03 juin 2016

Des suites et des fins, épisode 2 : Anne B. Ragde, L'héritage impossible

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Chez la petite Mu, Anne B. Ragde, ça commence ici, avec La terre des mensonges, et ça continue là, avec La ferme des Neshov.

J'avais beaucoup aimé le premier tome. J'avais été - un peu - déçue par le deuxième. J'ai été décontenancée par le troisième.

Plus de deux ans après les avoir laissés, j'ai donc retrouvé Torunn, la fille/nièce, qui a repris la ferme, Margido, qui s'occupe toujours de ses cadavres, Erlend et Krumme, le couple de Copenhague qui vont bientôt devenir papas, et "le vieillard", à la fois frère, père et grand-père. Mais j'ai eu l'impression de ne plus les reconnaître. Torunn est très fatiguée par l'exploitation de la ferme, et complètement perdue quant à son avenir. Rien que de très normal, mais les passages la concernant sont assez répétitifs, et on finit par avoir envie de prendre les choses en main et d'agir à sa place. Erlend est terrifié à l'idée d'avoir un enfant, et en même temps il trépigne d'impatience. J'ai retrouvé la fantaisie du personnage, mais presque poussée à l'excès. Certains passages s'attardent sur des détails qui m'ont paru sans importance. Margido est toujours aussi difficile à cerner - mes attentes concernant ce personnage n'ont donc pas été comblées. D'autres personnages apparaissent : Kai Roger, prétendant assidu mais éconduit de Torunn, Jytte et Lizzi qui portent les enfants d'Erlend et Krumme, et Kim, un architecte dont Erlend est très jaloux. Mais je les ai trouvés assez fades, en tout cas l'écriture ne leur donne pas assez corps. Bref, je n'ai pas retrouvé la saveur de ces personnages atypiques que j'avais goûtée dans les premiers tomes.

L'histoire n'avance pas non plus beaucoup, ce que j'avais déjà constaté dans le deuxième tome. Un rebondissement intervient au bout de deux tiers environ, mais il ne débouche sur rien de spectaculaire. La fin en est un peu décevante. Seul un passage, avant la fin, montre le personnage de Torunn avec plus d'intensité et instaure une certaine tension. J'aurais aimé que le roman soit davantage à cette image.

Finalement, la lecture du premier tome peut se suffire à elle-même. C'est encore celui où les personnages se découvrent le plus, et pour ce qui est de la suite, le lecteur peut l'inventer à sa guise. D'autres romans d'Anne B. Ragde ont été traduits, je compte sur eux pour atténuer ma déception.

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02 juin 2016

Des suites et des fins, épisode 1 : Mons Kallentoft, La 5e saison

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Chez la petite Mu, Mons Kallentoft, ça commence ici, avec l'hiver.

Les polars de Mons Kallentoft ont le goût des bonnes séries policières d'aujourd'hui, où beaucoup de choses reposent non sur l'intrigue mais sur les personnages. En effet, difficile aujourd'hui d'être novateur en terme d'enquête policière. Alors les scénaristes et les romanciers cherchent autre chose : une plume, un style, des personnages, des intrigues secondaires. Tout ça existe chez Mons Kallentoft. Première originalité, les victimes qui parlent. Si, si, même celles qui sont mortes. Le mélange des points de vue est l'un des points forts de ces romans. Un autre tient au personnage principale, l'enquêtrice suédoise Malin Fors. Elle a tout des bons personnages de séries télévisées : efficace mais humaine, avec ses failles (l'alcoolisme, la difficulté à nouer des relations stables, y compris avec sa propre fille), et surtout ancrée dans la vie réelle. Les enquêteurs désincarnés, tout à leur métier, sans qu'on ne les voie dormir, ou ne pas dormir, manger, ou ne rien avaler, dépenser leur argent, ou ne pas en avoir assez, rendent les romans fades - en tout cas, il faut que l'enquête soit sacrément intéressante pour compenser. Dans les romans de Kallentoft, les intrigues secondaires se mêlent habilement à l'enquête principale.

