12 octobre 2017

Clare Bennett : Le journal intime de Baby George

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Eh oui, ça ne vous a pas échappé (ou peut-être que si, et dans ce cas, heureusement que vous passez par ici) : Kate Middleton attend son troisième enfant ! 

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L'événement n'aurait pas manqué de me laisser de marbre si je n'avais pas lu, il y a quelques temps, un roman assez rigolo de Clare Bennett, écrivaine et scénariste anglaise : Le journal intime de Baby George. Baby George, oui, c'est bien le George de Kate et William, prince de Cambridge, né en 2013. Clare Bennett, collaboratrice régulière du magazine Tatler, "the oldest and best magazine in the entire world" (ce sont eux qui le disent), est une spécialiste de la famille royale. Elle maîtrise son sujet. Mais n'allez pas croire que ce roman se veut un témoignage réaliste de la vie du plus célèbre couple d'Angleterre : "Ceci est une oeuvre de fiction. Si certains personnages existent dans la réalité, toutes les situations et les dialogues sont purement imaginaires. [...] toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence."

Mouais ! Alors, quand même, des "personnages existants ou ayant existé", il y en a toute une flopée, à savoir la famille royale dans son grand ensemble : la reine, le prince Charles, les oncles et tantes, William et Harry, Kate et Pippa... Je veux bien que les assistants coiffure, stylistes, jardiniers... aient été créés de toutes pièces... et encore. Donc ce journal repose sur des faits réels : le journal de George (car c'est bien lui qui raconte) commence le jour de son premier anniversaire, le 22 juillet 2014. Peu de temps après, il se rend bien compte que sa maman fait des choses bizarres, comme vomir plusieurs fois par jour, ou rester avec le même pyjama trois journées d'affilée. Eh bien, oui, c'est cela, George va avoir une petite soeur ! Bon, nous, on connaît la fin de l'histoire : elle s'appelle Charlotte, et elle est effectivement née le 2 mai 2015. Et puis, on sait aussi que les déplacements de William racontés dans le journal ont vraiment eu lieu ; même la fameuse "hyperémèse gravidique" de Kate est réelle, on nous en rebat assez les oreilles en ce moment. 

Mais évidemment, personne ne sait et ne saura jamais ce qu'il y a eu dans la tête du petit William au cours de sa deuxième année d'existence, alors Clare Bennett a pu se faire plaisir. Elle nous dépeint le quotidien d'un petit prince hyper gâté (qui a dit pourri ?), se coltinant nombre de protocoles officiels, et assez méfiant quant à l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite soeur (le sexe était tenu secret jusqu'à la naissance). 

Cela reste très léger. J'ai bien aimé les passages décrivant l'oncle Harry et la tante P (la fameuse Pippa), présentés comme deux jeunes gens flirtant gentiment, en tout bien tout honneur - ou plutôt Harry, montré comme faisant inlassablement la cour à Pippa : fake ou réalité ? J'ai souri parfois sans forcément rire aux éclats, contrairement à ce que dit la traductrice française Géraldine d'Amico. Mais on peut quand même dire que c'est une lecture plus réussie et plus divertissante que les tabloïds, et plus intéressante à mes yeux que les romans (ou les films, d'ailleurs) britanniques humoristiques. 

A réserver pour les après-midi pluvieux, ou les fans de la famille royale (et il y en a !).  


02 octobre 2017

Carnet de lecture - août/septembre 2017 - littérature jeunesse

En littérature jeunesse, j'ai lu : 

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Un Oates que je ne connaissais pas : Sexy, l'histoire de Darren, un lycéen mal à l'aise avec son physique trop avantageux. Un angle d'approche original sur l'adolescence, qui pourrait faire sourire si on ne se rendait pas compte très vite que le roman parle en réalité de harcèlement sexuel et de pédophilie. Mais en fait... vraiment ? Des rumeurs circulent autour du professeur d'anglais, Mr Tracy ; effectivement, à différentes reprises, il a mis Darren mal à l'aise. Mais où s'arrêtent les impressions et où commencent les préjugés ? Comme à son habitude, Joyce Carol Oates écrit en finesse et en nuances, rien de facile ou de tranché dans ses récits. Cependant, je suis un peu restée sur ma faim, je pense avoir davantage été marquée par Zarbie les yeux verts, dans la même collection Scripto de chez Gallimard. 

