05 novembre 2017

Des naissances

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Le 15 octobre, deux parents sont nés...

La petite Mu est devenue une petite Maman au moment où une toute petite mini-Mu a vu le jour. 

C'est le début de l'incroyable aventure d'une famille qui se construit. Et, évidemment, c'est au milieu des pages, des mots et des images qu'elle se tissera de semaine en semaine, de mois en mois, d'année en année. 

Quant à vous, chers lecteurs, vous risquez de voir fleurir chez la petite Mu de plus en plus de livres pour tout-petits... 

En attendant, un souvenir d'une ancienne lecture, que j'ai offert à une amie quand elle est devenue maman : un bel album sur la parentalité écrit par Didier Jean et Zad , un compositeur et une peintre qui se sont associés pour créer plein de chouettes livres pour enfants, et illustré par Sandrine Kao, que vous trouverez sur ce blog en tant qu'écrivaine, avec Le banc

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Je vous laisse, j'ai un biberon en attente !...

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14 octobre 2017

Antoine Dole : Naissance des coeurs de pierre

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Et revoici dans mes rayonnages l'un de mes auteurs favoris en littérature jeunesse : Antoine Dole, dont j'ai déjà beaucoup parlé sur le blog (voir la table des matières). 

Chaque sortie d'un de ses romans est en soi, pour moi, un événement ; celle-ci l'est encore plus car ce roman a reçu une mention spéciale lors du prix Vendredi. Un rapide mot sur ce tout nouveau prix littéraire, proposé par le Syndicat National de l'édition : un jury composé de journalistes et de deux écrivaines de renom, Marie Desplechin et Sophie Van Der Linden, une chouette sélection avec du Jean-François Chabas, Stéphane Servant, Anne-Laure Bondoux, ainsi qu'un premier roman, Colorado Train de Thibault Vermot, découvert par les éditions Sarbacane, et qui a d'ailleurs eu l'autre mention spéciale du jury. Le grand vainqueur a été le roman d'Anne-Laure Bondoux, L'aube sera grandiose. L'histoire d'une mère et d'une fille qui passent la nuit dans une cabane en solitaire. Décidément, la famille est à l'honneur en cette rentrée littéraire, comme en atteste la dernière Grande Librairie, qui accueillait les auteurs suivants pour leurs livres aux titres explicites : Christophe Honoré, Ton père, Saphia Azzedine, Sa mère (tout un programme !), Alexandre Jardin, Ma mère avait raison, ainsi que la fille de Desproges qui publie Desproges par Desproges aux éditions du Courroux. Une bien chouette émission, avec en plus Vincent Delerm au piano : à voir ou revoir sans attendre !

Si j'ai l'air d'avoir digressé quelque peu, n'en croyez rien : je parlais de famille, elle est au coeur de ce roman plutôt atypique dans la bibliographie d'Antoine Dole. Je le savais déjà touche-à-tout : capable des romans les plus violents, comme Laisse brûler ou K-cendres, comme de courts récits humoristiques à destination des plus jeunes, chez Actes Sud Junior ou aux éditions du Rouergue. Ici, c'est encore un nouveau genre qu'il explore, celui de la dystopie. Un genre prédominant dans la littérature jeunesse actuelle, comme le regrette un peu Sophie Van Der Linden, mais attention : Antoine Dole n'est jamais exactement là où on le pense être. Naissance des coeurs de pierre entremêle deux récits : l'un se déroulant dans un "Nouveau Monde" effrayant, où les enfants, à douze ans, doivent subir un traitement destiné à effacer les émotions, et l'autre dans notre monde bien connu (qui serait donc l'Ancien ?...), où une adolescente au trop plein d'émotions se prend d'amour pour un surveillant de son lycée. Et, finalement, plus qu'une simple contre-utopie, c'est un roman à clés, doublé d'un roman à chute, qui se révèle plus riche et plus profond qu'il n'y paraissait au premier abord. 

Je dois reconnaître en effet que j'ai été un peu circonspecte au début de ma lecture. Ce Nouveau Monde dans lequel vit Jeb, le premier personnage principal, me faisait diablement penser à l'univers des romans de Lois Lowry, dont je reparle très bientôt chez la petite Mu, car j'ai lu récemment Le Fils, dernier tome de la tétralogie entamée avec Le passeur. Des pilules qui effacent les émotions : du déjà vu. Et la manière d'écrire et de décrire cet univers et la façon dont Jeb cherche à s'en extraire ne me semblait guère originale. De même, l'histoire d'Aude, cette lycéenne hypersensible, me paraissait presque fade au regard de ces pages très dures mais très belles que j'avais déjà lues dans les romans les plus crus d'Antoine Dole sur l'adolescence, la jeunesse, les sentiments, les relations. 

