18 septembre 2017

Lecture cursive #1 : "Dire l'amour" en dix romans

Dire l'amour en dix lectures

 

Je commence ici une présentation un peu plus "formalisée" de ces idées de lectures cursives en littérature jeunesse que l'on peut proposer à nos élèves, par thème ou partie du programme. 

Ici, dix idées de romans sur l'amour et le sentiment amoureux de façon assez large, pouvant notamment correspondre à la thématique "Dire l'amour" du programme de 4e. 

Il manque des romans que j'ai beaucoup aimés, comme Dysfonctionnelle d'Axl Cendres ou Eleanor&Park de Rainbow Rowell, par exemple : c'est essentiellement parce que j'ai essayé de fixer un certain seuil de prix. Certains trouveront ce seuil encore trop élevé (clin d'oeil à Nathalie), mais il est malheureusement difficile, voire impossible, de trouver des titres de littérature jeunesse à moins de 6€. Les livres que je vous propose s'achètent entre 5 et 10€ (mais il n'y en a qu'un seul à moins de 5€...). 

En toute transparence, je précise qu'il y a quelques titres que je n'ai pas lus : pour les inclure dans la liste, je me suis appuyée sur ma connaissance de l'auteur, ou sur une convergence d'avis positifs de collègues. C'est le cas de Connexions dangereuses (à savoir, Sarah K. est un pseudonyme de Sarah Cohen-Scali, auteure que j'aimais beaucoup adolescente), de Lettres à une disparue qu'on trouvait déjà beaucoup dans les listes de romans épistolaires, à l'époque où "la lettre" était au programme de 4e, de Star-crossed lovers qui semble aussi être souvent proposé aux élèves (je n'aime pas trop Mickaël Ollivier, mais bon, il en faut pour tous les goûts), et d'Une preuve d'amour (une auteure reconnue par la critique, notamment pour Kinderzimmer). 

Une dernière chose : je ne suis pas du tout sûre de moi pour les étoiles (notamment pour les livres que je n'ai pas lus, forcément). Si vous n'êtes pas d'accord avec le nombre d'étoiles attribué pour certains titres, n'hésitez pas à me le dire, j'éditerai le document. 

En version Word : Dix_romans_sur_Dire_l_amour (autres versions disponibles par mail, me contacter ici). 

Bonnes lectures et bon courage aux collègues qui travaillent pendant que je couve !...

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12 septembre 2017

Daniel Keyes : Des fleurs pour Algernon

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Une fois n'est pas coutume, la petite Mu va prêter sa plume à une autre blogueuse pour vous parler de ce roman découvert au début de l'été. Aemilia a effectivement rédigé en 2016 un article très complet, avec de nombreux extraits, idéal pour ceux qui, comme moi il y a peu, ne connaissent pas encore ce classique de la science-fiction : 

Des fleurs pour Algernon chez Forty-five weeks

Qu'ai-je envie d'ajouter ? Que le roman se fait de plus en plus sombre, peut-être un peu complexe au fur et à mesure. J'ai préféré la première partie, jusqu'au moment où Charlie prend son indépendance vis-à-vis de l'équipe scientifique responsable de sa transformation. En fait, je me suis tellement attachée au Charlie naïf et innocent du début que, lorsqu'il devient un adulte mature et réfléchi, c'est comme s'il était devenu quelqu'un d'autre, un étranger auquel je devais m'habituer, en tant que lectrice, tout en le sachant proche de la fin. Mais c'est bien là que réside la force de ce roman : nous montrer cette métamorphose en profondeur subie par le personnage, au point de devenir Autre, étranger à soi-même. 

Le principe du journal intime est parfait pour narrer cette évolution. Et l'idée des fautes d'orthographe et de syntaxe qui disparaissent petit à petit est très efficace. Avec un fort intérêt pédagogique : pas tellement de faire corriger, ni même constater les fautes par les élèves. Plus que l'orthographe d'ailleurs, c'est la transformation de la syntaxe qui est intéressante à étudier. Mais surtout, cela permet de réfléchir au rôle de l'orthographe en tant que norme sociale : une nécessité ? Une contrainte vaine et démesurée ? Un vrai débat peut naître de cette simple question. Débat que j'esquisse parfois en sixième, à partir de ces vers de Queneau dans "L'écolier" : "revenu dans mon école / Je mettrai l'orthographe mélancoliquement." Pourquoi mettre l'orthographe, si c'est pour éprouver tant de mélancolie ? Bon, évidemment, le roman de Keyes offre des perspectives de réflexion plus vastes, qui s'adressent à des élèves plus mûrs. 

