05 novembre 2017

Des naissances

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Le 15 octobre, deux parents sont nés...

La petite Mu est devenue une petite Maman au moment où une toute petite mini-Mu a vu le jour. 

C'est le début de l'incroyable aventure d'une famille qui se construit. Et, évidemment, c'est au milieu des pages, des mots et des images qu'elle se tissera de semaine en semaine, de mois en mois, d'année en année. 

Quant à vous, chers lecteurs, vous risquez de voir fleurir chez la petite Mu de plus en plus de livres pour tout-petits... 

En attendant, un souvenir d'une ancienne lecture, que j'ai offert à une amie quand elle est devenue maman : un bel album sur la parentalité écrit par Didier Jean et Zad , un compositeur et une peintre qui se sont associés pour créer plein de chouettes livres pour enfants, et illustré par Sandrine Kao, que vous trouverez sur ce blog en tant qu'écrivaine, avec Le banc

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Je vous laisse, j'ai un biberon en attente !...

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22 septembre 2016

#Rentrée littéraire : Sophie Adriansen, Le syndrome de la vitre étoilée

Le syndrome de la vitre étoilée

Première déception de cette rentrée littéraire 2016. Pour une fois que je me donne envie en lisant les catalogues et que j'investis dans un livre neuf !... 

Quatrième de couverture : "Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d'enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant." Faisant partie de ce couple sur cinq, forcément, le sujet m'intéressait. Je m'attendais à quelque chose d'assez poétique, à l'image du titre et de son commentaire en début d'ouvrage : "La vitre étoilée, c'est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d'avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C'est quand tout est brisé à l'intérieur alors qu'à l'extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après, généralement, ça fait tilt."

En feuilletant le livre, je remarque une présentation particulière, de nombreux mini-chapitres. Je comprends qu'il s'agit d'une sorte de journal intime. 

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Je me plonge dans ce journal avec assez de plaisir, mais très vite, je déchante. J'ai l'impression de lire le blog d'une lectrice de Cosmo. Je ne me reconnais absolument pas dans le personnage de Stéphanie, jeune working-girl qui travaille dans la pub. Elle représente ce genre de personnages qui, à mes yeux, sonne faux : l'auteur-e essaie de nous montrer qu'il ou elle n'a pas une vie parfaite, mais hormis le malheur qui s'immisce dans sa vie (pour Stéphanie et son compagnon Guillaume, leur infertilité), tout le reste semble lisse, fun, dans la norme. Moi qui n'aime que les personnages complexes, ambigus, voire tordus... Donc, certes, Stéphanie souffre, il lui manque ce que toutes ses copines ont et qui semble fait pour elle : un bébé. Mais à force de vouloir mettre à distance cette souffrance, la teinter d'humour, jouer sur le langage, on en perd l'émotion qui était censée être le fil conducteur du roman. Il y a quelques formules bien trouvées, mais dans l'ensemble, l'écriture n'a rien de différent d'une chroniqueuse de magazine girly. 

Par ailleurs, je n'ai pas aimé non plus l'orientation donnée à l'histoire. Au fil des pages, on sent que tout est fait pour nous montrer qu'on ne peut pas se complaire dans le malheur, qu'il faut rebondir, être positif. C'est ce que Stéphanie fait, par des choix de vie plus ou moins radicaux. J'ai donc aussi eu une désagréable impression de livre moralisateur. C'est assez insidieux, mais ça revient plus ou moins aux objectifs de ces magazines pour jeune femme qui veut améliorer sa vie : on peut trouver une solution à tout, moyennant un petit test de neuf ou dix questions et un petit article de quelques pages, avec des témoignages pour donner un peu de crédit aux conseils prodigués. Mouais. Ca peut marcher quand on cherche à perdre deux kilos ou à apprendre à se maquiller. Mais pour le genre de sujet que Sophie Adriansen a tenu à aborder, les recettes miracles ne fonctionnent pas. Alors, oui, elle s'attache à montrer, tout au long du roman, les clichés et les phrases à l'emporte-pièce contre lesquels les couples infertiles doivent souvent lutter. Mais la fin m'a laissée coite tellement je l'ai trouvée proche de ces clichés, justement. 

Peut-être que d'autres lecteurs, confrontés à ce même obstacle dans leur vie, apprécieront plus que moi ce roman et sauront justement y trouver le réconfort nécessaire. Peut-être que les amateurs de chick-lit liront avec plaisir un livre qui reprend quelques codes du genre, autour d'une histoire plus profonde, différente d'une simple romance. De mon côté, je ne retiendrais (presque) que les citations du roman de Julie Bonnie, Chambre 2  que Sophie Adriansen sème tout au long de son livre. Chambre 2 m'avait marquée et j'en trouve l'écriture plus belle et plus convaincante... 

Quelle déception, donc, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé quand la plume de Sophie Adriansen s'adressait aux jeunes lecteurs, sur un thème pourtant tout aussi délicat, avec Max et les poissons, vainqueur du prix PEP42 de l'année dernière

Et de deux pour le TTT rentrée littéraire !  

