16 mai 2016

Stéphane Servant, Laetitia Le Saux : Purée de Cochons

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Chez les enfants, les histoires de recettes ont toujours fait recette. Cette Purée de cochons fera-t-elle exception ? Ou saura-t-elle combler vos pupilles enchantées ?

Je m'arrête ici. Stéphane Servant maîtrise l'art de la rime bien mieux que moi. J'ai apprécié la qualité du jeu sur les sonorités, qui permet au passage de faire découvrir des mots nouveaux aux petits lecteurs ou auditeurs : le loup est "guilleret" à l'idée de cuisiner les "porcelets", le loup est "barbichu" avec une queue tordue... Toute la panoplie de l'oralité est mise en oeuvre pour rendre cet album facile à lire, à écouter, à mémoriser : les rimes, donc, les comptines, les petites formules récurrentes, un texte qui utilise typographie, couleurs, disposition pour guider le rythme ou les intonations. Presque un manuel d'apprentissage pour conteurs débutants (ça tombe bien, c'est mon cas !).

Et ça tombe bien, puisqu'il est question de lecture là-dedans. L'histoire commence comme il se doit, avec trois cochons dans la casserole d'un loup. Mais, problème, le loup ne sait pas lire. Et comment suivre une recette si on ne peut pas la lire ? Les porcelets vont faire tourner notre loup en bourrique, et l'envoyer chercher des ingrédients inutiles, juste pour gagner du temps. Jusqu'au jour où, sans le vouloir, le loup se retrouve dans une école. Quelle aubaine ! Il va enfin pouvoir apprendre à lire ! Mais alors, les cochons peuvent commencer à se faire du mauvais sang...

J'ai été plutôt déçue par l'histoire. Je m'attendais à ce que les personnages secondaires (l'ours, le corbeau, la grand-mère) soient davantage exploités. Il y a de petits détails intéressants sur les images, mais rien de très exceptionnel. Par ailleurs, je ne suis pas très fan du graphisme. J'aime bien l'effet "papier découpé" mais je trouve les lignes et les couleurs un peu trop tranchées. Je suis allée jeter un oeil sur le site de Laetitia Le Saux, pour voir le reste de son travail. J'y ai trouvé d'autres dessins un peu plus doux, aux traits un peu plus ronds ou aux couleurs un peu plus nuancées. Je pense cependant que, dans Purée de cochons, la franchise des formes et des teintes peut plaire aux enfants.

Bref, une histoire à lire et à tester sur le public concerné : les enfants ! Et s'ils en redemandent, on retrouve les trois petits cochons railleurs et le loup raillé dans La culotte du loup (sorti en 2011, prix des Incorruptibles).

 Ce billet inaugure mon partenariat avec les éditions Didier Jeunesse.

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12 mai 2016

L'art de la dédicace

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A l’ère des salons et autres fêtes du livre, connaissez-vous l’histoire de la dédicace ?

 L’étymologie est en elle-même toute une histoire. Dédier ou effectuer une dédicace, à l’origine, signifie « consacrer au culte divin, mettre [une église, un autel] sous l’invocation d’un saint ». Le verbe latin dedicare vient en effet du vocabulaire religieux et se traduit par « consacrer ». La « dédicace » en tant que nom commun devient ensuite la consécration d’un monument à un personnage, puis la trace écrite liée à cette consécration, et, enfin, en 1613, l’ « hommage qu’un auteur fait de son œuvre à quelqu’un par une inscription imprimée en tête de l’ouvrage ». Le verbe, lui, n’apparaît qu’en 1836. Il fixe définitivement l’entrée de cette famille de mots dans le vocabulaire de l’art et la littérature. 