La 5e saison ne fait pas exception. On retrouve Malin Fors sevrée de sa dépendance à l'alcool (mais la rechute la guette), en couple tout neuf avec un médecin dont l'aisance financière et la famille l'impressionnent, se débattant avec une question essentielle : faire un deuxième enfant ou pas ? Et, dans cette période hésitante entre stabilité et fragilité, une vieille enquête classée mais jamais résolue revient la poursuivre : celle du premier tome, Hiver, une jeune femme sauvagement agressée et tombée dans le mutisme. D'autres affaires similaires apparaissent et relancent Malin Fors sur les traces de ce monstre affamé de sexe et de femmes.

J'ai lu ce cinquième tome avec beaucoup de plaisir. Pour être parfaitement honnête, j'ai survolé certains passages - ceux où les victimes parlent. Un peu longs, bien qu'empreints d'un certain lyrisme. Mais la narration qui circule dans la tête de nombreux personnages, côté policiers comme côté suspects, fait rebondir l'histoire quand elle pourrait devenir répétitive.

Mais... mais... que vois-je ? La tétralogie devenue pentalogie est carrément devenue hexalogie ! Les anges aquatiques est sorti en 2014. Nouveau cycle ? Simple prolongement ? A suivre !

 

Neo-défi lecture 2016 : Un livre avec une saison dans le titre. (Oui, ce n'est pas vraiment le nom d'une saison dans ce tome-là, mais j'ai lu tous les autres, Hiver, Eté, etc... alors ça compte quand même !)

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16 avril 2016

Stieg Larsson : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

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Je suis totalement passée à côté lors de sa sortie, que ce soit le livre ou le film. Non par distraction, davantage par manque d'intérêt. Les couvertures, les affiches, rien ne me donnait tellement envie. Pourtant, quelques années plus tard, devenant une fervente lectrice de littérature scandinave, il fallait bien que j'essaye, quand même. J'ai failli le faire lors du challenge Petit Bac 2013, pour la catégorie "sentiments", mais le manque de temps m'avait fait préférer une autre oeuvre plus courte. Et là, je croise à nouveau sa route dans une petite bibliothèque, alors, allons-y.

Mais ce fut une grande déception. Il n'y avait pas de raison que ça ne me plaise pas : j'aime les polars, j'aime la Suède, je n'ai pas peur du sordide (j'ai lu bien pire, avec Herbjorg Wassmo, par exemple), ni des gros pavés à suites. L'histoire a tout pour passionner : une enquête qui retourne dans le passé, même si on se doute bien dès le début que la page n'est pas tournée, des personnages eux-mêmes aux prises avec des passés ou des présents compliqués, des intrigues apparemment sans lien mais qui finissent par se croiser... Ce qui n'a absolument pas pris avec moi, c'est l'écriture. Je l'ai trouvée d'une platitude extrême, et parfois proche du verbiage. C'est-à-dire que j'ai souvent eu l'impression que l'auteur prenait ses lecteurs (donc, moi) pour des imbéciles, en explicitant chaque raisonnement, chaque sous-entendu des personnages, en enchaînant des paragraphes superflus, répétitifs. Trop de phrases, trop de mots, ce qui explique la taille conséquente du roman. Ma lecture fut souvent laborieuse, au point que, parfois, lisant en diagonale pour essayer de ne pas décrocher définitivement, je ratais une information, ce qui m'obligeait à revenir en arrière, et rendait la lecture encore plus longue. Pourtant, ce n'est pas le suspense qui manquait, ni les rebondissements (quoique, la première moitié du roman en manque significativement). Je n'avais pas envie d'arrêter définitivement de lire, mais j'ai dû me forcer pour aller jusqu'à la clé de l'énigme.

