30 septembre 2019

Ilya Green : Mon bébé

J'avais découvert Ilya Green il y a quelques temps déjà. Je savais notamment qu'elle illustrait de nombreux albums chez Didier Jeunesse, par exemple les livres musicaux que j'aime beaucoup.
A la naissance de ma fille, une amie m'avait offert Les petits amis de la nuit. Une histoire que nous avons lue et relue - et que j'aime beaucoup parce que je trouve que le personnage ressemble beaucoup à ma poulette, avec son nez retroussé et ses bouclettes !
Dans ma quête de jolis livres cartonnés sans fioritures, ni matières à toucher, ni rabats, ni musique, je suis tombée sur ce nouveau titre d'Ilya Green : Mon bébé.

Mon bébé

 
Une histoire bien de son âge
 
En effet, le livre raconte tout simplement l'histoire d'une petite fille qui n'arrive pas à faire dormir son bébé. Plus elle essaie, plus le bébé est fatigué, plus il devient tout rouge !
 
Et quand mon bébé est fatigué, il n'est pas content.
 
Si votre enfant, comme la mienne, a un poupon à la maison, l'identification est facile et rapide : pour ma poupette, la petite fille, c'est elle (et non maman), et le bébé de la petite fille, eh bien c'est son bébé à elle (ma puce a un poupon qui s'appelle sobrement "Bébé"). En plus, il y a un chat, et ça tombe bien, comme un grand nombre de foyers dans le monde, on a aussi un chat ! (En revanche, on n'a pas de canari, et pas trop de fourmis, en tout cas pas dans la maison.)
 
Et si votre enfant, comme la mienne, a tendance à faire des colères toutes rouges (que ce soit pour aller dormir, ou autre chose), l'identification est facile et rapide pour les parents qui lisent l'histoire !
 
C'est donc un livre sur les bébés, sur les jeux d'enfants, sur le dodo, et sur les colères. Tout en un, en quelques pages seulement !
 
Des illustrations made in Green
 
Moi, je suis fan d'Ilya Green. J'aime sa technique de couleurs vives et douces soigneusement choisies, ses personnages tout en rondeur, assez androgynes (c'est cependant moins le cas ici que dans Les petits amis de la nuit), ses pages épurées, avec juste le bon nombre de détails pour que l'enfant ne s'y perde pas. La couverture en montre déjà un bon aperçu.
 
Ici, c'est l'un des livres les plus appréciés de ma poulette... car Bébé, vraiment, c'est sacré.

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22 septembre 2019

D'une petite Mu à une encore plus petite Mu

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Chut ! Je lis...

Dans mes toilettes, sur le canapé avec maman Mu, par terre au milieu de mes jouets, avec ou sans musique, en couleurs ou en douceur, des livres de tout-petit ou des livres piqués chez les grands... 

Je ne suis pas MiniMu pour rien. 

J'ai pas mal accaparé Maman Mu depuis bientôt deux ans... et si je la laissais reprendre la plume, un petit peu ? 

Elle a tant à dire ! Si elle a lu moins de "livres pour les grands", et même de "livres pour les jeunes", elle a découvert en revanche beaucoup de choses pour les petits. Et elle a envie de vous en parler. Tout en continuant de plumer sur tout et rien, et sur tout ce qui la passionne : la musique, l'éveil, le jeu, la culture, l'éducation. 

A sa plume ! 

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05 novembre 2017

Des naissances

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Le 15 octobre, deux parents sont nés...

La petite Mu est devenue une petite Maman au moment où une toute petite mini-Mu a vu le jour. 

C'est le début de l'incroyable aventure d'une famille qui se construit. Et, évidemment, c'est au milieu des pages, des mots et des images qu'elle se tissera de semaine en semaine, de mois en mois, d'année en année. 

Quant à vous, chers lecteurs, vous risquez de voir fleurir chez la petite Mu de plus en plus de livres pour tout-petits... 

