10 novembre 2017

Sylvain Tesson : Berezina

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Ah, Sylvain Tesson ! Découvert il y a quelques années dans une émission spéciale de La Grande Librairie (oui, bon, vous allez croire que j'ai des actions à France 5 à force de vous parler de cette émission, mais c'est ainsi !) où il avait lu, en guise de livre préféré, des aphorismes d'un auteur que j'ai été incapable de retrouver malgré mes recherches. Un choix qui détonait parmi les autres propositions, et qui m'avait donné envie de découvrir le personnage. Ma première rencontre avec son écriture a été Dans les forêts de Sibérie, et ce fut un éclair. L'écrivain de la nature et de la culture entrelacées, désormais, pour moi, ce fut lui. J'ai ensuite essayé des nouvelles, S'abandonner à vivre : moins convaincue. Abandonnées en cours de route. Puis j'ai renoué avec sa magie avec Sur les chemins noirs, après avoir découvert (chez Yann Barthès cette fois ! Je varie les plaisirs télévisés !) qu'il avait connu un terrible accident, le privant temporairement de ses jambes. Et comme Sylvain Tesson ne fait jamais rien comme tout le monde, en guise de rééducation, il a traversé la France sur des chemins oubliés. Ben oui. Et ça donne aussi un livre génial. Je ne me suis pas encore procuré son journal, Une très légère oscillation, mais j'ai hâte, j'ai hâte ! Et puis il y en a tellement d'autres que j'aimerais découvrir... 

Aujourd'hui, c'est de son avant-avant-dernier récit de voyage (avant les Chemins noirs et le journal, donc) que je veux vous parler. Vous le savez déjà si vous avez parcouru régulièrement les colonnes de ce blog, j'aime les pays froids, leur neige, leurs grands espaces. Il était donc logique qu'après avoir séjourné au bord du lac Baïkal avec Tesson, je l'accompagne sur la route de la retraite de Russie. Encore un projet original conçu dans cet esprit atypique : rouler sur les traces de Napoléon, dans son retour de Moscou à Paris. Tesson, lui, le fait en side-car (un Oural, bien sûr), avec quelques amis, des Français et des Russes. Cette fois-ci, c'est un dialogue entre le présent et le passé, le voyage intérieur et le voyage lu, l'Histoire et la géographie, que nous livre Tesson. Il y a bien sûr des lectures dont il nous livre de nombreuses citations, mais leurs auteurs ne sont pas des écrivains de Littérature, mais des compagnons de voyage de Napoléon, notamment son grand écuyer Caulaincourt. Et j'avoue que, moi qui ne suis pas une grande lectrice d'essais historiques (exception faite pour certains sur la période médiévale qui me passionne), j'ai pris plaisir à plonger dans les détails les plus précis de ce célèbre échec de l'Empereur. Evidemment, cela permet à Sylvain Tesson de nombreuses réflexions sur le choc des cultures (les Russes face aux Français), l'humanité et l'animalité (il y a de très belles pages notamment sur le sort réservé aux chevaux pendant les batailles), et le pouvoir du voyage sur la méditation : 

"J'en étais persuadé : le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d'idées au retour qu'au départ. Il les ont saisies, chemin faisant. Leurs amis en font d'ailleurs les frais, cela s'appelle les récits de mon voyage. [...] Quand on se "branle" (selon l'expression de Montaigne pour désigner le voyage), l'échauffement du corps produirait de l'énergie spirituelle et contribuerait au jaillissement des idées."

Oui, parce que, cette fois-ci (contrairement aux Forêts), j'ai pensé à prendre des notes ! Indispensable pour retrouver ce style inimitable, mêlant réflexion, culture (Tesson serait-il plus cultivé que la moyenne ?...) et humour décapant. Allez, je vous propose d'autres morceaux choisis. Pour sourire, et s'instruire en même temps : 

"En Russie, on compte en grammes l'alcool que l'on boit. Un petit verre : 50 grammes. Un gros verre : 100 grammes. Une matinée bousillée : 500 grammes."

"[Le Mal napoléonien] Titre du brillant (mais sujet à débat) livre de Lionel Jospin [...], lequel partage avec l'Empereur le fait d'avoir raté une campagne."

Pour réfléchir : 

"Un haut lieu, c'est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l'Histoire, un morceau de territoire sacralisé par une geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d'irradier l'écho des souffrances tues ou des gloires passées. C'est un paysage béni par les larmes et le sang."

Et pour la beauté de la formule : 

"La lumière de l'été, brouillée par la vapeur, allaitait jour et nuit les côtes de Baffin."

Sylvain Tesson, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore. Ses livres, il faut les dévorer et les savourer en même temps - difficile exercice. Ils sont toujours trop courts, mais laissent une saveur bien au-delà de la dernière page. Un bien grand auteur, qui semble avoir tout compris à l'écriture. Si avec ça vous ne vous lancez pas !... 

