02 octobre 2017

Carnet de lecture - août/septembre 2017 - littérature jeunesse

En littérature jeunesse, j'ai lu : 

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Un Oates que je ne connaissais pas : Sexy, l'histoire de Darren, un lycéen mal à l'aise avec son physique trop avantageux. Un angle d'approche original sur l'adolescence, qui pourrait faire sourire si on ne se rendait pas compte très vite que le roman parle en réalité de harcèlement sexuel et de pédophilie. Mais en fait... vraiment ? Des rumeurs circulent autour du professeur d'anglais, Mr Tracy ; effectivement, à différentes reprises, il a mis Darren mal à l'aise. Mais où s'arrêtent les impressions et où commencent les préjugés ? Comme à son habitude, Joyce Carol Oates écrit en finesse et en nuances, rien de facile ou de tranché dans ses récits. Cependant, je suis un peu restée sur ma faim, je pense avoir davantage été marquée par Zarbie les yeux verts, dans la même collection Scripto de chez Gallimard. 

Un roman médiéval pour poursuivre mes lectures thématiques autour de l'enfant monstre : Louis le galoup, de Jean-Luc Marcastel, est en effet l'histoire d'un jeune garçon, fils adoptif d'un seigneur peu agréable, qui se rend compte un jour que, sous l'effet de la colère ou de la volonté de se défendre contre une bête féroce, il se change lui-même en une sorte de loup énorme et effrayant, un "galoup". Contrairement à Bree Tanner, la vampire nouveau-née de Stephanie Meyer, il n'aime pas se sentir monstre. Mais il va lui falloir apprivoiser sa nouvelle nature car de grands dangers menacent son village, et, au-delà, sa région tout entière... Rien de très original dans ce roman mêlant univers médiéval et éléments merveilleux, mais une narration efficace, des personnages attachants, et du suspense : l'histoire de Louis s'étend sur cinq tomes au total. Pour ma part, j'en ai retenu quelques passages intéressants sur la dualité entre homme et animal, dualité rejetée par Louis car trop effrayante pour lui. 

Enfin, Des poissons dans la tête de Louis Sachar (auteur du célèbre Passage, adapté - grrrrrr- au cinéma) : un roman sur la précocité / le surdon / le haut potentiel, quel que soit le nom qu'on donne à ce fonctionnement cognitif particulier. Angeline a trois ans d'avance, elle se retrouve dans une classe de CM2 où la maîtresse la traite sans ménagement et ses "camarades" la traitent de monstre ou de bébé. Ces deux qualificatifs illustrent bien les difficultés que rencontrent ces enfants, particulièrement dans le milieu scolaire : leur capacité à réfléchir et à traiter l'information donne l'impression qu'ils sont "plus intelligents" que leur âge, mais souvent, ils ont une maturité qui correspond réellement à leur âge, voire moins - d'où le "bébé". Et c'est ce décalage entre maturité intellectuelle et maturité émotionnelle qui en fait des hybrides, des "monstres" aux yeux des autres. Le roman de Sachar est joliment écrit, avec des personnages intéressants, bien qu'un peu stéréotypés (il y a la méchante maîtresse de CM2 et la gentille maîtresse de CM1 qui, non contente de réconforter Angeline, va se payer le luxe de rendre son père amoureux d'elle). Le titre fait écho à la thématique de l'océan qu'on retrouve tout au long du roman, pour une raison précise que l'on découvre à la fin du livre, après l'avoir peu à peu devinée. Une lecture agréable, donc, qui pourra parler à de jeunes lecteurs (primaire, début de collège) sensibles à la question de la différence, qu'ils soient concernés eux-mêmes ou non. 


30 septembre 2017

Lectures cursives #2 : Le Moyen Âge en dix lectures

Le Moyen Âge en dix lectures

 

Vous me l'accorderez, des listes de lectures autour du Moyen Âge, on n'en manque pas. Voici pourquoi j'insiste sur le fait que celle-ci est éminemment personnelle, avec des choix peut-être discutables, et un peu différents de ceux de la liste précédente : "Dire l'amour" en dix romans

