08 octobre 2017

Chitra Banerjee Divakaruni : Le palais des illusions

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Il y a un peu plus d'un an, je recevais des box de livres du site Exploratology. 

Et en fait, je n'en avais lu aucun en entier. J'avais commencé le premier reçu, Hérétiques de Leonardo Padura, mais je m'étais arrêtée à la moitié, un peu perdue (je compte le recommencer, je n'aime pas ne pas finir un livre). Les deux autres, d'inspiration asiatique, je les avais gardés pour plus tard.

Plus tard, donc, j'ai lu Nostalgie de la rizière d'Anna Moï : bof. J'ai lu toute la deuxième moitié en diagonale, pas tellement accrochée ni par le style ni par la narration de ces pseudo-nouvelles (l'auteure les présente comme telles, mais c'est toujours la même narratrice, et chaque récit est une étape de sa vie, donc je ne vois pas trop la différence avec un roman divisé en courts chapitres). Dans la première partie, la seule chose que j'ai aimée, ce sont les réflexions autour du chant et de la voix (auxquelles le visionnage d'une chouette émission d'Arte, La voix en quelques éclats, a fait écho).

Mais le troisième essai fut le bon : ce Palais des illusions, de l'Indienne Divakaruni, m'a passionnée. D'autant plus qu'il m'a plongée dans un univers que je connaissais très peu : les légendes indiennes issues du livre sacré, le Mahabahrata. 

Comme l'écrit l'auteure elle-même dans sa préface, elle s'était fait cette promesse : "Si un jour j'écris un livre... je placerai les femmes au premier plan de l'action. Je dévoilerai l'histoire invisible qui repose entre les lignes des prouesses des hommes." Ce roman est donc une version féminine du Mahabahrata. Une histoire racontée par une femme, la princesse Panchaali, dont le destin est lié à ceux de beaucoup d'hommes (son père, son frère, ses cinq époux, ses ennemis...), mais dans lequel elle essaie, tant qu'elle peut, de faire exister sa puissance de femme. 

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, à différentes reprises, à Daenerys Targaryen - la Khaleesi, Mother of Dragons et tout ce que vous voulez -, l'une des héroïnes (la principale ?) de Game of Thrones. Chez Daenerys comme chez Panchaali, il y a cette rage de vivre, de se venger de tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin, une rage cependant associée à une réelle soif de justice, pour tous, d'harmonie, d'équilibre dans l'univers. L'une comme l'autre, elles sont persuadées du rôle qu'elles ont à jouer dans cette conquête (plus qu'une quête) de l'harmonie. L'une comme l'autre, elles ont de nombreux adversaires, et le premier réside dans leur condition féminine. Repensez à ces premiers épisodes de GOT : on y voit la jeune Daenerys offerte par son frère au khal Drogo (chef d'une tribu nomade, aux rites qui semblent très barbares à la toute jeune femme). Elle saura par la suite transformer ce qui aurait pu être une soumission, voire une humiliation, en la première étape de son ascension vers le pouvoir. Panchaali fait exactement la même chose (elle, elle est même mariée de force à cinq frères à la fois, à cause d'une promesse hasardeuse de leur mère). 

Je n'en dis pas plus sur l'histoire : impossible de toute façon de résumer cette épopée (fleuve comme toute épopée qui se vaut). Il y a tout, des combats, des légendes, des apparitions divines et merveilleuses, de la sagesse, et surtout beaucoup d'introspection et de réflexion sur les sentiments et la manière dont ils évoluent au cours de notre vie. C'est très addictif, avec de petits chapitres, quelques prolepses, juste ce qu'il faut pour donner envie de lire la suite, et rappeler que, dans ce genre de récits, les faits sont prévisibles, écrits depuis le début.Chitra Banerjee Divakaruni a su donner une réelle modernité à des mythes ancestraux, simplement en changeant de point de vue. 

Une belle expérience de lecture, que je recommande vivement ! 