Ce roman prend part à mes yeux à un triptyque - certes hétéroclite - autour de la question du retard mental et de l'intelligence : un écho à Des souris et des hommes de Steinbeck (même attachement au personnage, même force tragique, et en plus il y a des souris dans les deux), lui-même réécrit par Marie-Aude Murail (oui, j'avais prévenu que c'était hétéroclite) dans Simple

Triptyque retard mental

 

Idéal pour une progression de troisième, avec les nouveaux programmes. Des souris et des hommes se prête à l'objet d'étude "Agir dans la cité : individu et pouvoir". Les programmes disent en effet :  On étudie : - en lien avec la programmation annuelle en histoire (étude du XXe siècle, thème 1 « L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales »), une œuvre ou une partie significative d'une œuvre portant un regard sur l'histoire du siècle - guerres mondiales, société de l'entre-deux-guerres, régimes fascistes et totalitaires (lecture intégrale). Evidemment, cette indication de corpus oriente davantage vers des oeuvres traitant des guerres mondiales, de la guerre froide, du régime stalinien, mais ce que j'ai mis en gras concerne bel et bien le roman de Steinbeck. Comme avant la réforme, j'aime l'idée de proposer aux collégiens un lieu et une période qu'ils ne traitent pas dans leurs programmes d'histoire : la Grande Dépression aux Etats-Unis dans les années 30. Je ne souhaite donc pas me séparer de ce roman, que j'adore depuis plusieurs années

Des fleurs pour Algernon peut se proposer en lecture cursive, comme un pont entre le roman de Steinbeck et une séquence correspondant au nouvel objet d'étude (questionnement complémentaire) "Progrès et rêves scientifiques". On peut, en classe, travailler sur quelques extraits, proposer une réflexion de fond sur l'intelligence et les transformations génétiques. J'ai trouvé notamment cette séquence courte sur un site dédié à la littérature jeunesse et la pédagogie : séquence Des fleurs pour Algernon. A noter, le support n'est pas le roman mais la nouvelle, antérieure, écrite en 1959. 
Plusieurs éditeurs ou manuels ont choisi aussi d'étudier le roman en tant qu'oeuvre intégrale dans les nouveaux programmes : Le livre scolaire, Colibris de chez Hatier, une édition de Flammarion qui propose aussi un dossier pédagogique. On trouve enfin une séquence dans le n°647 de mars 2016 de la Nouvelle Revue Pédagogique (voir le sommaire ici).

Simple peut quant à lui faire l'objet d'une simple proposition aux élèves, ces fameuses "lectures plaisir" dont nous parlent les formateurs. Du plaisir, j'en ai eu, j'en parlais déjà il y a quelques années. Mais j'en ai eu tout autant avec les romans de Steinbeck et de Keyes. Ne boudez pas le vôtre ! 

Neo-défi lecture 2016-continué-en-2017 : un livre pris sur la liste d'un autre participant

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12 juin 2016

Du français et des jeux

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Vous êtes professeur de français et vous cherchez à occuper intelligemment vos dernières heures de cours de l’année (ou à récompenser des classes sympathiquement, en restant dans votre domaine de compétence).

Vous êtes parent et vous voulez faire travailler vos enfants sans qu’ils ne s’en rendent compte.
Vous êtes joueur et vous avez envie de tester vos compétences en langue française, en culture littéraire, en lecture…
Dans tous les cas, cet article est fait pour vous.

Une fois n’est pas coutume, la petite Mu a concocté un petit diaporama pour vous présenter ces jeux qu’elle utilise en classe, avec leurs avantages et leurs inconvénients (et même, parce que la petite Mu est serviable, les parades à ces inconvénients). A visualiser en suivant ce lien : Diapo_Jeux_en_fran_ais

Deux catégories : les jeux du commerce (en restant dans une gamme de jeux pas chers et faciles à prendre en main) et les jeux « faits maison », piochés sur certains sites pédagogiques, notamment Mon école, d’Orphys, ou créés d’un bout à l’autre par votre humble servante, parfois aidée de ses élèves ou collègues.

N’hésitez pas à me contacter via ma messagerie (Contacter l'auteur,tout en haut à droite) pour toute question ou remarque.

Ludiquement vôtre !

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19 mai 2016

Entrez dans la Crim' : faites un commentaire de textes

Comment faire entrer les élèves de fin de collège ou de début de lycée dans l’exercice du commentaire de texte ? En leur présentant l’exercice comme une enquête.

La question à laquelle il faut répondre, c’est toujours la même : pourquoi avoir écrit ce texte, et pourquoi de cette manière-là ?

Pour y répondre, il faut chercher des indices. C'est d'ailleurs bel et bien le terme utilisé en sémiotique : Todorov appelle « indices textuels » tout élément du texte qui permet au lecteur de se forger une éventuelle stratégie interprétative.

Ne pas oublier que la scène de crime, c'est le texte, tel qu'il se présente aux yeux de l'élève - même s'il peut être utile, bien sûr, de faire tour dans le paratexte ou dans le reste de l'oeuvre.

Comment trouver des indices ? Il y a les incontournables, ceux auxquels on pense immédiatement : les empreintes digitales et, désormais, les traces d’ADN, sont les leitmotive des enquêtes criminelles ; les figures de style et les champs lexicaux, ceux des devoirs d’élèves.

A cette étape, il faut cependant rappeler aux élèves qu’un indice peut se cacher derrière l’objet (ici, le mot, la phrase, voire la lettre ou le signe typographique) le plus banal. Celui qu’un observateur non averti ne penserait même pas à regarder. La longueur d’une phrase, par exemple, en dit beaucoup sur le rythme d’une narration. La fonction grammaticale d’un pronom personnel distribue les rôles : celui qui est à l’origine de l’action, celui qui la subit.

