14 juin 2017

Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé : Dans le ventre de la terre

Dans le ventre de la Terre

Revoici la petite Mu avec un album de circonstance (une circonstance que je vous laisserai deviner tout seuls... bon, ce n'est pas bien compliqué !), découvert par hasard chez des amis. 

Moquez-vous si vous voulez, mais j'ai mis quelques pages avant de comprendre qu'il s'agissait d'un album sur la grossesse. Et quand ça a fait tilt, j'ai trouvé ça tellement beau et bien dit que j'en ai eu les larmes aux yeux (ah, non, ça, ce sont les hormones...). Tout en couleurs, tout en rondeurs, on suit l'histoire d'une vie qui naît et qui grandit dans le ventre de la mère. 

Un "chef-d'oeuvre d'orfèvrerie", écrivait-on dans Actualitté au mois d'octobre : l'expression est très juste. Les deux collaboratrices de cet album se sont bien trouvées : le dessin minutieux de Fanny Ducassé, tout en détails et arabesques,  porte à merveille les mots pleins de poésie de Cécile Roumiguière. 

L'idée est de faire imaginer et faire comprendre à un futur grand frère ou une future grande soeur ce qui est en train de se passer dans le ventre de sa mère, pourquoi il s'arrondit, pourquoi, au bout de neuf mois, le bébé veut sortir (la "grotte" est devenue trop petite)... Avec la bonne idée d'associer cela au cycle de la nature, aux transformations de la terre, pour en faire quelque chose de profondément "naturel". Le site Ricochet le conseille toutefois "à partir de 7 ans". Pour ma part, je l'ai lu avec une petite fille de quatre ans, qui m'a semblé aussi absorbée que par les autres histoires que nous avons feuilleté. Après, qu'en a-t-elle retenu, je ne saurais pas dire. Ce que je sais, c'est que moi, j'ai beaucoup, beaucoup aimé ! 

Un livre à mettre donc dans les mains des enfants, mais aussi des papas et des mamans ! 

 

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06 août 2016

Semaine des couleurs, #3 : Flavia Ruotolo, Du matin au soir

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Découverte inopinée au détour d’un catalogue, cet album trouve sa place dans la semaine des couleurs non par son propos, mais pour ce choix bicolore tellement évocateur de l’orange et du bleu.

Le propos, quant à lui, est très original. « Une forme peut en cacher une autre… », annonce la quatrième de couverture. Flavia Ruotolo, auteure et illustratrice, invite petits et grands à prendre du recul par rapport aux images qu’elle nous propose, et à les voir différemment. Ainsi, sous un certain angle, un bol orange tacheté de blanc dans lequel repose une cuillère bleue peut se changer en champignon, aux couleurs certes inhabituelles. Une assiette bleue avec un « quartier » d’orange devient le « tour complet » d’une lune autour d’une planète à anneau…

Afficher l'image d'origine    

Les esprits rationnels chipoteront sur le caractère mensonger de certaines transformations. Mais, évidemment, c’est de poésie dont il s’agit. La terre bleue comme une orange, on a beau faire, ça parle à tout le monde. Il en est de même pour cet album très sobre, tant dans le graphisme que dans le texte, qui véhicule d’ailleurs lui aussi beaucoup de rêve.

Une belle découverte, que l’on peut prolonger avec l’album Zoo, sorti en 2011, dans lequel Flavia Ruotolo joue aussi avec les formes, en fabriquant des animaux à partir de cubes. 

Auteure et illustratrice : Flavia Ruotolo
Editions Hélium
2016

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03 juillet 2016

Ghérasim Luca : Héros-Limite

 

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Enfin un peu de poésie chez la petite Mu ! 

La poésie, j'en lis... en picorant. J'ai souvent du mal à lire un recueil en entier. Les rares fois où je l'ai fait jusqu'à présent, c'était quand lesdits recueils étaient au programme d'un cours de fac. 

Mais, dans ce mois de mai de folie où tout le monde m'envoie des livres (Didier Jeunesse, Exploratology...), j'ai participé à une chaîne où, en envoyant un livre, on en reçoit trente-six. Bon, pour l'instant, je n'en ai reçu qu'un, et c'est celui dont je vais vous parler. Mais, rien que pour lui, ça valait le coup de participer. D'abord parce que, comme je l'ai dit, j'ai besoin d'un coup de pouce pour lire de la poésie. Ensuite parce que ça m'a fait découvrir un auteur. Enfin parce que je peux ajouter à ma collection un exemplaire de ces beaux livres Poésie Gallimard que j'aime tellement. 

