20 juillet 2017

Ilya Green : Les petits amis de la nuit

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J'ai bien eu du mal à choisir mon service presse parmi le catalogue des nouveautés Didier Jeunesse. Des livres musicaux comme ils savent si bien en faire, un nouvel album de Maria Jallibert, dont j'avais déjà parlé ici, qui improvise cette fois autour des moyens de transport (vous pouvez jeter un oeil à quelques pages sur le catalogue)...

Finalement mon choix s'est porté sur une histoire pour tout-petits, racontée et dessinée par Ilya Green, à propos des compagnons nocturnes.

Ilya Green, c'est celle qui a fait tout ça :

Mosaïque Ilya Green

Parmi ces couvertures chatoyantes, le joli Achile et la rivière, écrit par Olivier Adam, sur le bruit, le silence et le bonheur, un bon nombre de livres musicaux de Didier Jeunesse, justement, et plusieurs titres autour du sommeil, des rêves ou des amis des enfants : Petits contes pour rêver, Les rêves racontés aux petits curieux, Nos beaux doudous...

Ce sont ces thèmes-là qu'elle reprend dans Les petits amis de la nuit. Un petit album cartonné, agréable au toucher, avec des images en léger relief, qui décrit l'étrange défilé des bestioles qui accompagnent l'enfant vers le sommeil : des petites souris, un chat tout gris, des canards, des tortues, et, bien sûr, un loir. Tous ces animaux se préparent pour "le grand spectacle du soir". Et puis, pouf ! La magie opère : tout le monde s'est endormi...

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Les dessins sont beaux, très doux, tout en crayonnages. J'ai beaucoup aimé le fait que, malgré le fond noir, toutes les illustrations respirent la joie et le plaisir. La dernière image, notamment, est une explosion de couleurs chatoyantes et variées. Une jolie façon de dire que la nuit, les animaux ne sont pas - entièrement - gris, et que le noir n'est pas toujours source de peur : dans le noir, on raconte aussi de belles histoires.

 

Auteure et illustratrice : Ilya Green
Editions Didier Jeunesse
Parution : 23 août 2017

 Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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26 août 2016

Fiona Woodcock : Heidi joue à cache-cache

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Dans sa présentation de l'ouvrage, l'éditeur parlait d'un album "sur l'amitié et l'acceptation des différences". Ce qui m'intriguait car le résumé insistait surtout sur le don de la petite Heidi pour gagner à cache-cache. Comment l'auteure et dessinatrice allait-elle associer tout ça ? 

En fait, l'idée est simple et maline. C'est l'histoire, donc, de Heidi, qui adore se cacher. Forcément, quand ses amis n'arrivent pas à se décider pour un jeu, elle s'empresse de proposer cache-cache, parce qu'elle est sûre de gagner. Jusqu'à ce fameux jour de son anniversaire, où à force de se cacher trop bien, plus personne n'a envie de la chercher : "Charlie, Katie et Rosie ne purent trouver Heidi. En revanche, ils trouvèrent de délicieuses coupes glacées." Après réflexion, Heidi décide non seulement d'essayer les jeux de ses amis, mais, surtout, de les encourager, chacun, à proposer leur jeu préféré. Ainsi, ils pourront tous, tour à tour, être le meilleur. Et, finalement, c'est nettement plus rigolo de perdre, mais avec ses amis, que de gagner, mais toute seule. 

Moi qui aime tant le jeu, et qui crois fermement à son grand pouvoir éducatif (clin d'oeil au blogueur de Méliméludes ;-) ), cette réflexion sur la manière qu'a un groupe de jouer, et, d'abord, de choisir son jeu, m'a beaucoup plu. "Que le meilleur gagne !" : belle devise, mais encore faut-il que tout le monde en ait la possibilité, et que le potentiel de chacun puisse être mis en avant. 

Enfin, les illustrations ajoutent à la thématique de l'histoire, puisque le petit lecteur peut lui aussi s'amuser à chercher Heidi, toujours bien camouflée dans de très belles illustrations (crayon ? encre ? Un jour, il faudra vraiment que je prenne un cours d'arts plastiques...). Si j'en crois cet article, l'image est venue en premier, le texte en second : Fiona Woodcock aurait en effet d'abord créé la petite fille pour des cartes de voeux, ainsi que ce tableau, où l'idée de camouflage primait finalement sur celle d'une petite fille jouant à cache-cache avec des amis. 

