03 juin 2016

Des suites et des fins, épisode 2 : Anne B. Ragde, L'héritage impossible

P1030029

Chez la petite Mu, Anne B. Ragde, ça commence ici, avec La terre des mensonges, et ça continue là, avec La ferme des Neshov.

J'avais beaucoup aimé le premier tome. J'avais été - un peu - déçue par le deuxième. J'ai été décontenancée par le troisième.

Plus de deux ans après les avoir laissés, j'ai donc retrouvé Torunn, la fille/nièce, qui a repris la ferme, Margido, qui s'occupe toujours de ses cadavres, Erlend et Krumme, le couple de Copenhague qui vont bientôt devenir papas, et "le vieillard", à la fois frère, père et grand-père. Mais j'ai eu l'impression de ne plus les reconnaître. Torunn est très fatiguée par l'exploitation de la ferme, et complètement perdue quant à son avenir. Rien que de très normal, mais les passages la concernant sont assez répétitifs, et on finit par avoir envie de prendre les choses en main et d'agir à sa place. Erlend est terrifié à l'idée d'avoir un enfant, et en même temps il trépigne d'impatience. J'ai retrouvé la fantaisie du personnage, mais presque poussée à l'excès. Certains passages s'attardent sur des détails qui m'ont paru sans importance. Margido est toujours aussi difficile à cerner - mes attentes concernant ce personnage n'ont donc pas été comblées. D'autres personnages apparaissent : Kai Roger, prétendant assidu mais éconduit de Torunn, Jytte et Lizzi qui portent les enfants d'Erlend et Krumme, et Kim, un architecte dont Erlend est très jaloux. Mais je les ai trouvés assez fades, en tout cas l'écriture ne leur donne pas assez corps. Bref, je n'ai pas retrouvé la saveur de ces personnages atypiques que j'avais goûtée dans les premiers tomes.

L'histoire n'avance pas non plus beaucoup, ce que j'avais déjà constaté dans le deuxième tome. Un rebondissement intervient au bout de deux tiers environ, mais il ne débouche sur rien de spectaculaire. La fin en est un peu décevante. Seul un passage, avant la fin, montre le personnage de Torunn avec plus d'intensité et instaure une certaine tension. J'aurais aimé que le roman soit davantage à cette image.

Finalement, la lecture du premier tome peut se suffire à elle-même. C'est encore celui où les personnages se découvrent le plus, et pour ce qui est de la suite, le lecteur peut l'inventer à sa guise. D'autres romans d'Anne B. Ragde ont été traduits, je compte sur eux pour atténuer ma déception.

Posté par lapetitemu à 08:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


27 mars 2016

Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d'à côté

 

SURFACECHA - WIN_20160327_175326

 

Ce roman suédois est un roman d'amour pas tout à fait comme les autres. Rien qu'aux prénoms des deux protagonistes, Désirée et Benny, on sort un peu des sentiers battus. Leur rencontre a lieu dans un lieu inattendu, spoilé par le titre : un cimetière. En effet, Benny vient de perdre sa mère et Désirée, son mari. Entre eux deux commence une "passion dévorante" (pour reprendre la quatrième de couverture), alors que tout les oppose : Désirée est une bibliothècaire très citadine et Benny, un agriculteur très paysan. Enfin... on le sait bien, il ne faut pas se fier aux apparences. Les contraires s'attirent et deviennent complémentaires, on le dit souvent. L'humour et le sexe rendent leur histoire possible, avec de beaux moments de complicité. La narration alterne un chapitre de chaque point de vue ; sans répétition inutile, chaque personnage reprend là où l'autre s'est arrêté, ce qui donne une belle fluidité dans la lecture, tout en suggérant à quel point les deux amoureux se répondent l'un l'autre.

Mais, et c'est là l'originalité du roman, avant même la moitié du récit, on n'en est déjà plus là. Désirée passe sa première nuit chez Benny, et le choc des cultures est trop grand. A partir de là, tout s'effrite, et personne, ni elle, ni Benny, encore moins le lecteur, ne peut dire comment cela va se finir.