Pour découvrir Exploratology et ses abonnements de livres : 

Slide-Box-livres-Exploratology

 

Et pour revoir l'émission d'Arte sur la voix :

La voix en quelques éclats Arte

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02 octobre 2017

Carnet de lecture - août/septembre 2017 - littérature jeunesse

En littérature jeunesse, j'ai lu : 

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Un Oates que je ne connaissais pas : Sexy, l'histoire de Darren, un lycéen mal à l'aise avec son physique trop avantageux. Un angle d'approche original sur l'adolescence, qui pourrait faire sourire si on ne se rendait pas compte très vite que le roman parle en réalité de harcèlement sexuel et de pédophilie. Mais en fait... vraiment ? Des rumeurs circulent autour du professeur d'anglais, Mr Tracy ; effectivement, à différentes reprises, il a mis Darren mal à l'aise. Mais où s'arrêtent les impressions et où commencent les préjugés ? Comme à son habitude, Joyce Carol Oates écrit en finesse et en nuances, rien de facile ou de tranché dans ses récits. Cependant, je suis un peu restée sur ma faim, je pense avoir davantage été marquée par Zarbie les yeux verts, dans la même collection Scripto de chez Gallimard. 

Un roman médiéval pour poursuivre mes lectures thématiques autour de l'enfant monstre : Louis le galoup, de Jean-Luc Marcastel, est en effet l'histoire d'un jeune garçon, fils adoptif d'un seigneur peu agréable, qui se rend compte un jour que, sous l'effet de la colère ou de la volonté de se défendre contre une bête féroce, il se change lui-même en une sorte de loup énorme et effrayant, un "galoup". Contrairement à Bree Tanner, la vampire nouveau-née de Stephanie Meyer, il n'aime pas se sentir monstre. Mais il va lui falloir apprivoiser sa nouvelle nature car de grands dangers menacent son village, et, au-delà, sa région tout entière... Rien de très original dans ce roman mêlant univers médiéval et éléments merveilleux, mais une narration efficace, des personnages attachants, et du suspense : l'histoire de Louis s'étend sur cinq tomes au total. Pour ma part, j'en ai retenu quelques passages intéressants sur la dualité entre homme et animal, dualité rejetée par Louis car trop effrayante pour lui. 

Enfin, Des poissons dans la tête de Louis Sachar (auteur du célèbre Passage, adapté - grrrrrr- au cinéma) : un roman sur la précocité / le surdon / le haut potentiel, quel que soit le nom qu'on donne à ce fonctionnement cognitif particulier. Angeline a trois ans d'avance, elle se retrouve dans une classe de CM2 où la maîtresse la traite sans ménagement et ses "camarades" la traitent de monstre ou de bébé. Ces deux qualificatifs illustrent bien les difficultés que rencontrent ces enfants, particulièrement dans le milieu scolaire : leur capacité à réfléchir et à traiter l'information donne l'impression qu'ils sont "plus intelligents" que leur âge, mais souvent, ils ont une maturité qui correspond réellement à leur âge, voire moins - d'où le "bébé". Et c'est ce décalage entre maturité intellectuelle et maturité émotionnelle qui en fait des hybrides, des "monstres" aux yeux des autres. Le roman de Sachar est joliment écrit, avec des personnages intéressants, bien qu'un peu stéréotypés (il y a la méchante maîtresse de CM2 et la gentille maîtresse de CM1 qui, non contente de réconforter Angeline, va se payer le luxe de rendre son père amoureux d'elle). Le titre fait écho à la thématique de l'océan qu'on retrouve tout au long du roman, pour une raison précise que l'on découvre à la fin du livre, après l'avoir peu à peu devinée. Une lecture agréable, donc, qui pourra parler à de jeunes lecteurs (primaire, début de collège) sensibles à la question de la différence, qu'ils soient concernés eux-mêmes ou non. 

27 avril 2016

Meg Cabot : Avalon High

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Fiançailles d'Arthur et de Guenièvre présentée par son père le roi Léodagan, bénies par un évêque. Maître de Fauvel, Lancelot-Graal : Merlin, XIVe siècle. Crédits photos : BnF, Paris. 

 

Comme souvent, j'arrive (trop ?) tard. Meg Cabot n'a pas besoin de ma promotion pour être connue : c'est une référence dans la "chick lit", cette littérature "pour filles", comprenez avec des personnages principaux féminins et des couvertures roses (en gros). La traduction, c'est "littérature de poulettes". Il y a eu Bridget Jones, Sex and the city, puis la déferlante est arrivée aussi dans la littérature ado. 