Justement, le but est de transformer l’élève en observateur averti. Comment faire ? Il est très important de faire comprendre aux élèves, en début de seconde, que tout ce qu’ils ont travaillé en cours de français depuis l’école primaire (les conjugaisons, le vocabulaire, les catégories grammaticales…) constitue un bagage essentiel pour commenter un texte. Sur ce plan, ils sont bien mieux préparés que les enquêteurs criminels qui n’ont que quelques années d’études après le bac !...

Donc, on relève les indices. Ensuite, il faut leur faire dire quelque chose, autrement dit, les interpréter. Attention : ne pas tomber dans le piège de l’interprétation artificielle ! En réalité, il faut prévenir les élèves que, peut-être, certains indices relevés n’auront pas d’intérêt pour résoudre la question initiale. De fausses pistes, en quelque sorte. Un indice que l’on garde, c’est une pièce dont on sait qu’elle va compléter le puzzle. Dans l’idéal, il faut avoir l’intuition de sa place dans le puzzle. Encore une fois, cet idéal pourra être atteint avec de l’entraînement.

Parfois, un indice peut avoir plusieurs significations. Tel numéro de téléphone griffonné sur un papier peut diriger l’enquêteur vers un complice, ou vers une explication du crime, ou vers autre chose qui n’a rien à voir (la fameuse fausse piste). De même, un point d’exclamation peut exprimer la colère, mais aussi l’étonnement, ou encore l’enthousiasme, ce qui peut être une piste éclairante pour le texte, ou un simple détail sans importance si ce point d’exclamation n’est pas conforté par d’autres marqueurs de ces mêmes sentiments. C’est là qu’apparaît l’importance de confronter les indices les uns aux autres pour tisser une toile, construire le puzzle.

Se dessine alors sous les yeux du lecteur une réponse à la question initiale : l’auteur vise un certain effet, fait passer un certain message (attention à la facilité de ce « message », il n’y en a pas toujours), ouvre la réflexion vers une certaine thématique. Tous les indices convergent vers cette réponse ; si besoin, on peut aussi rouvrir d’anciens dossiers (d’autres textes présentant des caractéristiques communes : genre littéraire, période, même auteur…) et comparer les conclusions obtenues.

Vient enfin le moment parfois redouté des enquêteurs : la rédaction du rapport. Et oui, cela peut sembler fastidieux, voire inutile, puisque l’affaire est résolue. Mais c’est le seul moyen de transmettre efficacement ses conclusions à son supérieur hiérarchique (le professeur, pour les élèves), et, autre avantage non négligeable, de vérifier que l’enquête ne comporte pas de zones d’ombre non résolues ou d’erreurs notables. Car, on le sait, « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Donc, si les mots n’arrivent pas, c’est qu’il y a un couac dans l’enquête. Pour le plan, toujours suivre l’itinéraire suivant : du plus évident au plus profond.

Bien sûr, on ne pourra jamais être dans la tête de l’auteur, éternelle récrimination des non-avertis, de même qu’on ne peut pas être dans celle d’un criminel.  On peut objecter que le criminel, s’il est vivant, peut avouer, ou non, son crime. Mais les aveux ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre, pas plus que les préfaces des auteurs. La réflexion de l’enquêteur, si elle s’appuie sur des connaissances solides, sur une méthode rationnelle et sur des indices concrets, est bien plus importante. Surtout – et là, c’est davantage le professeur que le chef de la police qui parle – il me semble indispensable de faire comprendre aux élèves que le chemin pour parvenir au résultat est plus important que le résultat lui-même. Peu importe, finalement, de savoir ce que Rimbaud a voulu dire exactement dans « Voyelles », ou même s’il a simplement mis des mots les uns derrière les autres. Ce qui compte, en pédagogie, c’est que, pour parvenir à une conclusion, il a fallu mettre les mains dans le cambouis, fouiller dans la grammaire, dans la stylistique, dans l’histoire littéraire, et parfois aussi dans les sciences, dans les arts, dans la philosophie, et j’en passe. Et, sans s’en rendre compte, on devient un Lecteur du monde, et pas seulement du texte.   

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13 avril 2016

Daniel Pennac, épisode 1 : Chagrin d'école

Dans ma jeunesse, j'ai beaucoup lu Pennac. D'abord, ses romans pour enfants : Cabot-Caboche, L'oeil du loup, et les Kamo avec leur univers parfois étrange, mais captivant. Pas trop longtemps après, j'ai découvert les Malaussène, et leur impressionnant pouvoir addictif. Et puis, comme souvent quand un auteur que j'aime devient trop à la mode, je l'ai snobé. Et en plus, après, il a sorti ça

Chagrin d'école 

Se voulant être le point de vue d'un ancien cancre sur l'école de la République, cette autobiographie aux allures d'essai didactico-sociologique m'effrayait un peu. Pas envie de lire les habituelles rengaines contre l'enseignement, les profs qui sont trop ceci ou trop cela, qui traumatisent les élèves parce qu'ils corrigent en rouge et n'accordent pas un regard aux mauvais élèves. J'ai sauté le pas il y a quelques semaines... et j'ai bien fait. L'ancien cancre est quand même devenu prof lui-même, puis écrivain à la plume sacrément douée, que je n'ai jamais considérée comme facile, ou au rabais. Du coup, il faut bien dire ce qui est, il a quelques bonnes idées sur la chose. Ce genre de phrases, notamment, m'a rassurée sur ses intentions :

 

"En aura-t-elle proféré, des sottises, ma génération, sur les rituels considérés comme marque de soumission aveugle, la notation estimée avilissante, la dictée réactionnaire, le calcul mental abrutissant, la mémorisation des textes infantilisante, ce genre de proclamations..."