Fiona 2

Un bien joli album sur tous les plans, donc, à découvrir très vite et à mettre entre les petites et les grandes mains. C'est le premier de Fiona Woodcock, mais attendez-vous à la retrouver bientôt ! 

Auteure et illustratrice : Fiona Woodcock
Editions Hatier jeunesse
A paraître le 27 septembre 2016

Etiquette Hatier jeunesseCe billet inaugure mon partenariat avec les éditions Hatier Jeunesse.

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20 août 2016

Axl Cendres : Dysfonctionnelle

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Une belle, belle, très belle découverte chez Sarbacane !

Le choix des tags a été difficile. J'aurais pu en ajouter une dizaine de plus tant ce roman est foisonnant et ébouriffant. Et en plus, il m'a prise par surprise. 

Fausse piste n°1 : le titre et la couverture sobre et sans présence humaine me faisaient penser à une nouvelle dystopie à la Divergente. En fait, pas du tout.

Fausse piste n°2 : le premier chapitre et la quatrième de couverture nous plongent à un moment de l'histoire où Fifi, l'héroïne, n'est déjà plus une enfant, et où elle rend visite à son père déjà en prison. On se fait une image assez dure de ce père qui n'a pas l'air franchement sympathique : il reluque les serveuses, annonce de but en blanc à sa fille qu'il n'a jamais voulu d'enfants... Et puis, après cette prolepse, on repart au début de l'histoire, et on découvre des personnages plus nuancés, plus attachants, et plus nombreux.

En effet, autour de Fidèle, dite Fifi ou Bouboule, gravitent un nombre impressionnant de personnages : son père, donc, sa mère, son oncle qui vit avec eux au "Bout du monde", le bar qui appartient à la famille, à Belleville, et six frères et soeurs, tous plus différents les uns que les autres. On a un Jésus qui se prend vraiment pour Jésus, une Maryline qui se prend pour Simone Weil, une Dalida qui se prend pour quelqu'un qui ne serait pas de cette famille, quelqu'un qui pourrait se construire une vie "sans cris, sans bagarre, sans alcool, sans folie". Oui, c'est comme ça que la soeur aînée voit cette famille que Fifi qualifie elle-même de "dysfonctionnelle". Elle explique ce terme ainsi à son petit frère Grégo : "Ca veut dire une famille qui ne marche pas bien, enfin pas comme il faudrait... mais qui tient debout quand même, pigé ?". Et en fait, oui, malgré les allers-retours en prison du père, ceux en hôpital psychiatrique de la mère (traumatisée par sa déportation pendant la guerre), les caractères difficiles de certains frères et soeurs et le cadre de vie atypique du "Bout du monde"... elle tient quand même debout, cette famille. 

J'ai aimé cette phrase de Jean-Michel du blog éponyme : "M’est avis que c’est un roman qui est capable de remettre en place la personne la plus étroite d’esprit qui soit : une pensée raciste ? une intolérance aux gays ? à Johnny ? au football ? pas de problème, Axl Cendres est là pour poutrer tes préjugés moisis avec autant de talent que Barbra Streisand se déchaînant en duo avec Sinatra [...]". C'est exactement ça : j'ai rarement lu un livre (qui plus est en littérature jeunesse) qui aborde tant de situations de discriminations ou, du moins, de confrontation des différences, mais surtout, surtout, avec un naturel désarmant. L'accent est mis sur le choc des cultures, c'est ce qui pèse le plus dans la relation entre Fidèle et Sarah, son premier amour. Mais il y a tellement d'autres questions qui y sont liées ; par exemple, le passé douloureux de Fidèle dans une famille d'accueil revient tout au long de l'histoire, toujours en filigrane, à travers cette cicatrice au dos qu'elle ne montre qu'en cas de nécessité absolue et dont on ne saura jamais (non, non, j'insiste : jamais) dans quelles circonstances elle est apparue.