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23 mai 2016

Rémi Chaurand, Charles Dutertre : Papa qui lit

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J'ai découvert cet album dans l'émission Les maternelles (l'air de rien, grande fournisseuse d'idées lecture ou de découvertes de toutes sortes de personnages et d'initiatives en tout genre). Nathalie Le Breton avait été très enthousiaste par cette figure du papa qui prend en charge la lecture du soir avec ses enfants. L'histoire m'avait semblée brouillonne, mais rigolote. J'ai voulu constater par moi-même.

Les illustrations, tout d'abord. J'ai tout de suite su que j'avais déjà vu les illustrations de Charles Dutertre quelque part, et je viens de vérifier : c'est bien cela, il a travaillé pour Astrapi. J'avais toujours aimé ces petits personnages qui s'amusaient souvent avec le décor.

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Il y en a de partout sur les pages (il faut dire qu'il y a quand même quatre soeurs dans cette histoire, plus le père, plus le chien, plus parfois la mère... ça en fait, du monde). Et pas seulement des personnages : il y a aussi plein de livres à l'intérieur du livre. Avec un petit coup d'autopromotion pour les éditions Didier Jeunesse, sous forme de clin d'oeil illustré (tiens, La culotte du loup, une autre histoire du duo Servant-Le Saux, voir ici).

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Tous ces personnages, tous ces livres, c'est bien ça le problème dans cette histoire. Il est l'heure de se coucher, et, avant cela, de lire le livre du soir. Mais avec quatre filles à contenter et à canaliser (heureusement, le chien, lui, ne pipe mot), ça tourne à la débandade. Impossible de mettre tout le monde d'accord sur le livre. L'une raconte la fin dès que son père ouvre la bouche, l'autre veut plus de coussins, une troisième veut réciter sa poésie... Et le père a une nouvelle lubie : il faut absolument lire un poème de Victor Hugo avant de se coucher.

C'est bien ce que j'avais senti dans la rapide présentation des Maternelles : l'histoire part vraiment dans tous les sens. En même temps, c'est normal, avec toute cette agitation. En fait, bien que ce soit l'une des soeurs qui raconte l'histoire, on se met bien plus à la place du pauvre papa qui ne sait plus où donner de la tête. On a l'impression que ce livre est moins fait pour les enfants que pour les adultes : parents débordés, voire instituteurs ou animateurs dépassés. Mais l'ensemble est parfaitement réaliste, et tout le monde en prend pour son grade, les enfants comme les adultes. Il y a un passage très drôle où le père doit interrompre la lecture parce que son téléphone a sonné, et où il demande pardon à ses enfants en leur faisant "des petits yeux de chat trop mignon". Touché !

La fin est savoureuse. (Il faut bien tourner les pages jusqu'au bout !) En revanche, je n'ai pas vu autant de féminisme que les animatrices des Maternelles (pour comprendre, lisez la fin). Plutôt une modernité très forte, dans la représentation de la parentalité d'aujourd'hui, qui envoie promener le mythe de la perfection. Ce papa débordé, qui veut cultiver ses enfants mais ne sait pas que le poème "Mirlababi surlababo" vient des Misérables, qui veut défendre son autorité mais oublie d'éteindre son téléphone, il ressemble à beaucoup de parents et il en est attachant. C'est bien lui, le personnage principal, et d'ailleurs, le titre nous l'indiquait déjà.

J'ai beaucoup aimé cet album sur la lecture, sur la famille, sur la façon d'être adulte, la façon d'être enfant... Bref, sur la vie, quoi !

 Ce billet poursuit mon partenariat avec les éditions Didier Jeunesse.

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13 août 2014

Disney/Pixar : Rebelle

Un article très mal classé, me direz-vous, et qui ne devrait même pas avoir sa place sur le blog. C'est vrai, "Du livre au film", c'est mal choisi, car ce dessin animé-là est justement l'un des rares Disney à être créé à partir d'une histoire originale. Pas la peine, donc, de chercher un conte de fées, un mythe, un quelconque récit légendaire nommé Rebelle, ni même Brave, le titre anglais. Mais il serait faux, à mon sens, de dire que ce film d'animation n'a aucune source littéraire. Cela dit, si je plume à son sujet, c'est pour deux raisons principales : la première, c'est que le personnage de Mérida devrait normalement avoir sa place dans une comédie musicale que je co-monte à la rentrée avec quelques collègues de mon établissement (spectacle sur le thème du héros au fil du temps) ; la deuxième, c'est que l'histoire parle d'ours. Et, comme vous le savez si vous avez lu mon article précédent, les ours, c'est mon nouveau kif. Particulièrement si ce sont des ours-hommes, ou des enfants-ours, ou des femmes-ourses, ou quelque chose de ce style. 

Commençons par un rapide avis sur ce film : bien mais pas top. Je suis d'accord avec la plupart des critiques ciné qu'on trouve ici et là : des images somptueuses, un graphisme irréprochable, mais un scénario plat. Pas un chef-d'oeuvre qu'on retiendrait au même titre qu'un film de Michel Ocelot, d'Hayao Miyazaki, ou tout simplement d'un Pixar comme Wall-E

Et c'est d'autant plus frustrant qu'il y avait une idée, une vraie, une belle ; en tout cas, une idée qui m'enthousiasme mais dont la mise en oeuvre me déçoit. 