Un petit mot sur le poète. Ghérasim Luca (mort en 1192) est Roumain mais il a beaucoup écrit en français. Il aime les langues (il en parle cinq). Il a participé à la fondation du mouvement surréaliste roumain (avec Tristan Tzara notamment). A quatre-vingt un ans, il se jette dans la Seine, en imitant son ami Paul Celan, "puisqu'il n'y a plus de place pour les poètes dans ce monde". Voilà pour les grandes lignes, vous en lirez davantage sur Wikipédia

J'ai débuté la lecture du recueil avec appréhension. Le surréalisme, ça m'évoque des textes incompréhensibles, auxquels on s'efforce de trouver un sens, une interprétation, sans y croire. Après tout, le cadavre exquis, l'écriture automatique, qu'est-ce d'autre qu'un jeu ? Eh bien, justement, la beauté du surréalisme, c'est quand un sens sort du jeu (comme la tête du mur chez Henri Michaux). Voyez donc les premiers mots du premier poème, "Héros-limite" : "La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vit, la vie-vice, la vivisection de la vie". A l'instar de ce poème liminaire, beaucoup de textes, en prose ou en vers, fonctionnent sur des enchaînements de mots, antonymes, paronymes, mots qui riment, et j'en passe. (Tiens, ça me rappelle les Carambolages du Grand Palais dont je vous ai parlé il y a peu !) Mais le sens n'est jamais sacrifié au jeu sonore. Là est la force de l'oeuvre de Luca : c'est du travail d'orfèvre, à mon avis bien loin d'une simple écriture automatique. 

 Par ailleurs, Luca aime l'oral, l'oralité, et il s'est d'ailleurs enregistré lisant certains de ses poèmes, Certains ont parlé de poète "bégayant", écoutez donc "Auto-détermination" (le deuxième de la vidéo) : "la manière de / la manière de ma de maman / la manière de maman de s'asseoir". La lecture des poèmes de Ghérasim Luca est une expérience. Ce poète roumain nous fait redécouvrir notre propre langue, ce qui est, avouez-le, assez fort. 

Dans le recueil, on trouve des réflexions sur la pensée, voire sur la vie, comme le "Quart d'heure de culture métaphysique", qui se lit comme un mode d'emploi : 

"Elever les angoisses tendues
au-dessus de la tête
Marquer un léger temps d'arrêt
et ramener la vie à son point de départ
Ne pas baisser les frissons
et conserver le vide très en arrière"

J'aime tout particulièrement ce mélange d'émotions profondes et de mise à distance, avec un humour décalé. 

On trouve aussi de beaux textes sur l'amour et la sensualité, comme "L'écho du corps", ou "Hermétiquement ouverte". 

Enfin, il y a le magnifique "Prendre corps", long poème sur la relation binaire entre un "je" et un "tu", dans lequel les noms ou les adjectifs deviennent verbes, voyez vous-mêmes : 

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Olivier Mouginot dans son "carnet de thèse numérique" parle de "déréglage syntaxique" et de "dérèglement sémantique"... un formidable axe d'étude pour nos chères têtes blondes (pour l'anecdote, peu de temps avant de recevoir le livre, j'étais tombée sur ce poème dans un nouveau manuel de 4e, pour le thème "Dire l'amour", et il m'avait tapé dans l'oeil à ce moment-là.) Mais c'est avant tout un texte qui nous transporte dans les méandres de l'amour et de la passion. Il a été superbement mis en musique par Arthur H, et vous pouvez l'écouter ici : 

Arthur H Prendre Corps

Pour les yeux, pour les oreilles, pour la tête, pour le coeur... il y a de tout dans la poésie de Ghérasim Luca. A découvrir sans tarder !

 Néo-défi lecture 2016 : Un recueil de poèmes

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18 juillet 2013

L'inespérée

Une deuxième rencontre avec Christian Bobin, après le Carnet du soleil. Ou plutôt devrais-je parler de retrouvailles : dans ce recueil se trouve en effet un extrait que mon professeur de lettres de première nous a fait étudier. En voici les premières lignes : 

Le mal :
"Elle est sale. Même propre elle est sale. Elle est couverte d'or et d'excréments, d'enfants et de casseroles. Elle règne partout. Elle est comme une reine grasse et sale qui n'aurait plus rien à gouverner, ayant tout envahi, ayant tout contaminé de sa saleté foncière. Personne ne lui résiste. Elle règne en vertu d'une attirance éternelle vers le bas, vers le noir du temps. Elle est dans les prisons comme un calmant. Elle est en permanence dans certains pavillons d'hôpitaux psychiatriques. C'est dans ces endroits qu'elle est le mieux à sa place : on ne la regarde pas, on ne l'écoute pas, on la laisse radoter dans son coin, on met devant elle ceux dont on ne sait plus quoi faire."

