajouter ? Que le roman se fait de plus en plus sombre, peut-être un peu complexe au fur et à mesure. J'ai préféré la première partie, jusqu'au moment où Charlie prend son indépendance vis-à-vis de l'équipe scientifique responsable de sa transformation. En fait, je me suis tellement attachée au Charlie naïf et innocent du début que, lorsqu'il devient un adulte mature et réfléchi, c'est comme s'il était devenu quelqu'un d'autre, un étranger auquel je devais m'habituer, en tant que lectrice, tout en le sachant proche de la fin. Mais c'est bien là que réside la force de ce roman : nous montrer cette métamorphose en profondeur subie par le personnage, au point de devenir Autre, étranger à soi-même. 

Le principe du journal intime est parfait pour narrer cette évolution. Et l'idée des fautes d'orthographe et de syntaxe qui disparaissent petit à petit est très efficace. Avec un fort intérêt pédagogique : pas tellement de faire corriger, ni même constater les fautes par les élèves. Plus que l'orthographe, c'est la transformation de la syntaxe qui est intéressante à étudier. Mais surtout, cela permet de réfléchir au rôle de l'orthographe en tant que norme sociale : une nécessité ? Une contrainte vaine et démesurée ? Un vrai débat peut naître de cette simple question. Débat que j'esquisse parfois en sixième, à partir de ces vers de Queneau dans "L'écolier" : "revenu dans mon école / Je mettrai l'orthographe mélancoliquement." Pourquoi mettre l'orthographe, si c'est pour éprouver tant de mélancolie ? Bon, évidemment, le roman de Keyes offre des perspectives de réflexion plus vastes, qui s'adressent à des élèves plus mûrs. 

Ce roman prend part à mes yeux à un triptyque - certes hétéroclite - autour de la question du retard mental et de l'intelligence : un écho à Des souris et des hommes de Steinbeck (même attachement au personnage, même force tragique, et en plus il y a des souris dans les deux), lui-même réécrit par Marie-Aude Murail (oui, j'avais prévenu que c'était hétéroclite) dans Simple

Triptyque retard mental

 

Idéal pour une progression de troisième, avec les nouveaux programmes. Des souris et des hommes se prête à l'objet d'étude "Agir dans la cité : individu et pouvoir" (les programmes disent en effet :  On étudie : - en lien avec la programmation annuelle en histoire (étude du XXe siècle, thème 1 « L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales »), une œuvre ou une partie significative d'une œuvre portant un regard sur l'histoire du siècle - guerres mondiales, société de l'entre-deux-guerres, régimes fascistes et totalitaires (lecture intégrale). Evidemment, cette indication de corpus oriente davantage vers des oeuvres traitement des guerres mondiales, de la guerre froide, du régime stalinien, mais ce que j'ai mis en gras concerne bel et bien le roman de Steinbeck. Comme avant la réforme, j'aime l'idée de proposer aux collégiens un lieu et une période qu'ils ne traitent pas dans leurs programmes d'histoire : la Grande Dépression aux Etats-Unis dans les années 30. Je ne souhaite donc pas me séparer de ce roman, que j'adore depuis plusieurs années

Des fleurs pour Algernon peut se proposer en lecture cursive, comme un pont entre le roman de Steinbeck et une séquence correspondant au nouvel objet d'étude (questionnement complémentaire) "Progrès et rêves scientifiques". On peut, en classe, travailler sur quelques extraits, proposer une réflexion de fond sur l'intelligence et les transformations génétiques. J'ai trouvé notamment cette séquence courte sur un site dédié à la littérature jeunesse et la pédagogie : séquence Des fleurs pour Algernon. A noter, le support n'est pas le roman mais la nouvelle, antérieure, écrite en 1959. 
Plusieurs éditeurs ou manuels ont choisi aussi d'étudier le roman en tant qu'oeuvre intégrale dans les nouveaux programmes : Le livre scolaire, Colibris de chez Hatier, une édition de Flammarion qui propose aussi un dossier pédagogique. On trouve enfin une séquence dans le n°647 de mars 2016 de la Nouvelle Revue Pédagogique (voir le sommaire ici).

Simple peut quant à lui faire l'objet d'une simple proposition aux élèves, ces fameuses "lectures plaisir" dont nous parlent les formateurs. Du plaisir, j'en ai eu, j'en parlais déjà il y a quelques années. Mais j'en ai eu tout autant avec les romans de Steinbeck et de Keyes. Ne boudez pas le vôtre !