J'ai été un peu déroutée, c'est vrai, de voir le mélange tourner si vite. C'est là qu'on voit que les romans utilisent très, très souvent le même schéma, dans les mêmes proportions, au chapitre près. Là, c'est étrange, on voit les choses se dégrader avant d'avoir pu véritablement s'attacher aux personnages. Et puis on finit par comprendre où l'auteure veut en venir. Enfin une histoire où l'amour prend place dans une réalité pas toujours reluisante ; où les personnages sont face à de véritables dilemmes, non pas tragiques mais tristement banals, devant choisir entre la fameuse "passion dévorante" et des plans de vie, plus ou moins choisis, mais dont ils n'arrivent pas à se défaire.

Pas un mot sur la fin : je vous invite à faire cette lecture, plutôt rapide, mais moins légère qu'elle n'en a l'air.

Néo-défi lecture 2016 : Un livre choisi de façon aléatoire. (au pif dans les rayons d'une toute petite bibliothèque)

Posté par lapetitemu à 17:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

27 août 2013

La terre des mensonges

Ce roman-là ne pourra malheureusement pas rentrer dans le challenge petit bac, mais il a accompagné très agréablement mes premiers jours en Norvège. 

Je l'ai acheté et commencé il y a plus de deux ans (j'en parlais d'ailleurs ici), sans accrocher. Et, comme cela me le fait parfois, une fois la relecture entamée, je me demande comment j'ai pu ne pas aimer ! 

Une famille, six membres, peu d'unité. Trois frères qui ne se parlent plus : l'un qui a quitté la Norvège pour Copenhague pour s'éloigner le plus possible d'une famille qui n'a jamais accepté son homosexualité, le deuxième qui exerce le métier bien à part d'employé des pompes funèbres et côtoie donc la mort au quotidien (l'histoire commence avec lui, ce qui donne tout de suite la couleur, si l'on peut dire), le troisième qui élève des cochons dans la ferme familiale. Les parents : un père fantôme, qu'on n'entend jamais, dont l'existence croupit au fond de la ferme, et une mère qui vient d'avoir une attaque et dont les jours sont peut-être comptés. C'est l'annonce de cet évènement qui oblige le fermier à contacter ses frères, ainsi que sa propre fille, qu'il n'a vue que quelques fois seulement dans sa vie. 

Evidemment, avec un titre pareil, il sera question de secrets. De terre, aussi, car c'est aussi un roman sur le lien géographique. La campagne de Trondheim sert de décor principal à l'histoire, puisque c'est là qu'est bâtie la ferme d'où tout part, mais quelques échappées vers Oslo et Copenhague permettent de souligner les contrastes, et de réfléchir à la question suivante : l'individu se construit-il par rapport au lieu où il vit, ou à celui d'où il vient ? 

L'attente de révélations qui ne viendront qu'à la fin, la narration qui prend pour cible tous les personnages successivement, les personnalités et les vies très différentes des personnages, le thème du lien, tout cela donne beaucoup d'intérêt à ce premier tome d'une trilogie. Et voilà, à la fin, on est mordus : on n'a qu'une envie, savoir ce que vont devenir les trois frères et leur fille/nièce, face à l'ultime secret, explosif, qui intervient dans les toutes dernières pages. Rendez-vous alors dans La ferme des Neshov, puis dans L'héritage impossible, que je me promets de lire au plus vite ! 

Posté par lapetitemu à 12:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Anka

Encore une belle découverte en littérature pour adolescents. Un vrai travail sur la narration et le suspense a été fait, et ce, dès le début : des policiers viennent apprendre à Marco, quatorze ans, que sa mère est morte. Sauf que, quelques heures plus tard, sa mère rentre à la maison, en parfaite santé. Alors, qui est-ce, cette "madame Fontan" qui est morte ? Je ne le révèlerai pas car, dans ce court roman (109 pages qui se lisent d'une traite), chaque détail compte pour faire monter peu à peu la tension chez le lecteur. Il suffit de dire que Marco va découvrir certains secrets de famille laissés de côté depuis longtemps, mais revenus brutalement à la surface suite à la mort d'Anka, cette jeune femme de vingt-neuf ans qui porte le nom du père de Marco. 

Le récit de Marco, qui cherche à démêler à la fois l'histoire intriguante de la jeune femme et ses propres sentiments, alterne avec l'histoire d'Anka , racontée à la troisième personne, avec brutalité, et en remontant peu à peu le temps. Le fil de l'histoire se dévide donc en deux temporalités différentes ; on pourrait se dire que la fin, on la connaît, mais non, il arrive quelque chose auquel on ne s'attendait pas. 