Je me souviens avoir été assez marquée par ce texte (dont je vous laisse deviner le sujet - qui est-"elle" ?). Et en avoir fait une réécriture (exercice demandé par le prof) dans laquelle je parlais, cette fois-ci, du téléphone portable. Ô heures heureuses de la jeunesse. Bref. 

C'est avec de la nostalgie, donc, mais aussi beaucoup de plaisir que je circule à nouveau entre les lignes et les mots de ce talentueux poète. D'autant plus que je me retrouve parfois trait pour trait dans certains de ses portraits : l'éternelle mélancolique, la voyageuse immobile, celle qui aime "ne rien faire"... Il a les mots pour parler de l'intérieur (le sien, celui des autres), et aussi, comme je l'avais déjà vu dans Carnet du soleil, de l'amour. 

Je ne résiste pas, cette fois-ci, à renouer avec mon ancienne tradition des morceaux choisis. Choisis... si l'on peut dire, tant il y en avait que je voulais vous livrer ! 

Lisez, et savourez (rien que les titres sont déjà des invitations au voyage intérieur) : 

Une lettre à la lumière qui traînait dans les rues du Creusot, en France, le mercredi 16 décembre 1992, vers quatorze heures :
" Il faut que je vous fasse un aveu : longtemps je ne vous ai pas aimée. Longtemps je n'ai pas aimé vos soeurs. Un ciel délivré des ombres, c'était l'horreur pour moi. Je n'appréciais que les temps gris, et cela en raison de la mélancolie en moi, de l'insecte de mélancolie qui cheminait en moi comme dans une souche creuse, vermoulue. C'est une maladie qui affecte l'esprit d'autant plus sûrement qu'il craint alors de s'en défaire : le mélancolique est celui qui est persuadé d'avoir tout perdu - sauf sa mélancolie à quoi il tient farouchement. C'est la maladie de celui qui, dépité de n'être pas tout, choisit, par un revers enfantin de l'orgueil, de n'être rien, ne gardant du monde que ce qui lui ressemble : le morne et le pluvieux. Cette maladie m'est passée, madame."

La traversée des images
"C'est une infirmité que vous avez de ne pouvoir envisager un vouage autrement que comme un détour pour aller de chez vous à chez vous."

Le thé sans thé
"On a toujours trouvé très intéressant, très instructif ce qui vous donne des maux de tête incroyables."

Une fête sur les hauteurs :
"Elle vous parle d'elle, c'est-à-dire de ceux qu'elle aime. Nous sommes faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d'autre."

J'espère que mon coeur tiendra, sans craquelures (en référence à la dernière note du peintre Bonnard dans son dernier carnet : "J'espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon.")

La retraite à trente ans
"La couleur verte, en peinture, s'obtient par un mélange de bleu et de jaune. La couleur verte des pelouses privées n'est mélangée ni de bleu ni de jaune - mais de gris et de noir."

L'inespérée :
"Je reviens de Bretagne, mon amour. La Bretagne est une terre belle comme l'enfance : les fées et les diables y font bon ménage. Il y a des pierres, de l'eau, du ciel et des visages - et ton nom partout chantant dessous le nom des pierres, de l'eau, du ciel et des visages.

Cela fait bien longtemps que je ne sors plus sans toi. Je t'emporte dans la plus simple cachette qui soit : je te cache dans ma joie comme une lettre en plein soleil."


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31 mai 2013

Carnet du soleil

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un phénomène météorologique en catégorie "autres"

Une fois n'est pas coutume, un peu de poésie sous la plume de la petite Mu. 

Il faut avouer que je ne suis guère poésie d'habitude. Ou, pour être plus exacte, j'en lis essentiellement pour des besoins scolaires professionnels. J'ai souvent découverts des recueils parce qu'on me les faisait lire en classe, qu'ils étaient au programme des concours, ou que moi-même je les faisais étudier à mes élèves. De fait, je connais surtout les grands auteurs, et peu les poètes contemporains. Ah, si, Jean-Michel Maulpoix (spéciale dédicace à My ^^), dont j'aime beaucoup l'écriture. 