J'ai aimé tout particulièrement sa façon de raconter la grammaire : à ses élèves, et puis, à nous, lecteurs. La troisième partie, intitulée "Y ou le présent d'incarnation", est riche de ces analyses grammaticales qu'il estime indispensables à l'enseignement, mais aussi à la compréhension profonde de ces blocages qui transforment des élèves en cancres. Comme il le dit lui-même, 

"Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d'orthographe par l'exercice de l'orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l'immersion dans le texte, et l'habitude de ne pas réfléchir par le calme renfort d'une raison strictement limitée à l'objet qui nous occupe, ici, maintenant, dans cette classe, pendant cette heure de cours, tant que nous y sommes."

Certains chapitres, comme celui sur la dictée, peuvent se lire comme une séquence de cours prête à l'emploi. Bien sûr, c'est une démarche globale que nous présente M. Pennac professeur, qui ne s'est pas faite en un jour. En tout cas, son récit, agrémenté d'anecdotes qui en font toute la saveur, est convaincant, et donnerait presque envie d'être prof !... 

Le livre suit un fil chronologique : après avoir vu Pennac élève, puis enseignant, le voici écrivain. Se mêlent alors aux pensées sur l'enseignement des remarques sur l'écriture ou le langage . Dont celle-ci : 

"Le comble étant que, dans les classes de banlieue où les professeurs m'invitent, une des toutes premières questions que me posent les élèves regarde la crudité de mon langage. [...] Le mot, à leurs yeux, ne devient vraiment gros que lorsqu'il est écrit."

Très vrai : j'en ai moi-même fait l'expérience en faisant lire Antoine Dole, A copier cent fois. Intéressant rapport au langage des adolescents, rapport au livre également. 

Bref, j'aurais eu tort de me priver de cette lecture. Bien loin de la démagogie que j'appréhendais, j'ai découvert une réflexion riche, nuancée, un propos très pédagogue, et beaucoup de grain à moudre pour mon propre cheminement intérieur. "Chagrin d'école", mais plaisir de lire ! 

 

Neo-défi lecture 2016 : Un livre possédé depuis plus d'un an et pas encore lu. 

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17 septembre 2014

Mes aventures pédagogiques : épisode 1

Nouvelle année, nouvelle rubrique : voici le premier épisode des aventures pédagogiques de la petite Mu !!

Le principe ? Il est simple : partager avec vous les petites ou grandes aventures dans lesquelles je me lance avec mes élèves, qu'il s'agisse de lecture, d'écriture, d'apprentissage de la langue, de jeux, de loisirs créatifs... 

 

Pour commencer, petit flash-back sur le mois de juin 2014 : 

 

MYTHOLOGIE PLANETE 

mythomag

 

Le magazine de la mythologie, créé (pour le contenu) à partir de fiches de lecture et de petits travaux de recherche de mes élèves de 6e, et mis en page en grande partie par moi-même... car c'est finalement le plus chronophage dans ce genre de projets. (Il faut dire aussi que je suis un peu psycho-rigide en terme de mise en page. Genre, s'il y a deux millimètres de trop entre une image et sa légende, ça va pas.)

 

DES CHANSONS GRAMMATICALES

                                                                                                     diapo classes grammaticales

Mon petit délire de fin d'année : des chansons pour apprendre la grammaire, testées avec une classe de 6e et un groupe mélangé 5e/6e, lors des toutes dernières heures de cours de l'année. Deux singles, pour le moment : "Les classes grammaticales", sur Happy de Pharell Williams, et "Les fonctions grammaticales", sur Papaoutai de Stromae. 
Plus de détails sur demande. En apéritif (car, je l'espère, j'arriverai à finaliser une vidéo correcte d'ici la fin de l'année... scolaire...), petit extrait des paroles de la chanson n°1 : 

Couplet 1 : 

En français il faut faire attention

La grammaire entraîne des confusions

Pour ce problème une seule solution

Il faut bien apprendre ses leçons 

Refrain :

Nom commun, nom propre, verbe et adjectif

Et déterminant et pronom

(x 4)

 

 

Et place à l'année 2014-2015 : 

 

DES CHIFFRES ET DES LETTRES

 

                                                  

 

 

Alors là, vous êtes tous invités à chercher avec moi un nom plus glamour (et pertinent quand même) pour le club jeux, que l'on va tester cette année avec ma collègue de maths. Le but : accueillir pendant une heure, du temps de midi, des élèves de tout niveau, de la 6e à la 3e, autour de différents jeux de calcul, de géométrie, de logique, d'orthographe, d'écriture, etc... Vous connaissez le Mathopoly ? Le petit bac grammatical ? Mélicado ? Non ? Dans ce cas vous êtes faits pour notre club !! 

