15 février 2013

(Arty) Petit manuel de gayrilla à l'usage des jeunes ou comment lutter contre l'homophobie au quotidien

[Les lecteurs qui plument : Arty]

            La Petite Mu a déjà largement abordé la question de l'homosexualité dans la littérature destinée à la jeunesse, mais uniquement à travers son pendant fictionnel. Cet article a donc pour objet de parler de ce sujet par le biais du documentaire.

            Il est aisé de dire, pour planter le décor, que documentaire jeunesse et homosexualité ne font pas très bon ménage. Les quelques ouvrages s'intéressant aux ados gays, qu'ils s'adressent directement aux jeunes ou plutôt aux adultes, sont, à mon sens, peu convaincants dans la mesure où ils n'échappent pas aux écueils habituels. Souvent compatissants voire condescendants, toujours enclins à dicter une certaine norme sous couvert d'un discours poliquement correct et humaniste, ces documentaires me semblent passer totalement à côté de leur vocation. S'il s'agit bien sûr de pointer les inégalités et les difficultés auxquelles doivent faire face les adolescents homosexuels (les transgenres sont soit totalement "oubliés" soit cantonnés à un minuscule encart), il est difficile d'y percevoir une réelle remise en cause. Ces ouvrages se rejoignent donc autour d'une idéologie sociale bien-pensante, encourageant implicitement le lecteur à ne pas remettre en cause les règles régissant notre société, mais au contraire à les accepter pour pouvoir s'intégrer au monde.

            Je ne citerai donc pas de titres précis, histoire de ne pas faire de mauvaise publicité, mais je vous encourage à vous rendre dans votre bibliothèque ou dans votre librairie pour vous faire votre propre idée. Le vide intersidéral auquel vous ferez face traduira bien l'état de la production éditoriale du moment sur le sujet.

            Malgré tout, un livre sort du lot : le Petit manuel de gayrilla à l'usage des jeunes ou comment lutter contre l'homophobie au quotidien, par Michel Dorais et  Éric Verdier, respectivement sociologue et psychologue. Il n'est pas anodin de noter qu'il n'a pas été édité dans une collection jeunesse au sens commercial du terme. Néanmoins, le titre ne laisse aucun doute sur le destinataire.

            Au contraire des autres documentaires évoqués précédemment, celui-ci a pour caractéristique majeure de ne proposer un discours ni genré ni normatif. Comme les auteurs le disent dès le préambule, leurs propos concernent les « gays, lesbiennes, bisexuels, ambisexuels, queer, transgenres ou non conformistes dans leur manière d'être » et s'opposent par là-même au  « sexisme, [à] l'hétéroconservatisme, [à] l'homophobie et [aux] autres intolérances face aux différences ».

            Le concept de ce petit livre est un peu surprenant puisque, à l'inverse de beaucoup de documentaires jeunesse, le choix a été fait de ne pas partir des questions que peuvent se poser ces jeunes, mais plutôt des stéréotypes ou des situations diverses auxquels chacun peut être confronté. À partir de là, l'enjeu est de proposer différents exemples, informations ou répliques qui tuent, pour faire face aux mépris voire à la violence des autres.

            S'il s'agit surtout d'une sorte de bouée de secours pour ces jeunes trop souvent marginalisés, c'est auprès d'un lectorat extérieur à la problématique que ce livre joue tout son rôle de documentaire en démontrant que la logique binaire qui régit notre société n'est pas valable aux vues des diversités sexuelles qui existent. Et petit plus pour les non-initiés, un très complet lexique à la fin de l'ouvrage.


27 janvier 2013

Mieux vaut un mariage gay qu'un mariage triste

littérature gay pour blog

 

Alors, lisez-la, et surtout, faites-la lire. A vos enfants, à vos élèves, à vos amis, et l'idéal serait de le faire aussi lire à vos ennemis. 

Si vous voulez d'autres titres, fouinez sur ce blog : vous y entendrez également parler des autres tomes des Chroniques (et des autres livres de Maupin), vous lirez l'avis de la petite Mu sur d'autres oeuvres de littérature jeunesse (à retrouver sur altersexualités.com dont je parle souvent et que vous devez peut-être commencer à connaître), vous y ferez peut-être, comme moi, de belles découvertes, dans des genres divers (Les oranges ne sont pas les seuls fruits , Le bleu est une couleur chaude ). Vous aurez, je l'espère, envie de les offrir, ou de vous les faire offrir. 

