05 octobre 2019

En route vers la propreté !

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Je n'aime pas tellement cette expression, "apprendre la propreté" (ma fille a beau porter des couches, elle est très propre, elle s'essuie les mains si elle a un millimètre carré de yaourt sur les doigts), mais j'ai compris que les livres portant sur le sujet deviennent incontournables à un certain moment. Ici, on en est à peine à l'explication de ce qu'est un pot. Pourquoi pas découvrir par la lecture, comme souvent avec les enfants ! 

Il existe tellement de titres sur le sujet que je me suis lancée un peu au hasard. Le premier, Qu'y a-t-il dans ta couche ? , a été repéré sur le site de Décitre. Le deuxième, Et mon caca ?, aperçu sur les rayonnages des livres cartonnés dans la librairie du coin. Coup de coeur pour le deuxième, petite déception pour le premier. 

La déception est d'abord une erreur liée au fait d'avoir commandé le livre sans l'avoir en main. Il est plus grand et plus fragile que je ne le pensais (pourtant, j'avais lu la mention "avec des rabats" sur la couverture, mais j'avais dû zapper l'information). Du coup, je ne suis pas sûre de pouvoir le mettre tout de suite entre les mains de ma fille (expérience déjà tentée avec d'autres livres non cartonnés et avec des rabats : elle a beau être délicate, un instant de vivacité est fatal pour le livre). Sinon, il est assez rigolo, avec cette petite souris curieuse qui demande à regarder dans la couche de tous les animaux qu'elle croise : 

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A la fin (attention, spoiler), quand tous les animaux réunis demandent à leur tour à la souris ce qu'il y a dans sa couche, surprise ! Il n'y a rien... parce qu'elle, elle fait ses besoins sur un pot, bien sûr ! Et la ribambelle d'animaux de la ferme de s'asseoir chacun sur un pot : image plutôt cocasse et (j'espère) incitative, pour l'enfant, à reproduire la scène. 

Ce qui m'a déçue là-dedans, c'est en fait que l'histoire ressemblait trop à l'autre album, Et mon caca ?, que j'avais acheté et montré à la poupette en premier, mais avec un texte moins travaillé (trop de mots, un mélange de ton entre des mots de bébé, "beurk", "caca", et des expressions qu'on utilise peu ou pas avec un enfant, comme "faire ses besoins"). 

Et mon caca ?, lui, associe défécations et poésie, et c'est très réussi ! Je vous laisse découvrir par vous-même : 

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Vous avez compris l'idée. Les dessins ne sont pas dans le style que je préfère, mais l'association avec ce texte tout en mélodie m'a bien plu. Et ce premier livre sur le caca de notre bibliothèque plaît également beaucoup à ma fille. C'est drôle car j'ai l'impression que, jusqu'à présent, elle n'associait pas vraiment le mot "caca" à une image (en même temps, on ne lui a jamais mis une de ses couches sous les yeux pour lui montrer ce que c'était). Là, cela lui permet de le faire, et en même temps de s'amuser avec les différents animaux. 

Le livre se termine comme il se doit par une petite fille et son pot. On est donc bien dans la thématique de la propreté. 

Et vous, quels sont vos coups de coeur "pipi/caca/pot" ?

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26 août 2016

Fiona Woodcock : Heidi joue à cache-cache

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Dans sa présentation de l'ouvrage, l'éditeur parlait d'un album "sur l'amitié et l'acceptation des différences". Ce qui m'intriguait car le résumé insistait surtout sur le don de la petite Heidi pour gagner à cache-cache. Comment l'auteure et dessinatrice allait-elle associer tout ça ? 

En fait, l'idée est simple et maline. C'est l'histoire, donc, de Heidi, qui adore se cacher. Forcément, quand ses amis n'arrivent pas à se décider pour un jeu, elle s'empresse de proposer cache-cache, parce qu'elle est sûre de gagner. Jusqu'à ce fameux jour de son anniversaire, où à force de se cacher trop bien, plus personne n'a envie de la chercher : "Charlie, Katie et Rosie ne purent trouver Heidi. En revanche, ils trouvèrent de délicieuses coupes glacées." Après réflexion, Heidi décide non seulement d'essayer les jeux de ses amis, mais, surtout, de les encourager, chacun, à proposer leur jeu préféré. Ainsi, ils pourront tous, tour à tour, être le meilleur. Et, finalement, c'est nettement plus rigolo de perdre, mais avec ses amis, que de gagner, mais toute seule. 

