28 octobre 2017

Lecture cursive #3 : Science-fiction et contre-utopies en dix romans

Science-fiction et contre-utopies en dix romans

Attaquons-nous à présent à une autre thématique archi-classique : la science-fiction, et, pour élargir, l'anticipation et les contre-utopies. J'ai mêlé ces trois sous-genres que je trouve proches, car ils ont à mes yeux comme point commun de faire réfléchir les jeunes lecteurs (et les moins jeunes) à notre société actuelle, en campant leur action dans des sociétés futuristes ou intemporelles. 

Je progresse dans mes listes, car ici il n'y a que deux titres que je n'ai pas lus ! A savoir, Felicidad de Jean Molla, mais dont on entend souvent parler quand on parle de science-fiction adolescente, et Des ados parfaits d'Yves Grevet (un auteur que j'ai aimé dans la trilogie Méto, notamment). Précisons que ce dernier, d'une centaine de pages, est publié dans la collection "Mini-Syros" : je pense donc qu'il s'agit d'une lecture bien plus facile que les autres - mais il en faut toujours dans une liste. 

Pour plus de simplicité, voici comment peuvent se classer ces dix romans : 

Science-fiction / anticipation (pouvant donc correspondre au thème complémentaire "Progrès et rêves scientifiques" de la classe de troisième) : 

Jenna Fox, pour toujours, sur le thème des greffes d'organes ;
Uglies, sur la chirurgie esthétique ;
Terrienne, dans lequel apparaît un monde parallèle où tout est assisté scientifiquement ; 
Des ados parfaits, sur le clonage ;
Théa, pour l'éternité, sur l'immortalité ;
Felicidad, sur les créations génétiques ;
Les fourmis, sur l'invention d'une communication entre humains et insectes ;
No pasaran, le jeu, où un jeu vidéo se change en réalité virtuelle (on est proche du fantastique dans ce roman). 

Dystopies (pouvant être proposées, en troisième toujours, en ouverture du thème "Dénoncer les travers de la société" et "Progrès et rêves scientifiques") : 

Le combat d'hiver, se déroulant dans une époque indéterminée ;
Le passeur, se déroulant dans le futur, mais sans mention explicite d'une invention ou d'un progrès scientifique.

Cette lecture cursive se prête très bien, parfaitement, aux fameuses bandes-annonces de livre, dont je vous parlais il y a quelques années (sans avoir encore pu les tester, hélas). De par les thèmes profonds, "résistants" comme diraient nos formateurs, elles peuvent aussi servir de support à des sujets de réflexion. L'extrait du Passeur présentant la cérémonie d'attribution des métiers peut faire réfléchir les élèves à l'importance du choix et de la liberté pour sa vie d'adulte ; Uglies peut permettre de poser la question aux élèves : "Et vous, choisiriez-vous de subir cette opération chirurgicale ?" ; un passage choisi dans No pasaran pour illustrer le personnage fasciste qu'Andreas devient dans le jeu peut les faire écrire sur la question de l'amitié et des apparences

Bref, beaucoup de pistes, et des lectures passionnantes, même quand on n'est plus en troisième ! Bon travail, et surtout bonnes lectures !  


30 septembre 2017

Lectures cursives #2 : Le Moyen Âge en dix lectures

Le Moyen Âge en dix lectures

 

Vous me l'accorderez, des listes de lectures autour du Moyen Âge, on n'en manque pas. Voici pourquoi j'insiste sur le fait que celle-ci est éminemment personnelle, avec des choix peut-être discutables, et un peu différents de ceux de la liste précédente : "Dire l'amour" en dix romans

Par exemple, il y a une bande dessinée : comme dans la liste précédente, me diront ceux qui y ont jeté un oeil, sauf qu'Angelot du Lac ne se situe pas du tout sur le même plan que l'adaptation dessinée de Roméo et Juliette. La bande dessinée d'Yvan Pommaux, dont j'ai dit le plus grand bien ici, est d'un niveau de lecture très facile. Mais justement, j'aime qu'il y ait dans les listes un titre beaucoup plus accessible que les autres, qui peut permettre à des élèves en situation particulière - dyslexie entraînant une lecture pénible, élèves allophones... - de participer quand même à la lecture cursive sans que ce soient les parents qui s'y collent... Et la série Angelot du Lac a le mérite de plonger le lecteur dans un univers médiéval assez riche et intéressant. Un compromis : on peut demander aux élèves qui feraient ce choix de lire les trois tomes de la série. 

Par ailleurs, il y a des titres chers : cette BD, déjà, mais aussi Arthur, l'autre légende, qui dépasse les 13 euros. Il y a aussi un titre difficile à trouver, sauf d'occasion (et, pour le coup, il devient très abordable), à savoir Gwydion, de Peter Schwindt. Comme je le disais au début, je ne prétends pas reprendre tous les titres que l'on trouve à foison dans les différentes bibliographies. Dans ces dernières, vous trouverez beaucoup d'ouvrages plus accessibles, souvent disponibles dans les CDI ou les médiathèques d'ailleurs. Donc je me suis permis des romans un peu différents, pour changer un peu d'Evelyne Brisou-Pellen ou d'Odile Weurlesse. 

Mes coups de coeur personnels sont Graal de Christian de Montella (qui a le mérite d'être assez addictif, souvent les élèves lisent les autres tomes ; il y en a quatre en tout, ainsi qu'une autre trilogie du même auteur, Graal noir), Avalon High, qui marche aussi pour les romans d'amour, et l'indémodable Roi Arthur de Morpurgo. Ah, et La cour aux étoiles m'avait laissé un bon souvenir de lecture d'enfance, mais je ne l'ai pas relu depuis fort longtemps. 

Bonne lecture, et bon travail ! 

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23 septembre 2014

Lire en cours de français

(Mise à jour de l'article avec ajouts et précisions de titres et d'éditions). 

Souvenez-vous, il y a déjà quelques temps, la petite Mu vous a parlé des lectures cursives et vous a donné quelques listes : c'était ici

Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder la question des oeuvres intégrales

Un rappel, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec le jargon Educ Nat ? Pas de problème ! Les textes que l'on propose à nos élèves se répartissent en trois catégories :
- les groupements de textes : ce sont les chapitres dans lesquels on utilise (en classe) plusieurs extraits issus d'oeuvres différentes, sur un thème donné, ou un courant littéraire, ou un genre... Ex : pour le chapitre sur le récit d'enfance en 3e, un extrait des Mots, un autre de Sido, un autre de Vipère au poing...
- les oeuvres intégrales : ce sont les oeuvres (romans, pièces de théâtre, recueils de contes ou de nouvelles, plus rarement - mais c'est possible - recueil de poèmes) que l'on étudie en classe pendant toute la durée d'un chapitre. Concrètement, on en sélection quatre ou cinq extraits que l'on analysera de manière approfondie pendant les heures de cours, et le reste est lu par les élèves de manière plus ou moins autonome (pour une oeuvre difficile ou une classe en difficulté, on peut faire pas mal de lecture suivie, c'est-à-dire lire avec les élèves des chapitres entiers, en les aidant surtout à comprendre le sens littéral, à suivre l'histoire). 
- les lectures cursives : ce sont les livres que l'on donne à lire aux élèves en devoir maison. Ces lectures peuvent être exploitées en classe, mais ne font pas l'objet d'un chapitre entier. Elles sont envisagées comme des lectures autonomes, et peuvent être choisies aussi bien dans le répertoire classique que dans la littérature jeunesse. 