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08 août 2017

Laurent Gaudé : Eldorado

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Comme je le disais dans mon article sur L'exil et les migrations, j'ai longtemps rechigné à lire Laurent Gaudé. Trop célèbre, trop récurrent dans les derniers manuels scolaires ou sujets d'examen (au bac, au brevet...). Un peu trop pour être honnête, quoi. Et puis, bon, j'ai récemment décidé de mettre de côté cette méfiance que j'ai envers les auteurs à la mode pour me faire ma propre idée. Mon premier Gaudé est donc Eldorado. Et je reconnais que ce fut une plutôt belle rencontre. 

Je m'attendais à être rebutée par un style faussement littéraire, et finalement pauvre. Cela s'explique par le fait que le texte de Gaudé que je connaissais le mieux jusqu'à présent était l'extrait du Soleil des Scorta donné aux collégiens pour le brevet 2013. J'avais trouvé ce texte non pas détestable (il ne faut pas exagérer) mais quand même nettement en dessous de beaucoup d'autres auteurs (même contemporains) qu'on pouvait proposer à des élèves de 3e. Un peu facile, quoi. Evidemment, quand on ne lit qu'un extrait, et qu'en plus, on "l'utilise" pour en faire une explication littéraire, il est facile d'en pointer la pauvreté ou la facilité. Mais dans le contexte d'un roman, les choses sont différentes. Le style de Gaudé ne se prête peut-être pas aux explications de texte, mais il convient parfaitement aux récits qu'il porte dans ses romans. 

Ainsi, je suis entrée dans Eldorado avec plus de plaisir que je ne le pensais. Des chapitres assez courts, des moments qui accrochent l'attention, des personnages qui intriguent. J'ai très vite voulu savoir ce que le commandant Piracci, l'un des personnages principaux du roman, allait faire avec cette ancienne migrante qui lui réclame son pistolet pour se venger d'un passeur véreux. Puis sont apparus deux autres personnages, Soleiman et Jamal, deux frères qui tentent la fameuse traversée du Soudan à Lampedusa, et j'ai eu envie, également, de suivre leurs aventures. 

Du réalisme, peu de clichés, juste ce qu'il faut d'émotion pour donner de l'étoffe à l'histoire (aux histoires, plutôt) : bien sûr, des histoires de migrants, on en a lu, ou du moins entendu beaucoup, mais celle-ci est un beau moment littéraire. Avec cette originalité de destins qui se croisent, au sens propre : les deux frères veulent gagner l'Italie, le capitaine veut la quitter, pour trouver une nouvelle vie, et se trouver lui-même. Cela nous amène à une véritable réflexion sur nos actes, nos choix, et la manière dont ils nous emmènent parfois dans des routes totalement inconnues. 

La fin est marquante, sans pour autant annihiler les émotions partagées tout au long du roman. 

Je ne regrette donc pas cette découverte, qui m'a donné envie de faire plus amplement connaissance avec cet auteur que j'évitais. A suivre ! 

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07 août 2017

L'exil et les migrations

 

 

 

Cette belle chanson de Christophe Maé nous rappelle que le sujet des migrations reste encore et toujours d'actualité. C'est ce que j'ai tristement pensé en juin dernier lorsque, feuilletant les manuels scolaires à la recherche d'un dossier de presse pour la nouvelle séquence de 4e, "Informer, s'informer, déformer ?", j'en ai trouvé un sur les migrants. Je savais qu'il me servirait plusieurs années durant, parce que cette problématique n'était pas prête de disparaître. 

J'avais déjà fait quelques lectures à ce sujet. Je profite de l'été pour donner un panorama plus large de cette question : dans la littérature, notamment la littérature jeunesse, dans les programmes scolaires, dans le cinéma. 

Les nouveaux programmes de collège m'ont donc donné l'occasion de mettre en oeuvre une nouvelle séquence en 4e : "Quand la ville devient un lieu d'exil". Cette année, j'ai ainsi mêlé deux "enjeux littéraires et de formation personnelle" (c'est comme ça qu'on appelle désormais les différents points du programme de littérature) : "Informer, s'informer, déformer ?" (autour de la presse) et "La ville, lieu de tous les possibles ?". L'an prochain, je ferai de même, mais dans deux séquences dissociées : l'exil en littérature, puis l'exil dans les médias. 

A cette occasion, j'ai élaboré une nouvelle liste de lecture cursive autour de l'exil et des migrations (enrichie par rapport à celle que j'avais donnée cette année) : 

La traversée, de Jean-Christophe Tixier (9€50)
Refuges, d’Annelise Heurtier (12€)
Enfants de l’exil, d’Ahmed Kalouaz (9€95)
Un cargo pour Berlin, de Fred Paronuzzi (8€20)
La danse interdite, de Rachel Hausfater (8€50)
Tu peux pas rester là, de Jean-Paul Nozière (8€70)
Toute seule loin de Samarcande, de Béatrice Deru-Renard (8€50)
La petite fille de Monsieur Linh , de Philippe Claudel (5€60)
Le temps des miracles, d’Anne-Laure Bondoux (13€90)
Clandestine, le journal d’une enfant sans papiers- Loriane K (6€90)

[J'avais aussi fait figurer Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?, de Jean-Paul Nozière, dont je vous parlais en août 2013, mais je pense le retirer de la liste, d'une part parce que l'exil ne concerne qu'un récit sur les deux qui s'entremêlent dans le roman, d'autre part parce que les élèves ont eu un peu de mal à en faire la restitution que je leur demandais, à savoir l'interview du personnage principal. Beaucoup ont interviewé Ylisse ou Adélie, mais faire parler un mort est un exercice difficile et pas toujours convaincant...]