Par exemple, il y a une bande dessinée : comme dans la liste précédente, me diront ceux qui y ont jeté un oeil, sauf qu'Angelot du Lac ne se situe pas du tout sur le même plan que l'adaptation dessinée de Roméo et Juliette. La bande dessinée d'Yvan Pommaux, dont j'ai dit le plus grand bien ici, est d'un niveau de lecture très facile. Mais justement, j'aime qu'il y ait dans les listes un titre beaucoup plus accessible que les autres, qui peut permettre à des élèves en situation particulière - dyslexie entraînant une lecture pénible, élèves allophones... - de participer quand même à la lecture cursive sans que ce soient les parents qui s'y collent... Et la série Angelot du Lac a le mérite de plonger le lecteur dans un univers médiéval assez riche et intéressant. Un compromis : on peut demander aux élèves qui feraient ce choix de lire les trois tomes de la série. 

Par ailleurs, il y a des titres chers : cette BD, déjà, mais aussi Arthur, l'autre légende, qui dépasse les 13 euros. Il y a aussi un titre difficile à trouver, sauf d'occasion (et, pour le coup, il devient très abordable), à savoir Gwydion, de Peter Schwindt. Comme je le disais au début, je ne prétends pas reprendre tous les titres que l'on trouve à foison dans les différentes bibliographies. Dans ces dernières, vous trouverez beaucoup d'ouvrages plus accessibles, souvent disponibles dans les CDI ou les médiathèques d'ailleurs. Donc je me suis permis des romans un peu différents, pour changer un peu d'Evelyne Brisou-Pellen ou d'Odile Weurlesse. 

Mes coups de coeur personnels sont Graal de Christian de Montella (qui a le mérite d'être assez addictif, souvent les élèves lisent les autres tomes ; il y en a quatre en tout, ainsi qu'une autre trilogie du même auteur, Graal noir), Avalon High, qui marche aussi pour les romans d'amour, et l'indémodable Roi Arthur de Morpurgo. Ah, et La cour aux étoiles m'avait laissé un bon souvenir de lecture d'enfance, mais je ne l'ai pas relu depuis fort longtemps. 

Bonne lecture, et bon travail ! 

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29 mai 2016

Le livre des chevaliers dont tu es le héros

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Qui est-ce qui aime les livres ? C'est la petite Mu. Qui est-ce qui aime les jeux ? C'est la petite Mu. Qui est-ce qui aime le Moyen Âge ? Oui, encore la petite Mu. Alors qui est-ce qui s'est jetée sur cet album ? Et oui ! C'est bien elle ! Et qui est-ce qui va avoir le plaisir de le découvrir avec elle ? Ben, là, c'est vous !

Je ne connaissais pas cette collection de livres-jeux chez Seuil jeunesse. Les autres titres sont alléchants : Le jeu de l'oie d'Achille et Ulysse, des châteaux qui racontent la France... Je ne sais pas si tous sont faits sur le même principe, mais voici celui du Livre des chevaliers. Une fois ouvert, le livre se détache en deux morceaux : la couverture rigide, indépendante, se transforme en plateau de jeu ; le livre, de son côté, contient tout le texte qui servira à jouer, et, sur un rabat, quatre pions à découper. Les règles sont celles d'un jeu de l'oie : on lance un dé pour avancer, et, selon les cases sur lesquelles on tombe, des épreuves ou autres "incidents" peuvent nous attendre. Les incidents sont les classiques des jeux de plateau : passe ton tour, avance d'une case, recommence à la case départ. Les épreuves, ce sont des questions à choix multiple auxquelles il faut répondre correctement, sous peine d'avoir un gage à accomplir. Les gages sont tout à fait bon enfant : des mimes, des phrases à prononcer, des chansons à fredonner...

Le Livre des chevaliers dont tu es le héros

L'originalité et l'intérêt pédagogique de ce livre tient au fait que toutes les autres cases, habituellement "neutres" dans un jeu de l'oie, sont ici investies d'un rôle culturel : à chacune de ces cases correspond une page du livre, sur un thème particulier du Moyen Âge. On a ainsi des lieux (le château fort, le donjon, l'église...), des objets (l'épée, la lance, les engins de guerre...), des étapes de la vie du chevalier (l'enfance, la vie de page, l'adoubement...). Le parcours est fait pour que les joueurs se mettent vraiment dans la peau du chevalier qui se forme, s'aguerrit, jusqu'à devenir un chevalier accompli.