Mais ce petit recueil (ou est-ce un seul et même long poème ? Je ne sais pas vraiment définir ce genre de forme poétique) m'a été offert (édition à l'ancienne avec les pages à découper), et j'avais déjà lu du Christian Bobin, à savoir les courts textes d'Autoportrait au radiateur, dont j'ai gardé un assez bon souvenir. 

Et c'est vrai que ce Carnet du soleil, avec ses fragments de pensée égrenés au fil des pages, est un doux moment de lecture. Pourtant, le poète y parle de Ghislaine, sa bien-aimée disparue trop tôt (toujours trop têt), celle dont il parlait déjà dans La plus que vive. Le lien entre les deux oeuvres est affiché : "Je t'avais promis dans la plus que vive de t'écrire dix ans plus tard. Quinze ont passé avant que je lance ce caillou de papier contre la fenêtre de ta maison au fond des cieux", écrit-il dans les premières pages de Carnet du soleil. C'est donc un rendez-vous, une promesse tenue, un livre de retrouvailles. On voit bien, par le choix des titres, que Christian Bobin a choisi de dire la mort avec les mots de la joie, de la chaleur, de la vie. Cette image de la vie brûlante, du feu d'artifice revient à plusieurs reprises, sans qu'elle soit vraiment connotée négativement. Il y a souffrance, mais cette souffrance fait partie de la vie :  "Il faut que la vie nous arrache le coeur, sinon ce n'est pas la vie." Les souvenirs qui restent sont suffisamment colorés et vifs pour illuminer les mots du poète : "Ton sourire était ce carnet du soleil que nul ne sait écrire."

Un autre deuil apparaît de temps à autre dans l'oeuvre, celui du père. Et peut-être aussi, en filigrane, son propre deuil, à anticiper : "Il faut faire son travail au mieux puis s'en détacher brutalement. La poussière couvrira tout. Il faut aller d'un pas plus léger que la poussière". Belle définition, aussi, du travail de l'écrivain. 

Christian Bobin a réussi ici, sans conteste, un livre plein de légèreté sur l'ode à la femme aimée et le travail de l'écrivain, peut-être même "un livre parfait à deux pages - les ailes du papillon."

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03 avril 2013

Concours : gagnez "Une ardente patience", d'Antonio Skarmeta

Le Printemps des Poètes 2013 rendait hommage  à Pablo Neruda, à l'occasion des 40 ans de sa disparition. 

Dieu sait que cet auteur m'a fait suer sang et eau lorsque je travaillais - plus ou moins - son Chant Général, pour l'agrégation. Mais, de Neruda, j'ai en fait un souvenir plus ancien, celui d'un petit roman lu quand j'étais collégienne : Une ardente patience, dont le film Il postino (Le facteur) est l'adaptation. 

C'est l'histoire (fictive, du moins je suppose) d'un facteur résidant sur l'Île Noire, au Chili, et n'ayant qu'un seul véritable habitant à livrer, mais pas des moindres : Neruda, bien sûr. De la poésie, Mario Jimenez, notre facteur, ne connaît rien. Mais comme il a bien envie de séduire la donzelle Beatriz, il viendra prendre quelques cours d'écriture et d'élocution auprès de l'écrivain. 

Il y a tout dans ce court ouvrage : de l'amour, de l'Histoire, beaucoup, beaucoup d'humour, et de la poésie, bien entendu. Et pas toujours là où on l'attendrait. Mario est un personnage extrêmement attachant pour lequel Pablo Neruda, mais aussi Skarmeta, on le sent, ont beaucoup de tendresse. 

C'est un livre lumineux, intense, malin, gourmand (oui, j'ai regardé Top Chef, lundi soir), et j'avais très envie de vous l'offrir. Il est pour moi une porte d'entrée très agréable vers l'oeuvre de Neruda, ses poèmes mais aussi ses beaux (et longs...) discours, prononcés en diverses occasions. 

Alors, voilà, je l'offre ! 

A qui ? A celui ou celle qui saura me dire, en cinq phrases (pas une de plus, pas une de moins), pourquoi je dois continuer ce blog.
Oui, oui, fayotez, n'ayez pas peur, c'est ce que je vous demande ! Héhé. Cinq bonnes raisons, ou moins, mais joliment écrites et argumentées, pour que je conserve ma motivation ! 
J'enverrai le cadeau au message le plus convaincant et je publierai les autres messages sur mon blog. 

Envoyez-moi ça en cliquant ici . Vous avez une semaine, jusqu'à mercredi 10 avril, minuit !