Un roman médiéval pour poursuivre mes lectures thématiques autour de l'enfant monstre : Louis le galoup, de Jean-Luc Marcastel, est en effet l'histoire d'un jeune garçon, fils adoptif d'un seigneur peu agréable, qui se rend compte un jour que, sous l'effet de la colère ou de la volonté de se défendre contre une bête féroce, il se change lui-même en une sorte de loup énorme et effrayant, un "galoup". Contrairement à Bree Tanner, la vampire nouveau-née de Stephanie Meyer, il n'aime pas se sentir monstre. Mais il va lui falloir apprivoiser sa nouvelle nature car de grands dangers menacent son village, et, au-delà, sa région tout entière... Rien de très original dans ce roman mêlant univers médiéval et éléments merveilleux, mais une narration efficace, des personnages attachants, et du suspense : l'histoire de Louis s'étend sur cinq tomes au total. Pour ma part, j'en ai retenu quelques passages intéressants sur la dualité entre homme et animal, dualité rejetée par Louis car trop effrayante pour lui. 

Enfin, Des poissons dans la tête de Louis Sachar (auteur du célèbre Passage, adapté - grrrrrr- au cinéma) : un roman sur la précocité / le surdon / le haut potentiel, quel que soit le nom qu'on donne à ce fonctionnement cognitif particulier. Angeline a trois ans d'avance, elle se retrouve dans une classe de CM2 où la maîtresse la traite sans ménagement et ses "camarades" la traitent de monstre ou de bébé. Ces deux qualificatifs illustrent bien les difficultés que rencontrent ces enfants, particulièrement dans le milieu scolaire : leur capacité à réfléchir et à traiter l'information donne l'impression qu'ils sont "plus intelligents" que leur âge, mais souvent, ils ont une maturité qui correspond réellement à leur âge, voire moins - d'où le "bébé". Et c'est ce décalage entre maturité intellectuelle et maturité émotionnelle qui en fait des hybrides, des "monstres" aux yeux des autres. Le roman de Sachar est joliment écrit, avec des personnages intéressants, bien qu'un peu stéréotypés (il y a la méchante maîtresse de CM2 et la gentille maîtresse de CM1 qui, non contente de réconforter Angeline, va se payer le luxe de rendre son père amoureux d'elle). Le titre fait écho à la thématique de l'océan qu'on retrouve tout au long du roman, pour une raison précise que l'on découvre à la fin du livre, après l'avoir peu à peu devinée. Une lecture agréable, donc, qui pourra parler à de jeunes lecteurs (primaire, début de collège) sensibles à la question de la différence, qu'ils soient concernés eux-mêmes ou non. 

26 septembre 2017

Toni Morrison : Délivrances

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Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu un roman de Morrison. D'ailleurs je me rends compte qu'il n'y a même aucun article chez la petite Mu à propos de cette grande, grande dame de la littérature américaine. Pourtant, je suis tombée dedans il y a un bon moment déjà, à la fin de mes années lycée. Je n'ai pas tout lu, mais beaucoup ; ça ne me ferait pas de mal de les relire car, en regardant sa bibliographie, il y a certains titres sur lesquels j'ai un doute. Ai-je lu Love en 2004 ? Peut-être pas ; Un don, en revanche, était mon dernier, ça, j'en suis sûre. L'autre chose dont je suis sûre, c'est que celui qui m'a le plus marquée reste Beloved, qui est un véritable chef-d'oeuvre - je ne suis certes pas la seule à le dire. 

Toni Morrison, c'est l'auteure de la peau noire. Elle en parle comme une peintre, elle en connaît toutes les nuances. Par exemple, dans Sula, son deuxième roman : "Nel était plutôt claire -couleur de papier de verre mouillé- échappant aux quolibets les plus acerbes et au mépris des vieilles femmes championnes des histoires de métissage de leur communauté. Sula était plus sombre, d'un marron brun avec de grands yeux paisibles, des yeux purs pailletés d'or." (note importante : ceci est une citation de Wikipédia ; je n'ai malheureusement pas le livre avec moi et suis incapable de dire à quel point la paraphrase de Wikipédia est proche de l'original ou pas). 