Ces pages, il faut les lire, évidemment. Elles peuvent fournir des réponses pour les QCM des épreuves. Elles permettent surtout d'éclairer tous les termes notés sur le plateau de jeu, et qui peuvent rester obscurs aux jeunes joueurs pas encore familiers de l'univers médiéval. Que ces derniers se rassurent : les textes présents sur ces pages "culture" sont courts, synthétiques, ils vont à l'essentiel. Pour des non-lecteurs ou petits lecteurs, il faudra un plus grand pour servir de conférencier. Avec des ados, ce rôle passera de joueur en joueur.

Pour des élèves, le gros avantage, c'est qu'ils peuvent jouer en autonomie totale. Les règles sont suffisamment simples et le livre suffisamment explicite pour ça. Le jeu est prévu pour quatre joueurs : d'expérience, pour ce genre de jeu de plateau, c'est bien le nombre maximal pour que personne ne s'ennuie en attendant trop longtemps son tour. Difficile donc d'en faire une activité de classe, en prolongement d'un chapitre sur le Moyen Âge, alors que, pourtant, le contenu s'y prête parfaitement. Solution possible : avoir les autres livres de la collection ! Ou alors, fabriquer soi-même d'autres jeux de l'oie (pas difficile), ou les faire fabriquer par les élèves (plus contraignant, mais intéressant).

 

Auteure : Anne de la Boulaye
Illustrateur : Léonard Dupond
Editions Seuil Jeunesse

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27 avril 2016

Meg Cabot : Avalon High

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Fiançailles d'Arthur et de Guenièvre présentée par son père le roi Léodagan, bénies par un évêque. Maître de Fauvel, Lancelot-Graal : Merlin, XIVe siècle. Crédits photos : BnF, Paris. 

 

Comme souvent, j'arrive (trop ?) tard. Meg Cabot n'a pas besoin de ma promotion pour être connue : c'est une référence dans la "chick lit", cette littérature "pour filles", comprenez avec des personnages principaux féminins et des couvertures roses (en gros). La traduction, c'est "littérature de poulettes". Il y a eu Bridget Jones, Sex and the city, puis la déferlante est arrivée aussi dans la littérature ado. 

Qu'est-ce qui a bien pu pousser la petite Mu à acheter un livre avec une couverture rose avec un coeur et des petites fleurs ? (Avec une mention explicite "Planète filles", au cas où on ne saurait pas à quoi s'attendre...) Tout simplement parce que je l'ai trouvé dans une liste de romans jeunesse sur le Moyen Âge. L'héroïne, Ellie, a des parents médiévistes qui lui ont donné le prénom de leur personnage fétiche, Elaine, Dame de Shallot, l'amoureuse éconduite de Lancelot. La référence au Moyen Âge pourrait s'arrêter là (ce serait déjà un élément original dans un roman de chick-lit). Mais il y a aussi le nom du nouveau lycée d'Ellie : Avalon High. Et ces faits étranges qui semblent s'accumuler autour d'elle : elle se retrouve avec une dissertation à rendre, justement, sur La dame de Shallot, et il y a ce garçon, Will, qu'elle jurerait avoir rencontré dans une autre vie. 

Voici en fait où l'auteure veut en venir : tout le roman est une réécriture de l'histoire d'Arthur, Guenièvre et Lancelot. Je spoile volontairement pour que vous sachiez à quoi vous en tenir avec ce roman, mais, si vous voulez donner ce livre à des adolescents, peut-être vaut-il mieux les laisser le découvrir. Qu'ils soient familiers des légendes arthuriennes ou non, la lecture fonctionne très bien. Ou bien ils auront plaisir, comme je l'ai eu, à décrypter les détails - nombreux - qui relient l'histoire moderne à l'histoire médiévale, ou bien ils ne s'en rendront compte qu'en même temps que l'héroïne, et un petit "Lexique des personnages" les aidera à comprendre définitivement tous ces liens. 

J'ai eu beaucoup de plaisir à avancer dans cette histoire. J'ai trouvé parfait le dosage entre références culturelles et récit d'adolescence. Pour ce dernier, ne vous attendez à rien d'exceptionnel : une jeune fille qui déménage à cause de ses parents, doit se faire de nouveaux amis, tombe amoureuse d'un garçon en apparence inaccessible... Mais, moi qui aime les réécritures et les univers à double sens, j'ai été convaincue. L'écriture de Meg Cabot est fluide ; je ne l'avais jamais lue, je comprends le succès "grand public". En même temps, les passages narratifs et descriptifs ne cèdent pas aux dialogues ou aux considérations psychologico-egocentrées qui rendent certains (mauvais) romans ados très fades. 