[bis : J'ai précisé les prix car je sais bien que c'est l'une de nos préoccupations quand on donne des livres à lire aux élèves... Ils sont chers, certes, mais je rappelle que, dans mon fonctionnement, je n'oblige jamais les élèves à acheter. Bien sûr, pour fonctionner ainsi, il faut avoir une ou plusieurs médiathèques bien achalandées à proximité, et donner beaucoup de temps aux élèves pour qu'ils s'organisent en premier lieu dans l'acquisition du livre.]

J'avais donc déjà lu les deux premiers de la liste, ainsi que La danse interdite, il y a longtemps, que j'avais beaucoup aimé (on trouve peu d'articles sur ce roman, étrange : quelques lignes dans Le Matricule des Anges)

Dernièrement, trois nouvelles lectures : 

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Je ne suis pas sûre d'intégrer le premier dans la liste. Les articles sur le roman de Maryline Desbiolles insistent tous sur sa brièveté, son "écriture épurée", et c'est justement ce qui m'a gênée. On n'a pas vraiment le temps de s'imprégner de l'histoire des personnages. Je trouve que ce livre ne répond pas assez à mon objectif pédagogique, j'aurais peur que les élèves ne sachent pas s'y prendre pour en rendre compte. Le début est complexe, j'ai mis du temps à saisir la situation - et une fois comprise, c'est presque déjà la fin du récit. Une déception face à ce roman dont on dit pourtant du bien ici, ici ou encore

Belle surprise, en revanche, pour le roman de Fred Paronuzzi, et découverte réussie de Laurent Gaudé que j'avais évité jusque là, plutôt méfiante, pas convaincue par certains extraits trouvés dans les manuels scolaires. Je vous en dis plus dans de futurs articles. 

J'ai trouvé une autre liste de lecture sur InterCDI, avec des titres que je ne connaissais pas, et que j'essaierai donc de découvrir prochainement : Inter CDI

 

 

Voici pour les lectures. Qu'en est-il de mes activités pédagogiques menées en 4e ? En voici un rapide aperçu (plus de détails à la demande) :

Corpus littéraire, autour du thème "Quand la ville accueille l'exil" (problématique travaillée : Comment la littérature et le cinéma utilisent-ils le décor d'une ville pour nous faire vivre le sentiment d'exil ?) : deux extraits non directement liés à l'exil, mais plutôt à la découverte d'une ville et de sa modernité (l'arrivée à Paris de Denise dans Au bonheur des dames, de Zola, et la découverte du métro par Zazie dans le roman de Queneau) ; l'extrait du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, donné au brevet 2013, dans lequel des migrants italiens attendent et imaginent leur arrivée à Ellis Island ; enfin, la première partie du poème "A New York", de Léopold Sédar Senghor, qui décrit la fascination suivie de la désillusion du poète face à la modernité de New York. 

Corpus cinématographique, pour accompagner les textes : l'arrivée de Xavier à Barcelone dans L'auberge espagnole, de Cédric Klapisch ; la séquence de Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, dans laquelle Marjane est envoyée de force par ses parents en Autriche, pour échapper aux contraintes du régime islamique iranien ; et un extrait de Pour un instant la liberté, film d'Arash T. Riahi où il raconte l'histoire vécue par ses frères d'une migration de l'Iran vers l'Europe (extrait à choisir car tout le film est passionnant et intéressant pour le thème...). 

Activité de lecture : pour accompagner la lecture cursive (voir plus haut), la rédaction de l'interview du ou des personnage(s) principal(aux) du livre (cinq questions posées par le journaliste et cinq réponses du personnage dans lesquelles il doit raconter les principales étapes de son parcours de migrant ou d'exilé). 
(Activité plutôt bien réussie par les élèves qui ont compris l'intérêt de bien choisir les questions et de bien rédiger les réponses s'ils voulaient que leur devoir prouve qu'ils ont lu et compris le livre. Quelques uns se sont néanmoins un peu perdus, comme je le remarquais plus haut.)