Autre problème : paradoxalement, malgré cette écriture maximaliste, j'ai eu beaucoup de mal à cerner les personnages. Peut-être un peu moins Lisbeth que Mickael, mais quand même. Prenez la scène où elle "punit" son nouveau tuteur, maître Nils Bjurman : le portrait donné par l'auteur de Lisbeth, si long soit-il, ne prépare pas au déchaînement de violence qu'elle laisse éclater face à sa victime. On a beau être plongé dans la tête des personnages, les phrases que l'auteur en sort manquent de profondeur psychologique. J'ai aussi été confrontée à ce problème étrange que j'avais déjà rencontré dans Les chaussures italiennes de Henning Mankell : on peut lire de longs dialogues sans aucune indication de l'émotion des personnages, de leur intonation. Et, seulement à la fin, on apprend que Mickael était "furieux", Erika "bouleversée"... Les dialogues apparaissent alors comme une sorte d'obligation d'écriture, mais on pourrait les faire disparaître sans nuire au portrait des personnages.

Bref, j'ai été la première surprise de me sentir si déçue. Peu de critiques sont négatives. J'en ai lu par-ci par-là, mais qui ne relèvent pas exactement les mêmes "défauts" que moi.

Pour de la vraie lecture scandinave addictive, lisez plutôt Mons Kallentoft ou Anne B. Ragde, plus drôles, mieux écrits, avec des personnages plus profonds.

 

Néo-défi lecture 2016 : Un livre qui se passe sur une île (bon, pas entièrement, mais c'était pour changer un peu de Robinson et autres Vendredi)

27 mars 2016

Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d'à côté

 

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Ce roman suédois est un roman d'amour pas tout à fait comme les autres. Rien qu'aux prénoms des deux protagonistes, Désirée et Benny, on sort un peu des sentiers battus. Leur rencontre a lieu dans un lieu inattendu, spoilé par le titre : un cimetière. En effet, Benny vient de perdre sa mère et Désirée, son mari. Entre eux deux commence une "passion dévorante" (pour reprendre la quatrième de couverture), alors que tout les oppose : Désirée est une bibliothècaire très citadine et Benny, un agriculteur très paysan. Enfin... on le sait bien, il ne faut pas se fier aux apparences. Les contraires s'attirent et deviennent complémentaires, on le dit souvent. L'humour et le sexe rendent leur histoire possible, avec de beaux moments de complicité. La narration alterne un chapitre de chaque point de vue ; sans répétition inutile, chaque personnage reprend là où l'autre s'est arrêté, ce qui donne une belle fluidité dans la lecture, tout en suggérant à quel point les deux amoureux se répondent l'un l'autre.

Mais, et c'est là l'originalité du roman, avant même la moitié du récit, on n'en est déjà plus là. Désirée passe sa première nuit chez Benny, et le choc des cultures est trop grand. A partir de là, tout s'effrite, et personne, ni elle, ni Benny, encore moins le lecteur, ne peut dire comment cela va se finir.

J'ai été un peu déroutée, c'est vrai, de voir le mélange tourner si vite. C'est là qu'on voit que les romans utilisent très, très souvent le même schéma, dans les mêmes proportions, au chapitre près. Là, c'est étrange, on voit les choses se dégrader avant d'avoir pu véritablement s'attacher aux personnages. Et puis on finit par comprendre où l'auteure veut en venir. Enfin une histoire où l'amour prend place dans une réalité pas toujours reluisante ; où les personnages sont face à de véritables dilemmes, non pas tragiques mais tristement banals, devant choisir entre la fameuse "passion dévorante" et des plans de vie, plus ou moins choisis, mais dont ils n'arrivent pas à se défaire.

Pas un mot sur la fin : je vous invite à faire cette lecture, plutôt rapide, mais moins légère qu'elle n'en a l'air.

Néo-défi lecture 2016 : Un livre choisi de façon aléatoire. (au pif dans les rayons d'une toute petite bibliothèque)

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25 mars 2016

The Moomin Shop, London

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Quoi de plus adapté, pour le retour de la petite Mu, que ce souvenir de Londres, visitée en mai dernier, et cette rencontre imprévue avec le Moomin Shop !