Moi qui aime tant le jeu, et qui crois fermement à son grand pouvoir éducatif (clin d'oeil au blogueur de Méliméludes ;-) ), cette réflexion sur la manière qu'a un groupe de jouer, et, d'abord, de choisir son jeu, m'a beaucoup plu. "Que le meilleur gagne !" : belle devise, mais encore faut-il que tout le monde en ait la possibilité, et que le potentiel de chacun puisse être mis en avant. 

Enfin, les illustrations ajoutent à la thématique de l'histoire, puisque le petit lecteur peut lui aussi s'amuser à chercher Heidi, toujours bien camouflée dans de très belles illustrations (crayon ? encre ? Un jour, il faudra vraiment que je prenne un cours d'arts plastiques...). Si j'en crois cet article, l'image est venue en premier, le texte en second : Fiona Woodcock aurait en effet d'abord créé la petite fille pour des cartes de voeux, ainsi que ce tableau, où l'idée de camouflage primait finalement sur celle d'une petite fille jouant à cache-cache avec des amis. 

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Un bien joli album sur tous les plans, donc, à découvrir très vite et à mettre entre les petites et les grandes mains. C'est le premier de Fiona Woodcock, mais attendez-vous à la retrouver bientôt ! 

Auteure et illustratrice : Fiona Woodcock
Editions Hatier jeunesse
A paraître le 27 septembre 2016

Etiquette Hatier jeunesseCe billet inaugure mon partenariat avec les éditions Hatier Jeunesse.

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24 août 2016

Des albums sur le genre

Dans les sorties d'albums jeunesse 2016, deux albums abordant la question du genre ont retenu mon attention. 

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Le premier, Emile ou la danse de boxe, fait partie d'une série écrite par Vincent Cuvellier et illustrée par Ronan Badel, et il m'a fait découvrir le personnage irrésistible d'Emile, un sacré garnement au caractère bien trempé. Quand il veut quelque chose, il ne se laisse pas détourner de son objectif. Vous voyez sa tête sur la couverture ? Eh ben, pareil tout le temps. Si les titres des autres albums de la série sont assez classiques, Emile a froid, Emile fait un cauchemar, Emile invite une copine, et ne semblent pas tellement différents des archi-classiques Max et Lili, de petites surprises se cachent quand même derrière certaines histoires : par exemple, la "copine du parc" qu'Emile fait venir chez lui n'est pas celle à laquelle ses parents (et le lecteur) s'attendent. Et, pour l'album dont il est question aujourd'hui, c'est dès le titre que le lecteur est interpellé. C'est quoi, "la danse de boxe" ?

En fait, personne ne le sait très bien, surtout pas les parents d'Emile, qui veulent "inscrire Emile à l'activité" (joli petit clin d'oeil critique à cette injonction sociétale où tout le monde, dès son plus jeune âge, doit faire "des choses", le plus possible). Sauf que dans la liste, Emile ne veut pas faire éveil au yoga, foot en salle ou découpe papier-carton. Il veut "faire de la danse, mais de la danse de boxe". Parce que "la danse de boxe, c'est pas pour les filles, c'est pas pour les garçons, c'est pour les danseurs de boxe !" Voilà, dans cette phrase, tout est dit. Ce combat d'Emile pour faire l'activité qu'il a choisie, lui, c'est un beau combat pour le droit de chacun à sortir des cases.

Ce que je salue dans cet album, c'est qu'à aucun moment l'auteur n'abandonne pour tenter de faire rentrer son héros dans un cadre plus conventionnel, même s'il fait beaucoup rire ses petites camarades de cours de danse. Jusqu'au bout, Emile "aime bien, il aime bien la danse". Certes, sur l'avant-dernière page, on peut soupçonner le jeune garçon d'aimer tout particulièrement être entouré de filles en tutus qui lui font des bisous. Mais, quand bien même ce serait sa motivation finale, ce n'était pas la première, et l'album se termine bien par une image d'Emile, tout seul, en marcel vert et caleçon rose, imperturbable dans son froncement de sourcils avec les "Hi hi hi" en arrière-plan. 

Un album court et très efficace, à lire dès 3 ans, pour dénoncer plusieurs travers de notre société et de la pression qu'elle cherche à imposer aux parents et aux enfants. 