En attendant, un souvenir d'une ancienne lecture, que j'ai offert à une amie quand elle est devenue maman : un bel album sur la parentalité écrit par Didier Jean et Zad , un compositeur et une peintre qui se sont associés pour créer plein de chouettes livres pour enfants, et illustré par Sandrine Kao, que vous trouverez sur ce blog en tant qu'écrivaine, avec Le banc

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Je vous laisse, j'ai un biberon en attente !...

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01 novembre 2017

Lois Lowry : Le fils

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Je parlais du Passeur il y a peu, pour "Science-fiction et contre-utopies en dix romans". Et j'avais plumé sur ce roman il y a longtemps

J'ai dorénavant lu ce que je croyais être le deuxième tome (erreur signalétique de ma médiathèque). En fait, il s'agit de la fin d'une tétralogie, commencée donc avec Le passeur en 1994, prolongée avec L'élue en 2000 et Messager en 2004. Mais, de fait, Le fils (paru en 2014) peut se lire directement après Le passeur - ce que j'ai fait donc. On y retrouve en effet, en tout cas dans la première partie du roman, la même société imaginaire dans laquelle l'auteure nous plongeait en 1994. Une société, rappelons-le, où chaque étape de la vie des habitants est réglée à l'avance, avec minutie, par un conseil de sages qui se veut bienveillant. A douze ans, chaque adolescent se voit donc attribuer son futur métier. Dans le premier tome, l'attribution de Jonas, le personnage principal, avait surpris tout le monde, car il était devenu le nouveau "passeur", un rôle joué par un seul individu, une fonction très mystérieuse. Je n'en dis pas plus évidemment, pour ceux qui ne connaissent pas encore ce best-seller de la littérature jeunesse. 

Dans Le fils, le personnage principal est Claire, et on lui a attribué le rôle de mère porteuse ; un métier certes indispensable car c'est la seule voie de procréation acceptée dans cette société, mais considérée comme légèrement honteuse et rabaissante. Claire accouche donc de son premier "produit" - c'est ainsi qu'on appelle les bébés - mais l'accouchement ne se passe pas comme il le devrait, et on lui ôte son attribution, pour la nommer dans une usine de biologie alimentaire, où on féconde des poissons ; ainsi, son destin est toujours lié aux naissances et à la reproduction de la vie. Seulement, très vite, Claire se rend bien compte qu'elle ne vit pas les choses de la même manière que les autres habitants : ils sont détachés de tout, n'éprouvent pas de sentiments forts, alors qu'elle-même est bouleversée par le fait d'avoir été séparée de son bébé. Elle cherche alors à le revoir, dans le centre où il est élevé avec les autres "produits". A partir de là, les événements vont s'enchaîner...

Je suis obligée de spoiler légèrement la suite : le roman est construit en trois parties. Ce que je viens de raconter ne concerne que la première. Dans les deuxième et troisième, on retrouve Claire dans des univers complètement différents : des villages qui semblent hors du temps, où les habitants vivent au rythme de la nature, bien loin de la société policée dans laquelle Claire a grandi. L'ambiance change totalement, et s'y ajoute des éléments qui touchent au merveilleux. J'ai trouvé cela un peu trop désordonné dans un premier temps ; je préférais que cette série reste dans cet univers d'anticipation, sans détail surnaturel. Et puis la narration fait son oeuvre, on s'attache bien sûr aux personnages, on suit le destin de Claire avec enthousiasme, et on ne lâche plus le livre jusqu'à la fin. 

Je dirais que ce dernier opus ne surpasse pas Le passeur, dans sa création d'un univers très particulier, mais le prolonge agréablement, et permet aussi d'en approfondir certains aspects. Et il y a bien sûr des croisements entre les deux histoires, qu'on découvre avec plaisir. On se surprend à penser "Ah, mais oui ! C'était comme ça dans Le passeur !"