Située à Covent Garden, dans un marché couvert, la boutique montre fièrement sa devanture bleue, mais il faut grimper un escalier pour rejoindre l'espace vente. Bien sûr, les créatures finlandaises nous accompagnent le long de notre grimpette.

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Et en haut, bienvenue dans la Moomin Valley ! Des livres, bien sûr, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, des peluches, des figurines ; les classiques mugs, porte-clés, cartes ; et puis des accessoires de cuisine, de jolies boîtes en fer, des affiches...

Bon, moi, je craque totalement, vous vous en doutez bien. Surtout qu'en France, hormis ce pop-up store (boutique éphémère) ouverte en janvier dernier à l'Institut Finlandais, eh bien, rien du tout ; il faut se rabattre sur les boutiques en ligne pour trouver autre chose que les livres.

Petit tour du monde des Moomin Shop : clic.

Infos pratiques pour futurs touristes londoniens : Moomin Shop, Jubilee Market Hall, à Covent Garden, re-clic.

 


11 février 2014

Anne B. Ragde : La ferme des Neshov

petit bac 2014: un bâtiment pour "Opération liste à lire"

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir les personnages de La terre des mensonges, lu cet été sur les routes scandinaves.

Des personnages sympathiques, bien que fort différents les uns des autres. Je demande d'abord les frères : un entrepreneur de pompes funèbres, dont le rêve le plus cher est d'équiper son appartement d'un sauna ; un concepteur de vitrine pour les magasins chic de Copenhague, collectionneur de miniatures Swarovski ; un éleveur de porcs, qui vivait avec sa mère, décédée dans le tome 1, et avec son "père", un homme étrange et taciturne. Puis je demande la fille (celle du troisième frère, l'éleveur) : une spécialiste du dressage des chiens domestiques, prise entre les caprices et lamentations de sa mère, le caractère bourru de son père, et des aventures sentimentales parfois décevantes. Une des choses qui m'avait plu dans le premier tome et qui revient - peut-être même davantage - dans le deuxième, c'est la description assez minutieuse des métiers de chacun. D'un chapitre à l'autre, on vit le quotidien de ces quatre personnages principaux, et, même si on n'y connaît rien aux porcs, aux chiens, aux cercueils ou aux vitrines, on apprend à s'y connaître, et on a l'impression d'avoir fait ça toute sa vie. 

Cela étant dit, j'ai regretté : 

- le fait que les quatre personnages ne soient pas traités de manière égale : Margido, notamment, reste assez mystérieux à mes yeux, je n'ai pas l'impression de bien le connaître, même après la lecture des deux tomes (peut-être dans le troisième ?) ;

- le fait que le rebondissement final du premier tome ne soit finalement pas plus exploité que ça (alors qu'il était très prometteur !) ; 

- l'absence de véritable avancée dans l'intrigue... sauf la fin (je n'en dis pas plus, mais elle est frappante). 

Il va sans dire que j'ai hâte de lire le troisième volume, malgré ces petites déceptions. J'espère que mes attentes seront comblées avec la fin de la trilogie. 

 

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27 janvier 2014

Jens Christian Grøndahl : Quatre jours en mars

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un chiffre en littérature scandinave

Et voilà, toute dernière lecture pour le challenge 2013 ! J'ai tenu le pari ! 

Ce dernier titre s'incrit dans la lignée des autres titres lus récemment en littérature scandinave, à savoir les histoires de famille ; je dirais presque : les fresques familiales. En effet, ici, dans le roman de Grondahl, il y a de la matière : à la fois dans la longueur (plus de quatre cents pages) et dans le nombre de personnages. Le personnage principal, dans la tête duquel on se trouve la plupart du temps, est Ingrid, une femme de quarante-huit ans. Elle est divorcée, a un fils, et un amant, qui est marié. Quatre personnages de plus. Elle a une mère, elle-même divorcée, après avoir appris que son mari avait eu une autre femme et, surtout, un autre fils avant elle. Lequel fils a maintenant une femme et deux filles, et tous fréquentent et s'entendent très bien avec Ingrid et sa mère. Sept personnages supplémentaires. Quand on apprend que la grand-mère d'Ingrid a elle aussi eu deux maris, et bien sûr des parents, et que tout ce petit monde occupe au minimum un chapitre du livre, on a envie de dire "N'en jetez plus, la coupe est pleine !"