 

COMEDIE MUSICALE : LES HEROS D'HIER A AUJOURD'HUI

 

                                                                                              

Et ça, c'est ZE projet : un spectacle de fin d'année avec costumes, douches de lumière, arbres qui descendent sur scène, chorale dans le public... Tout ça avec une petite bande de profs ultra motivés, beaucoup (on espère...) d'élèves aux qualités diverses, et autour d'un thème : le héros à travers les époques. 
Au programme : du théâtre (petites saynètes, transitions entre les différents tableaux par un narrateur), de la musique (chants solos ou duos, chorale de 6e, quelques instrumentistes) et du step. Une bonne partie des textes, chansons, musiques et chorégraphies seront créées par les profs themselves, mais on compte quand même piquer quelques chansons toutes prêtes. 

On attaque seulement la création du premier tableau, autour du personnage d'Ulysse : ouverture musicale par la chorale des élèves de 6e sur la chanson de Ridan, Ulysse, introduction par un élève narrateur, petit dialogue théâtral entre Ulysse et Circé, et rencontre entre Ulysse et les Sirènes, chorégraphiée sur Dark Horse de Katy Perry et dansée par les élèves du step. 

 

Feuilleton pédagogique à suivre tout au long de l'année scolaire, et, je l'espère, les années suivantes également ! 

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04 août 2014

La bande-annonce de livre (book-trailer)

Vous connaissiez les bandes-annonces au cinéma, qu'on regarde désormais aussi (et beaucoup) sur Internet ? Celles qui vous racontent toute l'histoire vous montrent les meilleurs moments à l'avance vous donnent envie d'aller voir le film en choisissant soigneusement images, sons et texte ? Depuis quelques temps, les éditeurs commencent à proposer la même chose pour les livres. Sans doute une tentative (je n'ose dire ultime) pour relancer le marché du livre en l'inscrivant dans le domaine du multimédia, de l'image et du web. 

Quelques exemples ici et  là : 

Damnes - Le livre, chez Bayard Jeunesse

 

Book Trailer - Paper Town, de John Green

 

De Cape et de Crocs - Bande Annonce :

 

Un repas chez les lapins de Pâques, album de Carine Foulon, dont vous trouverez le lien du blog dans mes colonnes de droite : 

la bande annonce

et le blog de l'auteur

 

Et d'autres encore à regarder ici, sur un site intitulé Bandes-annonces de livres

 

 Bref, je m'étais dit que c'était une bonne idée à proposer aux élèves en guise de fiche de lecture (cette fameuse "fiche de lecture" sur laquelle je travaille depuis mes débuts, comme je vous l'explique ici et )

Bon. Cela reste pour l'instant à l'état de projet avorté, car, pour le mener à bien correctement sans faire quelque de ridicule, il faut du temps, du matériel, une bonne dose d'énergie pour canaliser les élèves en question : autant de choses dont je ne disposais pas l'an dernier, et dont je ne disposerai peut-être pas avant un bon moment ! (en particulier le matériel) Même sans vouloir se lancer dans un projet pharaonique, il faut pouvoir emmener les élèves en salle info, avec un logiciel permettant de travailler texte, images et sons de manière simple (je vais briser une idée reçue : non, nos élèves ne sont pas des cracks de l'informatique ; très peu savent se servir des logiciels même les plus basiques qu'on trouve sur un PC lambda), en insistant à la fois sur la qualité et l'intérêt de leur texte, l'utilisation des images (droits d'exploitation, utilité artistique et narrative), l'importance de la mise en forme... C'est en fait, à mon avis, un projet qui convient beaucoup plus à un club lecture - que je ne vais monter de sitôt dans mon établissement actuel, pour diverses raisons. 

 

Je soumets toutefois l'idée à des enseignants ou documentalistes qui souhaiteraient tenter l'expérience : je serais ravie de lire vos retours et divers témoignages, tant sur les avantages que les inconvénients ou les obstacles. 

Quelques pistes de réflexion ici :  Le book-trailer, un outil de promotion de la lecture à exploiter en classe ? 

 

 

 

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02 août 2014

Mes "fiches de lecture"

Je vais présenter ici six manières d'évaluer une lecture cursive, toutes les six mises en oeuvre cette année, avec des élèves de 6e ou de 3e. A savoir : chaque type de devoir est en lien avec le thème qui réunit les titres proposés à la lecture. Pour une liste de romans épistolaires, par exemple, je privilégie l'écriture d'une lettre. 

Voici donc les "fiches de lectures" de mes élèves 2013-2014 :

En 6e : 

1) Pour une liste de récits merveilleux (Alice, Peter Pan, Pinocchio...) ou de recueils de contes : un abécédaire joliment présenté.

Détails :
- l'élève choisit 26 mots qui ont une importance particulière dans le ou les récit(s) : noms de personnages, de lieux, d'objets jouant un rôle dans l'histoire, mais aussi tics de langage de certains personnages, défauts ou qualités du héros... 
- dans une phrase complète, il explique le sens que chaque mot possède dans le livre. Exemple : Q comme Quidditch : C'est le sport préféré de Harry et ses amis, qui se joue avec plusieurs balles, sur des balais. 

La présentation est libre : quelques images et des couleurs sur les lettres de l'alphabet peuvent suffire mais certains élèves se lâchent et rendent des choses comme ça : 

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(voir ici pour plus d'images). 