Pour finir, j'ai découvert récemment (en lisant le psychothérapeute Christophe André, pour tout vous dire) que l'invention des fameuses pilules anti-sentiments (évoquées dans Le passeur, mais bien plus développées dans Le fils) est en fait l'héritage du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley. L'auteur a en effet créé le soma, cette drogue qui efface les états d'âme dérangeants : 

« Le monde est stable, à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent, ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance des passions et de la vieillesse ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si par hasard quelque chose allait de travers, il y a le soma. »

Un beau roman jeunesse, donc, qui conduit le lecteur vers d'autres lectures et d'autres réflexions. 

03 octobre 2017

Carnet de lecture - août/septembre 2017 - littérature adulte

En littérature, ces derniers mois, j'ai lu : 

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L'avant-avant-dernier de Ian McEwan, que j'avais raté (bizarre, car j'avais pourtant réagi à la sortie du suivant, L'intérêt de l'enfant) : Opération Sweet Tooth. Expérience de lecture assez similaire à mes autres du même auteur : un certain temps avant de me laisser prendre par le récit et à ne plus vouloir le lâcher. Peut-être de façon moins prononcée que pour d'autres titres, cependant : je dirais que la première moitié du livre m'a moins intéressée que la deuxième, mais je n'ai pas non plus à me forcer à la lire. J'ai aimé les personnages, bien campés dès le début, à commencer par la narratrice, Serena Frome, cette jeune femme passionnée de littérature mais contrainte par ses parents d'étudier les mathématiques. En fait, ces mathématiques ne lui serviront pas à grand-chose dans sa vie d'adulte ; en revanche, sa connaissance - du moins son intérêt - pour la littérature lui permettra d'être embauchée par le MI5. Oui, rien que ça, les services secrets britanniques concernés par les affaires intérieures, qui, en pleine guerre froide, montent un projet de propagande littéraire dissimulée : des écrivains britanniques seront financés sans le savoir, pour les encourager dans l'écriture de textes qui serviraient la doctrine anti-communiste. Tout ceci est inspiré de faits réels, et, comme souvent chez McEwan, le roman est bourré de détails concrets, ici sur la géopolitique des années 70. J'avoue avoir eu du mal à suivre certains récits de stratégie ou d'affaires secrètes. Mais l'histoire de Serena, qu'on envoie démarcher l'écrivain Tom Haley, et dont elle va tomber amoureuse, évidemment, sans qu'il ne sache qu'elle est envoyée par le MI5, je l'ai suivie avec beaucoup d'intérêt. Il est question de secret, de mensonge, d'amour, d'écriture aussi bien sûr. Ian McEwan a d'ailleurs avoué que Tom Haley était plus ou moins son double littéraire. (J'ai honte, je n'y avais même pas pensé, alors qu'il est vrai que les nouvelles écrites par Haley et racontées par Serena ressemblent en effet beaucoup à celles du début de carrière de McEwan) Encore une lecture réussie de cet auteur britannique que je suis depuis de longues années. 

Et un roman, adulte cette fois-ci, sur le thème de l'enfant monstre : Une affaire personnelle, du Japonais Kenzabura Oe (que je ne connaissais pas, étant donné mon absence de familiarité avec la culture asiatique ; pourtant, il s'avère que le monsieur a été Prix Nobel de littérature en 1994). Ici, contrairement aux romans jeunesse fantastiques ou merveilleux que j'ai lus dernièrement (Bree Tanner ou Louis le galoup), ce n'est pas l'enfant monstre qui est le personnage principal, mais son père. A vingt-sept ans, le héros surnommé Bird vient juste d'être papa : sa femme est à la maternité, lui est dans une librairie en train d'acheter des cartes routières de l'Afrique. Déjà, on sent qu'il y a un léger malaise ; et en effet, Bird n'est pas vraiment prêt à sa paternité. Les choses se compliquent encore quand un coup de téléphone de l'hôpital lui apprend que l'enfant est "anormal". On parle donc ici de monstruosité physique, à savoir (léger spoiler)  une malformation assez spectaculaire au niveau du crâne de l'enfant. A partir de là, tout le roman est centré sur le dilemme qui occupe l'esprit de Bird : rester pour assumer ses responsabilités ou s'enfuir dans cette Afrique rêvée pour échapper à un destin qu'il estime tragique ? Ce roman assez particulier m'a plu, sans plus ; il mène des réflexions intéressantes, mais tourne parfois un peu en rond (je l'aurais préféré un peu plus court). Pas inoubliable à mes yeux. 