De par la construction narrative (quatre jours dans la vie d'Ingrid, dans lesquels on raconte aussi bien les faits présents que les souvenirs du passé), de par le type de personnages, ni admirables, ni complètement détestables, de par la fin, surtout, bien plus rocambolesque que le reste de l'ouvrage, ce récit m'a rappelé les histoires de Ian McEwan, en particulier Samedi, qui lui aussi se déroule dans une temporalité bien délimitée, avec une sorte d'unité de temps propre à la tragédie, et dont la fin aussi est inattendue. 

Cependant, cette lecture fut un peu longue. Si j'ai aimé, globalement, l'écriture et le scénario, il y avait tout de même des longueurs. Des personnages un peu trop difficiles à cerner à mon goût (la grand-mère, notamment). Des moments de flottement où on ne sait plus trop où on est, ni avec qui. 

La fin rattrape un peu cette impression mitigée ; je ne regrette tout de même pas cette lecture - qui, en plus, m'a rappelé quelques lieux visités cet été à Copenhague. 

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20 janvier 2014

Rikka Pulkkinen : L'armoire des robes oubliées

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un objet en littérature scandinave

Par coïncidence, ce livre s'ouvre sur la même thématique que ma précédente lecture, Maudit soit le fleuve du tempségalement faite dans le cadre de la dernière colonne de mon challenge. A savoir, une mère de famille, grand-mère à présent, apprend qu'elle est atteinte d'un cancer, et le roman nous offre son histoire ainsi que celle de ses proches. Mais, ici, dès les premières pages, j'ai tout de suite accroché - ce qui n'avait pas du tout été le cas avec le roman de Per Petterson. 

D'abord, le système narratif adopté est plus complexe, mais paradoxalement plus clair : le point de vue interne se promène de personnage en personnage - le grand-père, la fille, la petite-fille -, mais avec une certaine rigueur, dans la mesure où l'on change de chapitre dès qu'on change de point de vue (ou l'inverse). Il faut s'habituer au point de vue interne à la troisième personne (et non à la première), et au fait que les prénoms féminins se ressemblent assez fortement (Elsa, Ella - abréviation de Eleonoora -, Eeva...), mais une fois ces petits détails assimilés, on est très vite transporté ! 

C'est une histoire de secret. Mais un secret assez vite révélé au lecteur : dans cette famille, il y a eu un élément extérieur, une fille, qui a beaucoup compté pour plusieurs membres de la famille sans en faire officiellement partie. Lorsque l'une des petites-filles tombe sur une robe qu'elle ne connaissait pas dans l'armoire de sa grand-mère, le seul commentaire de celle-ci sera : "Ce n'est pas ma robe, c'est celle d'Eeva." Et c'est à partir de là que l'on commence à voyager entre le passé (années 60) et le présent, entre le récit - à la première personne cette fois-ci - d'Eeva et celui des autres, les "vrais" membres de la famille. On en oublie, au fur et à mesure qu'on tourne les pages, que les jours d'Elsa, la grand-mère, sont comptés : c'est ça, la magie des souvenirs. Le temps est comme suspendu. 

Le tout est écrit avec intelligence. Je n'ai pas trouvé d'autre mot pour décrire ce mélange d'humour discret, de poésie sans mièvrerie, de réflexion sans lourdeur. Il y a de belles phrases sur l'amour, sur le lien qu'on crée avec autrui. 

Bref, un vrai coup de coeur, de ces livres qu'on a du mal à quitter tellement on a l'impression d'avoir vécu, l'espace de plusieurs heures, avec ses personnages. 

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12 janvier 2014

Per Petterson : Maudit soit le fleuve du temps

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un gros mot en littérature scandinave (bon, je sais, ce n'est pas vraiment un gros mot, mais de toute façon cette catégorie est facultative dans le challenge...)