Cette idée, c'était de faire un dessin animé sur la crise d'ado, se déroulant au Moyen Âge. Une idée qui paraît tout à fait anachronique mais tout à fait réjouissante. Et qu'on retrouve un peu dans le résultat final : par exemple, j'ai trouvé très naturels et réalistes les "Mamaaaan !" répétés d'une Mérida excédée, qu'on imagine très bien dans la bouche de n'importe quelle fille de dix à seize ans. Mais les producteurs et scénaristes ont surtout voulu mettre le paquet sur le côté "princesse atypique", réflexion sur la place de la fille, notamment dans le milieu seigneurial de l'époque. Sauf que, ça, pour moi, ça n'a rien d'original. Des héroïnes qui prennent le pouvoir sur les héros, on en trouve à la pelle, et ce n'est pas parce que celle-ci a des cheveux roux que ça change radicalement la donne : pour moi, Mérida ressemble à des tas d'autres héroïnes de dessins animés ou de films pour enfants. 

Donc le début du film, malgré les paysages magnifiques et la technique impeccable utilisée pour faire danser la chevelure de feu de notre jeune rebelle, m'a laissée de marbre. Mais - attention, spoiler - la suite m'a séduite. Ce que je ne savais pas, parce qu'aucune critique n'en parle (pour ne pas spoiler, justement), c'est que, pour tenter de faire changer d'avis sa mère sur le mariage forcé, Mérida demande un sortilège à une sorcière ; mais ce sortilège possède un effet secondaire, qui n'est rien moins que la métamorphose de la mère en ourse. Donc, oui, elle a changé, mais pas comme ce que Mérida attendait ! La mère et la fille doivent s'enfuir du château, pour échapper au roi et à ses compagnons, car l'ours est un animal redouté et chassé, et pour tenter de retrouver la sorcière et d'annuler le sort. Bien sûr, cela est plus long que prévu. Fille et mère doivent donc cohabiter dans la nature, en pleine forêt. C'est donc la fille, qui a toujours aimé la nature et dont le côté sauvage a toujours déplu à la reine, qui va donc [ça fait beaucoup de "donc", non ?...] apprendre la survie à sa mère, fervente adepte des bonnes manières et des comportements civilisés. Il y a des moments plutôt drôles où le personnage de la mère-ourse semble ne pas savoir sur quel pied danser : elle se sent encore reine dans sa tête mais des réflexes bestiaux la prennent quand elle s'y attend le moins... Et il y a aussi des moments plus dramatiques, où ces réflexes bestiaux lui font oublier qui elle est et menacent la vie de sa propre fille. Mais, évidemment, ces pulsions seront finalement utilisées dans la bonne direction, par exemple pour protéger Mérida d'un autre ours vraiment sauvage qui rôde dans la forêt.

A la fin, la reine retrouve apparence humaine, et accepte que sa fille n'épouse un homme que quand elle y sera elle-même fermement décidée. Donc la reine a bel et bien changé : sa vie animale lui a fait comprendre tout un pan de la personnalité de Mérida, auquel elle ne voulait pas s'intéresser auparavant. En outre, Mérida a compris à quel point l'égoïsme et les coups de sang d'une adolescente pouvaient nuire à son entourage, du genre transformer sa mère en ourse. 

La belle idée dont je parlais, c'était donc d'utiliser un univers très riche en images et en symboles (on est dans une Ecosse médiévale où l'on peut trouver des ours, des sorcières, des pierres sacrées, des feux follets...) pour traiter d'un double thème : le premier, résolument moderne, celui de la relation entre mère et adolescente, et le second, intemporel, des interactions entre sauvage et civilisation dans la vie de l'homme. 

Ce que je trouve dommage, c'est d'avoir "gâché" cette belle idée, qui était certainement beaucoup trop riche pour ce que les studios voulaient en faire. On pourrait, je pense, en faire un très bon roman jeunesse, les images de synthèse en moins. J'invente donc une catégorie "Du film au livre" et propose aux écrivains de passage sur ce blog de relever le défi !...

Pour le plaisir des yeux, quelques images, quand même, parce que ça reste beau : 

 

Disney/Pixar "REBELLE" Clip "Fergus Shares A Legend" - VF - French Dubbed Version

 

 

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16 juillet 2013

Jeunes et dangereuses

Enormément de temps a passé depuis cette lecture, mais je vais quand même en dire un mot. 

