05 octobre 2017

Envie de replay ?

Comme j'ai "un peu" de temps en ce moment, je regarde ou écoute des replays d'émissions piochées un peu à droite à gauche, ne les suivant pas régulièrement d'habitude. 

Par exemple, l'avant-avant dernier épisode de La Grande Librairie, avec pour thème l"histoire et la manière dont on peut la raconter : 

Vignette Grande Librairie du 28 septembre

J'achète rarement de livres neufs, du coup je rate souvent les rentrées littéraires, mais là, j'ai craqué (ça doit être les hormones, hein) : je devrais recevoir le Marc Dugain d'ici une semaine (avec le dernier d'Antoine Dole conseillé par Arty ! Merci !). 

Puis, sur France Inter cette fois, un documentaire bien monté sur la saga Star Wars, avec un dialogue fictif entre Lucas lui-même et une jeune scénariste de documentaires radiophoniques, des reconstitutions d'archives, et l'interview d'un spécialiste de l'histoire américaine, Thomas Snégaroff : 

Vignette France Inter Star Wars

Le livre de Snégaroff m'intéresse beaucoup, mais il est en cours de réédition : l'ancienne version est indisponible et l'autre pas encore non plus (et, au passage, l'ouvrage passe de 20 à 30€ - certes, car il s'enrichit d'illustrations, si j'ai bien compris, mais quand même...). 

J'ai aussi écouté des choses sur Maria Montessori, sur la méditation en pleine conscience : à découvrir dans mes dossiers Pearltrees

C'est bien d'avoir le temps...


29 mai 2016

Le livre des chevaliers dont tu es le héros

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Qui est-ce qui aime les livres ? C'est la petite Mu. Qui est-ce qui aime les jeux ? C'est la petite Mu. Qui est-ce qui aime le Moyen Âge ? Oui, encore la petite Mu. Alors qui est-ce qui s'est jetée sur cet album ? Et oui ! C'est bien elle ! Et qui est-ce qui va avoir le plaisir de le découvrir avec elle ? Ben, là, c'est vous !

Je ne connaissais pas cette collection de livres-jeux chez Seuil jeunesse. Les autres titres sont alléchants : Le jeu de l'oie d'Achille et Ulysse, des châteaux qui racontent la France... Je ne sais pas si tous sont faits sur le même principe, mais voici celui du Livre des chevaliers. Une fois ouvert, le livre se détache en deux morceaux : la couverture rigide, indépendante, se transforme en plateau de jeu ; le livre, de son côté, contient tout le texte qui servira à jouer, et, sur un rabat, quatre pions à découper. Les règles sont celles d'un jeu de l'oie : on lance un dé pour avancer, et, selon les cases sur lesquelles on tombe, des épreuves ou autres "incidents" peuvent nous attendre. Les incidents sont les classiques des jeux de plateau : passe ton tour, avance d'une case, recommence à la case départ. Les épreuves, ce sont des questions à choix multiple auxquelles il faut répondre correctement, sous peine d'avoir un gage à accomplir. Les gages sont tout à fait bon enfant : des mimes, des phrases à prononcer, des chansons à fredonner...

Le Livre des chevaliers dont tu es le héros

L'originalité et l'intérêt pédagogique de ce livre tient au fait que toutes les autres cases, habituellement "neutres" dans un jeu de l'oie, sont ici investies d'un rôle culturel : à chacune de ces cases correspond une page du livre, sur un thème particulier du Moyen Âge. On a ainsi des lieux (le château fort, le donjon, l'église...), des objets (l'épée, la lance, les engins de guerre...), des étapes de la vie du chevalier (l'enfance, la vie de page, l'adoubement...). Le parcours est fait pour que les joueurs se mettent vraiment dans la peau du chevalier qui se forme, s'aguerrit, jusqu'à devenir un chevalier accompli.