Le ton est extrêmement juste, les pages se tournent toutes seules, le destin d'Anka comme celui de Marco résonne dans les yeux du lecteur après avoir fermé le livre. On ne peut guère reprocher à ce livre que sa brièveté, tout en sachant pertinemment que le dosage était maîtrisé et que des pages supplémentaires auraient sans doute nui à l'efficacité de l'histoire. 

A découvrir, en ayant tout de même le coeur bien accroché, car la noirceur qui se dégage de ce roman ne laisse pas indifférent. 

Posté par lapetitemu à 10:52 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

12 juin 2013

Qui es-tu Alaska ?

   

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille!  : un lieu (hors contexte) dans la catégorie littérature jeunesse

 

ATTENTION, ROMAN BOULEVERSANT !!!

Je pousse peu souvent ce genre de "cri", mais là, c'est plus fort que moi ! Je m'attendais au "coup de coeur" dans la mesure où le roman est largement plébiscité si on jette un oeil sur les différentes critiques lues ici et là sur le Net. Mais c'est une chose que d'entendre dire "ce roman est génial" et c'en est une autre que de le dévorer soi-même et de se sentir aussi marqué. 

Une grosse difficulté se présente à moi pour plumer cette lecture : difficile (très, même) de partager certaines de mes émotions sans trop en dévoiler sur l'intrigue. Mais je vais quand y veiller, car ce serait trop dommage de vous gâcher le suspense - car il y en a. Je pense ne pas trop en révéler si je vous dis que les trois expressions choisies pour la première couverture (le roman ayant ensuite été réédité dans une collection poche de chez Gallimard, Pôle fiction, dont j'ai déjà lu de très bons titres, ici, ici et ) reflètent bien le contenu.

"Premier ami", car c'est l'histoire d'un jeune lycéen, Miles, qui n'avait jamais connu les joies d'une vraie amitié, et passait beaucoup de temps en solitaire avant d'arriver dans ce pensionnat nommé Culver Creek, en Alabama. Il y fera de réjouissantes, mais aussi très intrigantes rencontres, comme celle de Takumi, rappeur de génie, ou du Colonel, étrange personnage qui partage sa chambre.
"Première fille", car il y a cette fameuse Alaska, dont personne ne sait qui elle est véritablement. Miles voudrait bien apprendre à la cerner, mais, comme elle le lui réplique, "Tu ne me cerneras jamais. Tout est là." Il faudra donc bien qu'il accepte que la fascination remplacera la compréhension.
Enfin, "Dernières paroles", car c'est Miles est également fasciné par la mort, ou plus exactement par les dernières paroles des morts. C'est une clé comme une autre pour tenter de comprendre le monde, la vie, pour essayer de trouver une issue à ce labyrinthe dans lequel nous sommes tous plongés. Derniers mots de Simon Bolivàr : "Comment vais-je sortir de ce labyrinthe ?" Diverses réponses nous seront données au fil de l'histoire. Ca donnerait presque envie de prendre une feuille et de disserter, nous aussi, sur le sujet. 

Ce qu'il y a de génial dans ce roman, c'est qu'il donne à cette période (qu'on dit souvent ingrate) de l'adolescence une luminosité qui n'a pas son pareil. Il montre que l'adolescence peut être philosophe. Mais aussi qu'on peut philosopher tout en draguant la plus belle fille qu'on ait jamais rencontré. Et même qu'on peut réfléchir sur la vie, la mort, le pourquoi du comment de l'existence, tout en montant les pires canulars à l'encontre du directeur de son pensionnat, en consommant des produits illicites, en sortant sans permission, bref, en menant une vie d'ado, quoi. 

"Premier", "dernières" : tout est dit dans ces seuls mots. Il est question d'expériences, dans ce roman, de découvertes, de premières fois. Mais aussi d'urgence, une sorte de "vivre vite", de "carpe diem" à la sauce rock'n'roll. 

J'ai rarement lu, vraiment, un roman pour ados d'une telle intelligence. Sans négliger la qualité narrative : des personnages extrêmement bien brossés, attachants, évidemment ; beaucoup d'humour, qui s'entrelace avec les moments plus forts ; enfin, comme je le disais au début, un vrai suspense qui s'installe tranquillement, et qui prend à la gorge à un moment où on ne s'y attend pas forcément. 