 

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Le second est plus poétique et s'adresse, d'après les éditions du Rouergue, à un public adolescent. Moi qui suis d'habitude frileuse avec les prescriptions d'âge (j'ai tendance à très vite trouver un ouvrage complexe et déconseillé aux plus jeunes), j'inclurai pour le coup les préados dans cette cible. Parce que le texte repose sur des jeux de sons qu'un écolier de cycle 3 peut certainement comprendre, avec des phrases courtes, au vocabulaire plutôt simple, et que le propos ne doit évidemment pas être réservé aux plus grands. 

"B.B.", en quatrième de couverture, ce n'est pas Brigitte Bardot, mais Annabelle, ou Buffalo Belle, qui dès l'école maternil préfère le tractopil à la maril, et, adolescent-e, refuse le ricelle et rêve de pantalons et de bretils. Le personnage grandit au fil (pardon : au felle) des pages, et arrive l'âge adulte où la question se pose différemment, parce qu'à "l'état civelle [...], elle ou il, ce n'est plus désormais un détail futelle". La fin est très ouverte, et laisse libre cours aux interprétations, lumineuses ou sombres. La fusion avec la nature est évoquée, parce que tout y est plus facile - facelle, plus "subtelle". 

J'ai beaucoup aimé cet album qui se lit à toutes sortes de niveaux : on peut s'arrêter sur le texte ludique qui nous fait redécouvrir la langue française ; on réfléchit, forcément, aux diktats concernant le genre et l'identité sexuelle ; on s'intéresse enfin à la différence, qui prend diverses formes, à l'identité au sens large, au développement de soi. L'auteur et illustrateur, Olivier Douzou, raconte sur le site des éditions du Rouergue la genèse de cet album, fortement inspiré par ses enfants et en particulier sa fille Zélie. Je lui laisse la parole, pour conclure : 

"On peut affirmer dans notre bon français
que certaines gens sont incertains

Les accords réservent des surprises

Singulièrement l'amour est il
et plurielles les amours sont elles"

Un sacré farceur, ce bon français... 

 

Quelques liens pour prolonger la réflexion sur la thématique du genre dans les albums pour enfants :

un article chez La voix du livre, qui prend pour cible les albums Papa et Maman des éditions Sarbacane, et en profite pour nous donner tout un tas d'exemples et de contre-exemples ;
- un blog tout entier, Fille d'album, une vraie mine d'analyses et d'idées lecture ; 
- une réflexion sur le rôle de l'école et du collège, dans un article de Max Butlen intitulé "Que faire des stéréotypes que la littérature adresse à la jeunesse ?"

Et les albums : 

Emile et la danse de boxe 
Auteur : Vincent Cuvellier
Ilustrateur : Ronan Badel
Editions  Gallimard jeunesse - Giboulées

Buffalo Belle
Auteur et illustrateur : Olivier Douzou
Editions du Rouergue 
 

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06 août 2016

Semaine des couleurs, #3 : Flavia Ruotolo, Du matin au soir

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Découverte inopinée au détour d’un catalogue, cet album trouve sa place dans la semaine des couleurs non par son propos, mais pour ce choix bicolore tellement évocateur de l’orange et du bleu.

Le propos, quant à lui, est très original. « Une forme peut en cacher une autre… », annonce la quatrième de couverture. Flavia Ruotolo, auteure et illustratrice, invite petits et grands à prendre du recul par rapport aux images qu’elle nous propose, et à les voir différemment. Ainsi, sous un certain angle, un bol orange tacheté de blanc dans lequel repose une cuillère bleue peut se changer en champignon, aux couleurs certes inhabituelles. Une assiette bleue avec un « quartier » d’orange devient le « tour complet » d’une lune autour d’une planète à anneau…

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Les esprits rationnels chipoteront sur le caractère mensonger de certaines transformations. Mais, évidemment, c’est de poésie dont il s’agit. La terre bleue comme une orange, on a beau faire, ça parle à tout le monde. Il en est de même pour cet album très sobre, tant dans le graphisme que dans le texte, qui véhicule d’ailleurs lui aussi beaucoup de rêve.

Une belle découverte, que l’on peut prolonger avec l’album Zoo, sorti en 2011, dans lequel Flavia Ruotolo joue aussi avec les formes, en fabriquant des animaux à partir de cubes. 