Quant à l'actualité politique - mais pas que - du moment, je laisse le mot de la fin à Julien, héros de L'Année de l'orientation 

"Quand on dit qu'il est mieux pour un enfant d'avoir un père et une mère, on oublie que justement les enfants à adopter ont subi un traumatisme relativement à ce père et cette mère, et qu'il faut réparer ce traumatisme."

 (Rappel : entre 11 000 et 20 000 manifestants hier à Lyon). 

 

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24 janvier 2013

L'année de l'orientation

Lionel Labosse, rédacteur du site Altersexualités.com dont je parle décidément de plus en plus souvent, m'a fait le plaisir de passer par ici, et surtout de m'envoyer son tout premier roman, L'Année de l'orientation, première tentative littéraire pour parler de ce(s) thème(s) qui lui tient(tiennent) tant à coeur. 

A peine reçu, tout de suite dévoré. Et aussitôt lu, aussitôt plumé. 

J'ai aimé, tout d'abord, le titre. Une trouvaille simple mais lumineuse, évidente, qui trouve son explication dans cette phrase de Karim, l'un des deux personnages : "A l'école il faut remplir les papiers pour l'orientation, le conseil de classe est dans une semaine. Mais pour mon orientation sexuelle, à qui j'en parle ?" En effet, Karim est en troisième, à l'âge où les études prennent un sens, mais peut-être pas autant que les multiples questionnements sur l'identité et les sentiments. D'ailleurs, les unes ne vont pas sans les autres, car c'est au collège que se jouent de nombreuses scènes décisives, entre rumeurs répandues à travers la cour de récré, moqueries ouvertes de certains "camarades", ou tentatives plus ou moins maladroites des professeurs pour aborder ces sujets-là. 

Derrière ce titre, et cette petite citation qui résume à elle seule le projet de l'ouvrage, que trouve-t-on ? Un roman épistolaire à deux voix, masculines : celle de Karim, banlieusard-mais-pas-tant-que-ça, dans un collège assez bien famé autour de Paris, qui s'interroge donc sur son orientation, et celle de Julien, qui vient de déménager, laissant derrière lui Paris et son ami Karim, et qui se pose des questions, lui, sur la nouvelle vie de son père. Très vite, on comprend que les deux copains vont pouvoir partager un sujet de conversation qui les touche tous les deux de près, mais de manière différente ; mais on comprend aussi, avec eux, que ce sujet-là ne sera que le déclencheur de nombreux autres objets de réflexion. Les deux ados décident de tout se dire, de se "tirer des coups d'épistolaire", comme dit Karim, se moquant de lui-même, en souvenir de ce cours de français où il avait mélangé les mots (et moi, ce cow-boy de la lettre qui en perd son français, ça me fait franchement penser aux Mini-westerns de Mathias Malzieu, ce qui n'est pas pour me déplaire). Ce à quoi Julien répond : "je propose que notre échange de lettres soit plutôt une sorte de roulette russe : au lieu de viser l'autre, on met une vraie balle - c'est-à-dire un vrai secret - dans le barillet, et on vise sa propre tête." Car "si on ne joue pas sa vie à tout moment, à quoi rime l'amitié ?"

En tout cas, l'amitié ne rimera pas avec pédé, car, n'en déplaise aux lecteurs avides de romances, dans ce premier tome du moins (je ne connais pas encore le second, Karim et Julien), la frontière ne sera pas franchie. Déjà, on donne un coup de pied dans un stéréotype encore assez marqué de nos jours : oui, deux garçons de quinze ans peuvent s'écrire des lettres, tenir une sorte de journal intime à deux, sans être amoureux l'un de l'autre. C'est donc avant tout un beau roman sur l'amitié, qui pourra rappeler aux adolescents à quel point il est essentiel d'avoir quelqu'un à qui parler, et donc, de l'intérêt d'aller au-delà des préjugés, et d'oser faire le premier pas amical, en choisissant par exemple la voie/voix de l'écrit si ça facilite les choses. 

Il y a de très beaux passages, de très jolies formules, que j'ai appréciées tout au long de ma lecture, et que je vous plumerai ici dès que j'aurai un peu plus de temps à vous consacrer. 