20 juillet 2017

Ilya Green : Les petits amis de la nuit

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J'ai bien eu du mal à choisir mon service presse parmi le catalogue des nouveautés Didier Jeunesse. Des livres musicaux comme ils savent si bien en faire, un nouvel album de Maria Jallibert, dont j'avais déjà parlé ici, qui improvise cette fois autour des moyens de transport (vous pouvez jeter un oeil à quelques pages sur le catalogue)...

Finalement mon choix s'est porté sur une histoire pour tout-petits, racontée et dessinée par Ilya Green, à propos des compagnons nocturnes.

Ilya Green, c'est celle qui a fait tout ça :

Mosaïque Ilya Green

Parmi ces couvertures chatoyantes, le joli Achile et la rivière, écrit par Olivier Adam, sur le bruit, le silence et le bonheur, un bon nombre de livres musicaux de Didier Jeunesse, justement, et plusieurs titres autour du sommeil, des rêves ou des amis des enfants : Petits contes pour rêver, Les rêves racontés aux petits curieux, Nos beaux doudous...

Ce sont ces thèmes-là qu'elle reprend dans Les petits amis de la nuit. Un petit album cartonné, agréable au toucher, avec des images en léger relief, qui décrit l'étrange défilé des bestioles qui accompagnent l'enfant vers le sommeil : des petites souris, un chat tout gris, des canards, des tortues, et, bien sûr, un loir. Tous ces animaux se préparent pour "le grand spectacle du soir". Et puis, pouf ! La magie opère : tout le monde s'est endormi...

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Les dessins sont beaux, très doux, tout en crayonnages. J'ai beaucoup aimé le fait que, malgré le fond noir, toutes les illustrations respirent la joie et le plaisir. La dernière image, notamment, est une explosion de couleurs chatoyantes et variées. Une jolie façon de dire que la nuit, les animaux ne sont pas - entièrement - gris, et que le noir n'est pas toujours source de peur : dans le noir, on raconte aussi de belles histoires.

 

Auteure et illustratrice : Ilya Green
Editions Didier Jeunesse
Parution : 23 août 2017

 Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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14 juin 2017

Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé : Dans le ventre de la terre

Dans le ventre de la Terre

Revoici la petite Mu avec un album de circonstance (une circonstance que je vous laisserai deviner tout seuls... bon, ce n'est pas bien compliqué !), découvert par hasard chez des amis. 

Moquez-vous si vous voulez, mais j'ai mis quelques pages avant de comprendre qu'il s'agissait d'un album sur la grossesse. Et quand ça a fait tilt, j'ai trouvé ça tellement beau et bien dit que j'en ai eu les larmes aux yeux (ah, non, ça, ce sont les hormones...). Tout en couleurs, tout en rondeurs, on suit l'histoire d'une vie qui naît et qui grandit dans le ventre de la mère. 

Un "chef-d'oeuvre d'orfèvrerie", écrivait-on dans Actualitté au mois d'octobre : l'expression est très juste. Les deux collaboratrices de cet album se sont bien trouvées : le dessin minutieux de Fanny Ducassé, tout en détails et arabesques,  porte à merveille les mots pleins de poésie de Cécile Roumiguière. 

