10 novembre 2017

Sylvain Tesson : Berezina

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Ah, Sylvain Tesson ! Découvert il y a quelques années dans une émission spéciale de La Grande Librairie (oui, bon, vous allez croire que j'ai des actions à France 5 à force de vous parler de cette émission, mais c'est ainsi !) où il avait lu, en guise de livre préféré, des aphorismes d'un auteur que j'ai été incapable de retrouver malgré mes recherches. Un choix qui détonait parmi les autres propositions, et qui m'avait donné envie de découvrir le personnage. Ma première rencontre avec son écriture a été Dans les forêts de Sibérie, et ce fut un éclair. L'écrivain de la nature et de la culture entrelacées, désormais, pour moi, ce fut lui. J'ai ensuite essayé des nouvelles, S'abandonner à vivre : moins convaincue. Abandonnées en cours de route. Puis j'ai renoué avec sa magie avec Sur les chemins noirs, après avoir découvert (chez Yann Barthès cette fois ! Je varie les plaisirs télévisés !) qu'il avait connu un terrible accident, le privant temporairement de ses jambes. Et comme Sylvain Tesson ne fait jamais rien comme tout le monde, en guise de rééducation, il a traversé la France sur des chemins oubliés. Ben oui. Et ça donne aussi un livre génial. Je ne me suis pas encore procuré son journal, Une très légère oscillation, mais j'ai hâte, j'ai hâte ! Et puis il y en a tellement d'autres que j'aimerais découvrir... 

Aujourd'hui, c'est de son avant-avant-dernier récit de voyage (avant les Chemins noirs et le journal, donc) que je veux vous parler. Vous le savez déjà si vous avez parcouru régulièrement les colonnes de ce blog, j'aime les pays froids, leur neige, leurs grands espaces. Il était donc logique qu'après avoir séjourné au bord du lac Baïkal avec Tesson, je l'accompagne sur la route de la retraite de Russie. Encore un projet original conçu dans cet esprit atypique : rouler sur les traces de Napoléon, dans son retour de Moscou à Paris. Tesson, lui, le fait en side-car (un Oural, bien sûr), avec quelques amis, des Français et des Russes. Cette fois-ci, c'est un dialogue entre le présent et le passé, le voyage intérieur et le voyage lu, l'Histoire et la géographie, que nous livre Tesson. Il y a bien sûr des lectures dont il nous livre de nombreuses citations, mais leurs auteurs ne sont pas des écrivains de Littérature, mais des compagnons de voyage de Napoléon, notamment son grand écuyer Caulaincourt. Et j'avoue que, moi qui ne suis pas une grande lectrice d'essais historiques (exception faite pour certains sur la période médiévale qui me passionne), j'ai pris plaisir à plonger dans les détails les plus précis de ce célèbre échec de l'Empereur. Evidemment, cela permet à Sylvain Tesson de nombreuses réflexions sur le choc des cultures (les Russes face aux Français), l'humanité et l'animalité (il y a de très belles pages notamment sur le sort réservé aux chevaux pendant les batailles), et le pouvoir du voyage sur la méditation : 

"J'en étais persuadé : le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d'idées au retour qu'au départ. Il les ont saisies, chemin faisant. Leurs amis en font d'ailleurs les frais, cela s'appelle les récits de mon voyage. [...] Quand on se "branle" (selon l'expression de Montaigne pour désigner le voyage), l'échauffement du corps produirait de l'énergie spirituelle et contribuerait au jaillissement des idées."

Oui, parce que, cette fois-ci (contrairement aux Forêts), j'ai pensé à prendre des notes ! Indispensable pour retrouver ce style inimitable, mêlant réflexion, culture (Tesson serait-il plus cultivé que la moyenne ?...) et humour décapant. Allez, je vous propose d'autres morceaux choisis. Pour sourire, et s'instruire en même temps : 

"En Russie, on compte en grammes l'alcool que l'on boit. Un petit verre : 50 grammes. Un gros verre : 100 grammes. Une matinée bousillée : 500 grammes."

"[Le Mal napoléonien] Titre du brillant (mais sujet à débat) livre de Lionel Jospin [...], lequel partage avec l'Empereur le fait d'avoir raté une campagne."

Pour réfléchir : 

"Un haut lieu, c'est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l'Histoire, un morceau de territoire sacralisé par une geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d'irradier l'écho des souffrances tues ou des gloires passées. C'est un paysage béni par les larmes et le sang."

Et pour la beauté de la formule : 

"La lumière de l'été, brouillée par la vapeur, allaitait jour et nuit les côtes de Baffin."

Sylvain Tesson, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore. Ses livres, il faut les dévorer et les savourer en même temps - difficile exercice. Ils sont toujours trop courts, mais laissent une saveur bien au-delà de la dernière page. Un bien grand auteur, qui semble avoir tout compris à l'écriture. Si avec ça vous ne vous lancez pas !... 

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27 janvier 2014

Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie

petit bac 2014: un lieu pour "Opération liste à lire"

Sylvain Tesson, je n'en avais jamais entendu parler avant de regarder une émission spéciale de "La Grande Librairie" sur France 5, cet été, puis, peu de temps après, d'en entendre parler par une amie, qui m'a vivement recommandé cet ouvrage. Il faut dire que je ne suis pas tellement férue de récits de voyage. Enfin, ça, c'était avant... Maintenant, je m'y mets petit à petit, et là, je dois dire que le lieu - plus, peut-être, que le sujet -, associé à cette belle photo de couverture, m'ont fait craquer. 

Et j'ai eu raison. Quelle merveille que ce journal de bord qui, sans prétention, célèbre le mariage de la nature et de la culture. Excusez du peu...

En effet, Sylvain Tesson est un amoureux de la nature, sous toutes ses formes : il aime l'animal, il aime le végétal, il se réjouit du minéral. C'est un boulimique des grands espaces et, jusqu'en 2010 du moins, un dévoreur de kilomètres. Il a fait le tour du monde à vélo, traversé l'Himalaya à pied, parcouru les steppes d'Asie centrale à cheval, et j'en passe. Puis, un jour, il décide de se transformer en "voyageur immobile" (pour reprendre l'expression de Giono). Fi des grands déplacements, il décide de passer six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie.

Et il va le faire. Et il va même l'écrire. Dans les forêts de Sibérie, c'est donc le journal (très précisément jour par jour) de ces six mois d'érémitisme au pays des - 30°C. Et c'est une très belle oeuvre littéraire qui en naît. Car Sylvain Tesson est aussi un amoureux des mots. Il a lu, et il lit toujours : il n'oublie pas d'emporter dans ses bagages une malle de livres, une bibliothèque idéale dont il dresse une liste en début de journal. (Oh, un ami des listes, comme moi !) Il pense, également. Et il réfléchit : retour sur soi, son mode de vie, ses mauvaises habitudes - ou celles de l'Homme. 

C'est donc surtout une magnifique plume que j'ai découverte, qui voyage - immobile - entre poésie des croquis de Dame Nature pris sur le vif, philosophie nourrie par de nombreuses citations (ré)offertes au lecteur et augmentées de commentaires, et humour. Quelques traits mordants sur la civilisation ou sur soi-même, avec un ton pince-sans-rire qui fait mouche. 

Une pépite, donc. Que Sylvain Tesson nous ramène de "là-bas" et nous offre avec énormément de générosité. A lire, et surtout à relire. D'ailleurs, j'y retourne.  

Posté par lapetitemu à 09:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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