Je ne peux donc pas m'empêcher, en lisant du Morrison, de penser à cette chanson de Nina Simone, "Four women", dans laquelle, à chaque couplet, une femme annonce la couleur, au sens propre : "My skin is black", "My skin is yellow"... 

Four Women Nina Simone

Dans Délivrances, l'héroïne, Lula Ann, qui se fait appeler Bride, est "noire comme la nuit, noire comme le Soudan" (citation authentique cette fois !), pourtant née de "ce qu'on appelle une mulâtre au teint blond". La noirceur de sa peau en a fait une paria quand elle était enfant, même aux yeux de ses propres parents, puis Bride en a fait une arme, au contraire, se servant de sa beauté indiscutable pour ébahir tous les regards. 

Mais cette couleur de peau n'est qu'un élément de la grande toile que l'auteure peint patiemment, touche par touche, avec la polyphonie qui caractérise très souvent ses textes. L'histoire de Bride se découvre au fur et à mesure, à travers les différents narrateurs : sa mère, à peine ; son amie Brooklyn, un peu plus ; d'autres personnages qu'elle croise sur son chemin, comme une institutrice ayant fini de purger sa peine pour attouchements sur mineurs, ou une petite fille abandonnée par sa mère puis recueillie par un couple bienveillant. On se rend compte progressivement que c'est un roman qui parle de l'enfance - et de la violence. Des thèmes récurrents chez Toni Morrison, mais encore jamais traités sous cet angle-là. Il est question de maltraitance, de viol, de mépris, d'abandon. Egalement de vérité et de mensonge, avec des découvertes inattendues à la fin de l'histoire. 

C'est l'un des rares romans de Morrison (peut-être le seul ?) qui se déroule à notre époque, et cela m'a plu. Ce fut une lecture agréable, peut-être un peu moins "brutale" que Beloved, un peu moins marquante, mais néanmoins toujours aussi réussie. 

Neo-défi lecture 2016-continué-en-2017 : un livre qui est la dernière oeuvre d'un auteur (aujourd'hui en tout cas ; j'espère qu'il ne sera pas le tout dernier !)

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24 juillet 2017

Ghyslaine Avril : Une journée en musique

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Les livres musicaux, tous les parents connaissent ça très bien. La petite Mu, elle, est en pleine découverte... Heureusement, ses éditeurs partenaires sont là pour l'aider à faire ses choix !

Pour les novices comme moi, un livre musical, c'est quoi ? C'est un album souvent richement illustré, doté d'une puce par page sur laquelle l'enfant (ou le parent) appuie pour libérer un court morceau de musique, ou parfois quelques notes d'un instrument. Le but est de stimuler les sens de l'enfant, la vue et l'ouïe, et de le faire participer puisqu'il peut déclencher lui-même la musique d'un simple geste. Souvent, c'est aussi l'occasion d'enrichir sa culture musicale. Beaucoup de livres musicaux optent pour des airs du patrimoine musical classique : ces airs universels sont souvent très appréciés par les tout-petits. Et, pour les parents, c'est plus agréable que certaines ritournelles créées de toutes pièces pour un jouet ou un mobile... 

Depuis le temps qu'ils fabriquent ce genre d'ouvrage, les éditeurs ont pensé à tout : albums très solides avec des pages épaisses, système "start and stop" sur la quatrième de couverture (petit bouton qui permet de rendre les puces inefficaces si on veut préserver les piles, ou la tranquillité de la maison...). 