Quels problèmes peut soulever le choix des oeuvres intégrales ?
D'abord, bien sûr, celui de la conformité aux programmes. Puisque ces oeuvres sont censées correspondre à des chapitres, elles doivent permettre d'aborder l'un des objets d'études (c'est-à-dire des thèmes) du programme. (Pour consulter ce dernier, dans sa mouture actuelle, voir ici). On doit faire, au minimum, trois oeuvres intégrales dans l'année : à nous de les choisir, en alternance avec des groupements de textes, de manière à couvrir, sur l'année, l'ensemble du programme. 
Ensuite, il y a le problème de la difficulté. Pour ma part, je pars du principe que, comme je vais pouvoir guider les élèves dans leur lecture tout au long du chapitre, je peux me permettre de choisir des oeuvres un peu complexes, "résistantes", comme disent les formateurs. Et, surtout, je choisis parmi les oeuvres du patrimoine, les "classiques" ; car, si on ne les aborde pas à cette occasion, quand les fait-on lire aux élèves ? Mais, bien sûr, je raisonne aussi avec réalisme, et j'essaie d'être, au maximum, en adéquation avec le niveau général de la classe. 
Dernier problème, bêtement matériel, mais à prendre en compte tout de même, celui de la possibilité - ou non - d'acquérir l'ouvrage. Dans un collège pauvre en ressources CDI-esques (et en ressources tout court), avec beaucoup de famille aux revenus très modestes, exit les oeuvres disponibles dans une seule édition, comme par hasard ultra chère. Priorité aux rares séries disponibles aux CDI (parfois pas le titre qu'on aurait préféré, parfois dans un état lamentable, mais il faut faire avec), ou bien aux oeuvres que les élèves pourront acheter à un prix modéré.

Parfois, même avec tous ces critères, le choix s'impose de lui-même. Et parfois, comme cela l'a été pour moi avec les oeuvres du niveau 3e, c'est un véritable casse-tête. 

Un peu de concret, à présent : voici la liste des oeuvres que j'utilise ou ai utilisées (ou prévois d'utiliser), pour les quatre niveaux du collège, avec quelques précisions sur les avantages et inconvénients de chaque, et l'édition que j'ai choisie. 

En 6e : 

- Le Magicien d'Oz, de Franck L. Baum, en collection Librio (2€)
Passe très bien avec les élèves, reste une des rares histoires merveilleuses qu'ils ne connaissent pas encore, est parfaite pour étudier la dimension initiatique du parcours de l'héroïne, pour travailler sur le registre merveilleux... En Librio, la traduction est tout à fait potable, et ça permet de se garder une réserve de budget pour les autres oeuvres. Pas mal d'exploitation à faire autour de l'image : le film de 1939, le dernier sorti en 2013 (mais qui ne raconte pas la même histoire, attention)... 

- Le Médecin malgré lui, de Molière, en collection Classiques et cie, chez Hatier (2€95)

Un choix par défaut (malgré moi, haha) parce qu'on avait la série au CDI, mais que j'ai appris à aimer. Les élèves comprennent bien l'histoire, pour peu qu'on travaille un peu sur le vocabulaire, et qu'on fasse beaucoup de lecture en classe. Possibilité d'utiliser des mises en scène, ou bien des lectures par des comédiens (il en existe par Fernandel, je crois), ou encore cette bande dessinée, qui reprend le texte même de Molière. J'aime bien la collection Classiques et cie pour deux raisons : la présentation des personnages sous forme de rapides portraits avec images, au début, et le petit dossier à la fin (ici, sur le thème de la médecine au XVIIe siècle : pratique et intéressant). Et elle reste très peu chère. 
(Mais je pique beaucoup d'activités à la fin de l'édition GF Flammarion, idem pour Le Magicien d'Oz, d'ailleurs)

- L'Odyssée, en collection Classiques abrégés, chez l'Ecole des Loisirs (5€10)

Un incontournable du programme, que les élèves continuent d'aimer, et qui offre évidemment de multiples possibilités d'activités de lecture, d'écriture... Attention, l'édition Ecole des Loisirs n'est pas la plus accessible : traduction de Leconte de Lisle, langue soignée. Mais elle reste plébiscitée par les puristes, et je les comprends. J'aime bien aussi les éditions qui regroupent le texte en trois grandes parties, ce qui permet aux élèves de mieux sentir le flash-back (quand Ulysse raconte sa propre histoire à Alkinoos), mais ces éditions présentent d'autres défauts (par exemple, traduction au présent pour Folio Junior : pas mal pour des classes en difficulté, mais dommage pour les autres). 

Cette année, j'ai aussi tenté :
- Les Contes de ma mère l'Oye, de Charles Perrault, en collection Librio (2€)
TB avec une bonne classe. Les grandes lignes de mon chapitre : deux contes sont étudiés en classe ("Les fées" et "Le petit Poucet"), les autres contes en prose sont lus par les élèves, chez eux, avec contrôle de lecture à la clé. Les contes en vers sont laissés de côté. Je fais une séance transversale sur les personnages et objets caractéristiques du merveilleux, une séance autour du "Petit Chaperon rouge" en utilisant d'autres versions (celle des frères Grimm, une version populaire, l'album de Sarah Moon), quelques lectures d'image avec les gravures de Gustave Doré...
MAIS : trèèèèèès difficile pour des classes faibles. Erreur que je ne referai pas. Avec ce genre de classes, se contenter d'un seul conte ("Le petit Poucet" passe bien), mais la langue du XVIIe siècle, la complexité narrative de certaines histoires posent bien trop de problèmes. 
Collection Librio : choix peu judicieux. Avantage du prix, mais présentation déplorable (dialogues intégrés dans le texte sans aucune marque de ponctuation, pas de guillemets, de retour à la ligne, etc...), aucune note de vocabulaire... Note pour plus tard : chercher une meilleure édition pour l'avenir ! 