Auteure et illustratrice : Flavia Ruotolo
Editions Hélium
2016

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03 août 2016

Semaine des couleurs, #2 : Drew Daywalt et Oliver Jeffers, Rébellion chez les crayons

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 Vous voulez des couleurs ? Vous en aurez plein la trousse !

Car, oui, les personnages de cet album ne sont autres que les crayons de couleur du jeune Duncan. Bon, d’après les illustrations, on parlerait plutôt de pastels : en fait, dans le titre anglais, c’est le mot « crayons » qui est utilisé, et il peut effectivement signifier « craie grasse ». Pourquoi vous parlè-je du titre anglais ? Parce que c’est à Londres, lors de mon passage dans la gigantesque librairie Waterstone’s, que j’ai vu cet album pour la première fois. Un an plus tard, le voici dans ma bibliothèque.

C’est donc l’histoire d’une bande de crayons qui ont chacun de bonnes raisons de se plaindre auprès de leur propriétaire et utilisateur : le rouge et le bleu sont épuisés à force d’être mis à contribution, le noir et le rose se sentent au contraire sous-employés, le beige voudrait être appelé par son nom véritable et non des succédanés comme « brun clair » ou « blé doré »…

Toutes ces récriminations sont adressées par courrier au jeune Duncan avec, bien sûr, beaucoup d’humour, mais aussi des remarques très pertinentes sur les stéréotypes enfantins : Duncan, comme garçon, dessine des camions de pompier mais délaisse la couleur rose ; par ailleurs, comme beaucoup d’enfants (voir Pierre n’a plus peur du noir de Pastoureau), il ne considère pas le noir comme une couleur à part entière.

Les illustrations sont très sympathiques, mêlant naïveté et précision. Il y a cette impression de « collage », avec l’insertion d’images dans l’image, que j’aime beaucoup dans les albums.

C’est un album qui fera certainement rire les enfants qui aiment dessiner et qui, à son échelle, transmet aussi des réflexions sur l’esthétique, au sens large.

Et, ce qui tombe très bien, c’est que la suite, Les crayons rentrent à la maison, est à paraître le 31/08 ! 

Auteur : Drew Daywalt
Illustrateur : Oliver Jeffers
Editions Thierry Magnier
2014

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14 juillet 2016

Alex Cousseau, Philippe-Henri Turin : Je veux être une maman tout de suite !

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C'est le titre qui m'a attirée. Je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'il trouvera un écho aussi bien (voire plus!) chez les femmes bien adultes que chez les petites filles... 

A l'intérieur, on découvre de très beaux dessins, dans la veine naturaliste qu'on retrouve assez souvent à L'école des loisirs, et qui prend toute son ampleur dans certaines pages comme celle-ci :  

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Mais on découvre également une histoire à la fois drôle et plutôt bien vue, qui parle de l'impatience de l'enfance (mais, encore une fois, dans laquelle nombre d'adultes peuvent se retrouver...), de ces idées fixes qui nous prennent parfois et brouillent notre sens de la réalité, mais aussi de la notion de famille et des représentations qu'on met derrière cette notion. Ne cherchez pas une intrigue complexe : il ne s'agit que de Julote, une petite poussine qui, aussitôt née, veut "être une maman tout de suite". Elle part à la recherche d'un oeuf, qu'elle trouve, mais qui verra éclore un autruchon... Mais l'histoire comme la fin sont très rigolotes. 

Pour des idées d'exploitation de l'album avec des enfants, j'ai trouvé le site d'un groupe d'animation au Québec, Le monde de Rico, avec plein d'idées sympas comme les Québecois savent si bien le faire. 

Soyons francs, de mon côté, je garderai surtout le titre et le thème associé, et puis, quand même, quelques belles pages, que j'ai envie de partager encore avec vous : 

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Allez, avouez que vous aussi, ils vous font craquer, cette petite poussine avec son gros autruchon ! 

Auteur : Alex Cousseau
Illustrateur : Philippe-Henri Turin
Editions L'école des loisirs
2002

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07 juillet 2016

Elisa Géhin : Il était plusieurs fois une forêt

Coup de coeur pour cet album sorti des cartons (il est sorti en 2009), et, en même temps, pour Elisa Géhin, son auteure-illustratrice.

Les illustrations sont très simples, sur fond blanc épuré. Quelques traits, quelques taches de couleur suffisent à figurer un oiseau, un arbre, un chapeau. Le jeu sur la répétition, l'organisation, désordonnée ou non, sur la page, rend l'ensemble très graphique. Je suis allée voir le site d'Elisa Géhin, et l'on retrouve cette simplicité et cette vivacité dans le reste de ses travaux.