 

2) Pour une liste de récits sur la mythologie (principalement choisis dans la collection "Histoires noires de la mythologie" chez Nathan) : l'interview du personnage principal.

Détails :
- l'élève doit inventer cinq questions qu'un journaliste pourrait poser au héros de son récit (Hercule, Zeus, Ariane, Persée, etc...) et les cinq réponses que le héros pourrait faire. 
- les questions doivent être bien choisies pour que les réponses apprennent le plus de choses possibles sur le personnage. Exemple : Hercule, lequel des douze travaux vous a paru le plus difficile ? Ou encore : Antigone, parlez-nous un peu de votre famille. 

Cette année, j'ai fait taper à l'ordinateur ces interviews et les ai intégrées dans un petit magazine de la mythologie augmenté de jeux, de cartes d'identité sur les dieux, etc... 

 

3) Pour une liste de récits jeunesse sans rapport avec le programme : une affiche de lecture.

Détails :
- l'affiche, en format A3, doit contenir obligatoirement : le titre, le nom de l'auteur, un court résumé qui parle aussi de la fin du livre, un extrait recopié, et plusieurs lignes d'avis argumenté.  Ce devoir a servi à un concours de lecture organisé dans toutes les classes du collège (affiches pour les 6e et 5e, livrets pour les 4e et 3e, voir plus loin).
- les illustrations devaient être les plus personnelles possibles (ne pas se contenter de photocopier la couverture du livre), et en rapport avec le thème du livre. 

Les trois gagnantes, de la 3e à la 1e : 

affiche 1

 

affiche 2

affiche 3


En 3e : 


1) Pour une liste de récits d'enfance et d'adolescence : un journal de lecteur.

Détails :
- l'élève s'arrête au minimum six fois dans sa lecture, et écrit, à chaque fois, au minimum quinze lignes.
- il a le droit : de donner son avis sur l'extrait qu'il vient de finir, de formuler des hypothèses sur la suite, de mettre en rapport ce qu'il a lu avec sa propre vie ou des choses qu'il connaît, de parler des conditions - lieu, moment... - dans lesquelles il a lu, de réfléchir à ce qu'il aurait fait à la place du personnage, etc...
- la présentation est libre, mais beaucoup optent pour un livret. 

(NB : un projet que je jugeais moi-même très ambitieux, mais qui a rencontré beaucoup de succès... surtout chez les filles...) 


2) Pour une liste de récits sur la 2nde GM : un devoir écrit suivant le plan de l'épreuve d'histoire des arts.

Détails :
- le devoir doit contenir les quatre parties utilisées en HdA :
a) présentation de l'oeuvre et de l'auteur (en ne conservant que les informations éclairant l'écriture du récit) ;
b) description, qui consiste ici en un rapide résumé de l'histoire suivi d'information sur le style du récit (choix du point de vue, nombre de chapitres, niveau de langage, etc...)
c)
 analyse, c'est-à-dire identification des éléments historiques sur lesquels l'oeuvre s'appuie et de l'"objectif" poursuivi par l'auteur (témoigner, s'indigner, informer...)
4) conclusion qui fait le bilan du devoir et met en parallèle une autre oeuvre du choix de l'élève (livre, film, oeuvre picturale...).
- des illustrations telles qu'une carte géographique ou des images d'archive sont les bienvenues. 


3) Pour une liste de récits jeunesse sans rapport avec le programme :  un livret.

Détails :
- le livret, simple feuille A4 pliée en deux avec une tranche, doit contenir obligatoirement : une couverture illustrée avec le titre, le nom de l'auteur et l'édition, un résumé court mais complet sur la page intérieure de gauche, un extrait recopié et un avis argumenté sur la page intérieure de droite, et une quatrième de couverture accrocheuse.
- l'illustration de couverture doit être personnelle et différente de la couverture d'origine.
- la quatrième de couverture ne doit pas être un résumé, ni bien sûr être recopiée sur un blog ou le site de l'éditeur...

Ce devoir a servi au concours de lecture des élèves de 4e et 3e. 

En 3e, deux gagnantes (eh oui, encore des filles) : 

affiche 4

affiche 5



J'ai encore d'autres idées en réserve, que je n'utiliserai peut-être pas de sitôt, mais qui sait...

Si des collègues passent dans le coin, qu'ils n'hésitent pas à me donner d'autres exemples, ou d'autres témoignages sur des projets qui ont marché avec les élèves ! 

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La "fiche de lecture" : explications

Aujourd'hui, on rebondit : pé-da-go-gie ! Oui, c'est les vacances, mais tant pis. Voici donc un article que je projette d'écrire depuis longtemps, mais... vous commencez à me connaître !

 

Pour des raisons d'agrément de lecture, comme j'ai beaucoup à dire, il ne s'agit là que du prologue : pour les exemples concrets, ça se passe dans cet article

I - La lecture cursive

La petite Mu vous a déjà parlé de la différence entre oeuvres intégrales et lectures cursives. L'article concernant les premières vous soumettait l'ensemble des titres que j'ai déjà étudiés en classe, avec des commentaires sur leur réussite ou non auprès des élèves, et des précisions quant au choix d'édition le plus intéressant. L'article portant sur les secondes, lui, faisait la liste - non exhaustive - des titres proposés aux élèves pour leurs lectures à la maison. 