Ces pages, il faut les lire, évidemment. Elles peuvent fournir des réponses pour les QCM des épreuves. Elles permettent surtout d'éclairer tous les termes notés sur le plateau de jeu, et qui peuvent rester obscurs aux jeunes joueurs pas encore familiers de l'univers médiéval. Que ces derniers se rassurent : les textes présents sur ces pages "culture" sont courts, synthétiques, ils vont à l'essentiel. Pour des non-lecteurs ou petits lecteurs, il faudra un plus grand pour servir de conférencier. Avec des ados, ce rôle passera de joueur en joueur.

Pour des élèves, le gros avantage, c'est qu'ils peuvent jouer en autonomie totale. Les règles sont suffisamment simples et le livre suffisamment explicite pour ça. Le jeu est prévu pour quatre joueurs : d'expérience, pour ce genre de jeu de plateau, c'est bien le nombre maximal pour que personne ne s'ennuie en attendant trop longtemps son tour. Difficile donc d'en faire une activité de classe, en prolongement d'un chapitre sur le Moyen Âge, alors que, pourtant, le contenu s'y prête parfaitement. Solution possible : avoir les autres livres de la collection ! Ou alors, fabriquer soi-même d'autres jeux de l'oie (pas difficile), ou les faire fabriquer par les élèves (plus contraignant, mais intéressant).

 

Auteure : Anne de la Boulaye
Illustrateur : Léonard Dupond
Editions Seuil Jeunesse

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22 mai 2016

Mathias Malzieu et l'écriture

 

 

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Pour Mathias Malzieu, il faudrait dire "A écouter mais pas que". 

On pourrait dire qu'il est devenu écrivain en 2003 avec les 38 mini-westerns (avec des fantômes), recueil de contes, nouvelles, poèmes en prose, peu importe comment on les nomme, déjà bourrés de fantaisies et de trouvailles linguistiques. Mais en fait, cette fantaisie, ces trouvailles, bref, cette plume, elle existe depuis toujours dans ses chansons. Le longboard, les "yeux en pâte d'amande", toute cette "dyslexie magique", ils sont dans Western sous la neige. Et avant ça, il y a déjà eu trois albums, depuis 1996, tout aussi pleins de poésie. 

Moi, je suis devenue accro avec "Coccinelle", dans l'album Haïku. Les mini-westerns m'ont réjouie. Musicalement, j'ai adoré Monsters in love (2005), aussi bien le rock de Giant Jack que le ukulélé de La métamorphose de Mister Chat. Les pochettes dessinées par Joann Sfar, qui n'était pas encore surmédiatisé, étaient un clin d'oeil de plus à l'univers des artistes que j'aimais. 

J'ai voulu lire Maintenant qu'il fait toujours nuit sur toi, mais je ne l'ai pas encore fait. La chronique d'Aemilia sur Forty-five weeks m'en a redonné l'envie. J'ai lu, en revanche, La mécanique du coeur et Métamorphose en bord de ciel. Dans les deux cas, j'ai été déçue. Je l'explique par ailleurs, mais je trouve que la plume de Mathias Malzieu garde toute son intensité lorsqu'elle est concentrée. La forme romanesque trop narrative ne me convainc pas, à l'inverse du minimalisme des chansons ou des textes de son premier livre. J'adore toujours autant son univers, les personnages qu'il invente, mais on les retrouve quasi tous dans les albums, alors je préfère les découvrir ou les retrouver là. 