Edit du 23 septembre 2014 : 

Voici l'heureuse élue :

Contes, de Charles Perrault, en collection Classicocollège, chez Belin-Gallimard (2€95)
Agréable à feuilleter, avec des gravures de Gustave Doré comme illustrations, ainsi qu'un petit cahier photos en couleur incluant des illustrations d'autres artistes, des questionnaires et activités plutôt intéressants et pratiques à utiliser, et un texte présenté clairement, avec suffisamment de notes de vocabulaire. Vous avez dit parfaite ? 

 

En 5e : 

- Tristan et Iseut, en collection Classiques et cie, chez Hatier (3€25)
Il s'agit d'une adaptation à partir des versions de Thomas et de Béroul, et inspirée de deux traductions modernes, Joseph Bédier et A. (?) Maryl. Les puristes diront : quel pot pourri ! Mais ça donne un texte facile à lire, agréable, et court : argument non négligeable auprès des élèves. J'aime bien, en OI, travailler sur des oeuvres peu copieuses, ça laisse plus de temps à l'analyse et il y a moins de risques de perdre les élèves en cours de lecture. La collection permet de proposer aux élèves de petits questionnaires sur chaque étape du récit. Le dossier sur l'amour courtois, en fin d'ouvrage, n'est pas mal du tout. Le chapitre fonctionne donc bien avec les élèves, qui découvrent souvent cette histoire et l'apprécient. 

- Les Fourberies de Scapin, de Molière, pas de collection de prédilection
Un classique, évidemment : loin d'être évident, cependant, pour les élèves de cinquième. On se rend compte que Molière, ce n'est plus si facile à travailler. Mais, en choisissant bien les passages étudiés, en proposant des questionnaires hyper détaillés, en s'aidant de la captation d'une mise en scène, en faisant jouer les élèves la fameuse scène de "la galère", on s'en sort. Les élèves aiment bien le théâtre, heureusement, ce qui permet de faire passer ce genre d'oeuvres. 

- Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier, en collection Folio Junior, chez Gallimard Jeunesse (5€50)
Chapitre fait en fin d'année avec l'une de mes classes, et qui a bien marché, pourtant. Je me suis pas mal aidée de ce dossier pédagogique pour préparer mon chapitre (et j'aurais même aimé m'en servir davantage, mais j'ai manqué de temps). J'ai également fait réaliser un travail pas évident, mais qui a été plutôt réussi : réaliser le journal de bord de Robinson (pas sur le texte entier, seulement les chapitres 7 et 8), en intégrant images et texte. Une bonne manière d'allier travail de lecture, de recherche documentaire et plaisir de création. J'ai de très belles choses dans le placard de ma salle : je penserai, à l'occasion, à en mettre une photo par ici. 

 

En 4e : 

- L'Avare, de Molière, pas de collection de prédilection 
Même remarque que pour Scapin : attention, pour les élèves, ça reste quelque chose de costaud. Même mes bons élèves décrochaient de temps en temps sur certaines scènes. Leur montrer une version filmée reste à mon avis indispensable (et j'aime bien celle avec De Funès, et les élèves aiment bien aussi). J'ai fait apprendre la scène 3 de l'acte I, avec Harpagon et La Flèche, ainsi que le monologue d'Harpagon à la fin de l'acte IV. J'ai même essayé de le faire jouer à deux : les élèves devaient réfléchir à la répartition du texte et à une mise en scène à la fois originale et cohérente. Certains ont très bien su mettre en valeur le double registre (pathétique et comique) de la scène, ainsi que la quasi-schizophrénie du personnage. Je profite aussi de cette oeuvre pour faire du travail de vocabulaire : les noms communs issus de noms propres, l'onomastique (= fabrication de noms de personnages, d'après leur trait de caractère par exemple). 
Cela dit, je ne suis pas du tout sûre, si j'ai de nouveau des quatrièmes, de faire cette pièce de nouveau : je compte essayer Cyrano de Bergerac, que je préfère (de loin !). 

- Les Contes du jour et de la nuit, de Maupassant, en collection Classiques de Poche, chez Le Livre de Poche (3€60)
Un recueil que j'affectionne tout particulièrement, pour avoir fait mon mémoire dessus... Le pari était de choisir en oeuvre intégrale un véritable recueil fait par Maupassant, et non une "sélection" de nouvelles, faite par un éditeur, pour un public scolaire. Du coup, j'ai dû, tout de même, laisser quelques nouvelles de côté (je ne sais plus lesquelles exactement, je pourrais les retrouver si ça vous intéresse). J'ai travaillé de la manière suivante : plusieurs nouvelles que les élèves devaient lire seuls, avec contrôle de lecture en début de chapitre ; travail approfondi sur La parure (pour le volet "peinture de la bourgeoisie") et Coco ("peinture de la vie rurale") ; quelques séances transversales sur les structures des nouvelles, les thèmes principaux... J'ai tenté un exercice qui me tenait à coeur depuis mon mémoire : faire transformer une nouvelle en fait divers. Sous condition de ne sélectionner que quelques nouvelles qui se prêtaient bien à l'exercice, on peut avoir des choses réussies (et cela permet de travailler sur la voix passive, les compléments de temps et de lieu...). Les élèves ont sans doute été moins emballés par l'oeuvre que moi, donc je réfléchirai, à l'avenir, à travailler tout de même sur un autre recueil, plus court, et plus "cohérent" en terme de thématiques.
A noter que la nouvelle "La Main" a été utilisée en toute fin de chapitre, pour faire la transition avec l'objet d'étude suivant : le fantastique. *

- Dracula, de Bram Stoker, en collection Etonnants Classiques, chez GF Flammarion,  (2€90)
C'était aussi quelque chose que je voulais tenter. J'ai dû, évidemment, choisir une version adaptée (des extraits encadrés par des résumés), si je voulais que toute la classe suive. Ce roman est très intéressant pour sa structure : il s'agit d'un roman épistolaire (donc on peut réviser les notions vues dans le chapitre sur la lettre, au programme de 4e), le point de vue change régulièrement. C'est assez complexe et ça nécessite d'accompagner les élèves dans leur lecture, mais ça permet de traiter la question du fantastique de manière approfondie. Le travail sur la figure du vampire (ce que les élèves en savent, ce qu'ils en découvrent dans ce roman fondateur du personnage de Dracula) est aussi plaisant à mener. On peut se permettre (si on est en confiance avec la classe) de travailler sur la question de la sexualité, très présente (entre les lignes) dans l'histoire. A la fin, il y a "de l'action", ce qui plaît à certains élèves. Maintenant, il faut savoir que cela reste une oeuvre assez lourde à étudier si on veut que les élèves en retiennent vraiment quelque chose, et ne s'arrêtent pas aux apparences. 
Je ne le retenterai pas à l'avenir, pour la seule raison que c'est un roman étranger, et que cela m'ennuie un peu de délaisser le patrimoine français, si riche au XIXe siècle. 