Comment est-on passé d’un geste religieux aux longues files d’attente devant le stand de Fabrice Luchini ou de Manuel Valls ? Vous allez le comprendre facilement. Roger Chartier, dans son excellent Le livre en révolutions, nous explique qu’au XVIIe siècle, une dédicace est « le geste qui marque [l’]entrée [de l’auteur] en clientèle, ou dans les liens du patronage. » Plus clairement, au XVIIe siècle, un auteur qui veut vivre de sa plume mais n’a pas de fortune personnelle  doit se mettre sous la protection d’un patron. Le plus souvent, il s’agit d’une personne illustre : un ministre, un prince, un souverain. Alors, il s’agit surtout d’un échange de bons procédés : je te « consacre » mon livre, tu assures ma survie.  

C’est pour cela que les dédicaces qu’on trouve alors dans les œuvres sont autrement plus conséquentes que le simple « A Emmanuelle », de Fabrice Luchini. La postérité donne à certaines le statut de véritables oeuvres de littérature : présentes pour éclairer le livre qui va suivre, elles deviennent des manifestes artistiques, des textes à étudier. L'exemple le plus célèbre est la dédicace "A Monseigneur le Dauphin", de Jean de La Fontaine : 

"Je chante les héros dont Esope est le père, 
Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère, 
Contient des vérités qui servent de leçons. 
Tout parle en mon ouvrage et même les poissons. 
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes; 
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. 
Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux, 
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux, 
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes, 
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix 
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois. 
Je vais t'entretenir de moindres aventures, 
Te tracer en ces vers de légères peintures; 
Et si de t'agréer je n'emporte le prix, 
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris." 
La Fontaine se place ainsi sous le patronat des auteurs antiques et rappelle la fonction de l'apologue et de la fable : plaire et instruire. Derrière ces "moindres aventures", ces "modestes peintures", se cachent évidemment "des vérités qui servent de leçons". Tout cela, c'est la partie qu'on étudie en cours de littérature, ce que l'on retient du texte. Mais observez un peu les vers consacrés, au sens propre du terme, au dauphin, Louis de France, fils de Louis XIV, à qui s'adresse La Fontaine : vocabulaire hyperbolique, posture de modestie, d'infériorité, voire de supplication du poète à l'égard du prince, inscription du personnage dans l'Histoire, au même titre que les Fables s'inscrivent dans une histoire littéraire. En voilà un exemple de dédicace qui remplit sa mission tout en traversant les siècles ! 
Même époque, autre genre littéraire : les Contes de Perrault. Qu'ils soient "de ma mère l'Oye", ou "du temps passé", selon les différents titres qui ont été donnés au recueil, ils sont introduits par une dédicace à "Mademoiselle" : Elisabeth Charlotte d'Orléans, petite nièce de Louis XIV. L'écriture même de cette dédicace est une énigme : elle est signée non pas par Charles mais par son fils Pierre Darmancourt, âgé de dix-sept ans à ce moment-là, car c'est à lui qu'on prête l'écriture des contes en prose en 1695. C'est même un argument utilisé dès la première phrase de la dédicace : 
"On ne trouvera pas étrange qu'un Enfant ait pris plaisir à composer les Contes de ce Recueil, mais on s'étonnera qu'il ait eu la hardiesse de vous les présenter. Cependant, Mademoiselle, quelque disproportion qu'il y ait entre la simplicité de ces Récits, et les lumières de votre esprit, si on examine bien ces Contes, on verra que je ne suis pas aussi blâmable que je le parais d'abord. Ils renferment tous une Morale très sensée, et qui se découvre plus ou moins, selon le degré de pénétration de ceux qui les lisent [...]. 

Tout l'art de la dédicace est présent là encore : plaidoyer pour une littérature à double niveau d'interprétation, et flatterie de la personne consacrée, qui aura l'intelligence nécessaire pour accéder au degré le plus profond. 

Mystification littéraire, textes à rallonge : rien de tout cela n'est possible aujourd'hui, alors que les dédicaces se font à la chaîne sur une table envahie par les exemplaires imprimés. Je salue réellement la patience et la sympathie des auteurs qui prennent le temps d'échanger quelques mots avec leurs lecteurs et d'inscrire des remarques personnalisées. Pour l'anecdote, quand j'avais quinze ans, toute excitée de pouvoir rencontrer Christian Grenier au festival Sang d'encre, à Vienne, je lui ai apporté les six livres que je possédais de lui. Eh bien, je vous assure, il me les a tous dédicacés, et tous de manière différente ! Chapeau, l'artiste ! 