Plus qu'une envie à présent : lire Nos étoiles contraires, du même auteur, qui serait lui aussi un chef-d'oeuvre. Vais-je une deuxième fois être du même avis que les critiques ? "La suite au prochain numéro ?" (clin d'oeil que vous saurez apprécier quand vous aurez lu le livre...)

 

Posté par lapetitemu à 19:12 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,


02 juin 2013

La pluie comme elle tombe

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un phénomène météorologique en catégorie littérature jeunesse


Là aussi, j'ai cherché à lire ce livre dans le cadre du challenge. Ce n'est pas du tout une parution récente, bien au contraire (1998). Mais, c'était drôle, à un mot près, le titre est le même qu'un roman de Coe que j'ai beaucoup aimé : La pluie, avant qu'elle tombe. Et puis, en zyeutant des résumés ici et là, pour savoir, quand même, deukwasaparl', j'ai eu l'impression de comprendre que le livre était en lien (le début, ou la fin, je ne savais pas trop) avec un livre que j'avais lu il y a très longtemps, avec, à la fin, un garçon qui vient voir une fille dans son sommeil (peut-être dans un hôpital ou quelque chose comme ça) et découvre quelque chose de perturbant dans sa bouche. Bref, en fait, ça n'a rien à voir, le livre dont je viens de parler s'appelle Les filles ne meurent jamais de Grégoire Solotareff... Bon, et si j'en venais au fait ? 

J'avais lu Comme les doigts de la main d'Olivier Adam peu de temps avant, et, même si les deux livres n'ont pas vraiment d'autre point commun que le fait de parler d'un garçon et d'une fille (original, n'est-ce-pas ?) et d'être édités chez L'Ecole des Loisirs (ah, et il y a le mot "comme" dans le titre aussi !!), je me suis fait la réflexion que le roman de Perez était comme le négatif de celui d'Adam. Je m'explique : 
Dans La pluie comme elle tombe, deux ados (dont j'ai déjà oublié le nom, honte à moi...) se retrouvent coincés dans un centre de colo de vacances pendant près d'un mois. Je dis coincés, car ils n'en avaient envie ni l'un ni l'autre. Ce qui est sûr, c'est que ce voyage va bousculer la tranquillité et le besoin de discrétion auxquels ils aspirent tous deux, car l'Amour et la Mort vont s'inviter eux aussi. La Mort s'incarne dans un accident fatal que subit un camarade du héros - enfin, non, un garçon qu'il venait à peine de rencontrer et avec qui il n'avait aucun lien, mais à cause duquel il va se retrouver au coeur de toutes les conversations du camp, car il est "celui qui a vu le gros mourir". Quant à l'Amour, c'est dans le coeur de l'héroïne qu'il apparaît, elle qui voudrait bien que le héros la regarde, comprenne qu'elle est différente des autres. 

Comme dans le roman d'Adam, les deux héros prennent la parole l'un à la suite de l'autre. Mais, en fait, c'est qu'il y en a vraiment, des points communs entre ces deux romans ! Car, je l'avais bien dit pour Comme les doigts de la main, le lien indissociable entre Eros et Thanatos est finalement lui aussi à l'honneur, même si c'est sur un tout autre mode : Serge Perez choisit résolument l'humour, avec une plume qui rappelle les auteurs humoristiques "classiques" de l'Ecole des Loisirs (Murail, Agnès Desarthe, Susie Morgenstern...), beaucoup d'autodérision chez les deux héros, une dédramatisation des évènements les plus dramatiques, comme cette mort qui, finalement, ne signifie pas grand-chose pour les adolescents, mais va quand même déclencher une foule de réflexions chez eux. 

Mais, si je parlais de romans "en négatif", c'est qu'Olivier Adam raconte comment, en une seule nuit, le contact entre deux adolescents se transforme en relation fusionnelle, en aimantation, en passion, Serge Perez montre, lui, comment deux êtres qui pourraient être faits l'un pour l'autre peuvent vivre pendant un mois dans des parallèles qui ne se rejoindront jamais. Et les deux fins sont vraiment l'envers l'une de l'autre. 