Encore un livre lu pour étoffer ma liste de lectures cursives sur le thème du roman d'aventures. Ca se passe dans l'Amérique des ranches, des diligences, des Yankees et des sheriffs. Six adolescentes sont entraînées par leur père dans des affaires du genre "qui craignent" : alcool de contrebande, vol de troupeaux, jusqu'à la fameuse attaque de diligence qui les mènera en prison.
Les scènes où les six jeunes filles débattent de la légitimité de leurs actes, partagées qu'elles sont entre les règles de moralité que leur mère leur a inculquées - et que l'une d'entre elles brode inlassablement sur napperons et vêtements - et l'affection qu'elles portent à leur père sont assez savoureuses. Ce dernier est en situation précaire : on menace de saisir sa ferme car il a d'innombrables traites en retard. 

Une fois en prison, l'aventure des héroïnes ne s'arrête pas là : elles sont repérées par le directeur d'une troupe de théâtre, et elles deviennent comédiennes. Quel destin ! 

On retrouve dans ce roman la fantaisie qui caractérise Kathleen Karr (voir ce roman sur la phrénologie). Une lecture agréable, peut-être un chouïa difficile pour de trop jeunes lecteurs, du fait de la longueur et de certains recours à l'implicite. 

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08 juin 2013

Le banc

Découverte littérature jeunesse 2012-2013

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un objet dans la catégorie littérature jeunesse

Tout d'abord, il m'a fallu insérer cette image ici pour me rendre compte du jeu sur les baguettes et le nuage. Il faut dire que j'ai acheté le livre il y a deux jours seulement et que je l'ai déjà fini... je n'ai pas pris beaucoup de temps pour regarder la couverture. 

Je me suis dirigée vers ce livre en pensant (espérant, plutôt) trouver un "second A copier 100 fois",  c'est-à-dire un autre roman à la fois court et simple sur une thématique liée à la discrimination, pour mes élèves qui ont aimé le roman d'Antoine Dole et qui voudraient en découvrir un autre. Soyons francs, je n'ai pas retrouvé la même force que chez Antoine Dole. Mais soyons francs une deuxième fois, c'est peut-être tout simplement que je me sentais plus éloignée du thème. Ou que je mettais la barre trop haute. 

En fait, ce roman répond parfaitement aux critères que j'ai posés plus haut. Il est court (grande qualité pour mes élèves) et bien écrit (grande qualité pour moi), avec une écriture simple et fluide, celle d'un adolescent qui énonce clairement les faits et les émotions engendrées. Il dit les choses comme elles sont ; à moi, il me manque un peu plus de subtilité, d'écriture entre les lignes, mais ce n'est qu'une exigence personnelle. Sans doute que bien d'autres lecteurs ont besoin de clarté et d'une histoire qui se déroule sous leurs yeux. Enfin, en une centaine de pages, c'est de nombreux thèmes essentiels qui sont abordés. Tout d'abord la question du racisme et de l'exclusion, puisque tout part d'inscriptions griffonnées sur le banc où Alex, le narrateur d'origine taïwanaise mange tous les midis : "Alex tronche de nem", "Alex bol de riz". Des inscriptions ni très sympathiques, ni très malines - surtout que, comme le dit Alex, les nems, c'est plutôt le Vietnam. Le narrateur et, à travers lui, Sandrine Kao, l'auteure, qui partage les origines de son personnage, sait bien montrer à quel point le racisme peut être bête, tant il ignore des principes culturels qui paraîtraient pourtant évidents de l'autre côté du continent. Mais il n'est pas question que de xénophobie dans ce récit : on parle aussi d'amitié, d'intégration dans un groupe, et, du coup, d'exclusion. Des problèmes qui ne touchent pas seulement les ados d'origine étrangère. Enfin, c'est aussi un livre sur la relation d'un enfant à ses parents séparés, au père absent, à la mère présente, aimante, "cuisinante", à cette notion de famille qui évolue au fil du temps et qu'il faut accepter.

On retrouve donc bien les mêmes thèmes que dans A copier 100 fois, mais traités différemment. Chez Antoine Dole, l'histoire est plus resserrée, il y a moins de personnages, pas de rebondissements hormis la fin. Dans Le banc, Sandrine Kao a voulu saisir une période plus dense de cette vie d'adolescent déraciné, brasser plus d'interrogations. Et elle y est bien arrivée. 

NB : J'aime beaucoup la manière dont elle présente elle-même son roman sur son site

"Et ce que la quatrième de couverture ne dit pas, c'est que dans ce petit roman, vous apprendrez aussi :
- à réaliser de savoureux raviolis chinois,
- à décaper facilement la vieille peinture d'un banc,
- à moucher l'insupportable commère du quartier."

Je vous invite d'ailleurs à visiter son site sur lequel on trouve de très jolies choses, car Sandrine Kao est aussi illustratrice. Et ça me donne bien envie d'aller voir du côté de ses albums, tiens ! 

 

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Sans sucre, merci

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un aliment dans la catégorie littérature jeunesse

Allez, je vais profiter de ce billet pour me lancer dans une tâche assez gigantesque, mais nécessaire : vous parler de mon auteure préférée de littérature jeunesse, cette chère Marie-Aude Murail dont, décidément, depuis mes onze ans, je ne me suis toujours pas lassée. 