Il reste les dédicaces d'illustrateurs et dessinateurs, aujourd'hui, pour voir s'ajouter à l'ouvrage existant une véritable oeuvre d'art originale. Certains se déplacent avec pinceaux, encres, couleurs, et on ne regrette pas de s'être déplacé. Ces séances laissent des souvenirs aux lecteurs... mais aussi aux dessinateurs, comme on peut le lire dans ce florilège de témoignages récoltés par Le Parisien. Moins drôle, en 2010, la colère des auteurs de BD constatant que les lecteurs, sitôt rentrés de la séance de dédicaces, s'empressent de mettre en vente leurs dessins, inédits, forcément. 

En tout cas, au cas où vous vous posiez la question, Charlotte n'a pas réussi à devenir invisible, comme le lui souhaitait Eric Boisset. Sans doute n'a-t-elle pas bien suivi les instructions du Grimoire d'Arkandias. Dommage... mais, au moins, elle a eu son dessin.

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24 avril 2016

Shyam/Durgabai/Urveti : La vie nocturne des arbres

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C'était cet article de la librairie des Croquelinottes, à Saint-Etienne, qui m'avait donné envie de me procurer ce livre particulier. Particulier, d'abord, parce que rare : il a été édité en tirage limité. Et en effet, sur mon site habituel de commandes en lignes : définitivement indisponible. C'est à Paris, à L'Arbre à lettres, que j'ai pu faire l'acquisition de l'exemplaire n°1550 sur 3000.

Particulier, ensuite, car cet album mêle un thème universel et maintes fois traité en littérature, l'arbre, et des auteurs-illustrateurs beaucoup moins connus, issus d'une civilisation indienne, la tribu Gond.

Qui sont les Gond ? Ce peuple du centre de l'Inde est issu d'un ancien royaume se nomment eux-mêmes "montagnards". Leur attachement à la nature et à leur environnement est ancestral et toujours ancré dans leurs traditions. Sur le site d'une galerie, on lit ceci : "Sous l’empire Britannique et après l’indépendance de l’Inde, la spoliation de leurs terres et la déforestation sont telles que les Gond ne trouvent plus leur arbre bien aimé, le Mahua : « On nous a pris la forêt, nous ne savons plus d’où nous venons », disent les Gond. L’arbre sacré très souvent représenté, est le symbole de cet attachement à leur mémoire et de cette perte." Ca ne vous rappellerait pas quelque chose ? Un film avec des gens tout bleus qui se battent, eux aussi pour un arbre sacré ? Ce n'est pas donc pas pour rien que notre époque actuelle, qui commence à s'inquiéter des rapports de l'homme à la nature, découvre et met à l'honneur des artistes qui parlent de la nature originelle. D'accord, l'art gond reste assez confidentiel encore, mais depuis les années 1980, ils se font une place dans les galeries et les musées. Et pour les livres, depuis la première édition de La vie nocturne..., c'est Actes Sud Junior qui s'en charge.

Voilà pour le contexte. Mais le livre, le livre !