Très satisfaite de ma découverte, donc... mais quand je dis que j'arrive tard, c'est que, non seulement le roman a eu le temps d'être lu, relu, et d'avoir des suites, mais je m'aperçois aussi que le premier tome a été adapté pour Disney Channel. C'est toujours frustrant, quand on espère pouvoir faire découvrir ce qui a été pour nous une surprise. Et je suis encore une fois en colère de voir qu'aucun livre à succès pour ados n'échappe à l'industrie cinématographique. J'en reparle très vite. 

En attendant, ne boudez pas votre plaisir et, si vous lisez les deux autres tomes, donnez-moi votre avis ! 

 

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13 août 2014

Michel Pastoureau : L'ours. Histoire d'un roi déchu

Une lecture inattendue ; l'envie m'en est venue après avoir fini Noir, deuxième opus en poche de l'histoire des couleurs de Michel Pastoureau. D'abord, j'ai voulu retrouver l'écriture pointue et efficace de ce médiéviste spécialiste de l'histoire des symboles. Ce genre d'Histoire-là m'intéresse fortement, sans que je m'y connaisse plus que ça : or ses ouvrages sont truffés d'anecdotes et de références qui permettent d'en savoir beaucoup plus en très peu de temps. Michel Pastoureau est l'auteur d'un nombre important d'essais facilement disponibles en librairie ou en médiathèque : j'ai de la lecture devant moi. Mais pourquoi l'ours ? Parce que les quelques lignes que j'ai pu lire sur la place de l'ours brun dans la société médiévale et sur les légendes narrant des relations sexuelles entre ours et humains m'ont accrochée, et m'ont fourni un nouveau thème de prédilection, qui s'avère bien plus vaste que je ne le pensais. 

Bon ; ça, c'est pour moi. Mais pour Michel Pastoureau, la question est la même : pourquoi l'ours ? Il faut savoir que sa thèse a porté sur le bestiaire héraldique du Moyen Âge. Il a donc nécessairement été amené à réfléchir sur les symboles véhiculés par les animaux que l'on connaît à l'époque, et surtout sur l'évolution du regard porté sur ces animaux. Et le cas de l'ours se révèle exemplaire.

Je ne tracerai ici que les grandes lignes de ce qu'on retrouve dans l'ouvrage de l'historien. Si l'on devait n'en retenir qu'une chose, c'est le titre qui ne peut pas être plus clair : l'ours fut bel et bien, à une certaine époque, le "roi des animaux", et n'a été détrôné par le lion qu'au tournant des XIIe et XIIIe siècles de notre ère. La prédominance de l'ours comme héros, roi, quasi dieu, vient du Nord : de nombreuses légendes scandinaves, germaniques, mais aussi celtes, donnent à cet animal un rôle central. Et d'ailleurs, saviez-vous qu'Arthur lui-même doit son nom au moyen gallois arth, qui signifie "ours" ? Mais, à mesure que la religion chrétienne se développe, que certains éléments associés à l'ours (comme sa couleur noire) perdent de leur valeur positive, et, surtout, que l'on découvre à quel point, scientifiquement, l'ours est proche de l'homme, l'animal autrefois admiré, respecté, voire vénéré, devient méprisé, ridiculisé, diabolisé. C'est ainsi qu'on le retrouve, aux Temps Modernes, en bête de foire et qu'il disparaît peu à peu des forêts françaises. Il faudra une anecdote surprenante, qui met en scène un ancien président des Etats-Unis (je n'en dis pas plus pour maintenir le suspense...), pour que le regard de l'homme porté sur l'ours change à nouveau, et permette notamment aux enfants de dormir aux côtés de leur Teddybear, l'ours en peluche...