Par ailleurs, si j'avais lu ce livre avant le 17 juillet, il aurait trouvé sa place, proche des premières positions, dans la liste des plus belles histoires d'amour découvertes en littérature jeunesse. L'amour passion entre Fidèle et Sarah et les nombreux rebondissements au sein de leur relation m'ont fortement émue. C'est surtout cette histoire-là qui a provoqué chez moi "le cafard de la fin", selon l'expression de ClaireD de la super librairie Les Croquelinottes (elle, c'est à propos du nouveau roman de Clémentine Beauvais, Songe à la douceur).

Il va sans dire que, désormais, le nom d'Axl Cendres fera partie de ma veille littéraire : j'attends de pied ferme son prochain roman. Vivement !

04 juillet 2016

Stéphane Servant : La langue des bêtes

 

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Je déteste Stéphane Servant. Il m'énerve. Mais vraiment. En fait, je vous expliquer pourquoi il m'énerve : il a écrit un livre que j'aurais voulu écrire. Déjà, France 2, avec la série Trapped, m'avait volé mon idée de thriller en huis clos sur une île scandinave... Bon, je m'égare. Mais, ce roman, La langue des bêtes, il concentre effectivement tout ce que j'aurais eu envie de mettre dans un roman : la forêt, les animaux sauvages, le cirque, les monstres, le choc des cultures. Tous les univers qui me parlent, m'attirent, que je cherche un peu partout dans mes découvertes culturelles.

Avant de vous parler de ce roman, une petite parenthèse sur Stéphane Servant : c'est un auteur que j'ai déjà rencontré deux fois, mais sans faire le lien. La dernière fois, c'était récemment, avec l'album Purée de cochons. Mais je l'avais déjà lu dans Chat par-ci, Chat par-là, un de ces formidables petits romans de la collection Boomerang, aux éditions du Rouergue : des romans qui se lisent à l'endroit, à l'envers, avec des histoires qui se répondent entre elles, dont j'ai parlé la dernière fois. Pour ce qui est de Stéphane Servant, c'est donc un auteur assez surprenant, dont on a l'impression qu'il se glisse dans plusieurs plumes, tant ses textes ne se ressemblent pas. L'album Purée de cochons joue surtout sur l'humour et le jeu avec les classiques des contes pour enfants, pour les plus jeunes. Chat par-ci, Chat par-là amène plutôt à une réflexion sur la tolérance, l'entraide, l'acceptation de l'autre, sous des airs de récit léger, adressé à des lecteurs "cycle 3" (en langage Education Nationale, ça veut dire "CM1-CM2-6e). Quant à La langue des bêtes, c'est un roman bien plus conséquent, également aux éditions du Rouergue, mais pour les plus grands.

On y raconte l'histoire d'une ancienne troupe de forains. Ancienne, car, pour une raison qui ne sera expliquée qu'à la fin, mais qu'on devine peu à peu, le cirque a dû fermer ses portes aux spectateurs. Le chapiteau semble s'être définitivement posé dans un endroit qu'on appelle le "Puits aux anges", en lisière de forêt. Mais la poésie de ce nom est rattrapée par la dure modernité : la forêt et le Puits aux anges sont en passe d'être rasés, pour laisser place à une autoroute.

Voici pour la situation initiale. Et les personnages ? Leurs noms sont une histoire à eux seuls : il y a Belle, la mère ; Petite, la petite ; le Père, le père ; Major Tom, le nain ; Pipo et son lion Franco ; Colodi le marionnettiste. Beaucoup d'adultes, certains éreintés par la vie et les hommes, et une seule enfant, qui fait tout pour ne pas grandir et, surtout, pour ne pas oublier les histoires.

Car le fil conducteur de ce récit envoûtant est là : Petite croit aux histoires que les adultes lui racontent, elle veut, elle aussi, en raconter, et elle est persuadée que, le jour où tout le monde les aura oubliées, alors la Bête viendra se repaître de la solitude et de la souffrance qui régnera au Puits des Anges. Face aux gens du Village, puis de la Ville, qui les appellent ou les excluent, face aux mystères que portent en eux les adules qui l'entourent, face à cette mystérieuse Bête qui rôde dans la forêt et qui fascine autant qu'elle effraie, Petite lutte. Elle veut transmettre les histoires, comprendre pourquoi les bêtes ne parlent plus, renouer des liens qui n'existent plus.