Une journée en musique, de chez Hatier Jeunesse, répond à tous ces critères, avec un objectif particulier : accompagner chaque moment de la journée de l'enfant (le lever, le bain, les jeux...) par un morceau de musique différent. Les illustrations représentent des scènes avec des animaux. Quant aux morceaux, ils ont été choisis parmi de célèbres compositions classiques. Dans l'ordre, on trouve : 

Le Carnaval des animaux, final - Camille Saint-Saëns

Suite n°2, Badinerie - Jean-Sébastien Bach

Casse-Noisette, la danse des fleurs - Piotr Ilitch Tchaïkovski

Symphonie n°3, poco allegretto - Johannes Brahms

Gymnopédie 1 - Erik Satie

 

Pour une fois, j'ai pu tester cet album sur un enfant, un vrai ! Mon neveu de deux ans, en l'occurrence. Cela m'a permis quelques observations : 

1°) Les livres musicaux, ça marche très, très bien avec les enfants. Tellement bien que mon beauf m'a confié que les piles duraient rarement plus d'une semaine, voire quelques jours... Un "inconvénient" à anticiper, surtout si les piles ne sont pas faciles à se procurer. 

2°) Un enfant, quand ça commence quelque chose, ça ne s'arrête plus. Mon neveu, une fois les six pages tournées, qu'est-ce qu'il fait ? Ben, il recommence ! Autant dire que le concept des moments de la journée n'a pas été vraiment appliqué dans ce cas-là... Il faut donc l'intervention d'un adulte qui ferait écouter chaque page au bon moment, mais à mon avis l'enfant ne le laissera pas ranger le livre une fois la page écoutée... 

Du coup, autant je valide complètement le choix des musiques et des dessins, qui ont eu l'air de beaucoup plaire à mon neveu, autant je reste dubitative sur l'idée du livre pour la journée... 

Résultat de recherche d'images pour "une journée en musique hatier jeunesse"

En octobre paraîtra un deuxième ouvrage de la même auteure : cette fois-ci, elle fera découvrir aux enfants Un monde en musique, avec des sonorités inspirées de musiques du monde (flamenco, jazz, batucada...). Certainement tout aussi efficace : à écouter ! 

Etiquette Hatier jeunesseSuite de mon partenariat avec les éditions Hatier jeunesse.

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26 septembre 2016

Maria Jalibert : Le joyeux abécédaire

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A comme Alligator, B comme Bison, C comme Caniche... Tiens, un abécédaire d'animaux, me direz-vous. A comme Atchoum, B comme Bêêêê, C comme Cocoricoooo, D comme Driiiiiiing : ah non, ce sont des onomatopées. Puis "Un gorille gelé sous une giboulée glaciale", un "Homme houspillant un âne harassé" : ah ? Serait-ce un abécédaire poétique ? 

En fait, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore ! Maria Jalibert avait déjà exposé sa collection de jouets miniatures dans Bric-à-brac, un imagier dans lequel elle suggérait des classements astucieux et parfois inattendus pour découvrir des contraires ou des oppositions. Elle recycle ces petits objets une deuxième fois, en proposant cette fois-ci des associations alphabétiques. Point de règles ni de régularité : chez Maria Jalibert, on surprend, on s'amuse, on se désordonne, et puis on se réordonne, mais jamais de la même manière. De cela sortent toutes sortes de planches très rigolotes :  

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Et le pari vocabulaire est tenu : l'album foisonne de mots intéressants que l'on prendra plaisir à expliquer et raconter à l'aide des images : qu'est-ce qu'une araignée "acariâtre" ? Un chien "colossal" ? Un diable "disgracieux" ? Etc, etc. 

J'ai complètement craqué sur cet album aux images délicieusement vintage, que j'ai lu comme une véritable malle au trésor : on exhume des jouets, on exhume des mots, mais on réinvente l'abécédaire et on joue avec le langage. Du recyclage d'images et de lettres tout à fait réussi ! Ca donne plein d'idées de créations artistiques... Avant ou après la lecture de l'album, allez jeter un oeil aux coulisses de la création sur le blog de l'auteure-illustratrice, et découvrez encore plein de petits trésors ! 

Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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26 août 2016

Fiona Woodcock : Heidi joue à cache-cache

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Dans sa présentation de l'ouvrage, l'éditeur parlait d'un album "sur l'amitié et l'acceptation des différences". Ce qui m'intriguait car le résumé insistait surtout sur le don de la petite Heidi pour gagner à cache-cache. Comment l'auteure et dessinatrice allait-elle associer tout ça ? 