Malheureusement - tout ne peut pas être parfait, surtout dans un premier roman - je retrouve, à côté de ces beaux passages, certains traits d'écriture qui me gênent parfois en littérature jeunesse. On a des ados qui ne parlent pas tout à fait comme des ados, et cela me titille toujours un peu. Notamment quand les deux garçons se livrent à des considérations syntaxo-linguistiques, réfléchissant à l'influence de l'usage d'une relative par rapport à une complétive dans les relations humaines : moi, en tant qu'ex-étudiante de lettres, ça me réjouit, ce n'est pas le problème, mais j'imagine mal un élève de troisième, même doué en français, en venir à de telles réflexions. Cela dit, Lionel Labosse s'est expliqué dans son essai Altersexualité, éducation et censure : "Quand un adolescent - qui n'est pas forcément un idiot - ouvre un livre, il s'adonne sciemment à une activité de compensation insolite par rapport à son mode de vie, et il n'est pas fâché d'y trouver un contrepoint [...]". Alors, soit. Disons que c'est une question de goût. Quelques jeux de mots, parfois bien trouvés, mais qui semblent un peu perdus au milieu des tirades très sérieuses des deux épistoliers. Enfin, les personnages adultes me semblent moins bien réussis que les personnages adolescents. Un peu trop "cools" pour les personnages sympathiques, un peu trop "nuls" pour les personnages moins reluisants. Comme chez Gudule, on a l'impression que l'univers des adultes entre sans cesse en relation avec celui des ados alors que, souvent, dans la vraie vie, c'est le contraire : les mondes restent parallèles, surtout quand les ados ont entre douze et seize ans. 

Pour résumer, en tant que lectrice adulte, j'ai tourné les pages avec plaisir, même si j'ai noté, à intervalles réguliers, des particularités stylistiques qui me déplaisent. Cela dit, je n'hésiterai pas à proposer ce roman à des adolescents, à qui, je pense, l'histoire et l'écriture pourraient plaire, car eux, comme le dit Lionel Labosse, ne cherchent pas toujours (du moins pas ceux qui aiment vraiment lire) un livre en forme de miroir. 

Et le pari est gagné puisque j'ai maintenant envie de connaître la suite de leurs aventures, dans ce deuxième tome

 

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17 janvier 2013

Maybe the moon

Et voici ma toute dernière lecture de Maupin, qui restera la dernière tant que le nouveau tome des Chroniques ne sera pas sorti. Le moment où j'ai refermé ce livre a donc été teinté d'une émotion toute particulière. Pour diverses raisons, d'ailleurs. 

J'ai attaqué le récit sur les chapeaux de roues, étonnamment surprise de découvrir une histoire originale et assez différente, cette fois-ci, des Chroniques (ce qui n'était pas le cas avec Une voix dans la nuit, enfin, de mon point de vue). Nous ne sommes plus à San Francisco, mais à Hollywood, où Cady, une naine actrice et chanteuse cherche à se faire une place - ou plutôt, devrait-on dire, à occuper une place, une vraie. 
Alors, bien sûr, on retrouve des personnages désormais typiques sous la plume de cet auteur, assumant - quoique, pas tous - leur différence, toujours hauts en couleurs. Mais le simple fait de les avoir placés dans cet univers du star-system vu de l'autre côté du rideau donne vraiment un air de nouveauté à l'ensemble. 

Passé le début, j'ai un peu traîné la patte. J'ai trouvé des longueurs dans le récit, le point de vue interne (également choisi dans Micheal Tolliver est vivant et Une voix dans la nuit) mis en place à travers le journal intime de Cady a entraîné chez moi une certain ennui par moments. Peut-être voulu, d'ailleurs : Cady voit sa vie piétiner, son journal n'est pas le trépidant récit plein de paillettes qu'elle aurait rêvé. Elle n'a pas les choses en main, hormis son stylo - et, de temps en temps, son amant, mais la relation n'est pas toujours au beau fixe. 

Puis le rebond final a largement compensé ces faiblesses. J'ai trouvé cette fin magistrale, la seule qui pouvait vraiment terminer cette histoire. Les toutes dernières pages (la lettre d'une réalisatrice donnant son avis sur une possible adaptation filmée du journal de Cady) sont parfaites : dans ces lignes d'une réalisatrice absolument enchantée par cette histoire, mais de laquelle elle cherche à supprimer tous les éléments "dérangeants" (bah oui, une naine, un Noir, un gay... tout ça, ça fait beaucoup pour le grand public), tout est dit. L'hypocrisie, la non-visibilité de ces stars potentielles qui n'en deviendront jamais, l'aveuglement forcené, nourri par la peur, de ceux qui tirent les ficelles du système... MAis lorsqu'on connaît le succès qu'a pu avoir la saga des Chroniques, y compris dans le grand public, on se dit que revanche a été prise. Et qu'à défaut de la guerre, une bataille a été gagnée. 