C'est un roman extrêmement riche et profond que Stéphane Servant nous livre. Avec une langue d'une rare poésie, il dit la forêt et ses mystères, la solitude humaine, l'exclusion et l'amour, l'archaïsme et la modernité. On se laisse bercer de chapitre en chapitre, dans une histoire assez tortueuse : je me suis un peu perdue dans le dernier tiers du livre, mais finalement, n'était-ce pas l'intention de l'auteur ? On se perd avec les personnages, on se retrouvera (peut-être ?) avec eux.

Je le disais plus haut, j'ai rarement lu un livre qui rassemble autant de mes thèmes et univers de prédilection. Et j'ai aussi été convaincue par l'écriture. Je parlerai donc vraiment de chef-d'oeuvre pour ce roman découvert plutôt par hasard. Et je me réjouis d'avance de découvrir ses autres romans, dont on dit aussi le plus grand bien sur la Toile. En parlant de Toile, j'ai découvert deux blogs bien sympathiques avec des articles très enthousiastes aussi sur ce roman : c'est chez Keskonlit, et chez Bob et Jean-Michel.  

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30 juin 2016

Petites lectures pour petits lecteurs, épisode 3 : la collection "Boomerang"

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J'ai découvert cette collection en septembre, lors du lancement du prix Pep 42 avec nos classes de sixième. 

Le premier livre que j'en ai lu faisait donc partie de la sélection du prix, et c'était Chat par-ci, Chat par-là, de Stéphane Servant. Il n'a pas gagné le prix, mais, dans ma classe, il a remporté pas mal de succès. Evidemment, la première question qu'on se pose, c'est : "On commence par oùùùùù ?". Eh bien, justement, c'est ça qui est très chouette : on commence par où on veut ! La collection est fondée sur le principe de deux histoires qui se répondent (une même intrigue, avec deux points de vue différents). Le côté qu'on choisira va nécessairement déterminer la façon dont on entre dans l'histoire, le regard qu'on portera sur les personnages, mais c'est ça qui est intéressant. Dans Chat par-ci, Chat par-là, vous choisissez Lorette, une vieille dame qui râle beaucoup, ou Sofiane, un adolescent plutôt joyeux. Les deux sont coincés chez eux avec une jambe dans le plâtre. Voyez vous-mêmes comment ces deux récits débutent : 

"J'attends Lunes.
C'est un drôle de nom pour un chat. 
Mais j'adore les lundis et les chats. Et l'espagnol aussi. Lunes, ça veut dire lundi.
Le lundi est le jour où l'infirmière vient me faire faire les exercices de gymnastique.
Elle est jeune, belle et elle rit tout le temps. Elle a un accent espagnol qui chante. Et j'aime bien ça."

"J'attends Lundi.
C'est un drôle de nom pour un chat. 
Mais je n'aime ni les lundis ni les chats. C'est pour cela que j'ai choisi de l'appeler Lundi. Le lundi est le jour où l'infirmière vient me faire faire les exercices de gymnastique.
Et je n'aime ni la gymnastique, ni l'infirmière. Elle est jeune, belle et elle rit tout le temps. Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? Avec son accent de chanteuse de flamenco, elle est insupportable !"

Derrière une histoire qui semble légère se cache un message sur la différence, la solidarité, la tolérance, et une "fin" (si l'on peut parler de fin) pas si attendue que ça. Stéphane Servant, il écrit des choses bien, quand même, j'ai découvert ça depuis quelques temps ; j'en ai déjà parlé ici et j'en reparlerai bientôt. 

Puis j'ai découvert qu'Antoine Dole avait co-écrit un titre de cette collection. Cette fois-ci, ça s'appelle Salut, Hikaru ! Konnichiwa, Martin ! Et, comme le suggèrent les titres, il est question de voyage et de langues. Une histoire toute simple, là encore, de deux écoliers, l'un français, l'autre japonaise, qui s'envoient des lettres. Mais une histoire pas si naïve que ça, qui, elle aussi, reflète bien les préjugés qu'on peut avoir sur certaines personnes ou certaines pratiques. 

Tous les autres titres sont dans le catalogue, et certains me paraissent alléchants dès le titre (notamment J'aime pas ma petite soeur/Je veux être la grande !). 