Du coup, on a envie de tourner les pages, pour découvrir l'histoire qui se cache. Il était une fois un oiseau, avec une couronne, qui vivait seul dans son arbre. Alors il partit, pour "voir du pays". Jusque là, rien de surprenant : les éléments du conte sont réunis. Mais le disque semble rayé puisqu'à la page 7, ça recommence : "Il était une fois une forêt". Mais alors, il était combien de fois, exactement ? En fait, il était plusieurs fois, comme nous l'avait promis le titre. En effet, pour notre oiseau et sa couronne, la vie semble être un éternel recommencement. A chaque fois, il arrive dans un groupe ; tous sont différents de lui ; tous l'excluent ; il doit repartir. Qu'il porte une couronne, qu'il porte un chapeau, à chaque fois, il n'est pas comme les autres. Il était donc une fois un oiseau qui n'arrivait pas à s'intégrer. Mais, heureusement, un jour, il "tira son chapeau, jeta sa couronne"... et tout le monde l'imita ! Pour finir, voici ce qu'il arriva :

Une formidable réflexion sur la différence, l'exclusion, l'originalité, l'acceptation de soi, véhiculée par une narration originale et des illustrations très efficaces, qui se suffisent parfois à elles-mêmes. Beaucoup de fantaisie, d'humour, en très peu de traits : un cocktail réussi pour un album indispensable.

Auteure : Elisa Géhin
Illustratrice : Elisa Géhin
Editions Thierry Magnier
2009 

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23 mai 2016

Rémi Chaurand, Charles Dutertre : Papa qui lit

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J'ai découvert cet album dans l'émission Les maternelles (l'air de rien, grande fournisseuse d'idées lecture ou de découvertes de toutes sortes de personnages et d'initiatives en tout genre). Nathalie Le Breton avait été très enthousiaste par cette figure du papa qui prend en charge la lecture du soir avec ses enfants. L'histoire m'avait semblée brouillonne, mais rigolote. J'ai voulu constater par moi-même.

Les illustrations, tout d'abord. J'ai tout de suite su que j'avais déjà vu les illustrations de Charles Dutertre quelque part, et je viens de vérifier : c'est bien cela, il a travaillé pour Astrapi. J'avais toujours aimé ces petits personnages qui s'amusaient souvent avec le décor.

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Il y en a de partout sur les pages (il faut dire qu'il y a quand même quatre soeurs dans cette histoire, plus le père, plus le chien, plus parfois la mère... ça en fait, du monde). Et pas seulement des personnages : il y a aussi plein de livres à l'intérieur du livre. Avec un petit coup d'autopromotion pour les éditions Didier Jeunesse, sous forme de clin d'oeil illustré (tiens, La culotte du loup, une autre histoire du duo Servant-Le Saux, voir ici).

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Tous ces personnages, tous ces livres, c'est bien ça le problème dans cette histoire. Il est l'heure de se coucher, et, avant cela, de lire le livre du soir. Mais avec quatre filles à contenter et à canaliser (heureusement, le chien, lui, ne pipe mot), ça tourne à la débandade. Impossible de mettre tout le monde d'accord sur le livre. L'une raconte la fin dès que son père ouvre la bouche, l'autre veut plus de coussins, une troisième veut réciter sa poésie... Et le père a une nouvelle lubie : il faut absolument lire un poème de Victor Hugo avant de se coucher.

C'est bien ce que j'avais senti dans la rapide présentation des Maternelles : l'histoire part vraiment dans tous les sens. En même temps, c'est normal, avec toute cette agitation. En fait, bien que ce soit l'une des soeurs qui raconte l'histoire, on se met bien plus à la place du pauvre papa qui ne sait plus où donner de la tête. On a l'impression que ce livre est moins fait pour les enfants que pour les adultes : parents débordés, voire instituteurs ou animateurs dépassés. Mais l'ensemble est parfaitement réaliste, et tout le monde en prend pour son grade, les enfants comme les adultes. Il y a un passage très drôle où le père doit interrompre la lecture parce que son téléphone a sonné, et où il demande pardon à ses enfants en leur faisant "des petits yeux de chat trop mignon". Touché !