Activité d'écriture : une rédaction pour évaluer la séquence, dont le sujet est très proche de ce qui est tombé au brevet 2017 (raconter l'arrivée dans une ville inconnue, en décrivant les lieux, et en insistant sur les réactions et les émotions du personnage). Au préalable, j'avais fait tirer au sort une situation que les élèves devaient respecter dans leur rédaction : une ville de départ (par exemple, Port-au-Prince), une ville d'arrivée (Montréal, dans le même exemple), la raison de l'exil de leur personnage (ici, le tremblement de terre en 2010). Ils étaient donc censés faire des recherches en amont, et apporter le résultat de ces recherches le jour de la rédaction en classe, pour que leurs descriptions et les faits sur lesquels ils devaient s'appuyer soient les plus précis possibles. 
(Rédactions un peu décevantes : peu d'élèves avaient fait l'effort de véritables recherches ; à leur décharge, je n'avais pas beaucoup pu les guider dans ces recherches. Les récits étaient souvent très naïfs, avec des exilés qui passent leur première journée à visiter - avec un guide, bien sûr - tous les monuments historiques de la ville, ou qui trouvent du travail en demandant au premier boulanger croisé. A retravailler l'année prochaine avec des séances spécialement consacrées aux recherches, et d'autres à la technique de la description, peu utilisée dans les devoirs, malgré les consignes données.)

 

Travailler sur les migrations en interdisciplinarité : deux pistes à ce sujet, autour des médias ou autour du programme de géographie (les migrations y figurent en 4e : ça tombe bien !).

- Une séquence autour de l'entrée du programme de français "Informer, s'informer, déformer ?" : Quand l'exil est au coeur des médias (problématique travaillée : Jusqu'où les médias peuvent-ils aller pour aborder un sujet de société ?)

Il suffit de constituer un dossier de presse autour de la question des migrants (on en trouve un plutôt riche et intéressant dans le manuel L'envol des lettres, chez Belin, mais à réactualiser car il date de 2016), en intégrant notamment des images "résistantes", comme diraient nos formateurs : je pense par exemple à la fameuse photo d'Aylan, cet enfant syrien retrouvé mort sur les côtes de Turquie, photo qui a suscité de nombreuses polémiques (on peut donc faire lire différentes sortes d'articles aux élèves : ceux qui se sont servis de cette photo comme illustration, et ceux qui en ont dénoncé l'utilisation). Une réflexion peut être lancée sur les limites de l'information : à partir de quand peut-on parler de "surmédiatisation" ? Cette surmédiatisation apporte-t-elle quelque chose à l'information, ou en constitue-t-elle un obstacle ? On peut aussi faire réfléchir les élèves à ces nombreuses vidéos faites par des non-journalistes, qui remplacent parfois les informations "professionnelles" (comme toutes les vidéos amateurs qui ont circulé après les différents attentats, et qui ont parfois servi de point de départ aux théories du complot sur la Toile : "Mais non, le policier, il ne peut pas être mort, on ne voit pas de sang sur la vidéo..."). 
Autre piste intéressante autour d'une image : une photographie de migrants prenant le train utilisée par le Journal de la ville de Béziers. Cette photographie a été détournée par le journal (ajout de pancartes ne figurant pas sur la photo initiale), et permet donc de travailler sur la responsabilité vis-à-vis d'une image, la désinformation, et l'influence qu'un média peut avoir sur ses lecteurs. 

Ce travail peut aisément se mener en cours de français (l'analyse de la presse, textes et images, faisant désormais partie de nos programmes), mais il est évidemment intéressant d'y associer le professeur-documentaliste (pour la constitution du dossier de presse par exemple, ou le travail sur le croisement des sources afin d'analyser une information). Pourquoi pas aussi le professeur de géographie, ou encore des professeurs de langues vivantes, qui peuvent trouver des articles faciles à lire, ou tout simplement des Unes de magazines, sur le même thème, pour insister sur l'aspect 'sujet de société". 

- Deuxième idée : associer le professeur de géographie dans la rédaction décrite plus haut. Les séances qu'il aura faites avec les élèves sur les migrations (dans son programme, donc) pourront servir de point de départ aux recherches, et la présence d'un deuxième professeur pour encadrer ces recherches a un intérêt incontestable. C'est ce qui aurait sans doute enrichi les devoirs de mes élèves. Si l'idée d'un récit (littéraire, puisque dans mon idée de rédaction, il s'agit quand même de travailler le style et le vocabulaire) n'intéresse pas plus que ça le professeur, on peut aussi faire écrire aux élèves l'interview d'un personnage fictif d'exilé. Une autre manière encore de travailler sur la presse (avec un travail en aval de mise en page). 

 

Voici pour le panorama que j'avais envie de dresser autour de ce thème. En espérant que mes idées de lecture et d'activités pédagogiques profitent au plus grand nombre ! 

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18 août 2016

Des romans sur les migrants

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J'ai déjà évoqué plusieurs fois Refuge(s), le roman d'Annelise Heurtier, que j'ai lu il y a un certain temps déjà,  ; quant à celui de Jean-Christophe Tixier, La traversée, je viens de le finir. Tous les deux sont sortis au printemps 2015, mais ils continuent bien entendu d'être "au coeur de l'actualité", comme je l'indiquais à mes élèves sur la fiche que vous pouvez voir à l'image. 