C'est sur ces lectures à la maison, qu'on peut appeler "cursives", "personnelles", "autonomes", ou comme bon vous semble, que je reviens aujourd'hui. Le grand débat à leur propos est celui de l'évaluation (qui devient d'ailleurs LE grand débat à l'Education Nationale). Les enseignants se heurtent à une double injonction officielle. D'une part, les programmes, parus au Bulletin Officiel, énoncent : 

"Un projet d’organisation raisonnable au regard des objectifs
poursuivis par ces programmes comprend la lecture d’au moins trois
œuvres intégrales et trois groupements de textes étudiés en classe, et
trois œuvres lues en lecture cursive en dehors du temps scolaire."

Traduction : une année scolaire "raisonnable" doit comprendre au minimum six chapitres, trois portant sur l'étude d'une oeuvre intégrale (il est rare de parvenir à en faire davantage) et trois s'appuyant sur un groupement de textes (donc n'importe quel corpus qu'on trouve dans un manuel, qu'on crée soit-même, et qui peut d'ailleurs contenir autant de textes qu'on le désire). Et - c'est là ce qui nous intéresse - les élèves doivent aussi avoir lu "en dehors du temps scolaire" (donc en dehors des six chapitres ou plus faits en classe) trois oeuvres au minimum. 

Ces instructions montrent bien que ces lectures font partie intégrante du programme suivi par les élèves. Elles permettent une certaine souplesse sur le choix de ces lectures, en accordant "une place naturelle" à la littérature jeunesse. Mais elles semblent considérer comme évident que ces lectures seront faites. 

Or, parmi nos collégiens d'aujourd'hui (et d'hier), combien vont faire ces lectures si elles ne sont pas vérifiées ? Pas beaucoup, ou, en tout cas, pas tous : on est bien d'accord. La question de l'évaluation se pose donc logiquement. 

Mais les programmes, et, encore plus, les inspecteurs, insistent sur le fait que les lectures cursives doivent "développer les compétences de lecture et susciter le plaisir de lire". Partant de là, certains IPR (Inspecteurs Pédagogiques Régionaux) vont jusqu'à demander aux professeurs de ne pas évaluer les lectures cursives, pour ne pas briser ce plaisir de lire. 

Nous voici donc face à un problème insoluble ! Eh bien, un nombre de plus en plus conséquent de professeurs, dont je fais partie, a opté pour une manière de procéder qui contourne ce problème. 

 

II - L'évaluation

Je ne peux pas parler à la place des autres mais, pour ma part, j'ai cette position-là : j'étudie mes oeuvres intégrales et mes groupements de texte avec beaucoup de rigueur et d'ambition, mais je lâche la bride pour les lectures cursives. 

J'ai donc définitivement mis de côté (je ne l'ai jamais pratiquée, d'ailleurs) la fiche de lecture "traditionnelle". Non que je la juge inutile, ou ridicule : au contraire, elle a beaucoup de qualités. Mais elle est inadaptée à la majorité des élèves que j'ai devant moi, parce qu'elle part du principe que les élèves doivent savoir non seulement lire et comprendre une oeuvre, sans l'aide du professeur, mais aussi en rendre compte de manière organisée : savoir faire un résumé, donner son avis, présenter un personnage... Et nous sommes nombreux à constater que, tout cela, les élèves n'en sont pas capables, pas tout en même temps ni tous en même temps du moins. 
La plupart des projets que je mène ou compte mener dans mon collège autour de la lecture partent donc de cette idée : il faut d'abord renouer le contact entre les élèves et la lecture, les ramener progressivement dans cet univers dont ils se sont éloignés, et ce tout au long de leur scolarité. A prendre en compte néanmoins : au lycée, on va très vite demander aux élèves de lire en autonomie des romans souvent longs, des oeuvres parfois complexes, n'appartenant plus du tout, pour le coup, à la littérature jeunesse. Ma mission, c'est donc de faire pousser en quatre ans maximum, chez les élèves se destinant au lycée, les fameuses "compétences de lecture" que demandent les programmes. Quant aux autres, mon objectif est différent : leur montrer, tout simplement, qu'on peut lire un livre sans s'ennuyer, qu'on peut y retrouver des thèmes qui nous intéressent, ou y apprendre des choses qui nous feront - peut-être - avoir une bonne note au prochain contrôle. 

Pour ce faire, je travaille à la fois mes listes, en proposant des titres assez variés en terme de niveau de lecture ou de longueur, et mes consignes de "fiche de lecture". 

L'idée, c'est de toujours faire rendre aux élèves un travail écrit, qu'ils auront à faire chez eux, pour lequel ils peuvent se faire aider, mais qu'en général ils ont envie de faire seul, parce que la consigne est motivante et ne leur donne pas l'impression de faire une fiche de lecture. C'est surtout sur la présentation, la mise en forme, voire la décoration que je joue. Il faut que les élèves rendent un devoir que je pourrai exposer, s'il est réussi, et dont ils pourront être fiers. Evidemment, le contenu compte, et c'est le plus dur à faire comprendre : oui, ça reste une fiche de lecture, il faut que le devoir permette de savoir si l'élève a lu et intégré sa lecture. Et ça reste un devoir de français, donc, oui, il faut écrire. Je considère d'ailleurs ces fiches de lecture davantage comme "des rédactions artistiques à propos d'un livre". C'est là-dessus que je joue pour mêler évaluation et plaisir de lecture. 