La fin est savoureuse. (Il faut bien tourner les pages jusqu'au bout !) En revanche, je n'ai pas vu autant de féminisme que les animatrices des Maternelles (pour comprendre, lisez la fin). Plutôt une modernité très forte, dans la représentation de la parentalité d'aujourd'hui, qui envoie promener le mythe de la perfection. Ce papa débordé, qui veut cultiver ses enfants mais ne sait pas que le poème "Mirlababi surlababo" vient des Misérables, qui veut défendre son autorité mais oublie d'éteindre son téléphone, il ressemble à beaucoup de parents et il en est attachant. C'est bien lui, le personnage principal, et d'ailleurs, le titre nous l'indiquait déjà.

J'ai beaucoup aimé cet album sur la lecture, sur la famille, sur la façon d'être adulte, la façon d'être enfant... Bref, sur la vie, quoi !

 Ce billet poursuit mon partenariat avec les éditions Didier Jeunesse.

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24 avril 2016

Shyam/Durgabai/Urveti : La vie nocturne des arbres

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C'était cet article de la librairie des Croquelinottes, à Saint-Etienne, qui m'avait donné envie de me procurer ce livre particulier. Particulier, d'abord, parce que rare : il a été édité en tirage limité. Et en effet, sur mon site habituel de commandes en lignes : définitivement indisponible. C'est à Paris, à L'Arbre à lettres, que j'ai pu faire l'acquisition de l'exemplaire n°1550 sur 3000.

Particulier, ensuite, car cet album mêle un thème universel et maintes fois traité en littérature, l'arbre, et des auteurs-illustrateurs beaucoup moins connus, issus d'une civilisation indienne, la tribu Gond.

Qui sont les Gond ? Ce peuple du centre de l'Inde est issu d'un ancien royaume se nomment eux-mêmes "montagnards". Leur attachement à la nature et à leur environnement est ancestral et toujours ancré dans leurs traditions. Sur le site d'une galerie, on lit ceci : "Sous l’empire Britannique et après l’indépendance de l’Inde, la spoliation de leurs terres et la déforestation sont telles que les Gond ne trouvent plus leur arbre bien aimé, le Mahua : « On nous a pris la forêt, nous ne savons plus d’où nous venons », disent les Gond. L’arbre sacré très souvent représenté, est le symbole de cet attachement à leur mémoire et de cette perte." Ca ne vous rappellerait pas quelque chose ? Un film avec des gens tout bleus qui se battent, eux aussi pour un arbre sacré ? Ce n'est pas donc pas pour rien que notre époque actuelle, qui commence à s'inquiéter des rapports de l'homme à la nature, découvre et met à l'honneur des artistes qui parlent de la nature originelle. D'accord, l'art gond reste assez confidentiel encore, mais depuis les années 1980, ils se font une place dans les galeries et les musées. Et pour les livres, depuis la première édition de La vie nocturne..., c'est Actes Sud Junior qui s'en charge.

Voilà pour le contexte. Mais le livre, le livre !

C'est un bel objet pour tous les sens. 
Il se touche : les pages sont épaisses, striées, presque rugueuses ; les dessins sérigraphiés, avec leurs lignes croisées et entrelacées, se lisent du bout des doigts autant qu'avec les yeux.
Il se respire... enfin, il le faisait peut-être au tout début (les Croquelinottes parlent d'"une odeur d’Inde, mélange de papier et de bois de santal"), mais c'est devenu très subtil... Cela dit, la magie de la synesthésie, ce mélange des sens dans notre cerveau, fait effet ; synesthésie d'ailleurs très importante chez les Gond, pour qui la musique se transforme en couleur.
Bien sûr, il se regarde. On a pu reprocher à l'art gond sa naïveté. De fait, chaque image a une apparence de simplicité, couleurs franches sur fond noir, pas de décor. Mais la précision et la richesse du trait interpelle, tout comme certains détails qui ne se révèlent pas au premier regard : on découvre des personnages comme cachés dans les branches, le feuillage ou les racines. On est dans le camouflage, ou bien la métamorphose, en tout cas une union intime des éléments de la nature.
Enfin, il s'écoute. Les textes sont des miniatures de contes, de fables, de mythes, qui disent l'animisme du peuple Gond : "Le Khirsali nous entoure et nous protège où que nous soyons. Il est dans les barrières de nos champs, dans les bordures de nos maisons, dans les lattes des toits au-dessus de nos têtes et dans les portes qui gardent nos entrées." Je parlais de métamorphoses et de camouflage : goûtez donc l'histoire de "l'arbre à douze cors". C'est facile, elle tient en une phrase : "Il arrive qu'un arbre soit en réalité un cerf à douze cors se tenant sur une butte et abritant un nid d'oiseau".