Et je dirais que ce livre aurait aussi pu être facultatif... Pourtant, certaines critiques lues sur le Net sont dithyrambiques. Une "écriture âpre", un roman "hautement poignant", et j'en passe. L'histoire avait tout pour me plaire, pourtant : Arvid, la quarantaine, part rejoindre sa mère malade d'un cancer, qui s'est réfugiée - on ne sait pas vraiment pourquoi - dans son village danois natal. Arvid n'est pas malade mais sa vie est un peu accidentée elle aussi : il s'apprête à divorcer. A partir de là, on m'annonce un récit de vie émouvant, naviguant (il est question d'eau et de ferry souvent dans cette histoire) entre passé et présent, le tout dans le cadre d'une Europe venant tout juste de vivre la chute du mur de Berlin. 

Or, du début à la fin de ma lecture, j'ai connu un phénomène agaçant, que je connais peu pourtant : mon oeil, au lieu d'absorber sagement - ou goulûment - les lignes l'une après l'autre, se promenait distraitement sur la page, traversant d'une traite un paragraphe, pour y revenir ensuite, avec cette question : "Mais qu'est-ce que je viens de lire, au juste ?" Et ce, quasiment à chaque page. Avouez qu'au bout d'un moment, cela devient lassant, et quelque peu pénible. 

Bref, je n'ai pas accroché, quoi. Je ne saurais pas dire avec précision d'où vient le problème. Trop de faits, à mon avis, trop de dérives dans le passé, avec trop peu de repères pour le lecteur. Des personnages sont évoqués une ou deux fois sans qu'on puisse déterminer à quel point ils ont compté, ou comptent encore, dans la vie du narrateur. Quant à l'histoire de la mère, elle était présentée comme importante, et n'existe en fait que comme faire-valoir de celle du fils. 

Je passe donc mon chemin. J'ai d'autres romans sur le feu, j'espère qu'ils sauront m'envoûter davantage ! 

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09 décembre 2013

Henning Mankell : Le cerveau de Kennedy

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : une partie du corps en littérature scandinave

Bon. De Mankell, j'avais déjà lu Les chaussures italiennes  et, comme vous pourrez le voir si vous allez lire mon (vieil) article, je n'avais pas trop aimé. Mais, quand on cherche des auteurs scandinaves, on tombe forcément sur lui, et il a écrit beaucoup de polars (dont beaucoup avec des titres intéressants pour le challenge ^^). Il fallait donc que je m'y collasse. 

Le cerveau de Kennedy ne fait pas partie sa série de polars à proprement parler, en tout cas pas la série de l'inspecteur Wallander. Mais il est quand même le récit d'une enquête : celle d'une mère, archéologue de métier, qui découvre le corps de son fils, dans l'appartement de ce dernier, à Stockholm. Quand la police lui parle de suicide, elle n'y croit pas. Son instinct et ses recherches la mèneront dans des parties du monde aussi diverses que l'Espagne, l'Australie ou l'Afrique. En suivant les traces de son fils, elle découvre certaines réalités sordides concernant l'épidémie du SIDA, et des personnages à la face bien obscure. 

Mais tout ça, ça fait trop. Trop de personnages, trop de pistes, trop de voyages, trop de sujets. Attention, spoiler : le titre est plus un leurre qu'autre chose car, à moins que j'aie mal lu (ce qui est tout à fait possible, vu le labeur que cette lecture fut pour moi), ce n'est absolument pas un aspect important de l'histoire. La quatrième de couverture me promettait des découvertes spectaculaires, je n'ai eu l'impression que de patauger dans la gadoue d'un bout à l'autre du roman. Malgré sa longueur, il ne dénoue clairement aucune piste, et se clôt lamentablement sur une fin ouverte dont un lecteur de roman à suspense n'a que faire.

Donc, trop de questions, pas assez de réponses : ce fut encore une fois une rencontre ratée avec ce soit-disant maître de la littérature. 

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