 

En 3e : 

- Vipère au poing, d'Hervé Bazin, en collection Le livre de Poche (4€60)
Le test de septembre 2014 : je suis donc en plein dedans, et pour l'instant... eh bien, ça marche plutôt bien ! Bon, un (très) grand nombre d'élèves me dit, au bout de chaque séance de lecture (seul ou à la maison) : "Madame, j'ai RIEN compris !". Mais jusqu'à présent, toutes mes études de texte se sont très bien passées, moyennant des explications lexicales (qui m'obligent d'ailleurs souvent à ouvrir moi-même le dictionnaire...), des activités de lecture très précises, le visionnage de certains extraits du film de 2004... J'en suis donc très contente pour l'instant et pense réitérer l'expérience lors de mes prochaines années avec des 3e. 

- Des souris et des hommes, de John Steinbeck, en collection Classicocollège, chez Belin-Gallimard (5€95)
Le texte est court : premier avantage. Il ne pose pas de problème majeur de compréhension immédiate et littérale : deuxième avantage. Il est richissime d'interprétations, de pistes de réflexion, et aborde des questions humaines incontournables (l'amitié, la différence, la cruauté) : énième avantage. J'ai déjà parlé dans cet article de l'oeuvre, que je trouve bouleversante. Je peux maintenant ajouter que c'est une oeuvre qui accroche bien les élèves, et permet des séances d'écriture intéressantes. 

- Antigone, d'Anouilh, chez La Table Ronde (pas le choix !) (5€90)
Testé, validé, sans grande surprise, car je me doutais bien que cette oeuvre éternellement étudiée en 3e avait des atouts objectifs. Comme pour Steinbeck, un texte facile à comprendre pour ce qui est du sens littéral, court comme beaucoup de pièces de théâtre, avec des personnages forts, et une véritable mine pour le sujet de réflexion ou l'épreuve d'histoire des arts. Mes élèves, l'an dernier, ont notamment pu mettre le personnage d'Antigone avec celui de Marjane dans Persepolis, et aborder de nouveau les thèmes de la violence et du pouvoir, de la révolte et de la résistance, de l'adolescence et des sentiments associés à cette période... 

 

 

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04 août 2014

La bande-annonce de livre (book-trailer)

Vous connaissiez les bandes-annonces au cinéma, qu'on regarde désormais aussi (et beaucoup) sur Internet ? Celles qui vous racontent toute l'histoire vous montrent les meilleurs moments à l'avance vous donnent envie d'aller voir le film en choisissant soigneusement images, sons et texte ? Depuis quelques temps, les éditeurs commencent à proposer la même chose pour les livres. Sans doute une tentative (je n'ose dire ultime) pour relancer le marché du livre en l'inscrivant dans le domaine du multimédia, de l'image et du web. 

Quelques exemples ici et  là : 

Damnes - Le livre, chez Bayard Jeunesse

 

Book Trailer - Paper Town, de John Green

 

De Cape et de Crocs - Bande Annonce :

 

Un repas chez les lapins de Pâques, album de Carine Foulon, dont vous trouverez le lien du blog dans mes colonnes de droite : 

la bande annonce

et le blog de l'auteur

 

Et d'autres encore à regarder ici, sur un site intitulé Bandes-annonces de livres

 

 Bref, je m'étais dit que c'était une bonne idée à proposer aux élèves en guise de fiche de lecture (cette fameuse "fiche de lecture" sur laquelle je travaille depuis mes débuts, comme je vous l'explique ici et )

Bon. Cela reste pour l'instant à l'état de projet avorté, car, pour le mener à bien correctement sans faire quelque de ridicule, il faut du temps, du matériel, une bonne dose d'énergie pour canaliser les élèves en question : autant de choses dont je ne disposais pas l'an dernier, et dont je ne disposerai peut-être pas avant un bon moment ! (en particulier le matériel) Même sans vouloir se lancer dans un projet pharaonique, il faut pouvoir emmener les élèves en salle info, avec un logiciel permettant de travailler texte, images et sons de manière simple (je vais briser une idée reçue : non, nos élèves ne sont pas des cracks de l'informatique ; très peu savent se servir des logiciels même les plus basiques qu'on trouve sur un PC lambda), en insistant à la fois sur la qualité et l'intérêt de leur texte, l'utilisation des images (droits d'exploitation, utilité artistique et narrative), l'importance de la mise en forme... C'est en fait, à mon avis, un projet qui convient beaucoup plus à un club lecture - que je ne vais monter de sitôt dans mon établissement actuel, pour diverses raisons. 

 

Je soumets toutefois l'idée à des enseignants ou documentalistes qui souhaiteraient tenter l'expérience : je serais ravie de lire vos retours et divers témoignages, tant sur les avantages que les inconvénients ou les obstacles. 

Quelques pistes de réflexion ici :  Le book-trailer, un outil de promotion de la lecture à exploiter en classe ? 

 

 

 

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02 août 2014

Mes "fiches de lecture"

Je vais présenter ici six manières d'évaluer une lecture cursive, toutes les six mises en oeuvre cette année, avec des élèves de 6e ou de 3e. A savoir : chaque type de devoir est en lien avec le thème qui réunit les titres proposés à la lecture. Pour une liste de romans épistolaires, par exemple, je privilégie l'écriture d'une lettre. 

Voici donc les "fiches de lectures" de mes élèves 2013-2014 :

En 6e : 

1) Pour une liste de récits merveilleux (Alice, Peter Pan, Pinocchio...) ou de recueils de contes : un abécédaire joliment présenté.

Détails :
- l'élève choisit 26 mots qui ont une importance particulière dans le ou les récit(s) : noms de personnages, de lieux, d'objets jouant un rôle dans l'histoire, mais aussi tics de langage de certains personnages, défauts ou qualités du héros... 
- dans une phrase complète, il explique le sens que chaque mot possède dans le livre. Exemple : Q comme Quidditch : C'est le sport préféré de Harry et ses amis, qui se joue avec plusieurs balles, sur des balais. 

La présentation est libre : quelques images et des couleurs sur les lettres de l'alphabet peuvent suffire mais certains élèves se lâchent et rendent des choses comme ça : 

P1020673

(voir ici pour plus d'images). 

 

2) Pour une liste de récits sur la mythologie (principalement choisis dans la collection "Histoires noires de la mythologie" chez Nathan) : l'interview du personnage principal.

Détails :
- l'élève doit inventer cinq questions qu'un journaliste pourrait poser au héros de son récit (Hercule, Zeus, Ariane, Persée, etc...) et les cinq réponses que le héros pourrait faire. 
- les questions doivent être bien choisies pour que les réponses apprennent le plus de choses possibles sur le personnage. Exemple : Hercule, lequel des douze travaux vous a paru le plus difficile ? Ou encore : Antigone, parlez-nous un peu de votre famille. 