Dans tout ça, ce qui m'a le plus passionnée, ce sont toutes les réflexions sur la fascination autour de la sexualité de l'ours. Ce serait un animal dominé par des pulsions qui l'entraîneraient vers des humaines, jusqu'au rapt, au viol, et même à la procréation. J'ai ainsi découvert l'existence d'un conte pyrénéen (mais qui existe dans de nombreuses autres régions du monde), Jean de l'Ours, dont le héros est un enfant-ours, né de l'accouplement d'une humaine capturée par un ours. Tous les récits, qu'ils soient imaginaires ou réels, portant sur la notion d'hybride, de mélange entre deux mondes, entre deux natures, m'attirent immédiatement. Me voici donc plongée dans une chasse aux mots (ou à toute source d'information) sur un animal qui, jusqu'à cette dernière lecture, ne suscitait pas particulièrement d'intérêt chez moi. 

Toute proposition de lecture, qu'elle soit théorique ou littéraire, sur ce thème-là est donc la bienvenue, même si la bibliographie que donne Michel Pastoureau en fin d'ouvrage est loin d'être mince...

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01 août 2014

Michel Pastoureau : Noir. Histoire d'une couleur

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(Aïe, zut, je viens de me souvenir que j'avais dit à la généreuse donatrice, fin juin, que Noir serait mon prochain article... Désolée, il s'est fait doubler par Yves Grevet - que je n'ai pourtant lu qu'après.)

J'ai entamé cette "Histoire des couleurs" avec le premier titre sorti en poche, Bleu, que l'on m'avait offert lors d'un swap Néoprofs (le swap, keskecé ? Rappel ici). Une lecture plaisante, fort instructive, qui en apprend beaucoup sur l'histoire des symboles et des cultures, à travers cet angle d'attaque riche et original qu'est l'histoire d'une couleur. 

Continuons, donc, avec le noir. Couleur passionnante, évidemment, car chargée de préjugés, de superstitions, utilisée dans des contextes très différents, avec des significations parfois aux antipodes les unes des autres. Michel Pastoureau nous apprend pourquoi cette couleur a véhiculé autant d'angoisses, en particulier de l'Antiquité au Moyen Âge, à quel moment elle a changé de statut au point de devenir une "non-couleur", et de quelle manière elle est devenue la couleur de l'élégance, de la modernité, omniprésente dans notre monde. 

Encore une fois, le plus intéressant dans ce genre d'ouvrages, ce sont les petits faits historiques, les anecdotes ou événements sur lesquels le chercheur s'appuie afin de faire vivre cette évolution dans l'esprit du lecteur. J'ai retenu, par exemple, les bêtises de Jésus enfant chez le teinturier, le lien (évident quand on y pense) entre l'invention de l'imprimerie et le début de la suprématie du noir, et la passionnante histoire de l'ours, "roi déchu" des animaux (je reprends ici une expression utilisée par Michel Pastoureau dans un autre de ses ouvrages, L'Ours. Histoire d'un roi déchu). Passionnante au point de m'avoir donné des idées de plus en plus précises pour les projets d'écriture qui s'empoussièrent dans plusieurs coins de ma cervelle... Affaire à suivre. 

En regard du Bleu, j'ai trouvé ce volume moins répétitif et plus riche. Certainement y avait-il davantage de matière, à traiter dans un nombre de pages similaire, donc, à l'arrivée, une impression d'efficacité plus grande. J'attends avec impatience la sortie de Vert en poche pour continuer ma collection, et, je l'espère, d'autres titres à l'avenir. 

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03 janvier 2014

Des images du Moyen Âge : le dernier ouvrage de Jacques Le Goff et... La Caverne de la Rose d'or en DVD !

Je viens aujourd'hui pour vous parler de deux cadeaux que j'ai eus à Noël, merveilleux l'un comme l'autre, chacun à sa manière. Deux oeuvres pour se plonger dans les représentations du Moyen Âge, imagé, fantasmé. 

 

Pour commencer, cette très belle parution des éditions Seuil, dernier-né de Le Goff : Le Moyen Âge expliqué en images

 

Rien que la couverture fait rêver par l'éclat de ses couleurs, bien loin de l'image sombre que l'on peut avoir de l'époque médiévale... (A savoir que je suis aussi en pleine lecture du petit essai de Michel Pastoureau : Bleu. Histoire d'une couleur, et que, donc, sur les couleurs, je commence à m'y connaître !)