En fait, l'idée est simple et maline. C'est l'histoire, donc, de Heidi, qui adore se cacher. Forcément, quand ses amis n'arrivent pas à se décider pour un jeu, elle s'empresse de proposer cache-cache, parce qu'elle est sûre de gagner. Jusqu'à ce fameux jour de son anniversaire, où à force de se cacher trop bien, plus personne n'a envie de la chercher : "Charlie, Katie et Rosie ne purent trouver Heidi. En revanche, ils trouvèrent de délicieuses coupes glacées." Après réflexion, Heidi décide non seulement d'essayer les jeux de ses amis, mais, surtout, de les encourager, chacun, à proposer leur jeu préféré. Ainsi, ils pourront tous, tour à tour, être le meilleur. Et, finalement, c'est nettement plus rigolo de perdre, mais avec ses amis, que de gagner, mais toute seule. 

Moi qui aime tant le jeu, et qui crois fermement à son grand pouvoir éducatif (clin d'oeil au blogueur de Méliméludes ;-) ), cette réflexion sur la manière qu'a un groupe de jouer, et, d'abord, de choisir son jeu, m'a beaucoup plu. "Que le meilleur gagne !" : belle devise, mais encore faut-il que tout le monde en ait la possibilité, et que le potentiel de chacun puisse être mis en avant. 

Enfin, les illustrations ajoutent à la thématique de l'histoire, puisque le petit lecteur peut lui aussi s'amuser à chercher Heidi, toujours bien camouflée dans de très belles illustrations (crayon ? encre ? Un jour, il faudra vraiment que je prenne un cours d'arts plastiques...). Si j'en crois cet article, l'image est venue en premier, le texte en second : Fiona Woodcock aurait en effet d'abord créé la petite fille pour des cartes de voeux, ainsi que ce tableau, où l'idée de camouflage primait finalement sur celle d'une petite fille jouant à cache-cache avec des amis. 

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Un bien joli album sur tous les plans, donc, à découvrir très vite et à mettre entre les petites et les grandes mains. C'est le premier de Fiona Woodcock, mais attendez-vous à la retrouver bientôt ! 

Auteure et illustratrice : Fiona Woodcock
Editions Hatier jeunesse
A paraître le 27 septembre 2016

Etiquette Hatier jeunesseCe billet inaugure mon partenariat avec les éditions Hatier Jeunesse.

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24 août 2016

Des albums sur le genre

Dans les sorties d'albums jeunesse 2016, deux albums abordant la question du genre ont retenu mon attention. 

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Le premier, Emile ou la danse de boxe, fait partie d'une série écrite par Vincent Cuvellier et illustrée par Ronan Badel, et il m'a fait découvrir le personnage irrésistible d'Emile, un sacré garnement au caractère bien trempé. Quand il veut quelque chose, il ne se laisse pas détourner de son objectif. Vous voyez sa tête sur la couverture ? Eh ben, pareil tout le temps. Si les titres des autres albums de la série sont assez classiques, Emile a froid, Emile fait un cauchemar, Emile invite une copine, et ne semblent pas tellement différents des archi-classiques Max et Lili, de petites surprises se cachent quand même derrière certaines histoires : par exemple, la "copine du parc" qu'Emile fait venir chez lui n'est pas celle à laquelle ses parents (et le lecteur) s'attendent. Et, pour l'album dont il est question aujourd'hui, c'est dès le titre que le lecteur est interpellé. C'est quoi, "la danse de boxe" ?

En fait, personne ne le sait très bien, surtout pas les parents d'Emile, qui veulent "inscrire Emile à l'activité" (joli petit clin d'oeil critique à cette injonction sociétale où tout le monde, dès son plus jeune âge, doit faire "des choses", le plus possible). Sauf que dans la liste, Emile ne veut pas faire éveil au yoga, foot en salle ou découpe papier-carton. Il veut "faire de la danse, mais de la danse de boxe". Parce que "la danse de boxe, c'est pas pour les filles, c'est pas pour les garçons, c'est pour les danseurs de boxe !" Voilà, dans cette phrase, tout est dit. Ce combat d'Emile pour faire l'activité qu'il a choisie, lui, c'est un beau combat pour le droit de chacun à sortir des cases.