D'autres idées de lecture utilisant l'idée des différents points de vue : 

- un album : l'indémodable Une histoire à quatre voix, d'Anthony Browne

- un roman jeunesse : le non moins indémodable L'enfant océan, de Jean-Claude Mourlevat. (plumé ici chez la petite Mu, mais aussi sur le site Educalire, un peu plus fourni, et plus pédagogique.)

- enfin, deux romans jeunesse qui ne racontent qu'une seule histoire : Le pianiste sans visage et La fille de 3eB, de Christian Grenier (et là, allez voir directement sur le site de l'auteur, avec un long commentaire sur l'écriture des deux romans - attention aux spoilers, cependant).

 

 Néo-défi lecture 2016 : Un livre avec deux auteurs (pour Salut, Hikaru ! Konnichiwa, Martin !)

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22 avril 2016

Dupuy-Berbérian : Le journal d'Henriette

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Oui, Henriette, ce n'est pas nouveau, et même que je l'ai connue à ses débuts, dans Je Bouquine, nanère. Enfin, ses débuts... c'est ce que je croyais, jusqu'à ce que j'emprunte hier ce que je pensais être le tome 3 des aventures que je connaissais, après Une envie de trop et Un temps de chien.

Dans ces deux premiers volumes, je retrouve avec plaisir les trois copines écervelées, le groupe Etalaaaaaaage qui danse en se grattant le dos, le chien Chirou, diminutif du Chiroubistan, pays en guerre, "parce qu'on ne peut pas sauver un pays mais on peut adopter un chien". Un peu trop de pages avec Fatman, le supergros héros et son entraînement à base de hamburgers, pages dont j'aime un peu moins le graphisme et dont les aventures tournent un peu en rond. Et puis, bien sûr, Henriette, ses lunettes, ses couettes, son pull bleu et son journal. Beaucoup de réflexions autour de la force de l'imagination, de l'espoir et du rêve, qui apporte un contrepoint optimiste aux nombreuses problématiques de l'adolescence vécues à travers Henriette : les complexes physiques, la peur de la solitude, les relations avec les parents (qui sont gratinés, il faut bien le dire)...

J'ouvre donc le troisième volume, et là, au secours ! Qu'est-ce que c'est que ce graphisme que je ne reconnais pas du tout ? Ces histoires dont je n'ai jamais entendu parler et qui ne s'enchaînent pas du tout avec les précédentes ? C'est en refermant l'album que j'ai la solution, en quatrième de couverture : en fait, il y a eu deux séries. Une première, dénommée Le journal d'Henriette, publiée d'abord dans Fluide Glacial entre 1985 et 1990, puis une nouvelle en 1996 qui reprend de zéro, dans Je bouquine, et qui est celle que je connaissais. Ouf, je retrouve mes marques !

Un petit mot, alors, sur la première Henriette, puisque je la découvre seulement. Dans l'album que j'ai lu, les planches sont en couleur, mais dans le magazine, elles étaient d'abord en noir et blanc. En outre, comme je le disais, les dessins sont différents. On retrouve bien sûr les visages des personnages, mais immédiatement, on voit que les traits sont plus durs. Le père, plutôt ridicule dans la deuxième série , est ici presque inquiétant ; Henriette, elle, est plus froide. Le ton général est plus violent, c'est du moins l'impression que j'ai eue.  En passant chez Je bouquine, les traits deviennent plus ronds, les couleurs plus franches, les personnages plus stéréotypés. Mais les dialogues ont gagné en efficacité. Dans la première série, je les trouve trop développés, trop explicites. Ceux de la deuxième permettent davantage au lecteur de lire entre les lignes, et l'humour en est plus percutant.

Petite étude d'une planche de la série initiale, sur CitéBD : clic.

Bref, on voit bien que le public visé n'est pas tout à fait le même. Je garde personnellement une nette préférence pour la série que j'ai découverte enfant, qui garde un pouvoir plus universel.

Neo-défi lecture 2016 : Un livre avec un personnage qui porte l'un de vos prénoms. (Là, la petite Mu vous dévoile une sacrée partie de son intimité...)