Cette année, j'ai fait taper à l'ordinateur ces interviews et les ai intégrées dans un petit magazine de la mythologie augmenté de jeux, de cartes d'identité sur les dieux, etc... 

 

3) Pour une liste de récits jeunesse sans rapport avec le programme : une affiche de lecture.

Détails :
- l'affiche, en format A3, doit contenir obligatoirement : le titre, le nom de l'auteur, un court résumé qui parle aussi de la fin du livre, un extrait recopié, et plusieurs lignes d'avis argumenté.  Ce devoir a servi à un concours de lecture organisé dans toutes les classes du collège (affiches pour les 6e et 5e, livrets pour les 4e et 3e, voir plus loin).
- les illustrations devaient être les plus personnelles possibles (ne pas se contenter de photocopier la couverture du livre), et en rapport avec le thème du livre. 

Les trois gagnantes, de la 3e à la 1e : 

affiche 1

 

affiche 2

affiche 3


En 3e : 


1) Pour une liste de récits d'enfance et d'adolescence : un journal de lecteur.

Détails :
- l'élève s'arrête au minimum six fois dans sa lecture, et écrit, à chaque fois, au minimum quinze lignes.
- il a le droit : de donner son avis sur l'extrait qu'il vient de finir, de formuler des hypothèses sur la suite, de mettre en rapport ce qu'il a lu avec sa propre vie ou des choses qu'il connaît, de parler des conditions - lieu, moment... - dans lesquelles il a lu, de réfléchir à ce qu'il aurait fait à la place du personnage, etc...
- la présentation est libre, mais beaucoup optent pour un livret. 

(NB : un projet que je jugeais moi-même très ambitieux, mais qui a rencontré beaucoup de succès... surtout chez les filles...) 


2) Pour une liste de récits sur la 2nde GM : un devoir écrit suivant le plan de l'épreuve d'histoire des arts.

Détails :
- le devoir doit contenir les quatre parties utilisées en HdA :
a) présentation de l'oeuvre et de l'auteur (en ne conservant que les informations éclairant l'écriture du récit) ;
b) description, qui consiste ici en un rapide résumé de l'histoire suivi d'information sur le style du récit (choix du point de vue, nombre de chapitres, niveau de langage, etc...)
c)
 analyse, c'est-à-dire identification des éléments historiques sur lesquels l'oeuvre s'appuie et de l'"objectif" poursuivi par l'auteur (témoigner, s'indigner, informer...)
4) conclusion qui fait le bilan du devoir et met en parallèle une autre oeuvre du choix de l'élève (livre, film, oeuvre picturale...).
- des illustrations telles qu'une carte géographique ou des images d'archive sont les bienvenues. 


3) Pour une liste de récits jeunesse sans rapport avec le programme :  un livret.

Détails :
- le livret, simple feuille A4 pliée en deux avec une tranche, doit contenir obligatoirement : une couverture illustrée avec le titre, le nom de l'auteur et l'édition, un résumé court mais complet sur la page intérieure de gauche, un extrait recopié et un avis argumenté sur la page intérieure de droite, et une quatrième de couverture accrocheuse.
- l'illustration de couverture doit être personnelle et différente de la couverture d'origine.
- la quatrième de couverture ne doit pas être un résumé, ni bien sûr être recopiée sur un blog ou le site de l'éditeur...

Ce devoir a servi au concours de lecture des élèves de 4e et 3e. 

En 3e, deux gagnantes (eh oui, encore des filles) : 

affiche 4

affiche 5



J'ai encore d'autres idées en réserve, que je n'utiliserai peut-être pas de sitôt, mais qui sait...

Si des collègues passent dans le coin, qu'ils n'hésitent pas à me donner d'autres exemples, ou d'autres témoignages sur des projets qui ont marché avec les élèves ! 

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La "fiche de lecture" : explications

Aujourd'hui, on rebondit : pé-da-go-gie ! Oui, c'est les vacances, mais tant pis. Voici donc un article que je projette d'écrire depuis longtemps, mais... vous commencez à me connaître !

 

Pour des raisons d'agrément de lecture, comme j'ai beaucoup à dire, il ne s'agit là que du prologue : pour les exemples concrets, ça se passe dans cet article

I - La lecture cursive

La petite Mu vous a déjà parlé de la différence entre oeuvres intégrales et lectures cursives. L'article concernant les premières vous soumettait l'ensemble des titres que j'ai déjà étudiés en classe, avec des commentaires sur leur réussite ou non auprès des élèves, et des précisions quant au choix d'édition le plus intéressant. L'article portant sur les secondes, lui, faisait la liste - non exhaustive - des titres proposés aux élèves pour leurs lectures à la maison. 

C'est sur ces lectures à la maison, qu'on peut appeler "cursives", "personnelles", "autonomes", ou comme bon vous semble, que je reviens aujourd'hui. Le grand débat à leur propos est celui de l'évaluation (qui devient d'ailleurs LE grand débat à l'Education Nationale). Les enseignants se heurtent à une double injonction officielle. D'une part, les programmes, parus au Bulletin Officiel, énoncent : 

"Un projet d’organisation raisonnable au regard des objectifs
poursuivis par ces programmes comprend la lecture d’au moins trois
œuvres intégrales et trois groupements de textes étudiés en classe, et
trois œuvres lues en lecture cursive en dehors du temps scolaire."

Traduction : une année scolaire "raisonnable" doit comprendre au minimum six chapitres, trois portant sur l'étude d'une oeuvre intégrale (il est rare de parvenir à en faire davantage) et trois s'appuyant sur un groupement de textes (donc n'importe quel corpus qu'on trouve dans un manuel, qu'on crée soit-même, et qui peut d'ailleurs contenir autant de textes qu'on le désire). Et - c'est là ce qui nous intéresse - les élèves doivent aussi avoir lu "en dehors du temps scolaire" (donc en dehors des six chapitres ou plus faits en classe) trois oeuvres au minimum. 

Ces instructions montrent bien que ces lectures font partie intégrante du programme suivi par les élèves. Elles permettent une certaine souplesse sur le choix de ces lectures, en accordant "une place naturelle" à la littérature jeunesse. Mais elles semblent considérer comme évident que ces lectures seront faites. 

Or, parmi nos collégiens d'aujourd'hui (et d'hier), combien vont faire ces lectures si elles ne sont pas vérifiées ? Pas beaucoup, ou, en tout cas, pas tous : on est bien d'accord. La question de l'évaluation se pose donc logiquement. 

Mais les programmes, et, encore plus, les inspecteurs, insistent sur le fait que les lectures cursives doivent "développer les compétences de lecture et susciter le plaisir de lire". Partant de là, certains IPR (Inspecteurs Pédagogiques Régionaux) vont jusqu'à demander aux professeurs de ne pas évaluer les lectures cursives, pour ne pas briser ce plaisir de lire. 