 Je l'ai découverte au collège, je crois, même si je n'en suis plus très sûre. Peut-être avant. Sans doute avant, même : j'ai le souvenir de Mon bébé à 210 francs, en collection Mouche : j'imagine avoir lu ça en primaire. Ah oui, et aussi les quatre histoires de Serge T. parues dans Je Bouquine, entre 1990 et 1997. A ce moment-là, je n'avais pas encore vraiment enregistré le nom de l'auteure. Mais une chose est sûre, j'étais tombée amoureuse, de manière plus ou moins consciente, d'une écriture. 

Puis j'ai découvert la collection Médium chez L'Ecole des Loisirs. Là encore, je ne sais plus qui est venu en premier : Baby-sitter blues (de la série des "Emilien") ou l'un des "Nils Hazard" (et dans ce cas-là, lequel ? L'assassin est au collège ?  Tête à rap ? Scénario catastrophe, je crois). Et, là, je suis devenue carrément accro. 

J'ai lu toute la série des "Nils Hazard", professeur d'université en étruscologie (si, si), qui se retrouve toujours fourré dans des histoires policières assez tordues. Pourtant, je ne pouvais guère m'identifier au personnage (un aventurier adulte, bien loin de ma personnalité d'adolescente), mais l'art de créer des personnages attachants est l'une des clés majeures de la réussite de Marie-Aude Murail. 

J'ai lu (presque) toute la série des "Emilien" : jeune ado préoccupé par ses relations avec sa mère qui l'élève seule, les prétendants qui tournent autour d'elle et qui ne sont pas toujours de son goût, les problèmes financiers en général (qu'ils soient minimes, comme le manque d'argent de poche, ou sérieux, comme la menace de saisie des meubles par l'huissier), et puis des problèmes sentimentaux en tout genre.
Il me manque encore des volumes (Le clocher d'Agball, sûr, et puis sans doute aussi Un séducteur-né dont je ne garde aucun souvenir), je viens juste de lire Sans sucre, merci, ce qui fait que j'accumule de manière totalement désordonnée les informations sur l'histoire d'Emilien et, surtout, de sa famille. Mais, comme quand je regarde une série, j'aime ce fonctionnement : je préfère presque découvrir les personnages en plein milieu de la saga, puis lire/voir les premiers épisodes pour comprendre d'où sortent certaines histoires, certains problèmes, certaines relations entre les personnages. Et ensuite, généralement, je me refais la série en entier du début à la fin. Ca me donne l'agréable sensation de ne jamais avoir totalement fini, même quand il n'y a malheureusement plus d'épisodes à attendre.
Je suis donc ravie de savoir qu'il me reste encore deux tomes à découvrir, puis la série à refaire, car je me suis vraiment attachée à cet Emilien. Pour dire un mot de Sans sucre, merci que je viens de finir, c'est un épisode qui a amplement comblé mes attentes : j'y ai découvert les débuts de la relation entre Sylvie (la mère d'Emilien) et Valentin (son oncle), la naissance de Justine (qui n'est pas la fille de Valentin, ce que je croyais initialement), et les prémices d'une réelle maturité chez Emilien. Il ne pense plus seulement à obtenir suffisamment d'argent de poche pour s'acheter la dernière chaîne hi-fi à la mode, comme dans le tout premier tome. Il a peur pour l'avenir de sa famille, car, comme dit précédemment, les huissiers rôdent, et sa mère, toute à sa grossesse, ne semble pas réaliser la gravité de la situation. Et, plus que jamais, Emilien a besoin d'un père, de quelqu'un qui les aiderait, sa mère et lui. La belle relation qui se noue entre Valentin et Emilien (et qui se prolonge dans le dernier tome, Nos amours ne vont pas si mal) me plaît beaucoup, car il y est question de transmission (notamment celle de la passion du dessin). 

Ensuite, j'ai lu les quelques romans publiés "hors série", dans la veine fantastique ou science fiction, toujours chez L'Ecole des Loisirs : Amour, vampire et loup-garou, Tom Lorient (peu de souvenirs de ces deux-là, je les ai aimés, mais sans plus), et Ma vie a changé. Ce dernier, je m'en souviens, m'avait laissé une très forte impression : j'avais eu l'impression de ressentir cet incroyable (au sens propre) amour entre une jeune femme (encore une mère célibataire avec son fils ado) et... un elfe. Oui, oui, un elfe. Moi qui, d'habitude, n'accroche pas du tout sur ce genre d'histoire d'amour invraisemblable, là, j'avais été emportée. Car, déjà, j'avais senti cette joie de vivre profonde et communicative que j'ai ensuite retrouvée dans plusieurs autres romans, parmi les plus forts de l'auteure. 