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Mary Ann en automne

Et voilà : the last, but not the least. 

Ce dernier volume (en date) est un festival. Une lecture extrêmement réjouissante. Ils sont presque tous là : Micheal, bien sûr, Ben et Jake, qui l'entourent désormais, l'un comme mari, l'autre comme associé, Shawna, la fille adoptive de Brian (seul absent du volume, mais il a largement droit à des vacances), Mme Madrigal (qu'il faut appeler Anna maintenant, allons, on est intimes à présent), et Mary Ann. Oui : de même que Micheal Tolliver, dans le tome 7, était vivant, Mary Ann, dans le tome 8, est revenue ! Pas pour des raisons très joyeuses, il est vrai : elle vient de découvrir quasiment en même temps que son mari la trompait et qu'elle avait un cancer de l'utérus. Heureusement, à San Francisco, sa patrie mère, il y a tout pour la guérir : une clinique, un très bon médecin, et des amis. Parmi ces derniers, je demande d'abord les fidèles : Micheal, toujours là, toujours prêt, à un tel point que c'en est invraisemblable, mais franchement, on l'en adore encore plus ; Dede, qui, elle non plus, n'a pas bougé, et qui réveille en nous une nostalgie des premiers tomes. Puis je demande les méfiants : ceux qui ont des raisons d'en vouloir à Mary Ann, ou qui ne la portent pas dans leur coeur, qu'il faudra convaincre, et même conquérir. Parmi eux, Shawna, Ben, Jake, et puis... nous, également. Cette Mary Ann que l'on n'a pas beaucoup vue ces derniers temps, à peine quelques pages lorsque Mme Madrigal a failli mourir dans le tome précédent, il va falloir qu'elle nous montre qu'on peut recommencer à s'attacher à elle, à s'identifier, comme dans le premier volume. Eh bien, c'est un pari gagné. Pas de manichéisme dans le traitement des personnages, chez Maupin, jamais. (Sauf pour les hypocrites bien-pensants irrécupérables : voir ma prochaine critique sur Maybe the moon). 
Enfin, il y a aussi les amis Facebook : car oui, le tome 8 des Chroniques est entré dans la modernité numérique. Et parmi ces amis Facebook, un certain ... ( et là, bien sûr, je ne remets plus la main sur le nom du type en question, et je n'ai plus le livre ! Si vous pouvez complétez ce détail, merci à vous !) qui fait ressurgir les fantômes du passé et d'une saison ancienne... Je n'en dis pas plus ; mis à part que, pour une fois, le suspense, que je qualifiais de faux dans les premiers volumes (le lecteur étant toujours munis d'indices suffisants pour anticiper les rebondissements), a parfaitement joué pour ma part. Lorsque les pièces du puzzle se sont brusquement assemblées sous mes yeux, à la fin, l'effet a été radical !

Je pense donc qu'au fil des tomes, Maupin n'a rien perdu de sa plume, et ses personnages non plus. Cette chronique peut encore avoir de beaux jours devant elle, et heureusement. Vivement la suite ! 

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30 décembre 2012

Micheal Tolliver est vivant et Une voix dans la nuit

         

Je plume ces deux ouvrages en même temps car j'y ai constaté de nombreuses similitudes. On peut y voir un manque d'inspiration de la part de l'auteur, on peut être lassé de retrouver les mêmes thèmes même hors de la saga des Chroniques de SF. Personnellement, je pense qu'il s'agit d'un choix de Maupin : il savait que ses lecteurs les plus accros seraient ravis de trouver dans son premier roman hors saga des clins d'oeil - et même des personnages - des Chroniques

Commençons par l'avant-dernier tome (à ce jour) de la saga. Peut-être qu'en lisant tous les tomes les uns à la suite des autres, on pourrait être déroutés par le changement dans la narration, puisque, pour la première fois, c'est un personnage (en l'occurrence, Micheal) qui raconte l'histoire à la première personne. Mais comme j'ai laissé passer des semaines, voire des mois entre les différents volumes, je n'ai pas été spécialement gênée par ce choix. Il m'a même semblé très naturel, car on se rend bien compte au fur et à mesure de la saga que Micheal est le pilier de la bande, que beaucoup de choses, même racontées à la troisième personne, sont vues par ses yeux, et, bien sûr, que c'est sans doute le personnage le plus proche de l'auteur. J'ai beaucoup aimé ce tome 7 : j'y ai parfaitement trouvé mon compte, étant en demande d'histoires sentimentales, graves et légères en même temps. J'ai aussi trouvé intéressant l'idée de sortir Micheal de San Francisco : le fait de le voir agir hors de sa ville de coeur mais au sein de sa famille biologique donne plus d'épaisseur au personnage, et le rend finalement encore plus attachant. 