Nous voici donc face à un problème insoluble ! Eh bien, un nombre de plus en plus conséquent de professeurs, dont je fais partie, a opté pour une manière de procéder qui contourne ce problème. 

 

II - L'évaluation

Je ne peux pas parler à la place des autres mais, pour ma part, j'ai cette position-là : j'étudie mes oeuvres intégrales et mes groupements de texte avec beaucoup de rigueur et d'ambition, mais je lâche la bride pour les lectures cursives. 

J'ai donc définitivement mis de côté (je ne l'ai jamais pratiquée, d'ailleurs) la fiche de lecture "traditionnelle". Non que je la juge inutile, ou ridicule : au contraire, elle a beaucoup de qualités. Mais elle est inadaptée à la majorité des élèves que j'ai devant moi, parce qu'elle part du principe que les élèves doivent savoir non seulement lire et comprendre une oeuvre, sans l'aide du professeur, mais aussi en rendre compte de manière organisée : savoir faire un résumé, donner son avis, présenter un personnage... Et nous sommes nombreux à constater que, tout cela, les élèves n'en sont pas capables, pas tout en même temps ni tous en même temps du moins. 
La plupart des projets que je mène ou compte mener dans mon collège autour de la lecture partent donc de cette idée : il faut d'abord renouer le contact entre les élèves et la lecture, les ramener progressivement dans cet univers dont ils se sont éloignés, et ce tout au long de leur scolarité. A prendre en compte néanmoins : au lycée, on va très vite demander aux élèves de lire en autonomie des romans souvent longs, des oeuvres parfois complexes, n'appartenant plus du tout, pour le coup, à la littérature jeunesse. Ma mission, c'est donc de faire pousser en quatre ans maximum, chez les élèves se destinant au lycée, les fameuses "compétences de lecture" que demandent les programmes. Quant aux autres, mon objectif est différent : leur montrer, tout simplement, qu'on peut lire un livre sans s'ennuyer, qu'on peut y retrouver des thèmes qui nous intéressent, ou y apprendre des choses qui nous feront - peut-être - avoir une bonne note au prochain contrôle. 

Pour ce faire, je travaille à la fois mes listes, en proposant des titres assez variés en terme de niveau de lecture ou de longueur, et mes consignes de "fiche de lecture". 

L'idée, c'est de toujours faire rendre aux élèves un travail écrit, qu'ils auront à faire chez eux, pour lequel ils peuvent se faire aider, mais qu'en général ils ont envie de faire seul, parce que la consigne est motivante et ne leur donne pas l'impression de faire une fiche de lecture. C'est surtout sur la présentation, la mise en forme, voire la décoration que je joue. Il faut que les élèves rendent un devoir que je pourrai exposer, s'il est réussi, et dont ils pourront être fiers. Evidemment, le contenu compte, et c'est le plus dur à faire comprendre : oui, ça reste une fiche de lecture, il faut que le devoir permette de savoir si l'élève a lu et intégré sa lecture. Et ça reste un devoir de français, donc, oui, il faut écrire. Je considère d'ailleurs ces fiches de lecture davantage comme "des rédactions artistiques à propos d'un livre". C'est là-dessus que je joue pour mêler évaluation et plaisir de lecture. 

Je n'ai que du positif à retirer de ces devoirs. La correction des copies est souvent un moment agréable. Est-ce que les élèves savent vraiment mieux lire après ? Je n'en sais rien, mais en tout cas, le livre choisi les marquera un petit peu plus longtemps (surtout si je peux exposer leur oeuvre sur les murs ou les étagères de ma salle).  

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17 décembre 2013

Quand mes élèves créent...

Quelques productions (plus ou moins) récentes : 

D'abord, je ne vous avais pas montré mes abécédaires de cette année (pour la définition d'un abécédaire version scolaire : à suivre, un article sur mes différentes fiches de lecture arrivera pendant les vacances - qui elles-mêmes arriveront bientôt ^^) : 

P1020678

 

A l'arrière, non, vous ne rêvez pas, un élève m'a carrément donné un "abécédaire de l'avent" : une lettre par fenêtre, les définitions soigneusement écrites (à l'aide de la maman, certes...) derrière les carreaux... Autant vous dire que cette oeuvre est exposée au fond de ma salle, et qu'elle le sera longtemps ! 

Je vous laisse admirer :

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Et, tout frais d'aujourd'hui, la boîte à contes de mes sixièmes de l'angoisse (je reprends l'expression du blogueur Celeborn...). 

 

Boîte à contes

 

Teaser : 

Tremblez, héros et héroïnes d'écrivains en herbe ! Quand votre créateur plongera la main dans cette boîte, il en sortira un terrible sortilège, que vous serez alors obligés de subir... Heureusement, au dos de la carte se trouve le personnage ou l'objet qui vous aidera à rompre le sortilège. 

Le principe, en plus clair : 

Une de mes deux classes de 6e a réalisé ces cartes, comportant deux choses : 
- un sortilège (métamorphose en animal, suppression ou ajout d'une partie du corps...) ;
- un élément adjuvant : un personnage ou un objet qui délivrera la personne touchée par le sortilège. 

Chaque élève de mon autre classe de 6e tirera l'une de ces cartes au sort, et devra intégrer ces deux éléments à la suite d'un conte dont il a déjà écrit le début (c'est compliqué ? Je vous ai perdu ? Attendez, c'est pas fini ^^)

Sachant que les élèves ayant réalisé les cartes devront aussi tirer au sort l'un des débuts faits par les élèves de l'autre classe, et en écrire la suite, en y intégrant leurs contraintes (sortilège et adjuvant). 

Le but est d'avoir, à la fin, deux contes ayant le même début (situation initiale et élément perturbateur) mais pas la même fin. 

(Bon, maintenant que j'ai fini d'expliquer, vous pouvez poser vos questions !)

La boîte sera certainement améliorée : décoration, cartes refaites en supprimant toutes les fautes d'orthographe (que j'avais pourtant guettées et corrigées sur les brouillons, mais, décidément, les élèves ne sont pas capables de recopier correctement...). 

A suivre, donc ! 

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29 avril 2013

Lettres de l'intérieur

Allez, sur ma lancée, je re-plume. Je vais tenter de mettre à jour ma liste de lectures cursives, ce qui n'est pas une mince affaire, puisqu'elle mêle des titres lus il y a fort longtemps, d'autres pas complètement lus mais figurant sur ma liste d'après des conseils d'autres collègues, et d'autres encore tellement marquants pour moi que je ne sais pas par où commencer pour plumer à leur sujet. 

Lettres de l'intérieur fait partie de cette dernière catégorie. Bref historique de ma rencontre avec ce livre : 

1998 (je crois) : je fais partie du jury décernant le Prix Lucioles des jeunes lecteurs. On se réunit une fois tous les deux mois, on échange nos impressions sur une série de livres parus dans l'année en littérature jeunesse, pré-sélectionnés par la libraire responsable du rayon jeunesse, et à la fin de l'année, on élit notre préféré. Cette année-là, Lettres de l'intérieur a été élu à une grande majorité. 