D'abord : Oh, boy !
Est-il nécessaire de le présenter, ce livre qui a obtenu tant de prix, chez des lecteurs de tout âge ? En fait, c'est surtout qu'il est impossible de résumer avec justesse une histoire aussi folle. Imaginez trois enfants, l'une "très belle mais très bête", deux "très moches mais très intelligents", l'aîné étant d'ailleurs surdoué (à quatorze ans, il passe son bac), qui perdent leur mère, suicidée au "Canard Vécé". Ils n'avaient déjà plus de père, alors il faut leur trouver une famille d'accueil. Ils pourraient aller chez Josiane, une vague demi-soeur, la quarantaine, qui rêve d'enfants sans pouvoir en avoir mais qui, si elle est d'accord pour adopter la petite Venise, véritable poupée blonde aux yeux bleus, n'est pas ravie à l'idée d'avoir aussi les deux autres. Oui, mais il n'est pas question de séparer la fratrie. C'est l'assistante sociale qui l'a dit. La solution serait-elle du côté de Barthélémy, demi-frère tout aussi inconnu jusque là des enfants ? Le problème, c'est que Bart a dix-neuf ans, une (homo)sexualité parfaitement assumée, les hommes se suivent chez lui mais ne se ressemblent pas, et jamais, jamais il n'a envisagé d'élever des enfants. Pour Siméon et ses soeurs, Morgane et Venise, vivre chez Bart, c'est plus fun que chez Josiane. Mais les choses ne sont pas simples, surtout quand une nouvelle terrible s'abat de nouveau sur Siméon et remet tout en question...
Avec tout ça, je n'ai encore rien dit sur tout ce qui fait l'extraordinaire réussite de ce roman : l'humour, les personnages, tous inoubliables, la multiplicité des thèmes abordés, et pas des plus faciles. Ce roman est une spirale émotive dont on ne sort que difficilement et qu'on relit beaucoup, tout au long de sa vie. C'était un pari fou de mettre tout ça dans un même livre, mais le pari a visiblement été réussi du point de vue des innombrables lecteurs. 

Ensuite, Simple
J'en ai déjà causé ici. Je vais en redire un mot parce que j'ai vu son adaptation télévisée sur France 2, il y a peu. Evidemment, elle ne rend absolument pas hommage (selon moi) à la magie du roman. Déjà, parce que, Simple, ce personnage hors du commun, handicapé mental (non ! "I-di-ot !"), n'est tout simplement pas représentable. Il est ce qu'on veut qu'il soit, dans notre tête de lecteur, et il n'a pas à en sortir, sous peine d'être forcément raté. Et puis, bien sûr, parce que l'humour trépidant, qui se lit à chaque page, voire à chaque ligne, sous la plume de l'écrivaine, se transforme en lourdeurs et platitudes dans la bouche des acteurs de la fiction télévisée. 

Il y a aussi Maïté coiffure, dans la même veine, ou comment un élève de troisième qui ne sait pas quoi faire de sa vie se retrouve en stage dans un salon de coiffure, et apprend à faire face à tous les clichés qui vont de pair avec cette situation. Lu il y a un petit moment, il faudrait que je le relise pour pouvoir en dire davantage. 

Et puis, Vive la république !, que j'ai plumé il y a peu. Une vraie pilule de bonheur, avec pas mal de démagogie, c'est vrai, mais... c'est de la fiction et ça fait du bien par où ça passe. 

Il en reste encore tellement : un autre Je Bouquine idéalement taillé pour adolescentes en mal d'aventure, La société secrète (dans lequel j'avais beaucoup aimé les références à la chanson de Goldman, "Sache que je...", très bien utilisée pour son discours sur les zones d'ombre de la relation amoureuse), Le tueur à la cravate, vrai bon roman policier, moins humoristique mais plus prenant que les "Nils Hazard"... 
Et encore bien d'autres que je n'ai pas lus. 

Alors, oui, il n'y a plus besoin de faire la réputation de cette écrivaine archi-(re)connue. Oui, il y a parfois dans ses propos de la démagogie pas toujours bien placée (voir les commentaires avisés de mes lecteurs à propos de De grandes espérances), et je ne suis pas toujours d'accord avec ses choix littéraires. Mais franchement, pour une écriture pareille, on ne boude pas son plaisir. S'il y a bien, pour moi, une écrivaine qui peut donner envie de lire aux enfants, c'est elle. 

NB : En 2013, un nouveau roman à paraître, sur le thème du théâtre : 3000 façons de dire je t'aime. J'ai très, très, très hâte ! 

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01 juin 2013

Couleur de peau : miel (tome 1)

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : une couleur (mais ça aurait aussi pu être un aliment si je n'avais pas déjà rempli cette case) en catégorie BD


Alors, alors, continuons avec mes découvertes BD, et d'ailleurs, avec mes découvertes BD autobiographiques. Jung est un auteur coréen, né à Séoul, adopté par une famille belge, qui raconte son enfance : la vie à l'orphelinat américain de Séoul, puis son arrivée en Belgique, dans sa nouvelle famille. Ce premier tome (il y en a un deuxième, que je n'ai pas encore lu) est sorti en 2007, et une adaptation au cinéma en a été faite en 2012. Le film a d'ailleurs un très beau site. 