Qu'est-ce qui a bien pu pousser la petite Mu à acheter un livre avec une couverture rose avec un coeur et des petites fleurs ? (Avec une mention explicite "Planète filles", au cas où on ne saurait pas à quoi s'attendre...) Tout simplement parce que je l'ai trouvé dans une liste de romans jeunesse sur le Moyen Âge. L'héroïne, Ellie, a des parents médiévistes qui lui ont donné le prénom de leur personnage fétiche, Elaine, Dame de Shallot, l'amoureuse éconduite de Lancelot. La référence au Moyen Âge pourrait s'arrêter là (ce serait déjà un élément original dans un roman de chick-lit). Mais il y a aussi le nom du nouveau lycée d'Ellie : Avalon High. Et ces faits étranges qui semblent s'accumuler autour d'elle : elle se retrouve avec une dissertation à rendre, justement, sur La dame de Shallot, et il y a ce garçon, Will, qu'elle jurerait avoir rencontré dans une autre vie. 

Voici en fait où l'auteure veut en venir : tout le roman est une réécriture de l'histoire d'Arthur, Guenièvre et Lancelot. Je spoile volontairement pour que vous sachiez à quoi vous en tenir avec ce roman, mais, si vous voulez donner ce livre à des adolescents, peut-être vaut-il mieux les laisser le découvrir. Qu'ils soient familiers des légendes arthuriennes ou non, la lecture fonctionne très bien. Ou bien ils auront plaisir, comme je l'ai eu, à décrypter les détails - nombreux - qui relient l'histoire moderne à l'histoire médiévale, ou bien ils ne s'en rendront compte qu'en même temps que l'héroïne, et un petit "Lexique des personnages" les aidera à comprendre définitivement tous ces liens. 

J'ai eu beaucoup de plaisir à avancer dans cette histoire. J'ai trouvé parfait le dosage entre références culturelles et récit d'adolescence. Pour ce dernier, ne vous attendez à rien d'exceptionnel : une jeune fille qui déménage à cause de ses parents, doit se faire de nouveaux amis, tombe amoureuse d'un garçon en apparence inaccessible... Mais, moi qui aime les réécritures et les univers à double sens, j'ai été convaincue. L'écriture de Meg Cabot est fluide ; je ne l'avais jamais lue, je comprends le succès "grand public". En même temps, les passages narratifs et descriptifs ne cèdent pas aux dialogues ou aux considérations psychologico-egocentrées qui rendent certains (mauvais) romans ados très fades. 

Très satisfaite de ma découverte, donc... mais quand je dis que j'arrive tard, c'est que, non seulement le roman a eu le temps d'être lu, relu, et d'avoir des suites, mais je m'aperçois aussi que le premier tome a été adapté pour Disney Channel. C'est toujours frustrant, quand on espère pouvoir faire découvrir ce qui a été pour nous une surprise. Et je suis encore une fois en colère de voir qu'aucun livre à succès pour ados n'échappe à l'industrie cinématographique. J'en reparle très vite. 

En attendant, ne boudez pas votre plaisir et, si vous lisez les deux autres tomes, donnez-moi votre avis ! 

 

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28 mars 2016

Lucie Vandevelde : "de beaux desseins", tout en couleur

 Logo Lucie Vandevelde

Ah, la magie d'Internet ! Elle permet des découvertes totalement inattendues, qui se révèlent parfois totalement éblouissantes. C'est précisément le cas de ce site, superbe vitrine du travail de Lucie Vandevelde. Cette artiste installée au Mans sait un peu tout faire : des illustrations, du graphisme, des livres-objets... Ses décors et personnages très hauts en couleurs n'ont pas peur de "s'afficher", dans les pages des livres pour enfants, sur les murs des expositions, ou de s'animer dans des courts métrages de promotion. Ils vont jusqu'à se dénuder, en noir et blanc, du moins le temps d'un atelier "coloriage géant" dans des festivals ou salons du livre.

Quand on parcourt les différents onglets du site, on comprend en effet que Lucie Vandevelde n'est pas qu'une créatrice : c'est une passionnée de partage, d'échange, d'interaction. Elle se livre à de nombreuses résidences d'artiste et interventions auprès des plus jeunes, y compris dans les classes. Elle aime les "beaux desseins", c'est son expression, et elle le fait savoir.