Et puis le ton s'est infléchi peu à peu et j'ai retrouvé, justement, cette plume juste et forte que j'aime tant. Des romans qui mettent à l'honneur les émotions et leur pouvoir, de cette façon-là, il n'y en a finalement pas tant que ça. La réflexion est certes la même que chez Lois Lowry - un monde dénué d'émotions est-il vraiment souhaitable ? - mais ici l'écriture est plus ciselée, et on entre vraiment dans l'intériorité des personnages. Enfin, la chute (qui commence dès les premiers chapitres) m'a réellement surprise, et a apporté beaucoup d'authenticité et de vraisemblance aux deux histoires. 

De plus, comme cela m'arrive parfois, et me réjouit à chaque occurrence, cette lecture est entrée en parfaite résonance avec d'autres toutes récentes, ou avec des découvertes culturelles au sens plus large. J'ai parlé de ces romans de famille découverts chez la Grande Librairie (mais pas encore lus ; celui d'Honoré me tente beaucoup, ainsi que celui d'Isabelle Monnin, Mistral perdu ou les événements).  J'ai parlé aussi de Lois Lowry, car impossible de ne pas faire le rapprochement entre ces deux dystopies. Mais il se trouve que je viens aussi de finir la lecture des Etats d'âme de Christophe André, ce psychothérapeute adepte de la méditation en pleine conscience, entre autres. Une lecture non fictionnelle qui éclaire pleinement la réflexion sur les émotions menée par Antoine Dole à travers ces personnages d'adolescents qui refusent d'être anesthésiés. 

Une vie sans émotions, souhaitable ? Certainement pas, si elle nous prive du plaisir de dévorer de belles lectures comme celles-ci ! 

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08 octobre 2017

Chitra Banerjee Divakaruni : Le palais des illusions

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Il y a un peu plus d'un an, je recevais des box de livres du site Exploratology. 

Et en fait, je n'en avais lu aucun en entier. J'avais commencé le premier reçu, Hérétiques de Leonardo Padura, mais je m'étais arrêtée à la moitié, un peu perdue (je compte le recommencer, je n'aime pas ne pas finir un livre). Les deux autres, d'inspiration asiatique, je les avais gardés pour plus tard.

Plus tard, donc, j'ai lu Nostalgie de la rizière d'Anna Moï : bof. J'ai lu toute la deuxième moitié en diagonale, pas tellement accrochée ni par le style ni par la narration de ces pseudo-nouvelles (l'auteure les présente comme telles, mais c'est toujours la même narratrice, et chaque récit est une étape de sa vie, donc je ne vois pas trop la différence avec un roman divisé en courts chapitres). Dans la première partie, la seule chose que j'ai aimée, ce sont les réflexions autour du chant et de la voix (auxquelles le visionnage d'une chouette émission d'Arte, La voix en quelques éclats, a fait écho).

Mais le troisième essai fut le bon : ce Palais des illusions, de l'Indienne Divakaruni, m'a passionnée. D'autant plus qu'il m'a plongée dans un univers que je connaissais très peu : les légendes indiennes issues du livre sacré, le Mahabahrata. 

Comme l'écrit l'auteure elle-même dans sa préface, elle s'était fait cette promesse : "Si un jour j'écris un livre... je placerai les femmes au premier plan de l'action. Je dévoilerai l'histoire invisible qui repose entre les lignes des prouesses des hommes." Ce roman est donc une version féminine du Mahabahrata. Une histoire racontée par une femme, la princesse Panchaali, dont le destin est lié à ceux de beaucoup d'hommes (son père, son frère, ses cinq époux, ses ennemis...), mais dans lequel elle essaie, tant qu'elle peut, de faire exister sa puissance de femme. 

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, à différentes reprises, à Daenerys Targaryen - la Khaleesi, Mother of Dragons et tout ce que vous voulez -, l'une des héroïnes (la principale ?) de Game of Thrones. Chez Daenerys comme chez Panchaali, il y a cette rage de vivre, de se venger de tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin, une rage cependant associée à une réelle soif de justice, pour tous, d'harmonie, d'équilibre dans l'univers. L'une comme l'autre, elles sont persuadées du rôle qu'elles ont à jouer dans cette conquête (plus qu'une quête) de l'harmonie. L'une comme l'autre, elles ont de nombreux adversaires, et le premier réside dans leur condition féminine. Repensez à ces premiers épisodes de GOT : on y voit la jeune Daenerys offerte par son frère au khal Drogo (chef d'une tribu nomade, aux rites qui semblent très barbares à la toute jeune femme). Elle saura par la suite transformer ce qui aurait pu être une soumission, voire une humiliation, en la première étape de son ascension vers le pouvoir. Panchaali fait exactement la même chose (elle, elle est même mariée de force à cinq frères à la fois, à cause d'une promesse hasardeuse de leur mère). 