Ce que je salue dans cet album, c'est qu'à aucun moment l'auteur n'abandonne pour tenter de faire rentrer son héros dans un cadre plus conventionnel, même s'il fait beaucoup rire ses petites camarades de cours de danse. Jusqu'au bout, Emile "aime bien, il aime bien la danse". Certes, sur l'avant-dernière page, on peut soupçonner le jeune garçon d'aimer tout particulièrement être entouré de filles en tutus qui lui font des bisous. Mais, quand bien même ce serait sa motivation finale, ce n'était pas la première, et l'album se termine bien par une image d'Emile, tout seul, en marcel vert et caleçon rose, imperturbable dans son froncement de sourcils avec les "Hi hi hi" en arrière-plan. 

Un album court et très efficace, à lire dès 3 ans, pour dénoncer plusieurs travers de notre société et de la pression qu'elle cherche à imposer aux parents et aux enfants. 

 

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Le second est plus poétique et s'adresse, d'après les éditions du Rouergue, à un public adolescent. Moi qui suis d'habitude frileuse avec les prescriptions d'âge (j'ai tendance à très vite trouver un ouvrage complexe et déconseillé aux plus jeunes), j'inclurai pour le coup les préados dans cette cible. Parce que le texte repose sur des jeux de sons qu'un écolier de cycle 3 peut certainement comprendre, avec des phrases courtes, au vocabulaire plutôt simple, et que le propos ne doit évidemment pas être réservé aux plus grands. 

"B.B.", en quatrième de couverture, ce n'est pas Brigitte Bardot, mais Annabelle, ou Buffalo Belle, qui dès l'école maternil préfère le tractopil à la maril, et, adolescent-e, refuse le ricelle et rêve de pantalons et de bretils. Le personnage grandit au fil (pardon : au felle) des pages, et arrive l'âge adulte où la question se pose différemment, parce qu'à "l'état civelle [...], elle ou il, ce n'est plus désormais un détail futelle". La fin est très ouverte, et laisse libre cours aux interprétations, lumineuses ou sombres. La fusion avec la nature est évoquée, parce que tout y est plus facile - facelle, plus "subtelle". 

J'ai beaucoup aimé cet album qui se lit à toutes sortes de niveaux : on peut s'arrêter sur le texte ludique qui nous fait redécouvrir la langue française ; on réfléchit, forcément, aux diktats concernant le genre et l'identité sexuelle ; on s'intéresse enfin à la différence, qui prend diverses formes, à l'identité au sens large, au développement de soi. L'auteur et illustrateur, Olivier Douzou, raconte sur le site des éditions du Rouergue la genèse de cet album, fortement inspiré par ses enfants et en particulier sa fille Zélie. Je lui laisse la parole, pour conclure : 

"On peut affirmer dans notre bon français
que certaines gens sont incertains

Les accords réservent des surprises

Singulièrement l'amour est il
et plurielles les amours sont elles"

Un sacré farceur, ce bon français... 

 

Quelques liens pour prolonger la réflexion sur la thématique du genre dans les albums pour enfants :

un article chez La voix du livre, qui prend pour cible les albums Papa et Maman des éditions Sarbacane, et en profite pour nous donner tout un tas d'exemples et de contre-exemples ;
- un blog tout entier, Fille d'album, une vraie mine d'analyses et d'idées lecture ; 
- une réflexion sur le rôle de l'école et du collège, dans un article de Max Butlen intitulé "Que faire des stéréotypes que la littérature adresse à la jeunesse ?"

Et les albums : 

Emile et la danse de boxe 
Auteur : Vincent Cuvellier
Ilustrateur : Ronan Badel
Editions  Gallimard jeunesse - Giboulées

Buffalo Belle
Auteur et illustrateur : Olivier Douzou
Editions du Rouergue 
 

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08 août 2016

Semaine de la BD, #1 : Riad Sattouf, L'arabe du futur

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Pour cette semaine de la BD chez la petite Mu, le principe sera le suivant : découvrir des auteurs, des séries ou des genres que la petite Mu est la dernière - ou presque - à découvrir. 