Par la suite, je l'ai souvent relu, souvent conseillé. Arrivée sur mon premier poste d'enseignante, quelle ne fut pas ma joie (et ma surprise) de découvrir que le CDI de mon collège possédait ce roman, en série qui plus est !! Les anciens programmes permettant à l'époque de travailler la littérature jeunesse en oeuvre intégrale (c'est-à-dire en l'étudiant en classe), je me suis jetée sur l'occasion avec ma classe de 4e, dans mon chapitre sur l'épistolaire. Pari gagnant : la majorité des élèves de la classe ont aimé ce livre. L'une d'entre elles a prononcé LA phrase magique : "Madame, je n'aime pas lire, et ben pourtant je l'ai dévoré, celui-là !" (NB : plus tard dans l'année, c'est elle qui m'a réclamé L'île des esclaves de Marivaux, pour le lire en entier après un extrait étudié en classe). 

L'an dernier, je l'ai proposé dans ma liste de lectures cursives sur l'épistolaire. Seule une élève l'a choisi (il faut dire qu'en Ecole des Loisirs, ce n'est pas le plus bas prix...) mais elle l'a aimé aussi. Je ne l'ai plus proposé en oeuvre intégrale pour me conformer aux nouveaux programmes (et parce que je suis d'accord avec l'idée de se concentrer, en classe, sur des lectures plus classiques et plus difficiles, en laissant la littérature jeunesse pour les lectures à la maison). 

Bref, tout ça pour dire que ce livre traverse les années et les générations et qu'il fonctionne toujours. 

Quand je l'ai découvert, ce fut vraiment une lecture coup de poing. J'ai tout adoré : la narration sous forme de lettres, les personnages, l'intrigue aux nombreux rebondissements, les thèmes. 

Impossible de résumer ce livre sans dévoiler la révélation qui a lieu au milieu du livre. Auparavant, l'histoire semble être celle, banale, de deux adolescentes qui ne se connaissent que par l'intermédiaire d'une annonce postée dans un magazine : Tracey cherche une correspondante et Mandy lui répond. Elles s'écrivent des lettres d'adolescentes, mais un certain déséquilibre se fait voir petit à petit : si Mandy connaît les déboires d'une vie sans originalité (des parents aimants mais des galères financières, une soeur ultra-complice mais des histoires de coeur compliquées...), Tracey, elle, semble avoir une vie parfaite : fille unique, gâtée par des parents richissimes, un petit ami sans défauts, des fêtes à tire-larigots... C'est à la moitié du roman que tout bascule. Des thématiques traditionnelles du roman d'ados, on passe à des thèmes beaucoup plus durs, qui nous sortent de notre quotidien. Les personnages s'étoffent alors. 
Âmes sensibles s'abstenir : le style est familier dans la première partie, celui de deux ados qui s'écrivent sans chichis, mais il se fait violent et cru dans la deuxième partie. Certains faits sont dévoilés tels quels, d'autres sont sous-entendus mais se comprennent assez aisément. Certains resteront toujours dans le secret, ce qui est presque pire, car on peut tout imaginer. La fin est complètement inattendue : il faut avoir les nerfs solides. 

L'intérêt pédagogique de ce roman n'est certes pas dans le style, qui reste très oral (qui plus est, traduit de l'australien - mais pas Valérie Dayre, qui n'est pas n'importe qui). En revanche, la structure est éminemment intéressante dans un chapitre sur l'épistolaire : l'échange parfois déséquilibré entre les deux amies, certaines lettres laissées sans réponse permettent de travailler sur les différents points de vue, et de montrer que, dans un roman épistolaire, l'intrigue se construit "en pointillés". Pour travailler sur l'implicite, c'est parfait. On peut proposer, à partir de la fin, divers travaux d'écriture permettant de vérifier ce que les élèves ont compris, et de tester leur imagination. Enfin, une réflexion annexe peut être menée sur les avantages et les limites (voire les dangers) d'une communication virtuelle : j'ai testé une sorte de "débat" avec ma classe de quatrième et il en est sorti des choses très intéressantes. 

Je le conseille et le re-conseille donc. Documentalistes, faites-le acheter pour votre CDI, et, si vous le pouvez, en série : on a besoin de ce genre de livres pour montrer aux élèves que la littérature n'est pas un truc ennuyeux et réservé aux adultes. 

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18 avril 2013

Des affiches de livres (1)

Une idée que j'avais eue, comme ça, en guise de fiche de lecture (niveau 5e) : réaliser une "affiche de livre", c'est-à-dire imaginer que le livre a été adapté au cinéma et en créer l'affiche. 

Mes consignes, accompagnées de la liste de livres proposés (thème du théâtre ou de la question du genre à l'adolescence) : Lecture_cursive_n_2.

Tout ce que j'ai eu ne ressemblait pas nécessairement à une affiche de cinéma (il y en aura en revanche, dans la deuxième fournée, de très réussies sur ce plan-là), mais j'ai quand même eu des choses assez chouettes : 

     Justine  Le cahier rouge de Claire Mazard

    Khalil Zéro commentaire de Florence Hinckel

Pierre  L'homme qui a séduit le soleil, de Jean-Côme Noguès

 Suzanna  Coups de théâtre de Christian Grenier

 

J'ai gardé la plus belle pour la fin : 

P1020054                  P1020056

Avec un petit couteau Playmobil et du vrai tissu ! 

La deuxième fournée arrivera prochainement. 

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23 janvier 2013

Des listes pour nos ados

"Dis, tu donnes quoi, toi, en lecture cursive, à tes cinquièmes ?..."

Les professeurs de français sauront percevoir à travers cette question l'angoisse récurrente face à cette gageure : la lecture cursive. 

De quoi s'agit-il ? D'une lecture qui est censée "courir" : ben oui, cursive, ça vient d'un verbe latin, currere, qui signifie "courir". On imagine une lecture rapide, en opposition aux études d'oeuvres intégrales que l'on mène en classe, et qui nous prennent parfois des semaines et des semaines. 

Bon, ne nous leurrons pas, nos élèves ont quand même souvent besoin de plusieurs semaines pour faire ces lectures qui courent. Le critère principal de définition, c'est plutôt que, contrairement aux oeuvres intégrales, les lectures cursives ne seront pas exploitées en classe. Ce sont des lectures que les élèves font à la maison, et que l'on peut vérifier par une fiche de lecture, un questionnaire, ou tout autre moyen dont je parlerai un peu plus tard. 