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29 juillet 2014

Yves Grevet : Seuls dans la ville entre 9h et 10h30

 

Je ne connaissais pas du tout Yves Grevet. J'ai découvert ce titre par hasard et j'ai tout de suite été attirée par l'idée que j'ai trouvée très originale. Une prof de français propose à sa classe de lycéens un sujet assez libre pour leur nouvelle rédaction : ils doivent choisir un endroit du centre-ville, s'y placer entre 9h et 10h30, et écrire ce qui les inspire. La lecture des copies révèle certains talents pour l'écriture, d'autres pour le hors-sujet, mais, surtout, elle s'avère précieuse car, ce matin-là, le corps d'un homme a été retrouvé dans la ville. Tous les écrivains amateurs sont donc témoins potentiels dans cette affaire. Problème, Erwan, l'un des lycéens, semble être le seul à penser que ces copies peuvent contenir des informations intéressantes, voire essentielles pour l'enquête. Qu'à cela ne tienne : sans l'aide des adultes, mais secondé par la jolie Cassandre, il travaillera de son côté. 

La quatrième de couverture était donc alléchante, et je m'apprêtais à plonger avec plaisir dans ce récit au fond et à la forme singuliers. Mais ce plaisir a été - très - rapidement gâché par le registre dans lequel l'auteur s'est inscrit. C'est ce genre de romans qui parle d'adolescents en les faisant parler d'une manière qui ne leur correspond pas du tout, mais sans effet littéraire pour autant. En gros, une écriture simpliste, un peu bébé, qui manque autant de rythme que de crédibilité. Du coup, l'intrigue devient fade. Il y a un décalage entre l'âge des personnages principaux (qui ne sont plus des gamins) et la naïveté dont ils font preuve en menant l'enquête, de même que le comportement ou les paroles des adultes autour d'eux, qui ne semblent pas plus sérieux que leurs enfants. 

Il n'y a que les rédactions que j'ai trouvées agréables et amusantes à lire. C'était là un véritable exercice littéraire : décliner ce sujet (écrire dans la ville) à toutes les sauces. On a de la poésie, des récits animaliers, des dialogues, des textes introspectifs... Certes, ces textes souffrent du même défaut de crédibilité dont j'ai parlé auparavant (on les imagine mal écrits par des élèves de Première), mais, au moins, ils expriment le talent de leur véritable auteur, l'écrivain du roman. 

Une déception, donc, et même, à mes yeux, un raté (il y aurait eu tellement à faire à partir de cette idée que je trouve toujours géniale), mais qui ne m'empêche pas de vouloir lire d'autres livres d'Yves Grevet. En espérant que sa plume soit plus réussie dans d'autres cadres. 

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25 janvier 2014

Hilde Hagerup : Quelque chose que je regrette

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un sentiment en littérature scandinave

Bon, étant donné l'urgence - le challenge 2013 se termine dans quelques jours -, j'ai laissé tomber le premier titre que je comptais lire pour la catégorie "sentiment", à savoir Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Trop long, et puis je dois dire que je n'étais pas spécialement enthousiaste. C'est donc après de nouvelles recherches que je suis tombée sur ce roman jeunesse (après tout, ça reste scandinave, j'ai le droit !) de la même collection que La belle aux oranges de Gaarder  que j'avais beaucoup aimé. Le résumé parlant d'une fillette dont le père a disparu en mer et dont la soeur, qui était présente lors de l'accident, exprime son traumatisme en chantant sans s'en rendre compte, m'a accrochée, d'autant plus qu'il me faisait penser à une nouvelle policière de littérature jeunesse, où l'on retrouvait presque les mêmes ingrédients. 

Et ce fut une bonne pioche ! Un récit qui n'en dit ni trop, ni trop peu, avec une héroïne détestable et en même temps attachante, une sorte de sale gamine mais qui ne demande qu'un peu d'attention et d'affection. Tellement maladroite auprès de ses copines, de sa mère, de sa soeur, de son instituteur, qui d'ailleurs, parfois, le lui rendent bien. Les personnages de ce roman sont croqués avec mordant, et ils marquent l'esprit. Le va-et-vient entre passé et présent nous berce de manière plutôt agréable. Simplement, parfois, j'étais en attente d'un événement, quelque chose de précis, une péripétie particulière, qui n'arrivait pas toujours. Mais la fin est belle, et a répondu à mes attentes. 