C'est un bel objet pour tous les sens. 
Il se touche : les pages sont épaisses, striées, presque rugueuses ; les dessins sérigraphiés, avec leurs lignes croisées et entrelacées, se lisent du bout des doigts autant qu'avec les yeux.
Il se respire... enfin, il le faisait peut-être au tout début (les Croquelinottes parlent d'"une odeur d’Inde, mélange de papier et de bois de santal"), mais c'est devenu très subtil... Cela dit, la magie de la synesthésie, ce mélange des sens dans notre cerveau, fait effet ; synesthésie d'ailleurs très importante chez les Gond, pour qui la musique se transforme en couleur.
Bien sûr, il se regarde. On a pu reprocher à l'art gond sa naïveté. De fait, chaque image a une apparence de simplicité, couleurs franches sur fond noir, pas de décor. Mais la précision et la richesse du trait interpelle, tout comme certains détails qui ne se révèlent pas au premier regard : on découvre des personnages comme cachés dans les branches, le feuillage ou les racines. On est dans le camouflage, ou bien la métamorphose, en tout cas une union intime des éléments de la nature.
Enfin, il s'écoute. Les textes sont des miniatures de contes, de fables, de mythes, qui disent l'animisme du peuple Gond : "Le Khirsali nous entoure et nous protège où que nous soyons. Il est dans les barrières de nos champs, dans les bordures de nos maisons, dans les lattes des toits au-dessus de nos têtes et dans les portes qui gardent nos entrées." Je parlais de métamorphoses et de camouflage : goûtez donc l'histoire de "l'arbre à douze cors". C'est facile, elle tient en une phrase : "Il arrive qu'un arbre soit en réalité un cerf à douze cors se tenant sur une butte et abritant un nid d'oiseau".

Afficher l'image d'origine

Vous avez goûté, écouté, regardé, respiré et touché : vous pourrez poursuivre le voyage avec les récits et les images de Création, chez le même éditeur, ou d'autres albums, écrits ou illustrés par Bhajju Shyam ou Bai Durga.

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12 avril 2016

Le petit barbare, Renato Moriconi

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Attention, coup de coeur !

Que se cache-t-il derrière cette couverture au format décalé d'un jaune éclatant ? Côté face, une illustration épurée. Côté  pile, cette unique phrase : "Fièrement juché sur son destrier, le petit barbare affronte de grands dangers..."

A l'intérieur, pas de texte. Des aquarelles sur fond blanc, qui donnent l'impression que le petit barbare de la couverture a été copié collé sur toutes les pages. Face aux épreuves qui se succèdent,  il reste imperturbable, sans qu'un seul trait de son visage ne bouge.

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C'est dans ces épreuves qu'il faut retrouver le registre épique de la phrase présente en quatrième de couverture. Vous le voyez bien dans l'illustration ci-dessus, Renato Moriconi a choisi d'ancrer son personnage dans un univers qui rappelle les héros et les monstres de l'Antiquité. Un peu d'Odyssée, un peu de Métamorphoses... et beaucoup de plaisir à partager entre les plus petits et les plus grands. A ce titre, malgré l'absence de texte, on peut vraiment parler d'un album littéraire.

Au petit lecteur - ou à ses grands conteurs - d'imaginer les aventures du héros muet, avec un invariant : évidemment, il gagne tout le temps.

Et puis, et puis, à la fin... Une surprise attend le personnage et ses lecteurs ! L'album prend toute sa saveur, et, comme tous les ouvrages "à chute", on n'a qu'une envie : recommencer la lecture depuis le début, tout content d'avoir la solution de l'énigme !

De l'art, de la littérature, du mystère... Une pépite à mettre d'urgence dans vos bibliothèques !

Auteur et illustrateur : Renato Moriconi
Editions Didier Jeunesse

Neo-défi lecture 2016 : Un livre sans mots 

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28 mars 2016

Lucie Vandevelde : "de beaux desseins", tout en couleur

 Logo Lucie Vandevelde

Ah, la magie d'Internet ! Elle permet des découvertes totalement inattendues, qui se révèlent parfois totalement éblouissantes. C'est précisément le cas de ce site, superbe vitrine du travail de Lucie Vandevelde. Cette artiste installée au Mans sait un peu tout faire : des illustrations, du graphisme, des livres-objets... Ses décors et personnages très hauts en couleurs n'ont pas peur de "s'afficher", dans les pages des livres pour enfants, sur les murs des expositions, ou de s'animer dans des courts métrages de promotion. Ils vont jusqu'à se dénuder, en noir et blanc, du moins le temps d'un atelier "coloriage géant" dans des festivals ou salons du livre.