Je n'en dis pas plus sur l'histoire : impossible de toute façon de résumer cette épopée (fleuve comme toute épopée qui se vaut). Il y a tout, des combats, des légendes, des apparitions divines et merveilleuses, de la sagesse, et surtout beaucoup d'introspection et de réflexion sur les sentiments et la manière dont ils évoluent au cours de notre vie. C'est très addictif, avec de petits chapitres, quelques prolepses, juste ce qu'il faut pour donner envie de lire la suite, et rappeler que, dans ce genre de récits, les faits sont prévisibles, écrits depuis le début.Chitra Banerjee Divakaruni a su donner une réelle modernité à des mythes ancestraux, simplement en changeant de point de vue. 

Une belle expérience de lecture, que je recommande vivement ! 

Pour découvrir Exploratology et ses abonnements de livres : 

Slide-Box-livres-Exploratology

 

Et pour revoir l'émission d'Arte sur la voix :

La voix en quelques éclats Arte

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03 octobre 2017

Carnet de lecture - août/septembre 2017 - littérature adulte

En littérature, ces derniers mois, j'ai lu : 

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L'avant-avant-dernier de Ian McEwan, que j'avais raté (bizarre, car j'avais pourtant réagi à la sortie du suivant, L'intérêt de l'enfant) : Opération Sweet Tooth. Expérience de lecture assez similaire à mes autres du même auteur : un certain temps avant de me laisser prendre par le récit et à ne plus vouloir le lâcher. Peut-être de façon moins prononcée que pour d'autres titres, cependant : je dirais que la première moitié du livre m'a moins intéressée que la deuxième, mais je n'ai pas non plus à me forcer à la lire. J'ai aimé les personnages, bien campés dès le début, à commencer par la narratrice, Serena Frome, cette jeune femme passionnée de littérature mais contrainte par ses parents d'étudier les mathématiques. En fait, ces mathématiques ne lui serviront pas à grand-chose dans sa vie d'adulte ; en revanche, sa connaissance - du moins son intérêt - pour la littérature lui permettra d'être embauchée par le MI5. Oui, rien que ça, les services secrets britanniques concernés par les affaires intérieures, qui, en pleine guerre froide, montent un projet de propagande littéraire dissimulée : des écrivains britanniques seront financés sans le savoir, pour les encourager dans l'écriture de textes qui serviraient la doctrine anti-communiste. Tout ceci est inspiré de faits réels, et, comme souvent chez McEwan, le roman est bourré de détails concrets, ici sur la géopolitique des années 70. J'avoue avoir eu du mal à suivre certains récits de stratégie ou d'affaires secrètes. Mais l'histoire de Serena, qu'on envoie démarcher l'écrivain Tom Haley, et dont elle va tomber amoureuse, évidemment, sans qu'il ne sache qu'elle est envoyée par le MI5, je l'ai suivie avec beaucoup d'intérêt. Il est question de secret, de mensonge, d'amour, d'écriture aussi bien sûr. Ian McEwan a d'ailleurs avoué que Tom Haley était plus ou moins son double littéraire. (J'ai honte, je n'y avais même pas pensé, alors qu'il est vrai que les nouvelles écrites par Haley et racontées par Serena ressemblent en effet beaucoup à celles du début de carrière de McEwan) Encore une lecture réussie de cet auteur britannique que je suis depuis de longues années. 