Voilà, j'ai tiré le fil de la comparaison entre ces deux romans sans me rendre compte qu'en fait, en le déroulant, ce serait une vraie mine ! J'ai en tout cas préféré le roman de Perez, car plus drôle, et nettement plus original à mon goût, même si plus amer, du coup. 

Posté par lapetitemu à 15:53 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

11 mai 2013

Comme les doigts de la main

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : une partie du corps en catégorie littérature jeunesse

 

Il s'agit d'un beau récit de deux adolescents qui se retrouvent à l'hôpital pour une nuit, pour des problèmes plus ou moins impressionnants, sans enjeu vital néanmoins : "Chloé a une hanche qui se bloque à cause d'un petit bout d'os mort. Antoine a un doigt retourné, plié en deux pendant un cours de tennis." (je reprends la quatrième de couverture) Et ils partageront la même chambre cette nuit-là. 

Evidemment, ce sera une histoire d'amour. Du genre très court, très intense, puisqu'aucun des deux personnages ne sait ce qui se passera le lendemain matin, s'ils se reverront, s'il y aura un après. Mais cela ne les empêche pas de partager des mots, des confidences, notamment autour de la mort de leur père (car ils ont ceci en commun), et des émotions, pendant une échappée nocturne au bord d'un fleuve.

La grande force de cette histoire d'amour, outre cette intensité obligatoire (vivre vite, carpe diem, et toutes ces choses-là), c'est qu'elle est indissociable d'une peur de la mort. Et on sait bien qu'en littérature, l'amour et la mort, ça va souvent ensemble. Cet extrait en est la preuve : 

"- Mon père est mort comme ça, a dit Chloé.
Et sa voix a résonné longtemps après ça. Je l'ai embrassée pour que ça s'arrête de tourner dans nos crânes à tous les deux. Sa bouche, c'était d'une telle douceur, et son corps abandonné entre mes bras, pareil."

Dans cet extrait, on peut lire le besoin de combler le manque par l'amour, réparer un abandon par une aventure, mais toujours montré avec beaucoup d'optimisme, d'envie, d'enthousiasme. C'est l'amour comme moyen de surmonter ses peurs ou ses traumatismes. 

J'ai trouvé l'idée très belle, mais j'ai malheureusement été comme noyée dans une histoire peut-être trop longuement racontée. Le choix d'alterner la voix de Chloé avec celle d'Antoine oblige forcément à des redondances (volontaires, sinon Olivier Adam aurait choisi une autre forme narrative), et, pour moi, l'intérêt de l'histoire a été dilué. Je suis certainement passée à côté de la force du récit, c'est pourquoi je conseillerais tout de même la lecture de ce roman qui trouvera sans doute un écho, tant les thèmes qu'il aborde sont universels. 

Posté par lapetitemu à 15:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

13 février 2013

Le passeur

               

 (Je plume sur une vieillerie, afin de compléter les liens des mes listes de lectures cursives  . Dorénavant ces lectures datées seront signalées par un [Vieillerie] au début du message.)

Ce livre a toujours été une référence pour moi. Le principe en est très simple : l'auteur a créé un univers (qui se situerait à une époque indéterminée, mais après la nôtre) dans lequel sensations et émotions ne font quasiment plus partie de la vie des hommes. Un enfant se fait mal ? On lui donne un comprimé rudement efficace : à peine a-t-il eu le temps de connaître un semblant de douleur qu'elle a déjà disparu. Même le désir sexuel est contrôlé par une autre pilule, non pas contraceptive (le problème ne se pose de toute façon pas : seules certaines femmes de la société peuvent enfanter, les "mères porteuses", considérées comme inférieures par le reste des habitants), mais tueuse de fantasmes. On doit confesser ses rêves en famille au petit déjeuner. On ne doit pas mentir. Enfin (même si la liste est loin d'être finie), on ne peut pas connaître le plaisir d'hésiter entre une pomme rouge et une pomme verte, car les couleurs n'existent plus. Plus exactement, on n'arrive plus à les percevoir.
Dans ce monde, un personnage détient des connaissances que nul autre ne possède : c'est le Passeur. Lors de la cérémonie de ses douze ans, âge auquel le Conseil attribue définitivement une fonction sociale à tout adolescent, Jonas apprend qu'il a été choisi pour être le nouveau Passeur. Rien ne sera plus comme avant pour lui ; ou plutôt, peu à peu, tout redeviendra comme avant - avant que le monde dans lequel il vit n'ait été affadi et rigidifié. 