Quand on parcourt les différents onglets du site, on comprend en effet que Lucie Vandevelde n'est pas qu'une créatrice : c'est une passionnée de partage, d'échange, d'interaction. Elle se livre à de nombreuses résidences d'artiste et interventions auprès des plus jeunes, y compris dans les classes. Elle aime les "beaux desseins", c'est son expression, et elle le fait savoir.

Pour ce qui est de son oeuvre... waouh. J'ai été littéralement scotchée par ce déluge de couleurs, fascinée par cette technique à la fois très naïve et très subtile, subjuguée par des univers que j'aurais dit taillés pour mes rêves : de la mer et de la ville, de la musique et du cirque, tout un bestiaire qui se promène dans une jungle aux merveilles. J'aime tout particulièrement les dessins réalisés au crayon, et les personnages aux longs yeux.

 @ Lucie Vandevelde

Si vous avez la chance d'habiter ou de travailler dans la région angevine, guettez la date de sa prochaine exposition. Sinon, vous pouvez vous procurer les albums qu'elle a illustrés pour différentes auteures (Juliette Parachini-Deny, Hélène Suzzoni, ou Marie-Hélène Lafond) ou pour ses propres textes (Les trois dragons, pour lequel elle a aussi créé un Carnet d'artiste en tirage limité).

Et, surtout, allez visiter le site, véritable régal pour les yeux, et mine d'informations.

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17 décembre 2013

Quand mes élèves créent...

Quelques productions (plus ou moins) récentes : 

D'abord, je ne vous avais pas montré mes abécédaires de cette année (pour la définition d'un abécédaire version scolaire : à suivre, un article sur mes différentes fiches de lecture arrivera pendant les vacances - qui elles-mêmes arriveront bientôt ^^) : 

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A l'arrière, non, vous ne rêvez pas, un élève m'a carrément donné un "abécédaire de l'avent" : une lettre par fenêtre, les définitions soigneusement écrites (à l'aide de la maman, certes...) derrière les carreaux... Autant vous dire que cette oeuvre est exposée au fond de ma salle, et qu'elle le sera longtemps ! 

Je vous laisse admirer :

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Et, tout frais d'aujourd'hui, la boîte à contes de mes sixièmes de l'angoisse (je reprends l'expression du blogueur Celeborn...). 

 

Boîte à contes

 

Teaser : 

Tremblez, héros et héroïnes d'écrivains en herbe ! Quand votre créateur plongera la main dans cette boîte, il en sortira un terrible sortilège, que vous serez alors obligés de subir... Heureusement, au dos de la carte se trouve le personnage ou l'objet qui vous aidera à rompre le sortilège. 

Le principe, en plus clair : 

Une de mes deux classes de 6e a réalisé ces cartes, comportant deux choses : 
- un sortilège (métamorphose en animal, suppression ou ajout d'une partie du corps...) ;
- un élément adjuvant : un personnage ou un objet qui délivrera la personne touchée par le sortilège. 

Chaque élève de mon autre classe de 6e tirera l'une de ces cartes au sort, et devra intégrer ces deux éléments à la suite d'un conte dont il a déjà écrit le début (c'est compliqué ? Je vous ai perdu ? Attendez, c'est pas fini ^^)

Sachant que les élèves ayant réalisé les cartes devront aussi tirer au sort l'un des débuts faits par les élèves de l'autre classe, et en écrire la suite, en y intégrant leurs contraintes (sortilège et adjuvant). 

Le but est d'avoir, à la fin, deux contes ayant le même début (situation initiale et élément perturbateur) mais pas la même fin. 

(Bon, maintenant que j'ai fini d'expliquer, vous pouvez poser vos questions !)

La boîte sera certainement améliorée : décoration, cartes refaites en supprimant toutes les fautes d'orthographe (que j'avais pourtant guettées et corrigées sur les brouillons, mais, décidément, les élèves ne sont pas capables de recopier correctement...). 