Pour ce qui est de son oeuvre... waouh. J'ai été littéralement scotchée par ce déluge de couleurs, fascinée par cette technique à la fois très naïve et très subtile, subjuguée par des univers que j'aurais dit taillés pour mes rêves : de la mer et de la ville, de la musique et du cirque, tout un bestiaire qui se promène dans une jungle aux merveilles. J'aime tout particulièrement les dessins réalisés au crayon, et les personnages aux longs yeux.

 @ Lucie Vandevelde

Si vous avez la chance d'habiter ou de travailler dans la région angevine, guettez la date de sa prochaine exposition. Sinon, vous pouvez vous procurer les albums qu'elle a illustrés pour différentes auteures (Juliette Parachini-Deny, Hélène Suzzoni, ou Marie-Hélène Lafond) ou pour ses propres textes (Les trois dragons, pour lequel elle a aussi créé un Carnet d'artiste en tirage limité).

Et, surtout, allez visiter le site, véritable régal pour les yeux, et mine d'informations.

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03 janvier 2014

Des images du Moyen Âge : le dernier ouvrage de Jacques Le Goff et... La Caverne de la Rose d'or en DVD !

Je viens aujourd'hui pour vous parler de deux cadeaux que j'ai eus à Noël, merveilleux l'un comme l'autre, chacun à sa manière. Deux oeuvres pour se plonger dans les représentations du Moyen Âge, imagé, fantasmé. 

 

Pour commencer, cette très belle parution des éditions Seuil, dernier-né de Le Goff : Le Moyen Âge expliqué en images

 

Rien que la couverture fait rêver par l'éclat de ses couleurs, bien loin de l'image sombre que l'on peut avoir de l'époque médiévale... (A savoir que je suis aussi en pleine lecture du petit essai de Michel Pastoureau : Bleu. Histoire d'une couleur, et que, donc, sur les couleurs, je commence à m'y connaître !)

 En ouvrant le livre... je découvre que c'est le même texte que dans Le Moyen Âge expliqué aux enfants, que j'ai déjà lu, et, même, que je possède !... Je ne le savais absolument pas quand j'ai suggéré cette idée de cadeau à ma mère. Mais, réflexion faite, ce n'est pas grave du tout : l'important, c'est bien sûr les images, et je suis ravie d'avoir les deux versions : l'une, de poche, plus maniable, que je peux prêter, consulter rapidement, annoter, et l'autre qui restera à la maison, à feuilleter avec précaution. 

Pour les images : de magnifiques reproductions, souvent pleine page (très utile pour certaines miniatures ou enluminures dont les détails sont peu visibles quand on les reproduit en petit format) ; quelques photos (des intérieurs d'abbayes ou de cathédrales) ; une mise en page à la fois aérée et élégante qui met vraiment l'illustration à l'honneur. Vous me direz, c'était le but de l'ouvrage...

Un bien bel objet, donc, pour se (re)plonger de manière attrayante dans l'univers médiéval. 

 

Et puis, le père Noël m'a aussi apporté... ceci : 

 

 Quoi ? Vous n'avez jamais entendu parler de cette "série culte" de téléfilms des années 90 ? Après sondage autour de moi, y compris des personnes de ma génération, en effet, on n'est pas très nombreux à connaître... Alors, petite présentation : 

Il s'agit donc de cinq téléfilms, chacun en deux volets, de production italienne. De mémoire, il me semble qu'ils étaient diffusés sur nos chaînes françaises à la période de Noël, et que, chaque année, ils ajoutaient un nouvel épisode.
Le décor est celui d'un Moyen Âge totalement fantasmé, certainement plein d'anachronismes (par exemple, la princesse Caroline qui rêve de rencontrer un jeune homme aux yeux bleus : non !! Je sais désormais, grâce à Michel Pastoureau, que cette couleur n'est pas idéalisée comme elle peut l'être de nos jours...). Mais bon, il y a des châteaux, des guerriers à cheval, des paysans, des troubadours, donc je suppose que cela suffit à en faire une "série médiévale".
Nous suivons les aventures d'une princesse pas comme les autres, Fantaghiro (prononcer "Fantagaro" pour ne pas avoir l'air stupide), qui, dès son plus jeune âge, refuse la place traditionnellement réservée aux femmes. Elle, ce qu'elle veut, c'est être chevalier. Et elle le sera, avec de nombreux ennemis à combattre : des ennemis réels, comme les princes des royaumes ennemis, ou magiques, comme la Sorcière Noire, l'enchanteur Tarabas ou le terrible Darken. Elle sera aidée dans ses combats par toutes sortes d'amis, de la "pierre qui revient" à la Sorcière blanche qui se transforme en oie, en passant par les anciens assistants de la Sorcière Noire, ou encore son fidèle destrier - qui parle -, Crin d'Or. 
Mais, bien évidemment, même férue de combats, Fantaghiro n'en reste pas moins une princesse de contes de fées, et elle est éperdument amoureuse du beau prince Romualdo. C'est d'ailleurs par amour qu'elle se battra la plupart du temps. 