Dans Une voix dans la nuit, le narrateur présente beaucoup de similitudes avec Micheal. Des clins d'oeil, mais aussi de fortes lignes de caractère, traitées différemment à travers une histoire originale et pleine de suspense. Le narrateur est un écrivain qui a connu son heure de gloire grâce à un feuilleton radiophonique s'adressant essentiellement à un public gay, mais aujourd'hui en pleine dépression du fait d'une rupture latente avec son compagnon. Une drôle d'histoire le sort de son marasme : il noue une relation qui va au-delà de la simple amitié avec un jeune adolescent atteint du sida, ayant vécu une enfance sordide, maltraité et violé par ses parents. Pour le narrateur, cet adolescent devient comme le fils qu'il n'a jamais eu et n'aura sans doute jamais. Mais l'histoire se complique quand il se met à avoir des doutes sur l'existence réelle de cet ado qu'il n'a jamais connu autrement que par téléphone... 
La quatrième de couverture parle de référence aux films d'Hitchcock, notamment Vertigo. Les péripéties jouent en effet leur rôle à merveille, et créent un véritable suspense, de manière très différente des rebondissements des Chroniques qui ne sont que trompe-l'oeil faciles à deviner. Beaucoup de plaisir, donc, à découvrir cette autre facette de l'oeuvre de Maupin. 

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16 octobre 2012

Bye-Bye Barbary Lane

Souvenez-vous, ma lecture des Chroniques de SF s'était arrêtée au tome 5. Envie de passer à autre chose. Et puis j'ai repris, avec ce tome 6, qui m'a procuré l'agréable sensation de retrouver des amis. Finalement, il est bon d'arrêter une série, quand on sait qu'on peut la retrouver par la suite. 

Qui reste-t-il à Barbary Lane ? Mme Madrigal, qui vit sa vie, un peu délaissée par ses anciens locataires. Il faut dire que ceux-ci ont fort à faire de leur côté : Micheal avec sa séropositivité, Mary Ann avec ses désirs de grandeur - son ancien amant, Burke, devenu producteur à la télévision, va revenir vers elle avec une proposition alléchante - et Brian avec ses doutes bien légitimes face au comportement de son épouse. 

L'histoire en elle-même est prévisible. Aucune idée révolutionnaire n'est véhiculée, on se contente de soupirer d'aise ou de déception au gré des évènements, de ce qui arrive ou n'arrive pas aux personnages. On sent que l'auteur veut nous faire réfléchir aux conséquences que peut avoir la décision d'un départ. Sur ce thème-là, l'histoire de Mary Ann est plus convaincante que celle de Mme Madrigal, qui part rendre visite à sa fille, Mona, en Grèce. Ce départ-là, d'ailleurs, n'est pas totalement exploité, et reste en suspens : sans doute en entendrons-nous de nouveau parler dans le volume suivant. 

Car, c'est ça l'intérêt de découvrir une série tardivement, nous, lecteurs de 2012, on sait que les tomes 7 et 8 existent ! (et Wikipédia nous apprend qu'un tome 9 paraîtra en 2013) Une chose est sûre : je les lirai. 

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16 juillet 2012

Je n'ai plus dix ans

Comme pour Je ne suis pas comme toi, d'Isabelle Rossignol (voir article précédemment), j'ai été surprise, en lisant le début du récit, du choix de le publier chez Neuf. Le narrateur dit avoir seize ans, je m'imagine une histoire "pour les grands", dans laquelle des lycéens se retrouveront davantage que les jeunes lecteurs de la collection Neuf. Mais ce début est un trompe-l'oeil : au bout de trois pages, l'histoire revient en arrière, à l'époque où Kaï avait bel et bien dix ans, et y reste jusqu'aux dernières pages. On peut, comme Lionel Labosse, s'interroger sur l'utilité du début : pourquoi le narrateur comemnce-t-il son récit en pleine année de première, si c'est pour ne jamais revenir sur cette période-là ? J'ai bien une idée, confortée par le titre, une idée triste mais tout à fait vraisemblable, mais je ne la livrerai pas ici. 