Couleur de peau : miel est en même temps un joli récit d'enfance, reprenant les motifs traditionnels (la relation aux autres, les premiers émois, les bêtises...), et un texte riche et fort sur l'adoption, loin des clichés, loin du tout rose (mais du tout noir aussi). La question de l'identité est donc doublement posée, sous l'angle de l'adolescence mais aussi du déracinement. C'est bien sûr l'adulte qui tient le crayon, ainsi que les discours, mais on se doute que, déjà enfant, le personnage possède une grande maturité, qui lui permet de résister à bien des tempêtes. L'adoption n'est pas un long fleuve tranquille ; mais avoir une nouvelle famille, cela s'apprend, d'un côté comme de l'autre. 

 

Les dessins sont en noir et blanc : manière de conférer un aspect universel, intemporel à cette histoire pourtant inscrite dans une Histoire (ce problème des orphelins disséminés dans le monde à la fin de la guerre de Corée), mais aussi une douceur qui accompagne le lecteur même dans les moments durs. J'aime également beaucoup la couverture, avec ce jaune très lumineux, extrêmement bien mis en valeur à la fois par les choix graphiques mais aussi, bien sûr, par le titre. "Miel", c'est la couleur par laquelle  la peau du petit Jung est décrite, dans son dossier de l'orphelinat. 

(désolée, je n'ai pas plus grand...)

J'ai bien envie d'ouvrir le tome 2, et aussi de voir le film qui aurait choisi, d'après ce que j'ai lu, d'alterner entre scènes animées et scènes filmées de manière classique. En voici la bande annonce, qui montre déjà un beau travail sur l'image et, surtout, sur la couleur : 

COULEUR DE PEAU : MIEL - Bande-annonce VF

 

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30 mai 2013

Une histoire à quatre voix

Aujourd'hui est un grand jour : j'inaugure une nouvelle catégorie sur ce blog, celle des albums. Et j'ai bien précisé "pour petits et grands" : d'abord parce que, c'est vrai, ce genre littéraire un peu à part, ni roman illustré, ni bande dessinée, n'est pas réservé aux seuls tout-petits, et puis surtout parce que je serais de toute façon bien incapable de plumer sur des albums de tout-petits uniquement (je peux être sensible à un type d'illustrations ou un autre, trouver l'histoire originale ou joliment écrite... mais je ne pense pas avoir assez de clés pour écrire des articles intéressants à ce sujet). 

Alors, pourquoi les albums ? Parce que j'ai assisté à une formation, dans le cadre du PAF (= Plan Académique de Formation, c'est-à-dire ces formations auxquelles nous avons droit tout au long de notre carrière, à condition qu'il reste de la place, que ce ne soit pas annulé, que notre chef nous laisse y aller, etc, etc...), qui s'intitulait "Stratégies de lecture en 6e". Le but était de nous proposer des pistes pour aider les lecteurs en difficulté que l'on accueille bien évidemment dans nos classes de 6e. Il y avait à boire et à manger dans cette formation, mais j'ai bien aimé l'après-midi, consacré aux albums. Déjà, c'était plus sympa que d'écouter de longs discours sur la méthode globale et la méthode syllabique, ça faisait retourner en enfance (ah, les Claude Ponti ! Ah, Les mystères de Harris Burdick !), et puis, mine de rien, ça donne effectivement des pistes. Et enfin, ça m'a ouvert un nouvel horizon de lecture.

Aujourd'hui, j'ai choisi de vous présenter Une histoire à quatre voix d'Anthony Browne. 

Le principe : raconter une seule et même histoire, celle d'un père emmenant sa fille et son chien au parc, et d'une mère y accompagnant sa chienne  et son fils, en utilisant successivement les voix des quatre personnages (humains - on ne fait pas parler les chiens). 

L'intérêt pédagogique : faire travailler les élèves sur les différents points de vue, leur apprendre à retrouver des indices dans un texte (les indices qui montrent qu'il s'agit de la même histoire, les marques permettant néanmoins de différencier les personnages). Cette lecture "facile" peut être le point de départ d'autres lectures que les élèves pourront alors faire seuls. On nous a donné l'exemple de L'enfant-océan, court roman de Jean-Claude Mourlevat, certes préconisé dès le CM1, mais auquel les petits lecteurs ne comprendront strictement rien s'ils n'ont pas été habitués à ce genre de narration. 

Le reste (parce qu'un album ne sert pas qu'à faire cours, et heureusement) : des illustrations d'aspect naïf, mais très riches, dont on sent parfois l'inspiration artistique, comme cette maison qui fait irrémédiablement penser à Hopper : 

Bien d'autres références picturales sont présentes (mais je n'ai pu que feuilleter l'album, assez rapidement, et lire l'histoire à côté, photocopiée, je ne peux donc malheureusement pas vous en parler avec précision - je compte bien réparer cela dès ma prochaine visite à la médiathèque). Le choix de représenter les personnages par des singes est certes surprenant, étant donné le réalisme de l'histoire, mais cela contribue bien sûr à rendre ce récit universel, accessible aux plus jeunes comme aux adultes (il est question de perte d'emploi, de confrontation de classes sociales...). La présentation est aérée, elle fait la part belle aux images, comme il est de rigueur dans un album, mais le texte est lui aussi mis en valeur, avec un choix ingénieux de changement typographique qui permet de repérer d'un simple regard la différence entre les narrateurs

       

Pour que vous puissiez admirer plus confortablement certaines images, je vous renvoie vers ce blog, Le Journal de Chrys : l'article donne vraiment envie de lire l'album, et il m'a aussi appris l'existence d'un autre album, Une promenade au parc, qui aurait été le point de départ d'Une histoire à quatre voix

A bientôt pour de futures découvertes dans ce genre tout neuf chez la petite Mu ! 