A suivre, donc ! 

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26 octobre 2013

Gérard Moncomble, Anne Romby : Kahalim l'Opulent

Me promenant dans les rayons jeunesse de la médiathèque, j'ai tout de suite reconnu, sur la couverture de cet album, les dessins d'Anne Romby que j'avais découverts dans le magnifique Fleur de Cendre. Qui plus est, je connais aussi l'auteur, Gérard Moncomble, dont j'étais férue quand j'étais petite (j'ai lu, pêle-même, Un privé chez les Nababs, Chiche-Mirepoix contre Mirepoix-Chiche, L'heure du rat - qui m'avait fait forte impression - et sans doute bien d'autres que j'oublie). Je m'apprête donc à passer un bon moment en feuilletant cet album aux inspirations orientales. 

J'en ressors un peu sur ma faim. Comme dans tout conte, la fin est prévisible, la morale se dessine dès les premières lignes ; du coup, j'ai trouvé qu'il y avait trop de choses, trop de mots, entre le début et la fin. La langue de Moncomble est belle, c'est vrai, mais depuis toujours, je suis plutôt adepte du minimalisme, et j'ai trouvé la poésie des mots trop diluée dans un excès de lignes. 
Les illustrations, quant à elles, restent à la hauteur de ce à quoi je m'attendais, avec un choix de couleurs très réfléchi, un travail sur les lignes, les courbes, qui soulignent les moments de doute, de rêve, de cauchemar qui rôdent autour du héros.

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Cependant, j'ai une préférence pour des illustrations moins oniriques, aux traits plus précis et aux couleurs plus variées, comme sur ces pages :

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A noter aussi, la qualité du papier utilisé par les éditions Milan jeunesse (même éditeur que pour Fleur de Cendre, et j'avais déjà noté cette particularité) : un papier qui n'est pas glacé., épais et strié. Il contribue beaucoup au plaisir de lecture. 

Une chose est certaine, les albums illustrés par Anne Romby sont de ceux qu'on aime posséder sur les rayons de sa bibliothèque, tant ce sont de beaux objets. Et, ô joie ! Elle en a illustré bien d'autres ! 

 

 

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08 juin 2013

Fleur de Cendre

Un bien bel objet que cet album, et qui peut plaire à de nombreux lecteurs. 

Jouons à un jeu (celui qu'on nous a d'ailleurs proposé dans la formation que j'ai suivie sur la lecture). Voici une série de haïkus, qui racontent une histoire : 

Reflet d'un amour perdu
L'eau grise d'ennui
Pleure le soleil.

La poudre de riz,
Et l'éventail palpitait
Au du printemps. 

Les deux précieuses parties,
Coeurs vides d'amour,
La belle resta seule.

D'un charme le chou
Devint un beau palanquin
Et le grillon son valet.

Le fils du Soleil
Entrevit soudain
L'amour d'une belle.

Du coeur de la nuit
La belle s'envola
Laissant une geta sur le sol.

Il l'a retrouvée
Sa belle envolée de lune
Et de coquelicots !

Bon. Auriez-vous reconnu une histoire ? Une histoire que vous connaissez, sans nul doute ?
Peut-être si je vous explique que le est une forme de théâtre japonais, qui donne lieu à de grandes cérémonies ? Ou qu'une geta est un type de chaussures traditionnel au Japon ? Ou encore qu'un palanquin est une chaise à porteur, utilisée en Asie ?...
Si vous avez encore un doute, penchez-vous sur le titre : cette Fleur de Cendre, elle ne vous rappellerait pas quelqu'un ? Qui se serait nommée Cucendron dans une tradition européenne, puis renommée autrement, d'un nom plus agréable à l'oreille, et devenu beaucoup plus célèbre ?