Pour revenir à cette histoire de lectorat, le style adopté par la suite est finalement tout à fait adapté à de jeunes lecteurs. On est bien dans la tête d'un enfant, avec une écriture un peu hachée, qui saute du coq à l'âne, parce que le jeune Kaï n'est pas encore capable de faire lui-même les transitions qui s'imposent entre ses idées et ses ressentis. 
Il s'agit d'un récit un peu touche-à-tout, qui aborde plusieurs sujets, graves ou légers. Peut-être un peu trop d'ailleurs, mais en fait, l'ensemble sonne juste, car il n'est pas rare que ces divers sujets se rencontrent au cours d'une vie. Et pas toujours à l'âge qu'on voudrait. 

Alors, oui, on aimerait savoir comment tout ce vécu a influencé les années suivantes du narrateur, ce qu'il en a retiré, et on ne le saura pas. Tout comme le livre d'Isabelle Rossignol, ce récit pose des questions sans y répondre. Mais avec un peu plus de chair, de consistance. J'ai plutôt aimé cette fin, la conversation avec Fred et Tom qui révèle des secrets de manière très simple. En allant plus loin, je me rends d'ailleurs compte que, dans ce roman, ce sont les choses les plus banales - l'historiette avec "l'autre Sidonie" - qui sont les plus dramatisées, alors que des sujets plus graves sont traités de manière très légère. Parce que c'est comme ça qu'un enfant de 10 ans verrait les choses. Et nous autres, "les grands", le ressentons autrement : la suite de l'histoire s'écrit dans notre tête. 

 

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Zéro commentaire

Encore déçue par cette lecture. Décidément, peu de titres ressortiront victorieux, parmi la liste conséquente que je m'étais constituée sur le thème du genre. 

Je n'ai pas eu les mêmes réticences que Lionel Labosse d'Altersexualités.com qui, si je me souviens bien, avait été gêné par l'effet "placement de produit" du smartphone, effectivement souvent présent dans le récit. Bon. C'est vrai que l'auteur insiste beaucoup là-dessus. Mais cet objet semble important pour le personnage. Ca en fait un ado malheureusement très banal de nos jours. C'était peut-être un peu dommage d'insister autant, mais rien que de très réaliste là-dedans. 

Ce qui m'a gênée, pour ma part, c'est le manque de cohérence de l'ensemble. Comment expliquer que Mehdi, tellement pudique sur ses sentiments, finisse par donner l'adresse de son blog à la fille dont il parle pourtant dans ce blog, en disant qu'il ne sait pas s'il est amoureux, etc... ? Par ailleurs, la forme du blog aurait pu être véritablement exploitée, avec le style qui va avec : or, ici, on est dans une sorte d'entre-deux, avec un récit tout à fait standard, qui ressemble peu à ce qu'on écrit habituellement dans un blog, et, de temps en temps (mais très rarement), une adresse directe aux potentiels lecteurs, histoire de rappeler qu'il ne s'agit pas d'un récit sur papier. Mais le tout sonne faux. 

Du coup, j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. J'ai bien ressenti la fascination de Mehdi pour son ami. Là-dessus, il y a de beaux moments, les sentiments qui transparaissent dans l'écriture sont forts et émouvants. Mais tout le reste, autour, est assez bancal. Ces ados, mis à part leur intérêt pour le foot, les boîtes de nuit et les smartphones, semblent sortis d'un décor de carton-pâte. 

Et puis, décidément, j'apprécie de moins en moins les fins ouvertes. J'aime qu'on me dise où va l'histoire. Du coup, je sens que je vais tomber dans le panneau et lire le tome 8 de cette série "Ligne 15", pour entrer un peu dans la tête de ce fameux Corentin, qui a l'air tellement parfait. 

09 juillet 2012

Le cahier rouge

Trop mélo à mon goût. L'idée d'un journal intime composé uniquement de citations, qui racontent à leur manière la vie de ce jeune homme, disparu trop tôt dans un accident de moto, était une idée intéressante. Mais l'ensemble est trop court, et trop de bons sentiments en dégoulinent (oui, j'ai quelque chose contre les bons sentiments ! J'aime quand les choses sont nuancées.). Le fait de voir à travers les yeux du grand frère, celui qui reste, qui s'en veut de n'avoir rien compris, rend même les choses encore plus frustrantes : on comprend avec lui, mais on voudrait en savoir plus... Sauf qu'il n'y a aucun moyen d'en savoir plus. Si c'est ça, la conclusion du livre, cela fait réfléchir, certes, mais c'est très déprimant...

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