Les deux romans reposent sur une narration plutôt travaillée, qui se veut originale, avec une alternance de points de vue : il y a le personnage-narrateur principal, et d'autres personnages dont les récits s'égrènent au fil du livre. La différence, c'est que, chez Jean-Christophe Tixier, le narrateur principal, Sam, est un jeune migrant, dont le récit s'entremêle avec celui de ses compagnons de galère, alors que chez Annelise Heurtier, le personnage principal est Mila, une jeune italienne qui passe ses vacances sur l'île de Lampedusa et qui ne rencontrera jamais les migrants dont les récits croisent le sien. Seul un objet, à la toute fin du roman, servira de pont entre toutes ces histoires. Je n'en dis pas plus. 

De fait, le roman de Jean-Christophe Tixier est moins surprenant que celui d'Annelise Heurtier. Je dirais même que, pour un lecteur adulte - voire adolescent - un tant soit peu concerné par l'actualité, il ne nous apprend pas grand-chose sur la rude odyssée des migrants. Certes, il nous plonge, au sens propre, dans une traversée à son pire moment, et il ne nous épargne aucune des difficultés présentes ou passées qui accompagnent la décision de l'exil. Mais cet aspect documentaire est limité par la nécessité de faire avancer l'histoire, et la poursuite de cette histoire est elle-même entravée par la réalité de la traversée. La fin est "abrupte", des mots mêmes de l'auteur, qui s'en excuse en postface, tout en expliquant cette volonté de "rendre hommage à ces clandestins qui ignorent de quoi la minute suivante de leur vie sera faite."

Refuge(s) est un roman plus étoffé, en partie parce qu'on suit l'histoire de Mila, qui compte elle aussi son drame personnel : la mort de son frère, Manuele, dont elle et ses parents ont bien du mal à se remettre. Le fait d'avoir cette histoire en parallèle des destins des jeunes migrants, de l'autre côté de la Méditerranée, rend la lecture agréable car on se demande quand et comment les deux vont se lier. C'est l'île qui sert en fait de liaison et ce, dès le début du roman. Elle est associée à des valeurs différentes selon les personnages : Eldorado inconnu pour les migrants, lieu d'enfance ambivalent, porteur de bons et de mauvais souvenirs pour Mila. Bien sûr, la thématique de l'adolescence et des aspects qui lui sont souvent associés - l'amour, l'amitié, la famille... - est présente. Elle est mise en valeur par les adolescences malmenées des autres récits. La fin est belle, réaliste et émouvante à la fois. 

Je reste donc beaucoup plus convaincue par ce dernier livre que par La traversée, qui s'adresse certainement à un public plus jeune, avec une volonté plus marquée de faire découvrir une réalité à des lecteurs qui ne la connaissent pas encore. Il serait donc à lire en premier, et à prolonger par d'autres lectures, celle d'Annelise Heurtier, mais pas seulement. Si vous voulez rester sur l'île, il existe un roman nommé Lampedusa, de Maryline Desbiolles, paru chez L'école des loisirs en 2012 : moins actuel, mais qui permet de voir que la situation ne date pas d'aujourd'hui. En littérature jeunesse, on peut piocher dans la liste faite par Manon Guesdon, dans Le petit journal des profs. J'y découvre une collection, "Français d'ailleurs" aux éditions Autrement, dont tous les titres sont écrits par Valentine Goby : de bonnes idées de lecture pour plus tard. Et puis, pourquoi ne pas relire l'extrait de Laurent Gaudé donné au brevet 2013 ? On y parle bien de traversée, la fameuse qui mena tant de "miséreux d'Europe" vers le rêve de l'Amérique : 

Une thématique riche, qui interroge l'actualité et ouvre de beaux questionnements pour les jeunes et les moins jeunes. 

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16 août 2016

Top Ten Tuesday #1 : Les 10 récits de voyage (ou livres sur le thème des voyages) lus ou à lire

TTT 1 pour récap

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire qui consiste à présenter chaque mardi 10 titres répondant à un thème littéraire précis. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog Frogzine. (Et découvert par la petite Mu chez Forty-five weeks). 

Je ne suis pas certaine de tenir le rythme d'une chronique chaque mardi, mais cela faisait longtemps, finalement, que je n'avais pas pratiqué la liste sur ce blog, alors allons-y pour un premier TTT, et on verra bien la suite. 

Surtout, le thème du jour est évidemment idéal en ce milieu du mois d'août, et prolonge mon article de départ en vacances. D'abord, il y a mes chouchous, dont je vous ai déjà parlés : 

1°) L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Reif Larsen, parce que c'est LE livre idéal pour partir en voyage : en un seul volume (certes, épais), vous avez une histoire pour s'évader, des annotations dans les marges pour se cultiver, et beaucoup de fantaisie pour rêver. 

2°) Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson, parce que c'est le plus beau livre que j'aie lu (peut-être le seul, d'ailleurs) sur l'alliance de la nature et de la culture. Le tout dans un paysage glacial mais somptueux. Si vous aimez le froid, vous adorerez ; si vous aimez la chaleur, ça vous rafraîchira sans clim ni glaçons. 