Eh bien, oui, vous avez trouvé, cet album est la réécriture d'un conte célèbre (comme c'est le cas de très nombreux albums), mais, pour une fois, pas du Petit Chaperon rouge (très souvent adapté), mais bien de Cendrillon. La transposition dans l'univers du Japon des empereurs, de cette Asie des légendes, joue sur plusieurs tableaux : le récit, qui change la pantoufle en geta, le carrosse en palanquin, les arbres en bambous, la cheminée en hibashi (petit fourneau), le bal du prince en représentation de théâtre ... et j'en passe. Outre le vocabulaire et le contexte géographique et culturel du récit, la conteuse Annick Combier a aussi joué sur un patchwork d'écriture, égrenant à travers le récit en prose cette forme poétique très particulière du haïku qui peut très bien se lire indépendamment du récit, comme nous en avons pu faire l'expérience plus haut. Enfin, ce sont bien sûr les magnifiques illustrations d'Anne Romby qui explorent cet univers, à travers ses couleurs sombres et précieuses (bleu nuit, ocre, rouge rubis), ses raffinements de détails, beaucoup de fleurs, beaucoup de chevelures noir nacré... 

      

Un très bel album, donc, qui entend montrer le lien entre les traditions littéraires, et le caractère universel des contes et légendes. 

 

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L'enfant océan

Voici un livre dont d'aucuns pourraient dire que c'est un livre formaté pour l'exploitation pédagogique, du CM1 à la 6e (voire au-delà). D'autres diraient que c'est un superbe récit, entre conte et réalisme, de littérature jeunesse. Enfin, certains trouveraient que c'est presque davantage un livre pour adultes, une mine de clins d'oeil et de références narratives et littéraires. 

Ou peut-être que ce sont là toutes les opinions que j'ai moi-même sur ce livre ! 

Qu'on le mette de côté car on en a trop entendu parler, je pourrais le comprendre. Et d'une, c'est vrai, Mourlevat est un auteur à la mode, tous ses livres sont mis en avant et connaissent un succès public et critique. Et de deux, ce titre-là en particulier, on en entend beaucoup parler quand on est prof : en formation, sur les sites pédagogiques, dans les discussions sur les différents fora... Donc on pourrait être gavés avant même de le lire. 

Moi-même, je l'ai longtemps laissé de côté. Et, si je l'ai lu maintenant, c'est parce que, je l'avoue, je l'ai placé dans une liste de lectures pour mes élèves... sans l'avoir lu (comme quasiment tous les livres de ma liste sur les romans d'aventure. Ben oui, mais je n'y peux rien, c'est un genre dans lequel je ne m'y connais pas du tout, et qui est pourtant au programme en 5e). Et puis, j'en ai entendu parler en formation, donc, avec une piste d'exploitation intéressante (voir mon article sur l'album Une histoire à quatre voix). Donc, je me suis jetée à l'eau (haha, le livre s'appelle L'enfant Océan, quel jeu de mots !)

Je n'ai pas du tout été déçue. Et je me dis que je serais vraiment passée à côté de quelque chose si je ne l'avais jamais ouvert. Eh oui, les livres qui ont du succès, y compris en formation, sont quand même souvent de bons livres. (Ah, pardon, je mettrais de côté La bibliothécaire de Gudule...)

Que le livre semble "taillé" pour coller au programme des CM2 et des 6e, en proposant la réécriture du Petit poucet, d'accord, mais je dirais : et alors ? Tant mieux pour Mourlevat s'il a su trouver un récit qui peut être lu et relu à différents âges, à différents niveaux, ce qui n'est tout de même pas le cas de certains romans proposés pour les lecteurs de 9 à 12 ans (c'est l'âge qui est proposé par l'éditeur, Pocket). 