Pour cette même raison, je n'ai pas voulu voir le film Jack et la mécanique du coeur (dont je n'aime pas trop le graphisme, non plus). Et j'hésite un peu à lire le Journal d'un vampire en pyjama. Comme Aemilia, j'ai découvert la maladie et la "renaissance" de Mathias (oui, on est intimes) chez François Busnel, et, l'émission étant littéraire, il a bien sûr davantage parlé du livre que de l'album (avec, en bonus, une lecture improvisée par Fabrice Luchini !) J'ai écouté l'album, que je trouve très bon. Une ombre de références littéraires et culturelles plane sur l'album du début à la fin. "Chanson d'été" commence par une mise en musique de "Chanson d'automne" de Verlaine qui n'est pas l'un de mes poèmes préférés pour rien ; et tant dans l'instrumentation que dans l'écriture, le chanteur mêle à merveille son histoire avec ce texte à portée universelle. L'explication de texte sur "Dionysos, né deux fois", car c'est bien le sens de ce nom grec (belle coïncidence ou préoccupation de toujours du chanteur ?...), apparaît dans la dernière chanson, Vampire en pyjama. "Ce n'est pas un conte de fées / Mais ça peut y ressembler" : tout est dit, on passe du réel à l'imaginaire en une poussière de notes, c'est la magie Malzieu. "Le petit lion" est une berceuse magnifique, pour endormir les cauchemars de l'hôpital, mais qui peut servir de remède à toutes les angoisses de tous les petits et grands. Le texte qui m'a le plus parlé, c'est celui de "Déguisé en moi" : "Maintenant j'ai envie de me déguiser en moi / Comme c'est compliqué / D'être seulement soi". Tellement en écho avec toutes les réflexions sur le "faux-self" que j'ai rencontrées lors de mes dernières lectures psychologiques ! 

Bref, j'ai peur qu'encore une fois, le Journal m'apparaisse fade, trop dilué, par rapport à l'album. Mais compte tenu de l'expérience vécue par l'auteur, et avec la forme du journal qui s'éloignera un peu des textes de l'album, je tenterai de ne pas passer à côté. Pas comme Le plus petit baiser jamais recensé (2013) et L'Homme Volcan (2011), dont j'ignorais totalement l'existence. 

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12 mai 2016

L'art de la dédicace

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A l’ère des salons et autres fêtes du livre, connaissez-vous l’histoire de la dédicace ?

 L’étymologie est en elle-même toute une histoire. Dédier ou effectuer une dédicace, à l’origine, signifie « consacrer au culte divin, mettre [une église, un autel] sous l’invocation d’un saint ». Le verbe latin dedicare vient en effet du vocabulaire religieux et se traduit par « consacrer ». La « dédicace » en tant que nom commun devient ensuite la consécration d’un monument à un personnage, puis la trace écrite liée à cette consécration, et, enfin, en 1613, l’ « hommage qu’un auteur fait de son œuvre à quelqu’un par une inscription imprimée en tête de l’ouvrage ». Le verbe, lui, n’apparaît qu’en 1836. Il fixe définitivement l’entrée de cette famille de mots dans le vocabulaire de l’art et la littérature. 

Comment est-on passé d’un geste religieux aux longues files d’attente devant le stand de Fabrice Luchini ou de Manuel Valls ? Vous allez le comprendre facilement. Roger Chartier, dans son excellent Le livre en révolutions, nous explique qu’au XVIIe siècle, une dédicace est « le geste qui marque [l’]entrée [de l’auteur] en clientèle, ou dans les liens du patronage. » Plus clairement, au XVIIe siècle, un auteur qui veut vivre de sa plume mais n’a pas de fortune personnelle  doit se mettre sous la protection d’un patron. Le plus souvent, il s’agit d’une personne illustre : un ministre, un prince, un souverain. Alors, il s’agit surtout d’un échange de bons procédés : je te « consacre » mon livre, tu assures ma survie.  

C’est pour cela que les dédicaces qu’on trouve alors dans les œuvres sont autrement plus conséquentes que le simple « A Emmanuelle », de Fabrice Luchini. La postérité donne à certaines le statut de véritables oeuvres de littérature : présentes pour éclairer le livre qui va suivre, elles deviennent des manifestes artistiques, des textes à étudier. L'exemple le plus célèbre est la dédicace "A Monseigneur le Dauphin", de Jean de La Fontaine : 