 En ouvrant le livre... je découvre que c'est le même texte que dans Le Moyen Âge expliqué aux enfants, que j'ai déjà lu, et, même, que je possède !... Je ne le savais absolument pas quand j'ai suggéré cette idée de cadeau à ma mère. Mais, réflexion faite, ce n'est pas grave du tout : l'important, c'est bien sûr les images, et je suis ravie d'avoir les deux versions : l'une, de poche, plus maniable, que je peux prêter, consulter rapidement, annoter, et l'autre qui restera à la maison, à feuilleter avec précaution. 

Pour les images : de magnifiques reproductions, souvent pleine page (très utile pour certaines miniatures ou enluminures dont les détails sont peu visibles quand on les reproduit en petit format) ; quelques photos (des intérieurs d'abbayes ou de cathédrales) ; une mise en page à la fois aérée et élégante qui met vraiment l'illustration à l'honneur. Vous me direz, c'était le but de l'ouvrage...

Un bien bel objet, donc, pour se (re)plonger de manière attrayante dans l'univers médiéval. 

 

Et puis, le père Noël m'a aussi apporté... ceci : 

 

 Quoi ? Vous n'avez jamais entendu parler de cette "série culte" de téléfilms des années 90 ? Après sondage autour de moi, y compris des personnes de ma génération, en effet, on n'est pas très nombreux à connaître... Alors, petite présentation : 

Il s'agit donc de cinq téléfilms, chacun en deux volets, de production italienne. De mémoire, il me semble qu'ils étaient diffusés sur nos chaînes françaises à la période de Noël, et que, chaque année, ils ajoutaient un nouvel épisode.
Le décor est celui d'un Moyen Âge totalement fantasmé, certainement plein d'anachronismes (par exemple, la princesse Caroline qui rêve de rencontrer un jeune homme aux yeux bleus : non !! Je sais désormais, grâce à Michel Pastoureau, que cette couleur n'est pas idéalisée comme elle peut l'être de nos jours...). Mais bon, il y a des châteaux, des guerriers à cheval, des paysans, des troubadours, donc je suppose que cela suffit à en faire une "série médiévale".
Nous suivons les aventures d'une princesse pas comme les autres, Fantaghiro (prononcer "Fantagaro" pour ne pas avoir l'air stupide), qui, dès son plus jeune âge, refuse la place traditionnellement réservée aux femmes. Elle, ce qu'elle veut, c'est être chevalier. Et elle le sera, avec de nombreux ennemis à combattre : des ennemis réels, comme les princes des royaumes ennemis, ou magiques, comme la Sorcière Noire, l'enchanteur Tarabas ou le terrible Darken. Elle sera aidée dans ses combats par toutes sortes d'amis, de la "pierre qui revient" à la Sorcière blanche qui se transforme en oie, en passant par les anciens assistants de la Sorcière Noire, ou encore son fidèle destrier - qui parle -, Crin d'Or. 
Mais, bien évidemment, même férue de combats, Fantaghiro n'en reste pas moins une princesse de contes de fées, et elle est éperdument amoureuse du beau prince Romualdo. C'est d'ailleurs par amour qu'elle se battra la plupart du temps. 

Peut-être connaissez-vous les noms d'Alessandra Martines, dans le rôle de Fantaghiro ? (Si, c'est elle qui était jurée de "Danse avec les stars" avant Shy'm ! Est-ce que cette référence vous parle davantage ?...) Ou celui de Kim Rossi Stuart, pour le prince Romualdo ? Ou encore Ursula Dress, qui joue Xellesia, la cruelle mère de Tarabas ? 

En tout cas, de ce que j'ai pu lire ici et là sur le Net, pour ceux qui, comme moi, ont vu cette série quand ils étaient gamins, elle possède un impressionnant pouvoir nostalgique : il s'agit là d'un véritable charme qui agit en profondeur... Disons que tous les éléments du merveilleux étaient réunis, de l'amour aux combats, des gentilles fées aux méchantes sorcières, de la musique aux paysages... En revanche, la regarder pour la première fois adulte, au XXIe siècle,  ne provoque certainement pas les mêmes sensations. Les effets spéciaux ont bien entendu terriblement vieilli, de même que le discours sur les rôles sociaux de l'époque, qui restent terriblement empreints de conformisme. Mais je garde espoir que la magie opère encore pour de jeunes enfants d'aujourd'hui, pas encore trop abreuvés d'images modernes...