Peut-être connaissez-vous les noms d'Alessandra Martines, dans le rôle de Fantaghiro ? (Si, c'est elle qui était jurée de "Danse avec les stars" avant Shy'm ! Est-ce que cette référence vous parle davantage ?...) Ou celui de Kim Rossi Stuart, pour le prince Romualdo ? Ou encore Ursula Dress, qui joue Xellesia, la cruelle mère de Tarabas ? 

En tout cas, de ce que j'ai pu lire ici et là sur le Net, pour ceux qui, comme moi, ont vu cette série quand ils étaient gamins, elle possède un impressionnant pouvoir nostalgique : il s'agit là d'un véritable charme qui agit en profondeur... Disons que tous les éléments du merveilleux étaient réunis, de l'amour aux combats, des gentilles fées aux méchantes sorcières, de la musique aux paysages... En revanche, la regarder pour la première fois adulte, au XXIe siècle,  ne provoque certainement pas les mêmes sensations. Les effets spéciaux ont bien entendu terriblement vieilli, de même que le discours sur les rôles sociaux de l'époque, qui restent terriblement empreints de conformisme. Mais je garde espoir que la magie opère encore pour de jeunes enfants d'aujourd'hui, pas encore trop abreuvés d'images modernes...


26 octobre 2013

Selma Lagerlof : Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un lieu en littérature scandinave

Bon. Je suis venue, j'ai vu... j'ai été vaincue. 

Pourtant, je la voulais, cette lecture. Parcourir la Suède en compagnie d'un classique de la littérature jeunesse scandinave, cela me paraissait un fort beau programme pour ces vacances d'été. Tant qu'à faire, j'ai voulu essayer la version intégrale : je ne suis plus une enfant, hein, les pavés ne me font pas peur. 

Eh bien... je n'aurais pas dû ! Je dois avouer que, certes, je ne suis plus une enfant, et que l'univers merveilleux dans lequel baigne évidemment cette histoire du début à la fin (du moins, j'imagine, puisque je me suis arrêtée à une cinquantaine de pages...) ne me captive pas assez pour tenir sur la longueur. Mais, en outre, je ne suis pas non plus assez férue de littérature "de terroir" pour me délecter des nombreuses descriptions ou précisions géographico-historico-sociales. Je sais bien que ce sont elles qui font tout le pittoresque de l'ouvrage (et qui, justement, sont ôtées des éditions pour enfants, afin de ne conserver que le récit à proprement parler). Mais, rien à faire, je n'ai pas tenu. 

Alors, je ne sais pas : peut-être devrais-je d'abord tenter une édition allégée, pour découvrir l'histoire d'un bout à l'autre, puis plonger à nouveau dans l'édition intégrale, quitte à lire en diagonale les passages de récit que je connaîtrais déjà ? 

En tout cas, pour l'instant, la petite Mu et autres Moumines n'ont pas été détrônés dans mon classement des plus belles parutions scandinaves pour la jeunesse... 

 

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12 octobre 2013

Albert Lemant : Lettres des Isles Girafines

Vous pensez bien qu'un album comme celui-ci, la passionnée de girafes qu'est la petite Mu ne pouvait pas passer à côté... Eh bien, pourtant, je l'avoue, je ne l'ai découvert que récemment. Je n'ai en revanche pas traîné à en faire l'acquisition. Après lecture, mon opinion reste partagée. 