Le gros problème, c'est que les lectures cursives doivent être en lien avec notre programme. Et que dans notre programme, il y a des choses difficiles. Prenez le niveau cinquième : le Moyen Âge est à l'honneur. Mais allez donc donner du Chrétien de Troyes à lire à la maison, tout seul comme un grand, sans aucun travail en classe qui serait encadré par le professeur. Je ne dis pas que c'est impossible, dans certaines classes, on peut. Mais pas dans toutes. Se pose donc la question : que donner en lecture cursive ? Qui soit à la fois abordable et intéressant pour les élèves ? 

Je m'attelle à ce problème depuis plus de deux ans. Sans l'avoir entièrement résolu, j'ai trouvé des pistes. Tout d'abord, je me suis fixée une sorte de règle implicite : si, en classe, j'étudie des oeuvres patrimoniales, des "classiques", comme on dit, en n'écartant pas d'emblée des textes prétendûment difficiles, pour les lectures cursives, je privilégie la littérature jeunesse.  Pourquoi ? Parce qu'il y a énormément de choses intéressantes à lire en littérature jeunesse (si vous fréquentez ce blog, vous avez pu vous rendre compte que j'aimais cette littérature, et que j'aimais la partager), mais que les élèves, tout seuls, ne savent pas les trouver. Soit parce qu'ils ont décidé une bonne fois pour toutes qu'ils n'aimaient pas lire. Soit parce qu'en librairie ou médiathèque, ils se dirigent spontanément vers les succès commerciaux, les têtes de gondoles, qui ne sont pas toujours les lectures les plus enrichissantes. Je suis donc convaincue qu'un professeur de français - et un documentaliste - ne doit pas se contenter de faire découvrir des classiques à ses élèves, mais doit aussi lui apprendre à s'y retrouver dans cette jungle actuelle de l'édition jeunesse, pour entretenir chez eux le goût de la "lecture plaisir". C'est assez étonnant comme certains élèves qui pensent ne pas aimer lire, ou ne jurent que par un auteur ou un genre littéraire bien précis, sont parfois ravis qu'on leur ait mis sous le nez tel ou tel titre qu'ils n'auraient jamais été chercher tout seuls.  Et puis, souvent, on arrive à faire découvrir à une classe des éléments de civilisation, des procédés littéraires, des techniques de construction d'un récit... de manière claire et plaisante ; à condition de choisir les bons titres bien sûr. 

 

Or, il y a beaucoup d'enseignants de français - et de documentalistes - qui avouent eux-mêmes ne rien y connaître en littérature jeunesse. Je ne les blâme absolument pas. Disons que pour moi, c'est facile : on m'a mis les pieds dans une librairie dès mon enfance, la librairie en question ayant toujours possédé un important rayon de littérature jeunesse, avec des nouveautés, des auteurs en devenir, etc (souvenirs, souvenirs). On passait un moment dans le magasin, mes parents choisissaient leurs livres, et moi, je choisissais les miens. Cela ne m'empêchait pas de piocher dans leur bibliothèque, mais j'avais aussi mes livres, à moi, pour mon âge, sur des thèmes qui me plaisaient, avec des héros qui me ressemblaient. Et c'est dès mon enfance que j'ai connu Marie-Aude Murail, Micheal Morpurgo, Valérie Dayre, Christian Grenier, Malika Ferdjoukh, Régine Detambel... et j'en passe. Certains auteurs m'ont amené aussi vers d'autres romans adultes : ce fut le cas de Daniel Pennac, par exemple.  Et cette culture a été ancrée une fois pour toutes dans mes habitudes de lectrice. Je n'ai donc pas spécialement de mérite à "m'y connaître" plus que d'autres. Je suis en revanche un peu plus novice pour ce qui est des auteurs nouveaux, car pendant plusieurs années, je m'étais consacrée à d'autres types de lectures ; mais je tente, depuis un an ou deux, de combler ce trou et de m'intéresser aux publications les plus récentes. 

 

Ce blog, et plus particulièrement cet article, est donc là pour guider les professeurs qui voudraient proposer des titres de littérature jeunesse à leurs élèves, mais qui manqueraient d'idées.

Je vous soumets donc quelques listes, classées par thèmes, qui seront enrichies au fil du temps (et peut-être, je l'espère, d'après les conseils avisés de mes lecteurs). Cet article sera régulièrement remis à jour : les livres dont je vais citer le titre ci-dessous ne sont pas encore tous plumés sur ce blog, mais à terme, ils le seront. Vous n'aurez donc qu'à cliquer sur le titre pour trouver de plus amples informations. 

Allons-y ! 

Récits merveilleux (6e - 9 à 11 ans)

 Marcel Aymé, Les Contes du chat perché

 Pierre Gripari, La Sorcière de la rue Mouffetard

 J.K. Rowling, Les contes de Beedle le Barde

 Roald Dahl, Sacrées sorcièresou Matilda, ou Charlie et le grand ascenseur de verre

Carmen Martin Gaite, Le Petit chaperon rouge à Manhattan

Claude Roy, La maison qui s'envole

Dick-King Smith, Les longs-museaux, As de Trèfle, Babe

Ian McEwan, Le rêveur

Timothée de Fombelle, Tobie Lolness

et, bien entendu, Tove Jansson, Moumine le Troll, Les mémoires de Papa Moumine, Papa Moumine et la mer

(à savoir : pour cette liste, je propose également les Contes de Grimm, les Contes d'Andersen, Peter Pan, le Petit Prince, Alice au pays des merveilles, Pinocchio ; des classiques qui, s'ils ne sont plus vraiment à présenter, mériteront quand même un petit article... quand j'aurai le temps. Et puis, bien sûr, il y a Le Magicien d'Oz, mais que je considère comme un classique à part entière et que j'étudie en classe en tant qu'oeuvre intégrale.)

 

Romans épistolaires, ou sur la question de l'épistolaire (4e - 13 à 15 ans) : 

John Marsden, Lettres de l'intérieur

Hélène MontardreAmies sans frontières

Kathrine Kressmann TaylorInconnu à cette adresse

Daniel PennacKamo, l'agence Babel

Sarah Cohen-ScaliAgathe en flagrant délire

Xavier-Laurent Petit, Be safe

Jean Webster, Papa Longues-jambes

 

Récits de chevaliers (5e - 11 à 13 ans) :

Micheal Morpurgo, Le roi Arthur

Christian de MontellaGraal, tome 1 : Le chevalier sans nom

Anne-Marie Cadot-Colin, Merlin

Philip Reeve, Arthur, l'autre légende

 

Romans d'anticipation et contre-utopies (4e/3e - 13 à 16 ans) :

Lois Lowry, Le passeur

Christian Lehmann, No pasaran, le jeu 

Christian Grenier, Virus L.I.V.3 ou la mort des livres

Mary E. PearsonJenna Fox, pour toujours

Florence Hinckel, Théa pour l'éternité  

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