30 octobre 2013

Yvan Pommaux : Le temps des loups (série Angelot du Lac)

  

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un animal en bande dessinée

Un petit peu de nostalgie avec cette trilogie d'Yvan Pommaux, que j'ai toujours trouvée (et que je trouverai toujours) très réussie.

Yvan Pommaux, c'est le dessinateur et scénariste des Marion Duval, la BD fétiche des éditions Bayard Jeunesse, publiée dans Astrapi. Des enquêtes avec une jeune héroïne, évidemment propices à l'identification des jeunes lecteurs, mais qui présentaient déjà des aspects originaux, comme le fait d'aller explorer du côté de la littérature et des grands mythes, avec notamment les tomes 2 et 3, "L'enlèvement d'Elisa Beauchant" et "Attaque à Ithaque", qui brodaient autour de l'histoire d'Ulysse et de la guerre de Troie. J'ai par ailleurs toujours été fan du coup de crayon d'Yvan Pommaux, très carré, très précis, que j'adorais essayer de reproduire. 

Angelot du Lac, je l'ai découvert aussi dans Astrapi : j'ai suivi avec assiduité les épisodes du premier tome, "Le temps des loups", car j'ai immédiatement accroché à l'histoire, aux personnages, à l'atmosphère. J'ai dû avoir un "trou" dans mes achats ou emprunts du magazine, car j'ai raté le deuxième volume, "Le secret de la caravane". J'ai raccroché au troisième, "Les frères vengeurs". Du coup, est-ce par nostalgie de ces lectures enfantines, j'ai gardé un goût particulier pour les premier et troisième tomes, et trouve le second un peu en deçà. 

L'histoire se passe dans le Moyen Âge sombre, celui des meurtres de bandits, de la mendicité, des maladies épidémiques, des accusations de sorcellerie, des guerres de religion, et des loups. Je sais que les médiévistes militent pour une autre image de cette époque de l'histoire de France, mais on ne peut pour autant la nier, et je trouve qu'Yvan Pommaux a parfaitement su la raconter et la mettre en images, dans un ton à la fois très juste pour le jeune lectorat, mais aussi pour les plus grands. L'histoire, elle, est évidemment taillée pour plaire aux enfants : un jeune garçon est trouvé au bord d'un lac par une bande d'orphelins plus âgés, qui vivent de jonglerie, de chasse et de menus larcins. Angelot du Lac, tel qu'on décide de le nommer, est élevé par eux, mais en sera souvent séparé, tout au long de la série, pris dans de multiples aventures aux nombreux rebondissements. 

Dans le premier tome (que j'ai choisi pour ce post, parce que le titre allait bien dans mon challenge...), j'ai surtout aimé la création d'une ambiance, l'aspect quasi documentaire de certaines planches, et puis, je dois le dire, je me suis attachée aux personnages. J'ai peut-être une légère préférence, cependant, pour le dernier volume, qui met en avant l'univers du théâtre médiéval ; en effet, Angelot et sa nouvelle amie Agnès font la rencontre de "maître Songe-Creux", un dramaturge qui cherche à créer sa troupe de théâtre. Toujours dans le respect de l'Histoire, cet album montre la difficulté pour les gens du théâtre d'exercer leur activité à cette époque, et ce pour des raisons très matérielles : manque d'argent, mais aussi attaques de brigands, voire de troupes armées. Le souci du détail a été poussé jusqu'à faire jouer à Angelot et Agnès des extraits d'une véritable pièce médiévale, Le jeu de Robin et Marion, d'Adam de la Halle. Souvenir pour les agrégatifs 2009 ! J'avais d'ailleurs été ravie, en parcourant les premières pages de la pièce, de reconnaître des répliques que j'avais lues et relues étant petite, sans me douter qu'elles faisaient partie du patrimoine littéraire. 

Je recommande vivement ces trois albums aux enfants avides d'aventures bien racontées, aux adultes férus de Moyen Âge (je ne suis pas spécialiste, mais je pense vraiment que cette oeuvre ne leur déplairait pas), et puis aux enseignants (en primaire, en 5e pour les professeurs de français et d'histoire-géographie) qui souhaiteraient faire découvrir cette période aux élèves. 

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23 janvier 2013

Le roi Arthur

Lecture cursive - Roman de chevalerie - Niveau cinquième 

Un classique indémodable pour ma part. Sincèrement, j'ai dû le lire une quinzaine de fois, toujours avec le même plaisir. 