3°) Lettres des Isles Girafines, d'Albert Lemant, parce que c'est le plus beau livre sur les girafes que j'aie jamais lu !! Si, comme moi, vous adorez ces grandes bestioles, vous en aurez à toutes les pages, à toutes les sauces, et vous n'aurez qu'une envie : visiter, vous aussi, le Girafawaland. 

4°) Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier parce qu'après avoir longtemps boudé cette lecture, j'ai appris à l'apprécier et je la trouve maintenant d'une très grande richesse. Un vrai dépaysement, et une réflexion sobre mais très efficace sur les rapports entre l'homme et la nature, le sauvage et le civilisé. 

5°) Refuge(s), d'Annelise Heurtier, parce que ce roman jeunesse publié en 2015 s'est emparé avec intelligence de "la question des migrants", et que, malheureusement, il est toujours d'actualité en 2016. 

 

Et puis il y en a quelques autres : 

6°) L'Odyssée, d'Homère, parce que c'est quand même le récit de voyage fondateur et incontournable, et que, déjà, tout y était : l'amour, la tentation, le conflit entre monde sauvage et monde civilisé, l'hommage à la nature, la peur des dieux, et des créatures toutes plus merveilleuses (au sens premier, c'est-à-dire extraordinaires, mais pas toujours amicales) les unes que les autres. 

7°) Les aventures de Télémaque, de Fénelon, parce que ce fut l'une de mes lectures préférées d'agrégative : assez éprouvant à lire, mais tellement passionnant à étudier. Un roman d'apprentissage qui se paye le luxe de réécrire l'un des plus grands textes fondateurs tout en faisant la satire du Roi Soleil. Le "livre divin de ce siècle", aurait dit Montesquieu. Rien que ça. 

8°) Le Magicien d'Oz, de Franck L. Baum, parce que, y'a pas, ce voyage du réel à l'imaginaire reste l'un de mes récits merveilleux préférés, et ce n'est pas pour rien que je l'ai inscrit six années de suite à ma progression de 6e. Je n'ai pas de 6e l'an prochain, snif, Dorothée et ses amis vont me manquer. 

9°) Mardi, d'Herman Melville, parce qu'il fait partie d'un programme d'agrégation que je n'ai jamais eu à travailler puisque j'ai eu le concours avant :-) Du coup, je n'ai jamais terminé ce gros pavé dont j'aimais le titre, mais qui m'a noyée avant même la moitié. 

10°) Construire un feu, de Jack London, parce que je suis obligée de finir avec de la neige, et que j'ai aimé cette nouvelle dont le héros et son orgueil souvent mal placé m'ont plu, dans leur lutte pour la survie. Une entrée dans l'univers de London plus simple que ses romans, car plus brève, et en même temps, tout aussi efficace. 

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18 juillet 2016

Les vacances de la petite Mu

NorSu pour post vacances

Parce qu'il faut bien prendre des vacances de temps en temps !

L'occasion pour la petite Mu de se ressourcer, et certainement de revenir avec plein de choses dans ses bagages. 

Et l'occasion pour vous de flâner tranquillement dans les pages de ce blog, à la (re)découverte des lectures qui vous accompagneront pendant cet été ! 

Allez, comme je ne veux pas vous laisser démunis, je vous ai préparés quelques titres, plumés il y a plus ou moins longtemps, qui évoquent, à mes yeux, les vacances, l'été, la chaleur, l'évasion, l'aventure : 

- envie de se retrouver sur une île ? Rendez hommage à Michel Tournier, mort cette année, en lisant ou relisant Vendredi ou la vie sauvage (lecture utile pour les professeurs de français souhaitant travailler le programme de 5e, "L'homme est-il maître de la nature ?") (nooooon, j'avais dit que je ne pensais plus au boulot !!)

 Si les îles désertes vous effraient, visitez les Isles girafines dans le superbe album d'Albert Lemant : aventure et surprises vous attendent au fil des pages. 

- envie de traverser les Etats-Unis, dans l'espace et dans le temps ? Suivez L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S.Spivet, ce formidable et foisonnant roman d'apprentissage de Reif Larsen, déjà vieux de sept ans. Dans la foulée, vous pourrez vous lancer dans Je m'appelle Radar, du même auteur, qui vient de sortir : si vous en venez à bout, vous aurez été plus courageux que moi car, bien qu'étant conquise par le style de l'auteur et sa fantaisie, la longueur et les innombrables digressions de ce dernier ouvrage sont venues à bout de mon enthousiasme. 

- envie de s'ouvrir à l'Histoire et de partager ces découvertes avec les ados qui vous entourent ? Plongez dans l'histoire des migrations, anciennes et actuelles, avec un roman de 2013 signé Jean-Paul Nozière, Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?, et un roman de 2015 signé Annelise Heurtier, Refuge(s). Une auteure qui se fait de plus en plus connaître, après le succès de Sweet Sixteen, et une nouveauté, Le complexe du papillon. La petite Mu ne manquera pas de vous en reparler. 