"Je chante les héros dont Esope est le père, 
Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère, 
Contient des vérités qui servent de leçons. 
Tout parle en mon ouvrage et même les poissons. 
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes; 
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. 
Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux, 
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux, 
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes, 
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix 
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois. 
Je vais t'entretenir de moindres aventures, 
Te tracer en ces vers de légères peintures; 
Et si de t'agréer je n'emporte le prix, 
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris." 
La Fontaine se place ainsi sous le patronat des auteurs antiques et rappelle la fonction de l'apologue et de la fable : plaire et instruire. Derrière ces "moindres aventures", ces "modestes peintures", se cachent évidemment "des vérités qui servent de leçons". Tout cela, c'est la partie qu'on étudie en cours de littérature, ce que l'on retient du texte. Mais observez un peu les vers consacrés, au sens propre du terme, au dauphin, Louis de France, fils de Louis XIV, à qui s'adresse La Fontaine : vocabulaire hyperbolique, posture de modestie, d'infériorité, voire de supplication du poète à l'égard du prince, inscription du personnage dans l'Histoire, au même titre que les Fables s'inscrivent dans une histoire littéraire. En voilà un exemple de dédicace qui remplit sa mission tout en traversant les siècles ! 
Même époque, autre genre littéraire : les Contes de Perrault. Qu'ils soient "de ma mère l'Oye", ou "du temps passé", selon les différents titres qui ont été donnés au recueil, ils sont introduits par une dédicace à "Mademoiselle" : Elisabeth Charlotte d'Orléans, petite nièce de Louis XIV. L'écriture même de cette dédicace est une énigme : elle est signée non pas par Charles mais par son fils Pierre Darmancourt, âgé de dix-sept ans à ce moment-là, car c'est à lui qu'on prête l'écriture des contes en prose en 1695. C'est même un argument utilisé dès la première phrase de la dédicace : 
"On ne trouvera pas étrange qu'un Enfant ait pris plaisir à composer les Contes de ce Recueil, mais on s'étonnera qu'il ait eu la hardiesse de vous les présenter. Cependant, Mademoiselle, quelque disproportion qu'il y ait entre la simplicité de ces Récits, et les lumières de votre esprit, si on examine bien ces Contes, on verra que je ne suis pas aussi blâmable que je le parais d'abord. Ils renferment tous une Morale très sensée, et qui se découvre plus ou moins, selon le degré de pénétration de ceux qui les lisent [...]. 

Tout l'art de la dédicace est présent là encore : plaidoyer pour une littérature à double niveau d'interprétation, et flatterie de la personne consacrée, qui aura l'intelligence nécessaire pour accéder au degré le plus profond. 

Mystification littéraire, textes à rallonge : rien de tout cela n'est possible aujourd'hui, alors que les dédicaces se font à la chaîne sur une table envahie par les exemplaires imprimés. Je salue réellement la patience et la sympathie des auteurs qui prennent le temps d'échanger quelques mots avec leurs lecteurs et d'inscrire des remarques personnalisées. Pour l'anecdote, quand j'avais quinze ans, toute excitée de pouvoir rencontrer Christian Grenier au festival Sang d'encre, à Vienne, je lui ai apporté les six livres que je possédais de lui. Eh bien, je vous assure, il me les a tous dédicacés, et tous de manière différente ! Chapeau, l'artiste ! 

Il reste les dédicaces d'illustrateurs et dessinateurs, aujourd'hui, pour voir s'ajouter à l'ouvrage existant une véritable oeuvre d'art originale. Certains se déplacent avec pinceaux, encres, couleurs, et on ne regrette pas de s'être déplacé. Ces séances laissent des souvenirs aux lecteurs... mais aussi aux dessinateurs, comme on peut le lire dans ce florilège de témoignages récoltés par Le Parisien. Moins drôle, en 2010, la colère des auteurs de BD constatant que les lecteurs, sitôt rentrés de la séance de dédicaces, s'empressent de mettre en vente leurs dessins, inédits, forcément. 

En tout cas, au cas où vous vous posiez la question, Charlotte n'a pas réussi à devenir invisible, comme le lui souhaitait Eric Boisset. Sans doute n'a-t-elle pas bien suivi les instructions du Grimoire d'Arkandias. Dommage... mais, au moins, elle a eu son dessin.

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25 août 2014

Murielle Szac : Le feuilleton d'Hermès

Tiens, j'ai ce brouillon d'article depuis le 22 avril et j'avais oublié de le terminer ! 