Esthétiquement parlant, c'est une réussite. Dans un monochrome de tons chocolat, avec une technique qui me semble être de l'aquarelle, ou peut-être de l'encre, mêlée à du dessin, l'auteur et dessinateur Albert Lemant nous promène de page en page dans un monde visuel qui n'est qu'une longue variation du motif "girafin". On retrouve les couleurs et les formes de ces animaux si majestueux et élégants - ce n'est pas moi qui vous dirait le contraire. Le souci du détail est poussé à l'extrême : je viens d'ailleurs à peine de voir apparaître, dans la carte ci-dessous, la silhouette qui m'est pourtant si familière...

En plus d'être superbes et minutieusement réalisées, ces illustrations débordent de créativité. Puisqu'il s'agit bien d'un récit de voyage, c'est à un journal de bord que ressemble cet album, avec tout l'arsenal graphique qui va de pair : des croquis, schémas, faux timbres, faux tampons, signatures calligraphiées... cohabitent, façon scrapbooking, avec les illustrations pleine page. 

L'objet, donc, est magnifique et plaira beaucoup, tant aux fans de girafe qu'aux amateurs de journaux de voyage ou aux enfants. 

Le récit, quant à lui, ne m'a pas entièrement satisfaite. Pour résumer, il s'agit du voyage de l'explorateur britannique Marmaduke Lovingstone, qui part en 1912 découvrir les Isles Girafines, en terre africaine. Il envoie des lettres, qui tiennent lieu de journal de bord, à lady Pawlette, l'épouse du capitaine parti à ses côtés. L'aventure se déroule à merveille dans un premier temps, puisque les hommes parviennent à destination, et découvrent une civilisation exceptionnelle, qui les ravit au plus haut point. Puis, petit à petit, les excès du colonialisme anglais font des ravages sur les membres de l'expédition, à qui il arrive des choses de plus en plus étranges...

L'idée est très bonne, elle permet de lire cet album à plusieurs niveaux, de faire, bien sûr, toutes sortes de liens avec des événements historiques, de lancer des réflexions sur la notion de civilisation, sur la question de l'Autre. L'aspect merveilleux ne m'a pas gêné, du moins pas en tant que tel. Mais je suis tout de même restée très perplexe quant à la fin. Après une longue première partie où les détails s'ajoutent très progressivement, à la fin, tout va très vite, et, à mon sens, trop de pistes sont lancées. Pour un album, destiné tout de même à un jeune public (publié chez Seuil Jeunesse), j'aurais préféré quelque chose de plus clair, de plus simple, quitte à aller vers plus de didactisme. 

C'est sans doute sa complexité qui fait l'intérêt de cet album, c'est pourquoi je ne doute pas que bien d'autres que moi puissent l'apprécier dans tous ses aspects. Pour ma part, j'hésiterais par exemple à travailler sur le récit avec des élèves, même grands - mais je sais que d'autres le font - ; en tout cas, je feuillette l'objet avec un plaisir inlassable. 

On me dit dans l'oreillette que l'album possède une suite : Le journal d'Emma, dont vous pourrez lire un commentaire chez Parolimage DaDo, lectures pour adolescents. Epuisé en librairie, d'après ce que j'ai compris. Mais qu'à cela ne tienne : les ventes d'occasion seront mes amies ! A suivre, donc. 

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16 juillet 2013

Le loup des sables

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un animal en littérature jeunesse

Ce roman d'Asa Lind est présenté comme "le petit cousin suédois du Petit prince". Ce n'est pas forcément une garantie pour moi, étant donné que je ne suis pas archi fan du roman de Saint-Exupéry. Mais bon, le livre est assez beau, bien illustré, par Violaine Leroy, et puis c'est un roman suédois, d'une auteure jeunesse "désormais incontournable". Pourquoi pas ! 

J'en sors comme j'y suis entrée : c'est rafraîchissant, naïf, ça remplit le contrat d'un récit merveilleux invitant les jeunes lecteurs dans le monde de la philosophie, ou, du moins, des grandes réflexions sur le monde et l'existence humaine. Plutôt à la manière d'un Monde de Sophie que d'un Petit prince, avec l'initiateur et l'initiée. Le penseur, ici, c'est ce fameux loup des sables, un être merveilleusement sage et en même temps curieux de tout. Celle qui bénéficie de ses pensées avisées, c'est Zackarina, une petite fille qui vit avec ses parents au bord de la mer. Attention, contrairement au roman de Jostein Gaarder, il ne faut pas chercher une quelconque intrigue : le livre se compose d'une succession de micro-épisodes, chaque chapitre tournant autour d'une question existentielle. 