Et un roman, adulte cette fois-ci, sur le thème de l'enfant monstre : Une affaire personnelle, du Japonais Kenzabura Oe (que je ne connaissais pas, étant donné mon absence de familiarité avec la culture asiatique ; pourtant, il s'avère que le monsieur a été Prix Nobel de littérature en 1994). Ici, contrairement aux romans jeunesse fantastiques ou merveilleux que j'ai lus dernièrement (Bree Tanner ou Louis le galoup), ce n'est pas l'enfant monstre qui est le personnage principal, mais son père. A vingt-sept ans, le héros surnommé Bird vient juste d'être papa : sa femme est à la maternité, lui est dans une librairie en train d'acheter des cartes routières de l'Afrique. Déjà, on sent qu'il y a un léger malaise ; et en effet, Bird n'est pas vraiment prêt à sa paternité. Les choses se compliquent encore quand un coup de téléphone de l'hôpital lui apprend que l'enfant est "anormal". On parle donc ici de monstruosité physique, à savoir (léger spoiler)  une malformation assez spectaculaire au niveau du crâne de l'enfant. A partir de là, tout le roman est centré sur le dilemme qui occupe l'esprit de Bird : rester pour assumer ses responsabilités ou s'enfuir dans cette Afrique rêvée pour échapper à un destin qu'il estime tragique ? Ce roman assez particulier m'a plu, sans plus ; il mène des réflexions intéressantes, mais tourne parfois un peu en rond (je l'aurais préféré un peu plus court). Pas inoubliable à mes yeux. 

10 août 2017

Joël Dicker : Le Livre des Baltimore

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On ne présente plus Joël Dicker, qui avait déjà fait un carton avec son précédent roman, La vérité sur l'Affaire Harry Quebert, obtenant entre autres le Goncourt Lycéen 2012. Un jeune auteur à la belle gueule (que l'éditeur partage gentiment avec nous en quatrième de couverture). Mais si jamais vous ne le connaissiez pas encore, tant mieux : cet article sera l'occasion pour moi de vous recommander plus vivement son troisième roman, le dernier en date, que j'ai trouvé bien meilleur que Harry Quebert

Cet Harry Quebert, je l'ai lu il y a quelques temps déjà. J'avais été attirée par la couverture (Portrait of Orleansun tableau de Hopper, ce peintre qui arrive à donner du mystère au quotidien), et la promesse d'un roman à rebondissements, un "page turner" comme disent les Américains. Je l'avais aimé, mais sans plus, finalement. Deux histoires s'y mélangeaient : une affaire policière, et la vie d'un jeune écrivain en mal d'inspiration qui trouvait justement le sujet de son prochain livre dans l'histoire policière en question, car l'accusé était son mentor en écriture (le fameux Harry Quebert). Autant l'histoire policière était bien ficelée, avec ce qu'il faut de mystère et de péripéties, autant l'autre histoire, correspondant au moment présent, m'avait moins passionnée. Un peu trop "métalittéraire", avec d'assez grosses ficelles : en gros, un roman qui explique comment on fait pour écrire un roman. Dans cet article de Slate, "Joël Dicker est-il un bon écrivain ?", la journaliste en conclut que oui et reconnaît avoir finalement apprécié ces ficelles. Bon, ce n'est pas pour rien que le roman a eu du succès, quand même. 

Mais là, avec Le Livre des Baltimore, on a un véritable page turner, qui prend pour thématique une famille et ses secrets : ingrédients infaillibles d'un bon récit à suspense. Même personnage principal que dans le roman précédent (Marcus Goldman, le jeune écrivain), même composition avec une double narration : le moment présent, où Marcus s'apprête à écrire son nouveau livre, en même temps qu'il retrouve Alexandra, son ancien grand amour, et le passé, avec l'histoire passionnante de la famille Goldman. 

Cette famille est binaire : il y a Marcus et ses parents, qui, vivant à Montclair, sont appelés "les Goldman de Montclair", et l'oncle, la tante et les deux cousins, vivant à Baltimore, surnommés donc (vous n'allez pas en revenir) "les Goldman de Baltimore". Mais derrière ces innocentes appellations se cache une rivalité pernicieuse car masquée sous d'apparentes bonnes relations. Les Baltimore (surnom raccourci) surpassent en tout les Montclair : plus brillants, plus riches. Plus heureux ? C'est en tout cas ce dont Marcus, qui passe toutes ses vacances chez ses cousins, est persuadé. Evidemment, le but du roman est de déconstruire les apparences, de montrer que le bonheur et la jalousie ne sont pas forcément du côté que l'on croit. 

Le fait qu'il y ait davantage de personnages que dans Harry Quebert joue en faveur du plaisir de lecture. Car plus de personnages, cela signifie plus de destinées qu'on a envie de connaître, plus d'interactions et donc plus d'intrigues (amicales, fraternelles, amoureuses...). Les éléments du suspense sont aussi, je trouve, plus habilement distillés que dans le roman précédent. Des éléments apparaissent assez vite au lecteur, mais certains détails (pas si anodins) sont retenus par le narrateur (donc, par l'auteur) jusqu'au bout. 