En tout cas, moi, j'ai aimé les subtilités narratives de ce petit récit : la multiplicité des narrateurs (avec ces contraintes d'écriture, parfois, comme le fait que certains frères jumeaux parlent quasiment de la même manière et que, donc, quand ils racontent un même épisode, ils emploient quasiment les mêmes phrases, les mêmes mots ; ou encore le soin apporté aux niveaux de langue, pour coller au plus près des personnages), le jeu avec la trame du conte de Perrault, la fin à laquelle on ne s'attend pas. C'est une histoire qui parle de tout : elle parle de l'enfance, elle parle de l'âge adulte (car plusieurs personnages secondaires, qui, en apparence, ne sont là que pour témoigner sur ce qu'ils savent du voyage des sept frères, sont en fait très intéressants ; Mourlevat a l'art de brosser des portraits marquants en quelques pages seulement), elle parle de violence, de peur, d'envie d'évasion, elle propose des variations sur le thème de la pauvreté ou de la marginalité. C'est une très belle interprétation du célèbre conte, et la preuve - réussie - qu'une histoire peut ainsi traverser les siècles et trouver toujours autant d'écho dans nos vies. 

Je ne peux donc que vous conseiller cette lecture. Parce que, contrairement à La bibliothécaire, ou encore à La grammaire est une chanson douce, L'enfant Océan n'est pas un livre de commande, un livre qui chercherait à dire "eh, les ados, vous allez voir, la littérature et la grammaire, c'est trop cool". Et il me semble que le message passe tout aussi bien, pourtant. 

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31 janvier 2012

La vie extraordinaire des gens ordinaires

Si je devais jouer au jeu de "une critique = un mot", ce mot serait ici : déboussolant. Le comble pour une histoire de voyage. Mais j'ai vraiment connu un problème d'orientation à la lecture de ce roman. 

D'abord, le classement en littérature jeunesse. Diable ! Si des ados lisent ce genre d'ouvrages aujourd'hui, il faudra me les présenter. Je ne veux pas me faire plus démago que je ne suis, mais je n'ai pas ressenti le sujet du récit, pas plus que le style d'écriture, comme étant particulièrement orienté vers un public adolescent. En ayant pioché ce livre au rayon jeunesse, je ne m'attendais pas à ça. 

Ensuite, Fabrice Colin se plaît au jeu des poupées russes (je vulgarise ici le principe de la mise en abyme, bien connu des littéraires). La première page de l'ouvrage contient ses dédicaces. Puis il y a un avant-propos. Un écrivain (Colin ? Un avatar imaginaire ?) nous raconte sa rencontre avec un malade assez spécial, qui lui a confié son manuscrit en lui demandant de le publier sous un autre nom. Puis il y a un préambule. Le malade en question nous explique d'où lui est venu le contenu de son livre : ce sont des histoires qu'on lui a racontées - plus précisément, qu'il est allé recueillir lui-même tout autour du monde. Puis il y a les histoires : à chaque fois, le narrateur qui parle à la première personne (l'écrivain malade) alterne des passages de narration dans lesquelles il raconte les conditions de ses divers voyages, ses sensations et émotions, avec d'autres passages où il raconte la vie (extraordinaire) de ces gens (ordinaires) qu'il rencontre.
A ce stade-là, déjà, il faut s'accrocher.

J'ai fini par me laisser embarquer par ce qui s'apparente à une série de nouvelles, mais reliées entre elles par un narrateur récurrent. Mais une fois de plus, j'ai été assez déroutée par l'hétérogénéité de ces récits. Certains plongent vraiment dans l'invraisemblable : ils racontent des visions, des scènes incroyables, ils touchent au merveilleux ou à la spiritualité. D'autres, au contraire, sont finalement très terre-à-terre. Une histoire comme celle de Kirstin, qui perd son billet de Loto gagnant, voit son histoire médiatisée et finit par recevoir une quantité impressionnante de dons en tout genre, est presque banale. 

Je reste finalement assez partagée à la fin de ma lecture. Je n'ai pas été emballée par toutes les histoires. J'ai une petite préférence pour l'une d'entre elles, qui m'a charmée par son pittoresque et son humour discret : celle du clochard munichois se prenant pour un monarque, dont le royaume se borne aux limites du banc sur lequel il se tient jour et nuit. 

Pas un gros coup de coeur, donc. 

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