     

- et si la chaleur vous pèse décidément, ne manquez pas de mettre dans vos valises les précieuses réflexions de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie.

Dans les forêts de Sibérie

 

Vous pouvez peut-être encore découvrir aussi le film de Safy Nebbou, avec une magnifique musique d'Ibrahim Maalouf. 

Bande annonce Dans les forêts de Sibérie VF

Et si vous n'en avez pas assez dans votre musette, vous pouvez toujours faire un tour dans les archives de la petite Mu, et piocher au hasard des titres. 

Bon été, et bonnes lectures ! 

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06 juin 2016

Livre musical : Les instruments du Brésil

 

Les instruments du Brésil

Les éditions Didier Jeunesse proposent toute une série d'albums destinés à faire découvrir aux plus jeunes des instruments d'ici et d'ailleurs. Ma collaboration avec cet éditeur me permet donc, à moi aussi, d'enrichir ma culture musicale, et c'est tant mieux ! 

Voici donc les instruments du Brésil. On les découvre grâce au CD qui propose des sons et des musiques. Pour chaque instrument, il y a une piste qui permet de découvrir le son produit par l'instrument. Une double page illustrée accompagne l'écoute. L'auteur pose la question (à l'oral sur le CD et à l'écrit sur le livre) à l'enfant : quel est cet instrument ? Devine ! Quand j'ai ouvert la première double page, j'ai été un peu surprise. L'instrument en question, le pandeiro (un cousin du tambourin, qui s'avère être l'instrument de prédilection de la musique brésilienne), m'était inconnu ; sans présager de la culture musicale de nos bambins, je pense qu'ils seront rares à pouvoir mettre un nom dessus. Je me demande donc comment utiliser l'interaction que propose la question. Peut-être en montrant les dessins de la dernière page, qui liste tous les instruments présentés dans le livre ? C'est plus facile pour les deuxième et quatrième instruments : une guitare, une flûte, peut-être certains musiciens en herbe les reconnaîtront. Quant aux deux autres, le rebolo et la cuica, là encore, ces instruments typiquement brésiliens seront certainement nouveaux pour les auditeurs. 

En tout cas, les pistes de découverte sont très sympathiques et rigolotes. Elles apprennent aux enfants qu'un instrument peut révéler de nombreuses possibilités, qu'on peut vraiment jouer avec, au sens propre. J'avoue que ça donne envie d'avoir une flûte ou un tambour (pardon, un rebolo) entre les mains. La piste de la cuica est magique ! Ensuite, une deuxième piste rend la chose plus "musicale" : un vrai morceau (composition originale) qui montre à quel point la musique brésilienne est rythmée et festive. Tout se finit par une samba polyphonique, tous instruments confondus, où l'on peut s'amuser à retrouver les sons spécifiques à chacun, ou tout simplement danser, fredonner, taper des mains. 

Un peu déçue, donc, par l'interactivité que je trouve limitée, très convaincue par le voyage sonore proposé à travers les images, les sons, les noms. Principal regret : la collection est encore toute jeune, il n'y a que deux autres titres. J'ai hâte de pouvoir voyager ailleurs dans le monde ! 

Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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28 mars 2016

Lucie Vandevelde : "de beaux desseins", tout en couleur

 Logo Lucie Vandevelde

Ah, la magie d'Internet ! Elle permet des découvertes totalement inattendues, qui se révèlent parfois totalement éblouissantes. C'est précisément le cas de ce site, superbe vitrine du travail de Lucie Vandevelde. Cette artiste installée au Mans sait un peu tout faire : des illustrations, du graphisme, des livres-objets... Ses décors et personnages très hauts en couleurs n'ont pas peur de "s'afficher", dans les pages des livres pour enfants, sur les murs des expositions, ou de s'animer dans des courts métrages de promotion. Ils vont jusqu'à se dénuder, en noir et blanc, du moins le temps d'un atelier "coloriage géant" dans des festivals ou salons du livre.

Quand on parcourt les différents onglets du site, on comprend en effet que Lucie Vandevelde n'est pas qu'une créatrice : c'est une passionnée de partage, d'échange, d'interaction. Elle se livre à de nombreuses résidences d'artiste et interventions auprès des plus jeunes, y compris dans les classes. Elle aime les "beaux desseins", c'est son expression, et elle le fait savoir.

Pour ce qui est de son oeuvre... waouh. J'ai été littéralement scotchée par ce déluge de couleurs, fascinée par cette technique à la fois très naïve et très subtile, subjuguée par des univers que j'aurais dit taillés pour mes rêves : de la mer et de la ville, de la musique et du cirque, tout un bestiaire qui se promène dans une jungle aux merveilles. J'aime tout particulièrement les dessins réalisés au crayon, et les personnages aux longs yeux.

 @ Lucie Vandevelde

Si vous avez la chance d'habiter ou de travailler dans la région angevine, guettez la date de sa prochaine exposition. Sinon, vous pouvez vous procurer les albums qu'elle a illustrés pour différentes auteures (Juliette Parachini-Deny, Hélène Suzzoni, ou Marie-Hélène Lafond) ou pour ses propres textes (Les trois dragons, pour lequel elle a aussi créé un Carnet d'artiste en tirage limité).