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24 octobre 2012

Testament d'une race

Testament d'une race

Une chronique assez particulière aujourd'hui : un jeune auteur, blogueur par ailleurs (voir ici) m'a fait parvenir son tout premier roman, m'a demandé de le lire et d'en faire la critique ici même. 

Il s'agit d'un récit hors du temps, se déroulant dans une civilisation imaginaire, qui nous replonge instinctivement des siècles en arrière, même si aucune date ne nous est donnée. Il y est question d'une guerre entre deux peuples : à aucun moment le narrateur de cette histoire, Kuntara, ne nous explique les causes de cette guerre, pour la simple raison qu'il ne les connaît pas lui-même. D'ailleurs, personne ne comprend cette guerre. Chose qui m'a semblé déconcertante, mais qu'il faut bien accepter, en tant que lecteur, afin de pouvoir avancer. 

La première partie du roman est une sorte de long sommaire (pour employer des termes genettiens), en point de vue interne : les évènements se succèdent, combats, attaques, ripostes, stratégies, stratagèmes, le tout filtré par la conscience de Kuntara qui prend son rôle de chef militaire très au sérieux. Des mots mêmes de l'auteur, il vaut mieux aimer les récits de bataille, les précisions stratégiques, politiques et ethnographiques pour goûter cette partie-là du récit. 

Puis les évènements se font plus personnels. On sent enfin des liens se créer entre Kuntara et d'autres personnages : sa petite fille, une jeune femme nommée Parthéné, un nouvel ami, Synagore... Les récits de combat laissent une plus large place à l'expression des sentiments, à des faits plus anecdotiques mais qui nous en apprennent davantage sur le personnage principal que toutes les pages précédentes - de mon point de vue du moins. 

Je suis sortie de ma lecture assez sceptique. Certaines pages sont belles, quelque chose se passe entre l'auteur et le lecteur, sans nul doute. Mais je me suis plus souvent sentie perdue. Peut-être par méconnaissance de cet univers militaire largement mis en scène. Peut-être par manque d'informations claires et concrètes sur cette société imaginaire, son histoire, son avenir. Sans doute aussi du fait de cette longue première partie quasiment sans paroles rapportées - moi qui, au fil de mes lectures, ai fini par apprécier par-dessus tout ces écrivains qui ont le sens du dialogue, art quasi théâtral apportant, selon moi, beaucoup à l'intérêt d'un récit. 

Mais comme un avis n'a d'intérêt que s'il se confronte à d'autres, je ne peux que vous inciter à vous procurer cet ouvrage et à le lire. (Une autre critique, que je trouve très bien écrite, sur ce blog, Fattorius.)

Concrètement, pour acheter ce roman, ça se passe ici.

Et pour en lire gratuitement les trois premiers chapitres, c'est ici.

Bonne lecture ! 

 

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27 décembre 2011

La maison qui s'envole

"Il y a des maisons qui ont toujours l'air de vouloir s'envoler. On les a posées là, un peu de travers, au coin de la route, avec leurs fenêtres et leurs portes, et leur petite cheminée qui souffle de toutes ses forces une fumée de toutes les couleurs, grise, bleue, blanche."

Un petit livre plein de merveilles qui se croque en une bouchée. Je ne connaissais de Claude Roy que ses poèmes : sa plume est tout aussi bariolée dans ce récit. Beaucoup de fantaisie, quelques pointes d'humour, et voici une maison qui décolle et nous emmène en voyage avec elle. Les dessins de Georges Lemoine sont également très réussis, tout en simplicité.

En tant qu'enseignante de français, j'ai aussi trouvé ce récit extrêmement pédagogique, avec une foule d'extraits exploitables en classe, surtout en 6e : hop, une page pour illustrer un cours sur les épithètes, hop, une autre sur les récits enchâssés, youp là, quelques passages à donner en dictée par-ci par-là... 

J'ai découvert là un grand livre dont je ne soupçonnais même pas l'existence ! 

 

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09 octobre 2011

L'invention de la solitude

"Le ciel est bleu, noir, gris, jaune. Le ciel n'est pas là, et il est rouge. Tout ceci s'est passé hier. Tout ceci s'est passé voici cent ans. Le ciel est blanc. Il a un parfum de terre, et il n'est pas là. Il est blanc comme la terre, et il a l'odeur d'hier. Tout ceci s'est passé demain. Tout ceci s'est passé dans cent ans. Le ciel est citron, rose, lavande. Le ciel est la terre. Le ciel est blanc, et il n'est pas là."