En effet, les deux premiers tomes de l'autobiographie dessinée et racontée par Riad Sattouf ne datent pas d'aujourd'hui : le premier tome, paru en 2014, a remporté le Fauve d'or au festival d'Angoulême de 2015, et le deuxième tome est sorti dans la foulée en juin 2015. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire : à défaut, donc, de vous apprendre qui est cet auteur et de quoi parle cette bande dessinée, je me contenterai de vous livrer mes impressions sur un phénomène déjà connu. 

Je suis plutôt bonne cliente pour les autobiographies en bande dessinée. Qu'elles s'inscrivent dans un cadre historique, comme Persepolis, Couleur de peau : miel, Deuxième génération, ou pas du tout, comme Fraise et chocolatj'aime lire des récits de vie, voir le regard qu'un auteur porte sur lui-même, et, qui plus est en BD, un regard au sens propre : comment cet auteur illustrateur voit-il son propre corps, comment se le représente-t-il dans l'espace et le temps ? Je partais donc assez convaincue d'avance, avec, en outre, l'envie d'en apprendre davantage sur l'histoire du Moyen Orient, vue de l'intérieur. 

Je suis sortie de ma lecture un peu noyée sous le flot d'informations. C'est, parfois, je trouve, l'écueil de ces autobiographies dessinées. Le genre de la BD appelle la vivacité, exige de ramasser des morceaux entiers en une case efficace, tant par le dessin que par le texte. Dans une bonne BD, l'histoire se joue presque autant entre les cases que dans ce qui est dessiné. Or, quand on entre dans un univers qu'on ne connaît pas, ou mal, il est difficile de lire entre les lignes. J'ai eu parfois l'impression de passer à côté de faits qui devaient être évidents à Riad, enfant et adulte. Cependant, là où le pari est gagné, c'est que cette lecture donne envie d'aller chercher des précisions ou des compléments sur les faits historiques ou sociologiques abordés dans cette BD. 

De même, la BD n'étant pas spontanément un genre se prêtant aux développements ou à l'analyse, Saatouf prend le parti, justement, de ne jamais prendre parti. Les comportements de ses parents - le père et son admiration aveugle du "socialisme arabe", la mère et ses quelques coups de colère comme des coups d'épée dans l'eau - sont déstabilisants, et parfois clairement choquants. Mais aucun jugement de valeur n'est proféré par le narrateur. Dans le deuxième tome, le petit Riad qui grandit se laisse aller à exprimer davantage d'émotions : une "incroyable envie de pleurer" quand son père l'emmène chasser les moineaux, une peur bleue de l'école syrienne et de sa terrible maîtresse. Certainement que le choix d'une certaine distance vient d'une volonté de réalisme : il est toujours difficile pour un enfant - à la fin du tome 2, Riad n'a jamais que sept ans - de mettre des mots sur ses sentiments. En cela, la narration est très naturelle, car elle restitue par images des scènes que l'enfant a mémorisées, sans pour autant les avoir analysées. Finalement, il en est de même dans Persepolis, où Marjane Satrapi cherche bien à montrer à quel point il est difficile de poser un regard critique sur des lieux, des gens, des habitudes qui ont rythmé son enfance. 

Peut-être que le tome 3 (à paraître le 6 octobre) introduira peu à peu un regard plus critique ? A moins que ce parti pris de distance soit maintenu tout au long des cinq tomes annoncés ? Je reste en tout cas quelque peu sur ma faim, et j'aurai certainement besoin de relectures pour apprécier davantage cet énorme succès de la bande dessinée. 

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01 août 2016

Semaine des couleurs, #1 : Michel Pastoureau, Pierre n'a plus peur du noir

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Cette toute récente parution des éditions Privat m'a forcément interpellée puisqu'il s'agit du premier livre pour enfants de Michel Pastoureau, cet historien dont j'apprécie beaucoup les ouvrages. Grâce à lui, j'en sais plus sur l'ours, mais aussi sur le bleu et sur le noir. En effet, l'une des spécialités de Michel Pastoureau est l'histoire et la symbolique des couleurs. Pas étonnant, donc, que sa collaboration avec Laurence Le Chau, s'intéresse donc au noir, et aux pouvoirs très ambivalents que cette couleur peut avoir, notamment chez les enfants.