La notion de métalittérature est présente aussi. Et avec encore plus d'humour et d'autodérision (en tout cas, de réflexion sur sa propre image) que dans le roman précédent. Après La vérité sur l'Affaire Harry Quebert, Joël Dicker est devenu célèbre. Dans Le Livre des Baltimore, il se met en scène, en interrogeant tout à la fois cette célébrité et l'impact qu'elle peut avoir sur la vie personnelle, les actes que l'on se retrouve à faire pour obtenir, sinon la célébrité, du moins une certaine aura dans les yeux des personnes qui comptent autour de nous (ou dont on croit qu'elles comptent), et cet entremêlement incessant de la vie publique et de la vie privée. Le Livre des Baltimore est une fausse autobiographie, dans laquelle l'écrivain imaginé par Joël Dicker se met à raconter ses histoires de famille. On y croit comme si Joël Dicker lui-même, après avoir écrit son premier best-seller, avait rédigé un "roman de la maturité", sur sa vie intime. Et en même temps, l'auteur nous rappelle sans cesse qu'il ne s'agit, en fin de compte, "que" de littérature. Or, pour lui, ce n'est pas rien : dans les derniers mots du roman (ce n'est pas un spoiler puisqu'ils sont repris en quatrième de couverture) : "Pourquoi j'écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l'inviolable muraille de notre esprit, de l'imprenable forteresse de notre mémoire."

Alors, pourquoi Joël Dicker écrit-il ? Pour nous faire rêver, nous émouvoir, nous faire haleter d'impatience, ou bien pour lui-même ? La question n'a que peu d'importance, pas plus que de se demander si, oui ou non, Joël Dicker est un bon écrivain : Le Livre des Baltimore est un bon livre. Lisez-le ! 

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14 juin 2017

Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé : Dans le ventre de la terre

Dans le ventre de la Terre

Revoici la petite Mu avec un album de circonstance (une circonstance que je vous laisserai deviner tout seuls... bon, ce n'est pas bien compliqué !), découvert par hasard chez des amis. 

Moquez-vous si vous voulez, mais j'ai mis quelques pages avant de comprendre qu'il s'agissait d'un album sur la grossesse. Et quand ça a fait tilt, j'ai trouvé ça tellement beau et bien dit que j'en ai eu les larmes aux yeux (ah, non, ça, ce sont les hormones...). Tout en couleurs, tout en rondeurs, on suit l'histoire d'une vie qui naît et qui grandit dans le ventre de la mère. 

Un "chef-d'oeuvre d'orfèvrerie", écrivait-on dans Actualitté au mois d'octobre : l'expression est très juste. Les deux collaboratrices de cet album se sont bien trouvées : le dessin minutieux de Fanny Ducassé, tout en détails et arabesques,  porte à merveille les mots pleins de poésie de Cécile Roumiguière. 

L'idée est de faire imaginer et faire comprendre à un futur grand frère ou une future grande soeur ce qui est en train de se passer dans le ventre de sa mère, pourquoi il s'arrondit, pourquoi, au bout de neuf mois, le bébé veut sortir (la "grotte" est devenue trop petite)... Avec la bonne idée d'associer cela au cycle de la nature, aux transformations de la terre, pour en faire quelque chose de profondément "naturel". Le site Ricochet le conseille toutefois "à partir de 7 ans". Pour ma part, je l'ai lu avec une petite fille de quatre ans, qui m'a semblé aussi absorbée que par les autres histoires que nous avons feuilleté. Après, qu'en a-t-elle retenu, je ne saurais pas dire. Ce que je sais, c'est que moi, j'ai beaucoup, beaucoup aimé ! 

Un livre à mettre donc dans les mains des enfants, mais aussi des papas et des mamans ! 

 

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19 septembre 2016

#Rentrée littéraire : Mikaël Thévenot, Flow (tome 2)

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Je retrouve Josh et ses aventures après quelques mois. Rappelez-vous, c'était ici : l'histoire d'un adolescent qui se découvre le pouvoir de capter le flot des pensées autour de lui, et dont le quotidien devient rocambolesque quand un mystérieux internaute le contacte... 

Nous retrouvons Josh, fraîchement revenu des Etats-Unis, et sacrément secoué par une rencontre absolument inattendue, à la toute fin du tome 1. Non, non, ne me suppliez pas : je ne révèlererai rien ! Après ce coup de théâtre, il devient nécessaire à Josh de se confier, et pas seulement à son meilleur ami Axel, avec qui il a partagé le début de ses aventures. Toutes les personnes importantes pour Josh sont alors mises dans la confidence de son "superpouvoir" et de tous les événements qui lui sont reliés. Pour ne pas vous spoiler quoi que ce soit, il me suffira de vous dire que Josh va très vite retourner aux Etats-Unis, et qu'il sera aidé par Kyle, un ancien agent du FBI - que le lecteur a rencontré dans le tome 1 à travers les nombreux flash-backs, qui revenaient sur l'enfance de Josh aux States... 