La qualité de ce genre de roman tient évidemment beaucoup à la cohérence de l'univers créé. Sur ce point, rien à redire : les détails sont magistralement coordonnés. Tout y est réaliste à en faire parfois froid dans le dos. On ressent, avec Jonas, cette impression d'enfermement - dont il ne peut prendre conscience qu'après avoir découvert qu'il a existé autre chose, et qu'il existe peut-être encore autre chose, ailleurs. 

Ecrit dans un style sans difficulté, ce livre est pour moi une très grande oeuvre à partager avec nos élèves, idéale pour enrichir une réflexion sur l'utopie ou la contre-utopie, la frontière entre les deux étant parfois très mince. On peut y lire aussi une réflexion sur le totalitarisme, même si finalement rien n'est centré sur le pouvoir, dont on ne sait pas vraiment, d'ailleurs, qui le détient - hormis les membres du Conseil. C'est enfin une très belle histoire sur le plaisir, le bonheur ; sur la vie, tout simplement. 

A lire et à faire lire ! 

Posté par lapetitemu à 18:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 octobre 2012

La pluie, avant qu'elle tombe

Je suis en retard sur mes chroniques : huit lectures se sont succédées depuis septembre (et encore, j'en oublie peut-être), mais la plume a du mal à suivre. 
Je m'occupe de celui-ci, qui est le dernier en date, et on verra les autres plus tard ! 

La quatrième de couverture m'annonce un roman plus poignant que les autres de Coe : il aurait ici laissé de côté son humour habituel pour se concentrer sur les émotions. 
Le résultat est du grand art. Coe est un conteur extraordinaire. L'idée de départ est ingénieuse : le récit que nous lisons est la retranscription écrite d'enregistrements sonores, ceux d'une vieille dame qui vient de mourir et qui commente, une par une, des photos prises tout au long de sa vie. Et, au fil des descriptions et des digressions, on comprend à quel point une photographie peut nous en dire long sur une vie, ou plutôt, des vies. 
Certes, l'humour n'est pas là, mais le charme, si. Ce n'est rien de dire que le roman se lit d'une traite, et qu'on en voudrait plus, encore plus. 

Posté par lapetitemu à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 août 2012

Bienvenue au club

Comme j’ai eu raison d’approfondir ma relation avec cet auteur britannique ! Je crois que j’ai découvert un nouveau filon qui devrait me tenir en haleine, autant que je l’ai été avec McEwan, ou même avec les Chroniques de San Francisco.

 

Les « seuils », chez Coe, ne sont pas ce que je préfère. Mais la force de ses romans en est d’autant plus forte, puisque, malgré ces débuts ou fins peu convaincants, ils parviennent à m’attirer en eux d’une manière quasi irrésistible – demandez à mon homme ou à ma mère, le mal qu’ils ont eu à me tirer de ma lecture...

 

Une ouverture un peu décevante, donc : les enfants qui se retrouvent pour raconter l'histoire de leurs parents, mouais. M'est avis qu'on aura pu se passer de cette entrée en matière. 

Mais la suite... un festival de sentiments mélangés.
Le rire, beaucoup. Certaines pages sur l'étrange trio amoureux constitué par Sam, sa femme Barbara, et l'amant de cette dernière, Mr Plumb, alias "Plume-dans-le-cul", sont tout simplement irrésistibles. 
La surprise, parfois. A trop s'attacher aux personnages, on finit par croire qu'ils sont invulnérables, et que rien ne peut leur arriver. Et on se trompe...
Mais les larmes, jamais. Car, comme dans Monsieur Sim, tout est fait pour tirer personnages et lecteur hors du marasme, de la déprime dans lesquels ils pourraient très facilement tomber, vu les faits évoqués. 

Sans être follement originale, la réflexion proposée sur le contexte politique et social de cette Angleterre des années 70 est intéressante, parlante. Je retrouve ainsi l'entremêlement histoire/Histoire que j'aime chez McEwan, notamment. En moins subtil, peut-être, mais plus didactique aussi. 

Là encore, je suis donc très impatiente de lire d'autres pages... et, ô joie ! Il y a une suite ! Il va sans dire qu'elle sera dévorée dans les jours qui viennent... 

 

 

 

Posté par lapetitemu à 21:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,