L'histoire se veut pédagogique. Alors, forcément, d'une situation très classique dans la littérature pour les plus jeunes, à savoir la nuit et la peur du noir, on en vient aux interventions des adultes, de la maîtresse qui raconte l'histoire de Barbe bleue au grand-père qui fait observer les reflets dans les plumes du corbeau, en passant par le père qui emmène le petit Pierre admirer les nuances des tableaux de Soulages. Toutes ces situations sont guidées, voire un peu forcées par l'objectif de cet album ; les oeuvres de Pierre Soulages ne sont pas forcément les premières qu'on fait voir à un enfant. On sent qu'il s'agit d'un album didactique, où chaque collaborateur cherche à glisser ses convictions, comme la petite phrase "Pierre voudrait passer son doigt sur la surface d'un des tableaux pour sentir les raies, les creux et les bosses, mais il ne le fait pas car il sait bien qu'ici, au musée, il est interdit de toucher les oeuvres".

Mais l'objectif est intéressant : c'est le même que dans l'essai "pour adultes", à savoir amener l'observateur néophyte à percevoir la richesse, dans tous les sens du terme, de cette couleur qui n'en a pas toujours été une. Les illustrations jouent un rôle primordial dans cet objectif : le noir y est éclatant, dans de grands aplats d'encre, mis en valeur par d'autres touches colorées. Le portrait de Barbe bleue est superbe : 

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Le noir, Laurence Le Chau connaît bien : elle a réalisé un livret pour les éditions du Musée Soulages, retraçant l'exposition Pierre Soulages à Beaubourg, en 2009 : on peut voir certains des dessins sur son premier blog. Par la suite, cette illustratrice s'est lancée dans une activité plutôt originale : le croquis de mariage. Elle y consacre un deuxième blog

Un album au but résolument didactique, mais qui reste une source de découvertes, visuelles et culturelles, pour petits et grands. 

Auteur : Michel Pastoureau
Illustratrice : Laurence Le Chau
Editions Privat
2016

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14 juillet 2016

Alex Cousseau, Philippe-Henri Turin : Je veux être une maman tout de suite !

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C'est le titre qui m'a attirée. Je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'il trouvera un écho aussi bien (voire plus!) chez les femmes bien adultes que chez les petites filles... 

A l'intérieur, on découvre de très beaux dessins, dans la veine naturaliste qu'on retrouve assez souvent à L'école des loisirs, et qui prend toute son ampleur dans certaines pages comme celle-ci :  

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Mais on découvre également une histoire à la fois drôle et plutôt bien vue, qui parle de l'impatience de l'enfance (mais, encore une fois, dans laquelle nombre d'adultes peuvent se retrouver...), de ces idées fixes qui nous prennent parfois et brouillent notre sens de la réalité, mais aussi de la notion de famille et des représentations qu'on met derrière cette notion. Ne cherchez pas une intrigue complexe : il ne s'agit que de Julote, une petite poussine qui, aussitôt née, veut "être une maman tout de suite". Elle part à la recherche d'un oeuf, qu'elle trouve, mais qui verra éclore un autruchon... Mais l'histoire comme la fin sont très rigolotes. 

Pour des idées d'exploitation de l'album avec des enfants, j'ai trouvé le site d'un groupe d'animation au Québec, Le monde de Rico, avec plein d'idées sympas comme les Québecois savent si bien le faire. 

Soyons francs, de mon côté, je garderai surtout le titre et le thème associé, et puis, quand même, quelques belles pages, que j'ai envie de partager encore avec vous : 

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Allez, avouez que vous aussi, ils vous font craquer, cette petite poussine avec son gros autruchon ! 

Auteur : Alex Cousseau
Illustrateur : Philippe-Henri Turin
Editions L'école des loisirs
2002

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