Et, surtout, allez visiter le site, véritable régal pour les yeux, et mine d'informations.

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27 janvier 2014

Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie

petit bac 2014: un lieu pour "Opération liste à lire"

Sylvain Tesson, je n'en avais jamais entendu parler avant de regarder une émission spéciale de "La Grande Librairie" sur France 5, cet été, puis, peu de temps après, d'en entendre parler par une amie, qui m'a vivement recommandé cet ouvrage. Il faut dire que je ne suis pas tellement férue de récits de voyage. Enfin, ça, c'était avant... Maintenant, je m'y mets petit à petit, et là, je dois dire que le lieu - plus, peut-être, que le sujet -, associé à cette belle photo de couverture, m'ont fait craquer. 

Et j'ai eu raison. Quelle merveille que ce journal de bord qui, sans prétention, célèbre le mariage de la nature et de la culture. Excusez du peu...

En effet, Sylvain Tesson est un amoureux de la nature, sous toutes ses formes : il aime l'animal, il aime le végétal, il se réjouit du minéral. C'est un boulimique des grands espaces et, jusqu'en 2010 du moins, un dévoreur de kilomètres. Il a fait le tour du monde à vélo, traversé l'Himalaya à pied, parcouru les steppes d'Asie centrale à cheval, et j'en passe. Puis, un jour, il décide de se transformer en "voyageur immobile" (pour reprendre l'expression de Giono). Fi des grands déplacements, il décide de passer six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie.

Et il va le faire. Et il va même l'écrire. Dans les forêts de Sibérie, c'est donc le journal (très précisément jour par jour) de ces six mois d'érémitisme au pays des - 30°C. Et c'est une très belle oeuvre littéraire qui en naît. Car Sylvain Tesson est aussi un amoureux des mots. Il a lu, et il lit toujours : il n'oublie pas d'emporter dans ses bagages une malle de livres, une bibliothèque idéale dont il dresse une liste en début de journal. (Oh, un ami des listes, comme moi !) Il pense, également. Et il réfléchit : retour sur soi, son mode de vie, ses mauvaises habitudes - ou celles de l'Homme. 

C'est donc surtout une magnifique plume que j'ai découverte, qui voyage - immobile - entre poésie des croquis de Dame Nature pris sur le vif, philosophie nourrie par de nombreuses citations (ré)offertes au lecteur et augmentées de commentaires, et humour. Quelques traits mordants sur la civilisation ou sur soi-même, avec un ton pince-sans-rire qui fait mouche. 

Une pépite, donc. Que Sylvain Tesson nous ramène de "là-bas" et nous offre avec énormément de générosité. A lire, et surtout à relire. D'ailleurs, j'y retourne.  

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09 décembre 2013

Tuomas Kyrö : Les tribulations d'un lapin en Laponie

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un animal en littérature scandinave

(Me revoici après une longue période d'absence ! Les mois de novembre et décembre sont rarement riches en temps libre pour les enseignants...)

Donc, quelques mots sur cette couverture que vous voyez depuis un petit moment déjà sur le côté du blog...

Le titre était sympa, la quatrième de couverture parlait d'un conte philosophique à la Candide... J'envisageais donc cette lecture avec plaisir. J'en suis sortie avec un gros point d'interrogation. 

L'histoire est abracadabrantesque, et c'est le but : un Roumain tout ce qu'il y a de plus ordinaire, qui souhaiterait offrir à son fils la paire de chaussures de foot à crampons dont rêve ce dernier, se retrouve à mendier dans les rues d'Helsinki. Mais il y a pire : il se rebelle, se met à dos police et mafia, et doit donc prendre la route. C'est le début d'un long périple, accompagné du fameux lapin (un "lièvre", en fait, dans la traduction) dont il a croisé la route par hasard. 
L'ironie du sort vient du fait qu'au fur et à mesure de son voyage, et surtout de ses rencontres, Vatanescu, le Roumain, devient une célébrité pour des raisons bien mystérieuses à ses yeux. J'avais vu peu de temps avant le film Superstar, avec Kad Merad, et les deux histoires présentent pour moi des ressemblances. 

Ce n'est pas le côté loufoque qui m'a gênée, bien au contraire : en fait, j'en aurais voulu plus. Plus de fantaisie, plus d'humour, plus de mordant. A certains moments, on perd un peu le fil. Le fait qu'il y ait peu de véritables dialogues (de Vatanescu, on "n'entend" quasi jamais la voix, seulement ses pensées) m'a peut-être aussi manqué. 

Sans doute me manquait-il aussi deux références littéraires pour apprécier pleinement ce roman : Les tribulations d'un Chinois en Chine de Jules Verne, et Le lièvre de Vatanen, d'Arto Paasilinna. A ajouter donc à ma liste de lectures pour, peut-être, ensuite, relire les aventures de Vatanescu et de son lièvre. 

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