Il se passe beaucoup de choses dans ce tome 2, plus que dans le premier. Arrivée à la moitié du livre, et sachant déjà qu'il n'y avait pas de tome 3, je me suis demandée comment l'auteur allait faire pour rassembler la plupart des péripéties et le dénouement dans ce qui restait de pages. De fait, sur l'ensemble des deux volumes, le récit souffre quelque peu d'un problème de rythme, à mon sens. Peut-être aurait-il fallu consacrer moins de temps à la présentation de certains personnages ou à certaines intrigues secondaires. Mais c'est souvent le propre des romans jeunesse d'aventure : les romanciers cherchent à maintenir un équilibre entre tout ce qui fait avancer l'action et qui fait du roman un thriller, d'une part, et tout ce qui en fait un récit proche des lecteurs, avec davantage de touches réalistes, d'autre part. Cet équilibre est toujours assez fragile. Pour Flow, je crois que j'aurais préféré davantage de rocambolesque et moins de détails concernant la vie quotidienne de Josh, le lycée, les repas en famille... Cela aurait, en outre, donné plus de crédibilité au personnage de Josh, qui apparaît au lecteur comme un adolescent à la fois très banal et capable d'agir aussi bien, voire mieux qu'un agent d'une organisation nationale. 

Au final, j'ai quand même lu avec plus d'avidité ce deuxième tome, qui remplit parfaitement son rôle : on veut assembler les pièces du puzzle et savoir comment Josh va s'en sortir. Il reste matière à creuser : Josh pourrait certainement vivre d'autres aventures, avec ce pouvoir qu'il apprend seulement à maîtriser et qui peut s'avérer si pratique et si dangereux à la fois... 

Et d'un pour le TTT de la rentrée littéraire

Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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20 août 2016

Axl Cendres : Dysfonctionnelle

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Une belle, belle, très belle découverte chez Sarbacane !

Le choix des tags a été difficile. J'aurais pu en ajouter une dizaine de plus tant ce roman est foisonnant et ébouriffant. Et en plus, il m'a prise par surprise. 

Fausse piste n°1 : le titre et la couverture sobre et sans présence humaine me faisaient penser à une nouvelle dystopie à la Divergente. En fait, pas du tout.

Fausse piste n°2 : le premier chapitre et la quatrième de couverture nous plongent à un moment de l'histoire où Fifi, l'héroïne, n'est déjà plus une enfant, et où elle rend visite à son père déjà en prison. On se fait une image assez dure de ce père qui n'a pas l'air franchement sympathique : il reluque les serveuses, annonce de but en blanc à sa fille qu'il n'a jamais voulu d'enfants... Et puis, après cette prolepse, on repart au début de l'histoire, et on découvre des personnages plus nuancés, plus attachants, et plus nombreux.

En effet, autour de Fidèle, dite Fifi ou Bouboule, gravitent un nombre impressionnant de personnages : son père, donc, sa mère, son oncle qui vit avec eux au "Bout du monde", le bar qui appartient à la famille, à Belleville, et six frères et soeurs, tous plus différents les uns que les autres. On a un Jésus qui se prend vraiment pour Jésus, une Maryline qui se prend pour Simone Weil, une Dalida qui se prend pour quelqu'un qui ne serait pas de cette famille, quelqu'un qui pourrait se construire une vie "sans cris, sans bagarre, sans alcool, sans folie". Oui, c'est comme ça que la soeur aînée voit cette famille que Fifi qualifie elle-même de "dysfonctionnelle". Elle explique ce terme ainsi à son petit frère Grégo : "Ca veut dire une famille qui ne marche pas bien, enfin pas comme il faudrait... mais qui tient debout quand même, pigé ?". Et en fait, oui, malgré les allers-retours en prison du père, ceux en hôpital psychiatrique de la mère (traumatisée par sa déportation pendant la guerre), les caractères difficiles de certains frères et soeurs et le cadre de vie atypique du "Bout du monde"... elle tient quand même debout, cette famille. 