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Vous avez goûté, écouté, regardé, respiré et touché : vous pourrez poursuivre le voyage avec les récits et les images de Création, chez le même éditeur, ou d'autres albums, écrits ou illustrés par Bhajju Shyam ou Bai Durga.

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22 avril 2016

Sur les branches de L'Arbre à lettres

L'Arbre à Lettres - Bastille

A l'occasion de la Journée de la Terre 2016, dédiée à l'arbre, laissez-moi vous présenter un lieu avec, lui aussi, plein de feuilles.

J'ai redécouvert cette librairie de la rue du faubourg Saint-Antoine lors de mon dernier passage dans la capitale. L'Arbre à lettres, c'est une boutique toute en longueur, avec deux accès : côté rue, on tombe sur les Pléiade derrière le comptoir ; côté cour, sur le secteur jeunesse dans une salle qui lui est consacrée. Le décor est posé !

Alors, même si dans mon souvenir, les lieux étaient plus grands (mais moi, j'étais plus petite... ceci expliquant certainement cela), j'y ai trouvé mon compte.

J'ai pu feuilleter le groooos livre de l'exposition "Carambolages", en ce moment au Grand Palais, dont les affiches m'intriguaient pas mal. D'ailleurs, on raconte la visite chez Bricabook. 

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J'ai découvert deux maisons d'édition mini-prix (10€ maximum), mini-format, mais maxi-authenticité.

Au milieu de la boutique, les éditions Allia, "petite maison d'édition dynamique qui publie des textes érudits, rares ou originaux dans des présentations toujours soignées à des prix serrés", avec une ligne éditoriale "qui tourne autour de la critique du fonctionnement de la société [...] et conséquemment des tentatives politiques et artistiques de créer une autre société ou façon d'exister et enfin des révoltes individuelles [...] contre un certain ordre de la société." (lu sur le site de la librairie Mollat, de Bordeaux) Au hasard, on peut y trouver le Sarrasine de Balzac, un recueil de textes dadaïstes sous la plume d'Aragon, Man Ray et Benjamin Péret, ou encore le texte indispensable d'Yvonne Verdier sur Le petit chaperon rouge dans la tradition orale.

 Au fond, avec les livres d'art, les éditions Marguerite Waknine. Un format et une présentation originale, avec la couverture plastifiée qui retient des liasses de feuillets blanc cassé, sans agrafes, attirent l'attention. Là aussi, le catalogue est éclectique et permet la rencontre avec des auteurs ou des titres inattendus. J'ai longuement hésité entre les textes de Huysmans, Félicien Rops suivi de Le monstre, dans la collection "Livrets d'art", un livre présenté comme "rare" regroupant des dessins d'espèces aquatiques d'un certain Louis Renard (j'aimais beaucoup les couleurs, et le mélange entre réalité et imaginaire), et j'ai finalement choisi Les Songes drolatiques de Pantagruel : des gravures faussement attribuées à Rabelais, mais en fait créées par un certain (bis) François Desprez. Cent vingt monstres engendrés du sommeil de la raison, pour reprendre Goya, et publiés pour la première fois en 1565.

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Enfin, j'ai bavé devant moults albums pour enfants. J'ai fait la connaissance d'une amie de l'illustratrice Chiara Armellini (dont j'ignorais totalement l'existence, mais que cette rencontre fortuite m'a permis de découvrir, et c'est tant mieux !). Elle a publié des Devinettes, énigmatiques, graphiques et poétiques : ici, les Devinettes en herbe, en version originale.  

@Chiara Armellini

 

Mais c'est sur cet album que j'ai craqué : La vie nocturne des arbres, un livre "entièrement fabriqué à la main" (dixit Actes Sud Junior, son éditeur), qui nous fait découvrir l'art Gond, issu du centre de l'Inde. Produit en tirage limité, j'avais déjà constaté que je ne pouvais plus le commander chez Décitre. J'étais donc ravie de le trouver ici ! Je vous en reparlerai très vite.

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Ne manquez donc pas de pousser la porte si vous passez dans le quartier Mouffetard, ou allez faire un tour sur leur site : http://www.arbrealettres.com/

 

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