L'idée est de faire imaginer et faire comprendre à un futur grand frère ou une future grande soeur ce qui est en train de se passer dans le ventre de sa mère, pourquoi il s'arrondit, pourquoi, au bout de neuf mois, le bébé veut sortir (la "grotte" est devenue trop petite)... Avec la bonne idée d'associer cela au cycle de la nature, aux transformations de la terre, pour en faire quelque chose de profondément "naturel". Le site Ricochet le conseille toutefois "à partir de 7 ans". Pour ma part, je l'ai lu avec une petite fille de quatre ans, qui m'a semblé aussi absorbée que par les autres histoires que nous avons feuilleté. Après, qu'en a-t-elle retenu, je ne saurais pas dire. Ce que je sais, c'est que moi, j'ai beaucoup, beaucoup aimé ! 

Un livre à mettre donc dans les mains des enfants, mais aussi des papas et des mamans ! 

 

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22 septembre 2016

#Rentrée littéraire : Sophie Adriansen, Le syndrome de la vitre étoilée

Le syndrome de la vitre étoilée

Première déception de cette rentrée littéraire 2016. Pour une fois que je me donne envie en lisant les catalogues et que j'investis dans un livre neuf !... 

Quatrième de couverture : "Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d'enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant." Faisant partie de ce couple sur cinq, forcément, le sujet m'intéressait. Je m'attendais à quelque chose d'assez poétique, à l'image du titre et de son commentaire en début d'ouvrage : "La vitre étoilée, c'est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d'avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C'est quand tout est brisé à l'intérieur alors qu'à l'extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après, généralement, ça fait tilt."

En feuilletant le livre, je remarque une présentation particulière, de nombreux mini-chapitres. Je comprends qu'il s'agit d'une sorte de journal intime. 

extrait vitre étoilée

Je me plonge dans ce journal avec assez de plaisir, mais très vite, je déchante. J'ai l'impression de lire le blog d'une lectrice de Cosmo. Je ne me reconnais absolument pas dans le personnage de Stéphanie, jeune working-girl qui travaille dans la pub. Elle représente ce genre de personnages qui, à mes yeux, sonne faux : l'auteur-e essaie de nous montrer qu'il ou elle n'a pas une vie parfaite, mais hormis le malheur qui s'immisce dans sa vie (pour Stéphanie et son compagnon Guillaume, leur infertilité), tout le reste semble lisse, fun, dans la norme. Moi qui n'aime que les personnages complexes, ambigus, voire tordus... Donc, certes, Stéphanie souffre, il lui manque ce que toutes ses copines ont et qui semble fait pour elle : un bébé. Mais à force de vouloir mettre à distance cette souffrance, la teinter d'humour, jouer sur le langage, on en perd l'émotion qui était censée être le fil conducteur du roman. Il y a quelques formules bien trouvées, mais dans l'ensemble, l'écriture n'a rien de différent d'une chroniqueuse de magazine girly. 

Par ailleurs, je n'ai pas aimé non plus l'orientation donnée à l'histoire. Au fil des pages, on sent que tout est fait pour nous montrer qu'on ne peut pas se complaire dans le malheur, qu'il faut rebondir, être positif. C'est ce que Stéphanie fait, par des choix de vie plus ou moins radicaux. J'ai donc aussi eu une désagréable impression de livre moralisateur. C'est assez insidieux, mais ça revient plus ou moins aux objectifs de ces magazines pour jeune femme qui veut améliorer sa vie : on peut trouver une solution à tout, moyennant un petit test de neuf ou dix questions et un petit article de quelques pages, avec des témoignages pour donner un peu de crédit aux conseils prodigués. Mouais. Ca peut marcher quand on cherche à perdre deux kilos ou à apprendre à se maquiller. Mais pour le genre de sujet que Sophie Adriansen a tenu à aborder, les recettes miracles ne fonctionnent pas. Alors, oui, elle s'attache à montrer, tout au long du roman, les clichés et les phrases à l'emporte-pièce contre lesquels les couples infertiles doivent souvent lutter. Mais la fin m'a laissée coite tellement je l'ai trouvée proche de ces clichés, justement. 