(Le Livre de la mémoire)

Les mots de l'époque : 

Deux parties (récits ?) pour moi inégales. La première, Portrait d'un homme invisible, fascinante dans sa manière dépouillée, mais incisive de parler d'un personnage, de rendre hommage à la mémoire d'un défunt, plus exactement. Une écriture quasiment analytique, qui, tout en sautant du coq à l'âne, parvient tout de même à épuiser le sujet, à en faire le tour, ce qui nous donne l'impression, en une cinquantaine de pages, de connaître intimement cet "homme invisible", pourtant si hermétique. 

Quant à la deuxième partie, le Livre de la mémoire, trop "dispersée" à mon goût, trop analytique cette fois, elle offre tout de même au lecteur quelques passages d'une rare profondeur et a le mérite de dévoiler sans l'étaler la culture littéraire indéniable de Paul Auster. 

Au final, un ouvrage peut-être plus intéressant d'un point de vue psychologique que littéraire. 

Les mots de maintenant : 

J'ai ramené ce livre de chez ma mère, passage d'une pile à une autre, et au final je n'ai pas encore réussi à l'ouvrir. Je ne sais pas trop ce que j'ai peur d'y trouver, parce que bien sûr chaque histoire est unique. Et puis, si j'ai eu envie de le relire, ce n'est sans doute pas pour rien. Bref, quand le courage sera vraiment là, je le relirai et plumerai d'autres mots, peut-être moins sévères, dessus. Je pense (mais me trompe peut-être) que cette écriture que je disais "analytique" serait à même de me plaire vraiment aujourd'hui. 

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La chute

"La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur."

Les mots de l'époque : 

Deux adjectifs me viennent à l'esprit pour parler de ce livre : riche et prenant. Riche parce qu'on y trouve des confessions, des récits anecdotiques, de l'humour, de la poésie (l'écriture de Camus, le poète, fait merveille dans ses descriptions d'Amsterdam), et une très grande réflexion philosophique, éthique et spirituelle. Théologien de la mort de Dieu, observateur très lucide de la nature, Camus est en outre un conteur au grand art. Le personnage se dévoile avec subtilité, jamais le texte ne se fait manichéen - bien au contraire, il nous pousse à l'indulgence éclairée. On se prend même à s'attacher au personnage, tout en gardant une certaine réserve. Malgré quelques passages un peu longs, je considère ce récit comme indispensable. 

Les mots de maintenant : 

Encore une fois, je souris en me relisant : "riche et prenant", ouah, dis donc, le top du top de l'originalité pour une critique de livre, fallait bien attendre la fin de la phrase pour les lâcher, ceux-là !

Bon, plus sérieusement. J'ai créé une catégorie qui est évidemment contestable (mais le temps des dissertations "Qu'est-ce qu'un classique ?" est à présent derrière moi, on ne va donc pas ergoter là-dessus), et qui me posera sans doute problème pour certains titres que je ne saurais où classer. Ce qui est assez drôle, c'est que, dans mon carnet, La chute est le seul classique ; il aurait pu y avoir L'arrache-coeur (Vian), et Mademoiselle Else (Schnitzler, pour la littérature étrangère), mais ces deux titres sont restés à l'état d'ébauche, je n'ai pas voulu, ou pas pu, en écrire une critique. Comme si j'avais éprouvé une sorte de répugnance, ou de gêne, ou je ne sais quoi d'autre, à donner mon avis sur ces oeuvres tellement commentées. Alors, pourquoi l'ai-je fait sur Camus ? Peut-être parce que l'oeuvre m'a vraiment marquée (pourtant, je n'en ai qu'un souvenir assez vague aujourd'hui), peut-être aussi parce qu'à l'époque, ça "faisait bien", pour moi, d'avoir fait la critique d'"un Camus"...

De lui, j'ai aimé aussi Les justes (que j'ai relu, d'ailleurs, et que j'aimerais relire aujourd'hui), je n'ai pas été spécialement emportée ni marquée par L'étranger, et je n'ai pas aimé La Peste, dont j'ai trouvé le style très plat. 

Juste un morceau choisi, pas spécialement représentatif de l'ouvrage, mais que j'aime beaucoup : 

"La Hollande est un songe, monsieur, un songe d'or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme ceux-ci, filant rêveusement sur leurs noires bicyclettes à hauts guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve, dans tout le pays, autour des mers, le long des canaux. Ils rêvent, la tête dans leurs nuées cuivrées, ils roulent en rond, ils prient, somnambules, dans l'encens doré de la brume, ils ne sont pas là."

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