Je ne sais pas trop si les jeunes lecteurs sortent réellement plus sages d'une telle lecture. Mais j'ai quand même glané çà et là quelques réflexions bien posées. Citations : 

        "En fait, ce n'est pas moi qui décide si quelqu'un doit mourir, répondit la Mort. C'est la Vie, et elle est plus forte que moi."

        "- Donc, la brasse, commença son papa. On ouuuvre les bras, on feeerme les bras, et les jambes, tendues, pliées, tendues, et un, deux,...
          - Chut, attends un peu, il faut que je réfléchisse, dit Zackarina.
       Zackarina se reposa dans la mer, grâce à l'aide de son papa. Elle fit de longs mouvements en pliant les genoux et en poussant l'eau avec les mains. L'eau bruissait dans ses oreilles. Et tout au bout, au-dessus de l'horizon, le ciel s'étirait, clair et bleu.
         "Pourquoi bleu ?" se demanda-t-elle.
         A cet instant précis, sans même qu'elle le remarque, son papa la laissa se débrouiller toute seule."

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22 janvier 2013

Le magicien d'Oz

Pourquoi, aujourd'hui, un message sur Le magicien d'Oz ? Parce que : 

1) je suis actuellement en train de l'étudier avec ma classe de sixième, et ce pour la troisième année consécutive. Et le plaisir que j'ai à le faire étudier semble, pour la troisième année consécutive, être partagé par mes élèves. 

2) dernièrement, j'ai été poursuivie par des références à cette histoire dans plusieurs de mes lectures. Notamment, les personnages de Maupin en parlent : Gabriel Noone dans Une voix dans la nuit, Micheal des Chroniques qui en est un grand fan, Cady dans Maybe the moon (le film dans lequel ce personnage a joué fait d'ailleurs furieusement penser au Magicien)...

3) l'actualité du débat sur le mariage gay me rappelle à l'esprit l'origine (supposée) du drapeau arc-en-ciel, qui pourrait venir de la chanson "Over the rainbow", dans l'adaptation filmée du livre - Judy Garland, l'actrice principale, étant d'ailleurs considérée comme une icone de la communauté homosexuelle. 

4) et puis parce qu'au détour d'une séance de cinéma, je suis tombée sur ça, à venir prochainement sur nos écrans : 

 

Tout ça, ça fait beaucoup ; en tout cas, suffisamment pour plumer à ce sujet. Je vais maintenant répondre à plusieurs questions. Les voici : 

Pourquoi travailler ce livre avec mes élèves ? 
Les programmes de sixième nous demandent de travailler sur le récit merveilleux, et de faire lire une oeuvre intégrale à nos élèves. Parmi les titres proposés, les Contes de Perrault, les Contes de Grimm, le Petit prince, Alice au pays des merveilles... Bon. D'accord. Mais, pour moi, c'était du vu et du revu, et, surtout, ces récits ont l'inconvénient majeur d'avoir presque tous été adaptés dans des dessins animés célèbres. Du coup, les élèves connaissent déjà l'histoire et (surtout en sixième) ne comprennent pas toujours l'intérêt de travailler sur un livre dont ils croient déjà tout connaître. 
Le Magicien d'Oz, c'est en fait l'un des (très) rares récits merveilleux que les élèves ne connaissent pas encore. Et ça, pour moi, ça constitue déjà une excellente raison d'étudier ce livre-là, et pas un autre. 
En plus, on le trouve en Librio à deux euros : un achat que les familles ne rechigneront pas à faire. Dans certains établissements, cet argument entre également en jeu. 
Quant à justifier l'intérêt pédagogique de ce récit pour l'objet d'étude "Contes et récits merveilleux"... je pourrai y passer des heures. Le plus simple, c'est que je vous joigne le chapitre que je peaufine depuis trois ans : c'est cadeau (A VENIR PROCHAINEMENT). Vous y trouverez de l'étude de texte, du vocabulaire, du travail sur les notions de narratologie, du travail sur une séquence filmique. 