Le principe du récit, c'est le même dans tous les livres de Morpurgo (ça peut en devenir lassant à la longue...) : l'histoire débute dans un univers réaliste, à notre époque, avec un personnage adolescent. Ici, il s'agit d'un garçon (dont on ne saura jamais le prénom, habile moyen de nous faire comprendre que le véritable héros de l'histoire, ce n'est pas lui, et que n'importe qui pourrait le remplacer), vivant au bord de la mer, qui se donne pour défi de rejoindre, à pied, une île, en profitant de la marée basse. Malgré tous ses préparatifs, il se fait surprendre par l'eau, et croit se noyer. Jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux et se retrouve dans une pièce étrange, meublée par une immense table ronde, en compagnie d'un vieil homme qui dit s'appeler Arthur. Alors s'ouvre un autre récit, celui qu'on attend, d'après le titre : les aventures du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. 

On ne doit pas lire ce livre avec des yeux d'historien. Les légendes y sont parfois malmenées, la psychologie des personnages est calquée sur nos habitudes contemporaines, et assez éloignées de ce qu'on trouve dans les textes médiévaux. Mais ce roman a le grand mérite de faire découvrir de nombreux personnages (Arthur, Guenièvre, Merlin, Lancelot, mais également Tristan et Iseut, Gauvain, Galaad, la fée Morgane...) à de jeunes lecteurs qui ne les connaissent pas forcément, et qui ont tendance à tout mélanger. Les grandes lignes sont respectées, c'est déjà beaucoup. Et Morpurgo possède un grand talent de conteur. Ses petits chapitres, chacun consacré à un personnage, ou une aventure, tiennent le lecteur en haleine, sans le noyer dans le flot d'actions qu'on trouve souvent dans les romans de chevalerie - et qui, personnellement, ont tendance à m'ennuyer. Par ailleurs, les deux versants de ce monde médiéval sont montrés, le côté brillant, voire clinquant, des grandes aventures, des batailles remportées, des amours partagées, comme la noirceur qui envahit les dernières années du règne d'Arthur, la violence qui monte peu à peu. Le caractère tragique de certaines histoires est souligné, sans lourdeur. 

Puis le jeune personnage principal revient à la réalité, s'en retourne chez lui, ces histoires plein la tête - et le lecteur avec lui. Morpurgo, pour moi, a su trouver un langage propre à renouer avec cette fameuse "tradition orale" qui caractérise le début du Moyen Âge. Arthur, dont la vie d'aventures est finie, qui ne peut plus être un héros, se mue en conteur, et passe le flambeau : une jolie manière de mettre un point "non-final" à cette histoire. 

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11 octobre 2012

Le Moyen Age expliqué aux enfants / La société médiévale

  

Et pour finir sur mes lectures de septembre, deux petits ouvrages documentaires fort utiles pour raviver - et compléter - des connaissances imprécises, ou trop lointaines, de l'époque médiévale. 

Le premier, de cet éminent historien qu'est Le Goff, n'est pas à proprement parler destiné aux "enfants" : il s'adresse surtout, à mon humble avis, à des collégiens. Et je l'ai lu avec intérêt. Ce texte procède par série de questions/réponses : une question (assez pointue, parfois) posée par de jeunes adolescents sur un aspect en particulier du Moyen Âge, et une réponse, de longueur variable, faite par l'historien. Le tout est bien sûr organisé par thèmes généraux. On en apprend sur la religion, sur la guerre, sur les occupations des Français...

Le second, en collection Points Seuil histoire, est presque aussi accessible. J'ai trouvé qu'il rabâchait beaucoup, ce qui n'est finalement pas un si gros défaut quand on a besoin d'apprendre et, surtout, de retenir ! Les points abordés sont assez semblables à ceux de l'ouvrage de Le Goff. L'idée est de comprendre ce qui faisait agir, réagir, les Français du Moyen Âge. Pour exemple, cet ouvrage m'a beaucoup servi pour expliquer, dans ma toute première séance avec les cinquième, l'omniprésence de la mort dans la société médiévale, et la peur qu'avaient les chrétiens, non pas de cette mort, mais de l'Enfer. 

En bref, des lectures qui font assez efficacement le tour de la question, mais gagnent évidemment à être complétées par d'autres plus consistantes - à condition d'avoir le temps...

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