Peut-être que d'autres lecteurs, confrontés à ce même obstacle dans leur vie, apprécieront plus que moi ce roman et sauront justement y trouver le réconfort nécessaire. Peut-être que les amateurs de chick-lit liront avec plaisir un livre qui reprend quelques codes du genre, autour d'une histoire plus profonde, différente d'une simple romance. De mon côté, je ne retiendrais (presque) que les citations du roman de Julie Bonnie, Chambre 2  que Sophie Adriansen sème tout au long de son livre. Chambre 2 m'avait marquée et j'en trouve l'écriture plus belle et plus convaincante... 

Quelle déception, donc, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé quand la plume de Sophie Adriansen s'adressait aux jeunes lecteurs, sur un thème pourtant tout aussi délicat, avec Max et les poissons, vainqueur du prix PEP42 de l'année dernière

Et de deux pour le TTT rentrée littéraire !  

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01 juin 2013

Couleur de peau : miel (tome 1)

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : une couleur (mais ça aurait aussi pu être un aliment si je n'avais pas déjà rempli cette case) en catégorie BD


Alors, alors, continuons avec mes découvertes BD, et d'ailleurs, avec mes découvertes BD autobiographiques. Jung est un auteur coréen, né à Séoul, adopté par une famille belge, qui raconte son enfance : la vie à l'orphelinat américain de Séoul, puis son arrivée en Belgique, dans sa nouvelle famille. Ce premier tome (il y en a un deuxième, que je n'ai pas encore lu) est sorti en 2007, et une adaptation au cinéma en a été faite en 2012. Le film a d'ailleurs un très beau site. 

Couleur de peau : miel est en même temps un joli récit d'enfance, reprenant les motifs traditionnels (la relation aux autres, les premiers émois, les bêtises...), et un texte riche et fort sur l'adoption, loin des clichés, loin du tout rose (mais du tout noir aussi). La question de l'identité est donc doublement posée, sous l'angle de l'adolescence mais aussi du déracinement. C'est bien sûr l'adulte qui tient le crayon, ainsi que les discours, mais on se doute que, déjà enfant, le personnage possède une grande maturité, qui lui permet de résister à bien des tempêtes. L'adoption n'est pas un long fleuve tranquille ; mais avoir une nouvelle famille, cela s'apprend, d'un côté comme de l'autre. 

 

Les dessins sont en noir et blanc : manière de conférer un aspect universel, intemporel à cette histoire pourtant inscrite dans une Histoire (ce problème des orphelins disséminés dans le monde à la fin de la guerre de Corée), mais aussi une douceur qui accompagne le lecteur même dans les moments durs. J'aime également beaucoup la couverture, avec ce jaune très lumineux, extrêmement bien mis en valeur à la fois par les choix graphiques mais aussi, bien sûr, par le titre. "Miel", c'est la couleur par laquelle  la peau du petit Jung est décrite, dans son dossier de l'orphelinat. 

(désolée, je n'ai pas plus grand...)

J'ai bien envie d'ouvrir le tome 2, et aussi de voir le film qui aurait choisi, d'après ce que j'ai lu, d'alterner entre scènes animées et scènes filmées de manière classique. En voici la bande annonce, qui montre déjà un beau travail sur l'image et, surtout, sur la couleur : 

COULEUR DE PEAU : MIEL - Bande-annonce VF

 

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25 février 2013

Poil de Carotte

[Relecture]

C'est Vipère au poing qui m'a donné envie de relire (pour la troisième fois me semble-t-il) cet autre classique du XXe siècle français. J'y ai retrouvé le même plaisir qu'auparavant, avec certains passages qui s'écrivaient presque tout seuls dans ma tête, comme cela m'arrive parfois lorsque je me replonge dans des pages maintes fois parcourues. 

