En littérature jeunesse, j'ai lu : 

P1030551   P1030549  P1030547

Un Oates que je ne connaissais pas : Sexy, l'histoire de Darren, un lycéen mal à l'aise avec son physique trop avantageux. Un angle d'approche original sur l'adolescence, qui pourrait faire sourire si on ne se rendait pas compte très vite que le roman parle en réalité de harcèlement sexuel et de pédophilie. Mais en fait... vraiment ? Des rumeurs circulent autour du professeur d'anglais, Mr Tracy ; effectivement, à différentes reprises, il a mis Darren mal à l'aise. Mais où s'arrêtent les impressions et où commencent les préjugés ? Comme à son habitude, Joyce Carol Oates écrit en finesse et en nuances, rien de facile ou de tranché dans ses récits. Cependant, je suis un peu restée sur ma faim, je pense avoir davantage été marquée par Zarbie les yeux verts, dans la même collection Scripto de chez Gallimard. 

Un roman médiéval pour poursuivre mes lectures thématiques autour de l'enfant monstre : Louis le galoup, de Jean-Luc Marcastel, est en effet l'histoire d'un jeune garçon, fils adoptif d'un seigneur peu agréable, qui se rend compte un jour que, sous l'effet de la colère ou de la volonté de se défendre contre une bête féroce, il se change lui-même en une sorte de loup énorme et effrayant, un "galoup". Contrairement à Bree Tanner, la vampire nouveau-née de Stephanie Meyer, il n'aime pas se sentir monstre. Mais il va lui falloir apprivoiser sa nouvelle nature car de grands dangers menacent son village, et, au-delà, sa région tout entière... Rien de très original dans ce roman mêlant univers médiéval et éléments merveilleux, mais une narration efficace, des personnages attachants, et du suspense : l'histoire de Louis s'étend sur cinq tomes au total. Pour ma part, j'en ai retenu quelques passages intéressants sur la dualité entre homme et animal, dualité rejetée par Louis car trop effrayante pour lui. 

Enfin, Des poissons dans la tête de Louis Sachar (auteur du célèbre Passage, adapté - grrrrrr- au cinéma) : un roman sur la précocité / le surdon / le haut potentiel, quel que soit le nom qu'on donne à ce fonctionnement cognitif particulier. Angeline a trois ans d'avance, elle se retrouve dans une classe de CM2 où la maîtresse la traite sans ménagement et ses "camarades" la traitent de monstre ou de bébé. Ces deux qualificatifs illustrent bien les difficultés que rencontrent ces enfants, particulièrement dans le milieu scolaire : leur capacité à réfléchir et à traiter l'information donne l'impression qu'ils sont "plus intelligents" que leur âge, mais souvent, ils ont une maturité qui correspond réellement à leur âge, voire moins - d'où le "bébé". Et c'est ce décalage entre maturité intellectuelle et maturité émotionnelle qui en fait des hybrides, des "monstres" aux yeux des autres. Le roman de Sachar est joliment écrit, avec des personnages intéressants, bien qu'un peu stéréotypés (il y a la méchante maîtresse de CM2 et la gentille maîtresse de CM1 qui, non contente de réconforter Angeline, va se payer le luxe de rendre son père amoureux d'elle). Le titre fait écho à la thématique de l'océan qu'on retrouve tout au long du roman, pour une raison précise que l'on découvre à la fin du livre, après l'avoir peu à peu devinée. Une lecture agréable, donc, qui pourra parler à de jeunes lecteurs (primaire, début de collège) sensibles à la question de la différence, qu'ils soient concernés eux-mêmes ou non.