PS : Je viens de découvrir qu'Anthony Browne avait illustré ce fameux unique roman jeunesse de Ian McEwan, l'un de mes auteurs préférés de ces dernières années. Bon sang mais c'est bien sûr ! Je reconnais la patte de l'illustrateur et ce goût pour l'anthropomorphisme des animaux (ou l'animalisation des humains, c'est selon) : 

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25 février 2013

Poil de Carotte

[Relecture]

C'est Vipère au poing qui m'a donné envie de relire (pour la troisième fois me semble-t-il) cet autre classique du XXe siècle français. J'y ai retrouvé le même plaisir qu'auparavant, avec certains passages qui s'écrivaient presque tout seuls dans ma tête, comme cela m'arrive parfois lorsque je me replonge dans des pages maintes fois parcourues. 

De Jules Renard, j'aime le style elliptique, fragmentaire, ou peu importe comme on le nomme, cette forme d'écriture brève qu'on retrouve également dans son Journal, que j'ai feuilleté, il y a quelques années, et dans lequel j'avais glané de nombreuses citations (l'une de mes préférées étant : "N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir". Regardez dans vos papillottes, à Noël prochain, vous l'y retrouverez peut-être !).

Ce style, il l'applique, dans Poil de Carotte, à l'histoire de ce jeune souffre-douleur - contrairement à Brasse-Bouillon dans le roman d'Hervé Bazin, Poil de Carotte est incompris de tous, et n'a pas l'instinct de révolte du héros de Vipère au poing - qui n'est autre que lui-même. Et c'est avec une ironie mordante, mais teintée d'une énorme tendresse, qui transpire dans toutes les pages, que Jules Renard tend au lecteur le portrait et les mésaventures de cet enfant naïf, sensible, mais parfois cruel à force de sensibilité : c'est ainsi qu'il fera renvoyer un surveillant de dortoir en mouchardant au directeur des embrassades prétendûment déplacées entre ce surveillant et un élève, tout simplement par jalousie de n'avoir pas été, lui, embrassé. Ce n'est qu'à la fin du roman que Poil de Carotte arrive à la même conclusion que Brasse-Bouillon avait en tête dès le début de l'histoire. Il l'énonce ainsi, avec toute cette simplicité qui le caractérise : "Mon cher papa, j'ai longtemps hésité mais il faut en finir. Je l'avoue : je n'aime plus maman." Et je me suis rendue compte que j'avais mis de côté dans ma mémoire cette évolution du personnage vers la maturité, et cette fin en demi-teinte. 

Ce que j'en avais gardé, en revanche, c'est l'humour. Certains chapitres sont tout simplement irrésistibles. J'ai gardé depuis toujours une préférence pour la correspondance entre Poil de Carotte et son père. Les deux dernières lettres du chapitre sont fort connues, mais je ne résiste pas - irrésistibles, je vous disais - au plaisir de les partager ici : 

« De M. Lepic à Poil de Carotte.
Mon cher Poil de Carotte,
Ta lettre de ce matin m’étonne fort. Je la relis vainement. Ce n’est plus ton style ordinaire et tu y parles de choses bizarres qui ne me semblent ni de ta compétence ni de la mienne.
D’habitude, tu nous racontes tes petites affaires, tu nous écris les places que tu obtiens, les qualités et les défauts que tu trouves à chaque professeur, les noms de tes nouveaux camarades, l’état de ton linge, si tu dors et si tu manges bien.
Voilà ce qui m’intéresse. Aujourd’hui, je ne comprends plus. À propos de quoi, s’il te plaît, cette sortie sur le printemps quand nous sommes en hiver ? Que veux-tu dire ? As-tu besoin d’un cache-nez ? Ta lettre n’est pas datée et on ne sait si tu l’adresses à moi ou au chien. La forme même de ton écriture me paraît modifiée, et la disposition des lignes, la quantité de majuscules me déconcertent. Bref, tu as l’air de te moquer de quelqu’un. Je suppose que c’est de toi, et je tiens à t’en faire non un crime, mais l’observation.

Réponse de Poil de Carotte.
Mon cher papa,
Un mot à la hâte pour t’expliquer ma dernière lettre. Tu ne t’es pas aperçu qu’elle était « en vers. »

Sans oublier ce conseil hautement avisé du père, en réponse à son fils qui lui demande de lui rapporter des livres lors de son voyage à Paris :  « Mon cher Poil de Carotte, Les écrivains dont tu me parles étaient des hommes comme toi et moi. Ce qu’ils ont fait, tu peux le faire. Écris des livres, tu les liras ensuite. »

Il fut bien inspiré ! 

 


 

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