J'ai aimé cette phrase de Jean-Michel du blog éponyme : "M’est avis que c’est un roman qui est capable de remettre en place la personne la plus étroite d’esprit qui soit : une pensée raciste ? une intolérance aux gays ? à Johnny ? au football ? pas de problème, Axl Cendres est là pour poutrer tes préjugés moisis avec autant de talent que Barbra Streisand se déchaînant en duo avec Sinatra [...]". C'est exactement ça : j'ai rarement lu un livre (qui plus est en littérature jeunesse) qui aborde tant de situations de discriminations ou, du moins, de confrontation des différences, mais surtout, surtout, avec un naturel désarmant. L'accent est mis sur le choc des cultures, c'est ce qui pèse le plus dans la relation entre Fidèle et Sarah, son premier amour. Mais il y a tellement d'autres questions qui y sont liées ; par exemple, le passé douloureux de Fidèle dans une famille d'accueil revient tout au long de l'histoire, toujours en filigrane, à travers cette cicatrice au dos qu'elle ne montre qu'en cas de nécessité absolue et dont on ne saura jamais (non, non, j'insiste : jamais) dans quelles circonstances elle est apparue.

Par ailleurs, si j'avais lu ce livre avant le 17 juillet, il aurait trouvé sa place, proche des premières positions, dans la liste des plus belles histoires d'amour découvertes en littérature jeunesse. L'amour passion entre Fidèle et Sarah et les nombreux rebondissements au sein de leur relation m'ont fortement émue. C'est surtout cette histoire-là qui a provoqué chez moi "le cafard de la fin", selon l'expression de ClaireD de la super librairie Les Croquelinottes (elle, c'est à propos du nouveau roman de Clémentine Beauvais, Songe à la douceur).

Il va sans dire que, désormais, le nom d'Axl Cendres fera partie de ma veille littéraire : j'attends de pied ferme son prochain roman. Vivement !

17 juillet 2016

Rainbow Rowell : Eleanor Park

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Allez, un dernier post avant la trêve estivale. Mais non des moindres. Ce roman est sorti depuis 2012 déjà, je ne l'ai lu qu'il y a quelques semaines cependant. Si vous ne le connaissez pas encore, vous allez, comme moi et comme beaucoup d'autres, en prendre plein les mirettes. 

Il est de moins en moins rare, aujourd'hui, que les protagonistes d'une histoire d'amour soient des personnages atypiques, loin des stéréotypes du beau gosse et de la belle nana aussi rayonnants l'un que l'autre. John Green, notamment, s'est engagé sur cette voie, même si, dans Nos étoiles contraires, j'avais trouvé Hazel et Augustus un peu trop "tout" pour être honnêtes. Enrevanche, dans le roman de Rainbow Rowell, Eleanor est vraiment trop ronde pour les standards de la beauté, ne s'habille vraiment pas comme les autres, et, pour couronner le tout, elle a une vie vraiment difficile, du genre à devoir partir de sa maison parce que son beau-père ne veut pas d'elle. Park, lui, pourrait davantage se fondre dans la masse, s'il n'avait pas les traits coréens de sa mère, ce qui, pour la brute épaisse qui fréquente son lycée, est censé faire de lui un spécialiste de kung-fu. Eleanor est aussi tape-à-l'oeil que Park est discret. Mais, et ça n'a rien de particulièrement original d'ailleurs, ils vont quand même tomber amoureux l'un de l'autre, et pas qu'un peu. 

A partir de là, vous allez voir se dérouler tout au long de votre lecture les ingrédients assez habituels d'une romance adolescente : les déboires du lycée (la brute épaisse étant un incontournable du genre), les relations pas toujours simples avec les parents, les frères et les soeurs, la naissance des émotions, des émois, des sensations. Le style non plus ne semble avoir rien d'absolument différent, inimitable (moins percutant que celui de John Green, par exemple). Mais c'est l'équilibre parfait de tout, les portraits, les dialogues, le récit, qui crée l'alchimie et fait qu'on n'arrive pas à lâcher le roman d'un bout à l'autre. Je dis bien d'un bout à l'autre, car, contrairement à Plume de Cajou, j'ai aussi aimé la fin (le genre à vous faire éteindre la lumière à trois heures du matin parce qu'il est impensable de s'endormir sans l'avoir lue). 

