En littérature, ces derniers mois, j'ai lu : 

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L'avant-avant-dernier de Ian McEwan, que j'avais raté (bizarre, car j'avais pourtant réagi à la sortie du suivant, L'intérêt de l'enfant) : Opération Sweet Tooth. Expérience de lecture assez similaire à mes autres du même auteur : un certain temps avant de me laisser prendre par le récit et à ne plus vouloir le lâcher. Peut-être de façon moins prononcée que pour d'autres titres, cependant : je dirais que la première moitié du livre m'a moins intéressée que la deuxième, mais je n'ai pas non plus à me forcer à la lire. J'ai aimé les personnages, bien campés dès le début, à commencer par la narratrice, Serena Frome, cette jeune femme passionnée de littérature mais contrainte par ses parents d'étudier les mathématiques. En fait, ces mathématiques ne lui serviront pas à grand-chose dans sa vie d'adulte ; en revanche, sa connaissance - du moins son intérêt - pour la littérature lui permettra d'être embauchée par le MI5. Oui, rien que ça, les services secrets britanniques concernés par les affaires intérieures, qui, en pleine guerre froide, montent un projet de propagande littéraire dissimulée : des écrivains britanniques seront financés sans le savoir, pour les encourager dans l'écriture de textes qui serviraient la doctrine anti-communiste. Tout ceci est inspiré de faits réels, et, comme souvent chez McEwan, le roman est bourré de détails concrets, ici sur la géopolitique des années 70. J'avoue avoir eu du mal à suivre certains récits de stratégie ou d'affaires secrètes. Mais l'histoire de Serena, qu'on envoie démarcher l'écrivain Tom Haley, et dont elle va tomber amoureuse, évidemment, sans qu'il ne sache qu'elle est envoyée par le MI5, je l'ai suivie avec beaucoup d'intérêt. Il est question de secret, de mensonge, d'amour, d'écriture aussi bien sûr. Ian McEwan a d'ailleurs avoué que Tom Haley était plus ou moins son double littéraire. (J'ai honte, je n'y avais même pas pensé, alors qu'il est vrai que les nouvelles écrites par Haley et racontées par Serena ressemblent en effet beaucoup à celles du début de carrière de McEwan) Encore une lecture réussie de cet auteur britannique que je suis depuis de longues années. 

Et un roman, adulte cette fois-ci, sur le thème de l'enfant monstre : Une affaire personnelle, du Japonais Kenzabura Oe (que je ne connaissais pas, étant donné mon absence de familiarité avec la culture asiatique ; pourtant, il s'avère que le monsieur a été Prix Nobel de littérature en 1994). Ici, contrairement aux romans jeunesse fantastiques ou merveilleux que j'ai lus dernièrement (Bree Tanner ou Louis le galoup), ce n'est pas l'enfant monstre qui est le personnage principal, mais son père. A vingt-sept ans, le héros surnommé Bird vient juste d'être papa : sa femme est à la maternité, lui est dans une librairie en train d'acheter des cartes routières de l'Afrique. Déjà, on sent qu'il y a un léger malaise ; et en effet, Bird n'est pas vraiment prêt à sa paternité. Les choses se compliquent encore quand un coup de téléphone de l'hôpital lui apprend que l'enfant est "anormal". On parle donc ici de monstruosité physique, à savoir (léger spoiler)  une malformation assez spectaculaire au niveau du crâne de l'enfant. A partir de là, tout le roman est centré sur le dilemme qui occupe l'esprit de Bird : rester pour assumer ses responsabilités ou s'enfuir dans cette Afrique rêvée pour échapper à un destin qu'il estime tragique ? Ce roman assez particulier m'a plu, sans plus ; il mène des réflexions intéressantes, mais tourne parfois un peu en rond (je l'aurais préféré un peu plus court). Pas inoubliable à mes yeux.