Je n'ai que du positif à retirer de ces devoirs. La correction des copies est souvent un moment agréable. Est-ce que les élèves savent vraiment mieux lire après ? Je n'en sais rien, mais en tout cas, le livre choisi les marquera un petit peu plus longtemps (surtout si je peux exposer leur oeuvre sur les murs ou les étagères de ma salle).  

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27 décembre 2013

Julia Billet : La guerre de Catherine

Voici un récit de guerre (la Seconde) qui s'appuie sur des faits réels quelque peu méconnus, donnant ainsi un petit goût atypique à une histoire qui donne pourtant l'impression d'être lue et relue : la destinée d'une fillette juive en France pendant l'Occupation allemande. 

Ces faits réels, c'est l'existence d'une école un peu particulière, la Maison des enfants de Sèvres, fondée en 1941 par Yvonne Hagnauer, surnommée "Goéland" (dans le livre également). Particulière car cette Maison avait pour vocation, à l'origine, d'héberger "des enfants de la région parisienne victimes des restrictions alimentaires" (source : Wikipédia), ce qui s'est très vite transformé en protection des enfants victimes de la guerre, cachés sous de fausses identités pendant que leur famille était, bien souvent, déportée. 

Notre héroïne, Catherine, vit d'abord dans cette Maison, qui est donc comme une seconde famille pour elle. On y vit à l'écart des événements terribles qui secouent la France, un peu coupé du monde : c'est le souhait de la directrice, de son mari, et des différents adultes qui encadrent les enfants. Catherine est persuadée de revoir bien vite ses parents, et connaît donc un bonheur relatif au milieu de ses amis, et grâce à une passion transmise par le mari de la directrice : la photographie. Armée de son appareil, un Rolleiflex, elle capte tout ce qui lui paraît magique et important : des visages, des sourires, des regards, des danses. 
Mais un jour, la guerre s'invite sans prévenir dans la Maison, en la présence d'officiers allemands qui viennent fouiller pour retrouver les enfants juifs. Catherine, comme d'autres, doit s'enfuir. Mais sa destinée sera unique, comme celle de tous ses camarades. Elle est ballottée de foyer en foyer, de cachette en cachette, grâce à la grande toile invisible des résistants de l'ombre, des hommes et des femmes ordinaires, mais prêts à risquer leur vie pour protéger des enfants. Elle fera de nombreuses rencontres, qu'elle immortalisera à l'aide de son Rolleiflex. 

C'est ce thème de la photographie qui m'avait plu et m'avait poussée à ouvrir ce livre. Un angle intéressant pour parler de ce voyage de fugitive. Je ne m'attendais pas, en revanche, à la présence forte du thème de l'éducation, ni à la manière dont ce thème serait traité. La Maison de Sèvres, en effet, tire aussi son originalité de la pédagogie "moderne" sur laquelle elle s'appuie. Inspirée des théories de Freinet et d'Ovide Decroly, il s'agit de laisser la plus grande place possible à l'autonomie des enfants, à privilégier les moyens d'expression, censés développer cette autonomie, et non les "objectifs" de l'école traditionnelle. 
Bon. Disons que, sans avoir été prévenue, j'ai été agacée dès le début par ce raccourci, fait par le personnage de Catherine (mais certainement aussi l'auteure, qui est la fille de l'une des enfants cachés pendant la Seconde Guerre Mondiale), entre école traditionnelle et oppression. Et, évidemment, de l'autre côté, Résistance et pédagogie nouvelle. Ne sachant pas, au début, que cette Maison avait réellement existé, et qu'elle avait réellement été un lieu de résistance, j'ai cru à un discours construit par l'auteure pour cracher sur une école traditionnelle dont elle aurait souffert enfant. Alors, du coup, évidemment que le lien devait se faire, puisqu'il repose sur des faits réels. Et on peut tout à fait concevoir que l'auteure, en voulant rendre hommage à sa mère, ait voulu aussi rendre hommage à ce lieu qui fut non seulement un lieu d'éducation mais aussi un lieu de protection pour elle. La seule chose que je puisse dire, donc, à ce sujet, est que je n'ai pas été convertie, pédagogiquement parlant, suite à ma lecture !

Pour ce qui est du roman à proprement parler, il répond aux attentes que l'on peut avoir face à un tel récit. On s'attache à l'héroïne, ainsi qu'aux personnages secondaires. On lit une autre histoire de la Résistance. Ce fut une lecture plaisante, mais d'un style qui ne m'a pas transportée jusqu'aux émotions extrêmes. Un bon livre, peut-être davantage pour son aspect documentaire que son aspect littéraire, donc. 

 

NB : Un certain nombre de liens serait évidemment utile à la lecture d'un tel article, mais la fonctionnalité ne marche pas pour le moment... je vous laisse donc chercher seuls, chers lecteurs, les informations qui vous paraîtront utiles sur la Maison, la pédagogie d'Ovide Decroly, etc. 

Posté par lapetitemu à 16:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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