Ce que j'ai retenu par-dessus tout, c'est la peinture très juste des sensations physiques, de tout ordre, provoquées par la rencontre puis l'histoire d'amour. Ca commence de manière anodine, avec ce genre de phrases : "Ce matin-là, en cours de littérature, Park a remarqué que les cheveux d'Eleanor étaient d'une nuance de rouge plus douce au creux de sa nuque." Il n'y a absolument rien d'explicite dans cette phrase, mais l'adjectif "douce" envahit tout le propos, et on ressent à la fois la fascination de Park pour Eleanor et sa volonté de ne pas se laisser embarquer dans des sentiments qu'il ne contrôlerait pas. Mais ces sentiments les envahissent, l'un comme l'autre : "Alors il a laissé glisser la soie et ses doigts dans la paume ouverte d'Eleanor. Et Eleanor s'est désintégrée." Arrivé vers la fin du roman, il y a des pages magnifiques sur le désir qui naît entre les deux corps. Magnifiques car précises et subtiles à la fois, naïves et réalistes en même temps. C'est ce qui, à mes yeux, a rendu l'histoire d'amour crédible, car ce désir transcende toutes les différences et toutes les difficultés qui se placent entre Park et Eleanor. 

C'est donc peu de dire qu'il s'agit là d'un roman fort : des personnages forts, dont la flamboyance, assumée ou non, se révèle au fur et mesure de l'histoire, des évènements non moins forts, car le quotidien d'Eleanor est dur, et l'histoire ne cherche pas à nous le cacher. Au contraire, cela devient partie prenante de l'intrigue amoureuse. Fort aussi comme les sentiments qui transpirent entre les mots, comme la musique que Park et Eleanor s'échangent, et dont l'auteure a eu le bon goût de nous fournir la playlist sur son site. Je suis fan de cette tendance (depuis quelques années déjà) à créer de véritables bandes-sons à l'intérieur des romans : Jean-Noël Sciarini, pour ne citer que lui, le fait aussi. Ah, et Marion Brunet, aussi (je savais bien que j'avais vu ça ailleurs aussi). Bref, un vrai beau livre qu'il faut lire et faire lire autour de vous. 

C'est l'occasion de vous glisser une petite check-list des romans d'amour "Young adults" à mettre dans votre valise ou dans celle de vos ados, s'ils n'ont pas été déjà lus. De John green, plutôt que Nos étoiles contraires, jetez-vous plutôt sur Qui es-tu, Alaska ? ou bien sur Will and Will, co-écrit avec David Levithan. Pensez aussi à Marie-Aude Murail et ses 3000 façons de dire je t'aime ou à La face cachée de Luna de Julie Anne Peters. Pour les amateurs de dystopie, Hunger Games possède bien sûr de belles pages sur les sentiments amoureux complexes de Katniss, mais on peut en trouver aussi dans la série Uglies de Scott Westerfeld, ou, côté français, dans les romans de Jean-Claude Mourlevat, Le combat d'hiver ou Terrienne. Enfin, pour les passionnés de Moyen Âge, il y a ma découverte de Meg Cabot, Avalon High

Ainsi, vous ne manquerez pas d'amour pour cet été ! 

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14 juillet 2016

Alex Cousseau, Philippe-Henri Turin : Je veux être une maman tout de suite !

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C'est le titre qui m'a attirée. Je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'il trouvera un écho aussi bien (voire plus!) chez les femmes bien adultes que chez les petites filles... 

A l'intérieur, on découvre de très beaux dessins, dans la veine naturaliste qu'on retrouve assez souvent à L'école des loisirs, et qui prend toute son ampleur dans certaines pages comme celle-ci :  

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Mais on découvre également une histoire à la fois drôle et plutôt bien vue, qui parle de l'impatience de l'enfance (mais, encore une fois, dans laquelle nombre d'adultes peuvent se retrouver...), de ces idées fixes qui nous prennent parfois et brouillent notre sens de la réalité, mais aussi de la notion de famille et des représentations qu'on met derrière cette notion. Ne cherchez pas une intrigue complexe : il ne s'agit que de Julote, une petite poussine qui, aussitôt née, veut "être une maman tout de suite". Elle part à la recherche d'un oeuf, qu'elle trouve, mais qui verra éclore un autruchon... Mais l'histoire comme la fin sont très rigolotes. 

Pour des idées d'exploitation de l'album avec des enfants, j'ai trouvé le site d'un groupe d'animation au Québec, Le monde de Rico, avec plein d'idées sympas comme les Québecois savent si bien le faire. 

Soyons francs, de mon côté, je garderai surtout le titre et le thème associé, et puis, quand même, quelques belles pages, que j'ai envie de partager encore avec vous : 

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Allez, avouez que vous aussi, ils vous font craquer, cette petite poussine avec son gros autruchon ! 

Auteur : Alex Cousseau
Illustrateur : Philippe-Henri Turin
Editions L'école des loisirs
2002

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