A noter que c'est un récit qui demande à son lecteur suffisamment de maturité pour savoir lire entre les lignes et pour ne pas chercher à séparer les gentils et les méchants. Pour ma part, c'était donc une jolie découverte. 

 

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22 octobre 2013

R.J. Palacio : Wonder

Journal de lecture

Une présentation différente pour un livre différent :
a) j'ai préféré, en guise d'illustration, insérer ce message, que l'on trouve sur la quatrième de couverture, plutôt que la couverture en elle-même  (qui, effectivement, me laisse plus ou moins de marbre). "Read this book", on ne saurait mieux dire. 
b) j'ai aussi décidé de réitérer la démarche déjà adoptée pour l'un de mes précédents comptes-rendus (celui-ci très exactement), à savoir celle du journal de lecture. En plus, c'est le travail que je viens de demander à mes élèves de troisième pour leur prochaine fiche de lecture. (J'ai hâte de lire leurs productions : fin du suspense le lundi 18 novembre...).

Allons-y donc pour un compte-rendu "en direct" : 

Samedi 12 octobre, 22h environ (?) : 
Une amie libraire me fait part de ses derniers coups de coeur. Parmi eux, Wonder de R.J. Palacio. J'en ai déjà entendu parler, j'ai dû le voir traîner sur des listes de sélections, ou en voir la couverture à la médiathèque. Allez, c'est décidé : je l'ajoute à la liste de mes prochains emprunts. 

Samedi 19 octobre, 11h15 : 
Je trouve sans problème le livre dans les rayons de la médiathèque. Sa taille, copieuse, me satisfait. Paradoxalement, le fait de voir qu'à l'intérieur, la présentation est très aérée, qu'il y a peu de mots par page, me rassure aussi : là, je pense à mes élèves... 

Samedi 19 octobre, 21h30 :
Décidément, le film qu'on a choisi de regarder avec mon chéri (devrais-je dire : que mon chéri a choisi de regarder ?...) ne me passionne pas. Heureusement, j'ai emmené avec moi sur le canapé cette fameuse "merveille" dont on m'a dit le plus grand bien. Cependant, je ne me presse pas de le commencer : peur de l'avoir trop vite fini. J'attends donc d'avoir migré dans mon lit pour l'ouvrir enfin. 

Samedi 19 octobre, 22h30 : 
J'ai terminé la première partie. Ca se lit très bien, en effet, cependant je reste un peu sur ma faim. Je m'attendais à quelque chose de plus "coup de poing", avec plus d'humour noir, peut-être. Les événements s'enchaînent et restent assez prévisibles. Il reste encore beaucoup de pages à lire, j'ai peur de la lassitude. 

Dimanche 20 octobre, 9h : 
J'attaque la deuxième partie. Et là, je vois quelque chose que je n'avais pas repéré en feuilletant le livre : le narrateur change. Ce n'est plus August, le héros, qui nous parle, mais sa soeur, Olivia, dite "Via". C'est pile poil ce qu'il fallait, au moment où il le fallait, pour relancer l'histoire et éviter cette fameuse lassitude qui m'inquiétait. On repart en arrière, sans pour autant s'attarder aussi longtemps sur les mêmes détails que dans la première partie. C'est très habile, et très réaliste : Olivia n'attache pas d'importance aux mêmes choses que son frère, il est donc normal que sa narration suive un rythme différent. Et, finalement, on ne s'ennuie pas une seconde. 
Du coup, j'enchaîne les pages, sans plus m'arrêter, et je vois défiler d'autres narrateurs : Summer, l'une des rares amies d'August, Jake, un autre de ses camarades... A chaque fois, c'est le même plaisir, celui de revenir en arrière mais d'avancer en même temps : les pièces du puzzle se mettent en place et l'univers d'August est de plus en plus palpable. 

J'aime les références à certaines chansons, dont la chanson fétiche d'August et Miranda, Space Oddity de Bowie. Qui me fait immanquablement penser à ça  : un autre "wonder", une autre histoire d'exclusion, de premiers pas, d'acceptation de soi. 