Que retenir du film musical de Victor Fleming ? 
Ce film, sorti en 1939, est un monument du cinéma, et un film culte pour le public américain, mais pas seulement. Il a permis de tester un nouveau procédé cinématographique, l'utilisation du Technicolor, qui sert à merveille l'histoire : lorsque Dorothée atterrit au pays d'Oz, les décors passent d'un sépia terne à une multitude de couleurs, comme si le spectateur avait lui-même chaussé des lunettes magiques. Il a également lancé une star, en la personne de Judy Garland. Mais, surtout, il a produit... ceci. 
 

Judy Garland - Over the Rainbow extrait du magicien d'Oz


Petit miracle de la chanson, titre repris mille et une fois, ce moment pourrait être l'unique raison de voir le film. Un travail très intéressant peut être mené avec les élèves sur les paroles (moyennant un petit peu de traduction de l'anglais au français), et sur la séquence filmique dans laquelle cette chanson est insérée. Et vous pouvez être certains qu'ils ressortiront de la salle de classe en fredonnant la musique...
Enfin : pourquoi ce nouveau film, à sortir en avril 2013, m'intéresse-t-il tellement ? 
Tout d'abord, laissez-moi vous montrer ces images : 
Le début de la bande annonce laisse entrevoir une séquence sur l'univers du cirque, des montreurs de phénomènes, un univers qui, si vous me connaissez un peu, me parle particulièrement. 
On peut voir par ailleurs que le jeu sur les couleurs (du noir et blanc à un monde coloré) a été conservé : je suis curieuse de voir jusqu'où l'esprit du premier film a été conservé, et dans quelle mesure l'histoire a été modifiée ou reprise. 
Et puis, bon, "par le réalisateur de la trilogie Spider-man" et "par le producteur d'Alice au pays des merveilles", avouez que ça en jette un peu. 
J'ai donc hâte d'être en avril, et j'espère bien pouvoir vous plumer quelque chose sur ce film, qu'il me réjouisse ou me déçoive. 

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27 décembre 2011

Le rêveur

Pour une fois, en guise de morceau choisi, voici un extrait de l'interview de Ian McEwan, en fin d'ouvrage (ces pages que j'aimais tellement lire à la fin des Folio ou des Lecture Junior quand j'étais petite, moi qui me targuais de devenir écrivain...). Plus précisément, sa réponse à la question : "Quel conseil donneriez-vous à un écrivain débutant ?"

"Je conseillerais à un écrivain en herbe de tenir un carnet et d'y noter chaque jour quelque chose. Deux sortes de choses : ce qui lui est arrivé dans la réalité, et aussi ce qui s'est passé dans ses rêveries, dans son monde imaginaire."

Associez ces deux mondes, celui du rêve et celui de la réalité, et vous obtiendrez les sept histoires qui composent ce premier et unique (pour l'instant) récit jeunesse de l'un de mes auteurs fétiches du moment. Peter Fortune est un garçon très imaginatif à qui son esprit rêveur en fait voir de toutes les couleurs : Peter se retrouve tour à tour attaqué par la Vilaine Poupée et sa cohorte de consoeurs, transporté dans la peau d'un vieux chat en mal de réputation ou d'un bébé Cadum, contraint d'élaborer des stratégies pour capturer un mystérieux cambrioleur... 

Cette lecture est en fait une relecture. Et, comme par magie, certaines phrases, certains passages entiers se reformaient dans ma tête avant même que mes yeux se posent dessus : ces histoires sont en fait restées bien gravées dans ma mémoire, jusque dans les détails. Preuve du pouvoir captivant de ce petit livre sans prétention autre que de faire voyager un court moment (une centaine de pages) des jeunes lecteurs en quête de fantaisie et d'étrangeté. 

A la fin du livre, Gallimard Jeunesse propose deux autres titres en Folio Junior : Le chat qui parlait malgré lui, de Claude Roy (lu quand j'étais petite mais dont je ne garde qu'un souvenir très, très flou), et J'étais un rat ! de Philip Pullman, que j'aimerais découvrir. Deux futures (re)lectures, donc, qui pourront, en outre, m'être utiles dans le cadre d'un cours sur les métamorphoses... (foutue déformation professionnelle qui fait passer la prof avant la lectrice parfois...)