De Jules Renard, j'aime le style elliptique, fragmentaire, ou peu importe comme on le nomme, cette forme d'écriture brève qu'on retrouve également dans son Journal, que j'ai feuilleté, il y a quelques années, et dans lequel j'avais glané de nombreuses citations (l'une de mes préférées étant : "N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir". Regardez dans vos papillottes, à Noël prochain, vous l'y retrouverez peut-être !).

Ce style, il l'applique, dans Poil de Carotte, à l'histoire de ce jeune souffre-douleur - contrairement à Brasse-Bouillon dans le roman d'Hervé Bazin, Poil de Carotte est incompris de tous, et n'a pas l'instinct de révolte du héros de Vipère au poing - qui n'est autre que lui-même. Et c'est avec une ironie mordante, mais teintée d'une énorme tendresse, qui transpire dans toutes les pages, que Jules Renard tend au lecteur le portrait et les mésaventures de cet enfant naïf, sensible, mais parfois cruel à force de sensibilité : c'est ainsi qu'il fera renvoyer un surveillant de dortoir en mouchardant au directeur des embrassades prétendûment déplacées entre ce surveillant et un élève, tout simplement par jalousie de n'avoir pas été, lui, embrassé. Ce n'est qu'à la fin du roman que Poil de Carotte arrive à la même conclusion que Brasse-Bouillon avait en tête dès le début de l'histoire. Il l'énonce ainsi, avec toute cette simplicité qui le caractérise : "Mon cher papa, j'ai longtemps hésité mais il faut en finir. Je l'avoue : je n'aime plus maman." Et je me suis rendue compte que j'avais mis de côté dans ma mémoire cette évolution du personnage vers la maturité, et cette fin en demi-teinte. 

Ce que j'en avais gardé, en revanche, c'est l'humour. Certains chapitres sont tout simplement irrésistibles. J'ai gardé depuis toujours une préférence pour la correspondance entre Poil de Carotte et son père. Les deux dernières lettres du chapitre sont fort connues, mais je ne résiste pas - irrésistibles, je vous disais - au plaisir de les partager ici : 

« De M. Lepic à Poil de Carotte.
Mon cher Poil de Carotte,
Ta lettre de ce matin m’étonne fort. Je la relis vainement. Ce n’est plus ton style ordinaire et tu y parles de choses bizarres qui ne me semblent ni de ta compétence ni de la mienne.
D’habitude, tu nous racontes tes petites affaires, tu nous écris les places que tu obtiens, les qualités et les défauts que tu trouves à chaque professeur, les noms de tes nouveaux camarades, l’état de ton linge, si tu dors et si tu manges bien.
Voilà ce qui m’intéresse. Aujourd’hui, je ne comprends plus. À propos de quoi, s’il te plaît, cette sortie sur le printemps quand nous sommes en hiver ? Que veux-tu dire ? As-tu besoin d’un cache-nez ? Ta lettre n’est pas datée et on ne sait si tu l’adresses à moi ou au chien. La forme même de ton écriture me paraît modifiée, et la disposition des lignes, la quantité de majuscules me déconcertent. Bref, tu as l’air de te moquer de quelqu’un. Je suppose que c’est de toi, et je tiens à t’en faire non un crime, mais l’observation.

Réponse de Poil de Carotte.
Mon cher papa,
Un mot à la hâte pour t’expliquer ma dernière lettre. Tu ne t’es pas aperçu qu’elle était « en vers. »

Sans oublier ce conseil hautement avisé du père, en réponse à son fils qui lui demande de lui rapporter des livres lors de son voyage à Paris :  « Mon cher Poil de Carotte, Les écrivains dont tu me parles étaient des hommes comme toi et moi. Ce qu’ils ont fait, tu peux le faire. Écris des livres, tu les liras ensuite. »

Il fut bien inspiré ! 

 


 

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