Dimanche 20 octobre, 11h32 : 
Après avoir enfin décollé de ma table pour prendre ma douche et m'habiller (oui, dans un journal de lecture, on se dit tout !), et mis à jour ce journal de lecture, j'avais vaguement décidé de corriger quelques copies... Et puis, zut, j'ai vraiment envie de continuer. Je suis en vacances, après tout ! 
Donc, je finis. Comme d'habitude, je suis déçue d'avoir fini si vite. J'aurais aimé partager un peu plus longtemps l'univers de cet August si attachant, et surtout celui de ses amis : les personnages secondaires sont vraiment intéressants, et on se prend à espérer en savoir plus sur certains. Une frustration pas désagréable, somme toute.

Alors, c'est plein de bons sentiments, les méchants sont punis et les gentils récompensés, la fin est très happy-américaine, mais ça fait du bien, quand même.  Cela rappelle que, oui, des méchants, il y en a et il y en aura toujours, mais qu'une vie est possible à côté d'eux, et malgré eux. Mais il est bon de savoir qu'ils sont méchants, parce qu'on comprend qu'on est du bon côté, en tout cas qu'on ne va pas s'interdire de vivre à cause d'eux. 

Je souhaite vraiment faire lire ce livre à mes élèves, au moins quelques uns, ce qui ne s'arrêteront pas aux apparences (= le nombre de pages...). C'est une lecture agréable et idéale pour les entrants en 6e. 

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27 août 2013

Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?

Découverte littérature jeunesse 2013

Et un dernier pour la route ! 

Un titre plutôt intrigant, un auteur talentueux : deux bonnes raisons de me plonger dans la lecture de ce roman récent. A la sortie : un roman qui donne envie d'aller au bout, avec quelques longueurs, cependant, des passages moins convaincants que d'autres. 

L'histoire se déroule à deux époques différentes. D'abord, de nos jours, une famille (le père, la mère, la fille) emménage dans une maison de campagne à retaper, et découvre, en creusant, un crâne de fillette. Les policiers du coin n'ayant pas tellement envie de débuter une enquête sur un possible meurtre qui remonterait à une cinquantaine d'années, c'est le père et la fille, détectives privés associés - et amateurs - qui se chargeront de plancher sur le sujet. En alternance, c'est un autre père de famille, vivant ses derniers jours, qui écrit une lettre destinée à sa femme et, surtout, à sa fille, dans lequel il raconte l'histoire de son enfance, qu'il taisait jusque là : avant d'arriver en France, il était un jeune garçon vivant sa pré-adolescence sur l'île de la Réunion dans les années soixante. Puis un inquiétant camion au sigle mystérieux, la DDASS, est venu rôder autour de lui et de sa meilleure amie, Adélie. Leur destin bascule à partir de là, jusqu'à l'inéluctable. 

Comme souvent dans les enquêtes policières en littérature jeunesse, le suspense n'en est pas vraiment un : on comprend assez vite de quel crâne il s'agit, on fait les liens tout seuls bien avant que Bertille, la jeune enquêtrice, ne parvienne aux mêmes résultats avec son père. N'empêche que la fin, on ne s'y attendait pas, et qu'elle nous envoie une vérité en pleine face qui remet tout en question. Pari réussi ! 

J'ai beaucoup aimé les pages racontant l'enfance d'Ylisse et d'Adélie. C'est un témoignage assez rare en littérature jeunesse de cet exil non choisi qu'ont vécu beaucoup d'enfants venant d'outremer dans les années soixante, et de leur difficile - le mot est faible - adaptation au monde de la métropole, qui ne leur fait parfois pas de cadeau, après les avoir attiré par des miroirs aux alouettes. 
Les chapitres centrés sur Bertille et sur l'enquête m'ont laissée de marbre, en revanche. Comme je le disais précédemment, il n'y a guère de véritable suspense dans l'enquête, et les notes d'humour que Nozière a voulu laisser çà et là ne m'ont arraché presque aucun sourire. Nozière, je le préfère distant et glacial, comme dans ces superbes romans qui font froid dans le dos, Souviens-toi de Titus, Les assassins du cercle rouge... 

Bref, une agréable lecture, tout de même, qui séduira certainement les jeunes lecteurs. 

Posté par lapetitemu à 13:01 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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