Une lecture tout à fait pédagogique sous un format original, conseillée par une amie instit qui se reconnaîtra ;-) Je connaissais jusqu'alors la mythologie sous forme de romans plus ou moins courts, centrés sur un mythe en particulier et même, souvent, sur un personnage (comme c'est le cas de la collection Histoires noires de la mythologie chez Nathan ou des récits illustrés de Nicolas Cauchy). Je connaissais aussi les recueils, les "contes et légendes", "histoires" qui ont le mérite de présenter rapidement plusieurs héros et plusieurs épisodes célèbres de la mythologie. Enfin, je connaissais les documentaires plus ou moins narrativisés, tels que le fameux Les dieux s'amusent de Denis Lindon. 

L'originalité du Feuilleton d'Hermès réside en deux points. La forme du feuilleton, tout d'abord : prêts à l'emploi dans des classes du CP au collège, chaque récit ne fait qu'une page et demie, deux pages au maximum. Faciles à lire, idéal pour un rituel de classe, ou pour répondre aux innnnnombrables questions (avec cinq -n-, oui oui) des élèves : "Qui c'est ce dieu ? Et il a fait quoi ? Et pourquoi il a ce pouvoir ?" Etc etc. Deuxième originalité : le choix du narrateur. Ici, c'est Hermès qui nous raconte les grands récits de la mythologie : la naissance des dieux, les amours de Zeus, la création des hommes... Hermès, un dieu assez méconnu, dont l'importance est pourtant capitale : c'est le messager des dieux, le facteur aux sandales ailées. Il sait tout, voit tout, se promène à son gré sur l'Olympe, sur la Terre, et même aux Enfers : quel merveilleux choix pour un conteur ! Et le plus inattendu est qu'il s'agit de Hermès enfant. Une astuce pour présenter toutes les aventures humaines et divines avec un oeil curieux, naïf, proche de celui des lecteurs. Bon, on faisait déjà ça avec les contes philosophiques de Voltaire, ça n'a rien de révolutionnaire. Mais c'est assez rare dans les récits de mythologie pour la jeunesse, ça mérite donc d'être souligné.

Voilà donc une lecture - et même une acquisition - fortement conseillée, à garder sous la main ou à poser dans sa salle de classe (si on a la chance d'en avoir une).

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13 août 2014

Michel Pastoureau : L'ours. Histoire d'un roi déchu

Une lecture inattendue ; l'envie m'en est venue après avoir fini Noir, deuxième opus en poche de l'histoire des couleurs de Michel Pastoureau. D'abord, j'ai voulu retrouver l'écriture pointue et efficace de ce médiéviste spécialiste de l'histoire des symboles. Ce genre d'Histoire-là m'intéresse fortement, sans que je m'y connaisse plus que ça : or ses ouvrages sont truffés d'anecdotes et de références qui permettent d'en savoir beaucoup plus en très peu de temps. Michel Pastoureau est l'auteur d'un nombre important d'essais facilement disponibles en librairie ou en médiathèque : j'ai de la lecture devant moi. Mais pourquoi l'ours ? Parce que les quelques lignes que j'ai pu lire sur la place de l'ours brun dans la société médiévale et sur les légendes narrant des relations sexuelles entre ours et humains m'ont accrochée, et m'ont fourni un nouveau thème de prédilection, qui s'avère bien plus vaste que je ne le pensais. 

Bon ; ça, c'est pour moi. Mais pour Michel Pastoureau, la question est la même : pourquoi l'ours ? Il faut savoir que sa thèse a porté sur le bestiaire héraldique du Moyen Âge. Il a donc nécessairement été amené à réfléchir sur les symboles véhiculés par les animaux que l'on connaît à l'époque, et surtout sur l'évolution du regard porté sur ces animaux. Et le cas de l'ours se révèle exemplaire.

Je ne tracerai ici que les grandes lignes de ce qu'on retrouve dans l'ouvrage de l'historien. Si l'on devait n'en retenir qu'une chose, c'est le titre qui ne peut pas être plus clair : l'ours fut bel et bien, à une certaine époque, le "roi des animaux", et n'a été détrôné par le lion qu'au tournant des XIIe et XIIIe siècles de notre ère. La prédominance de l'ours comme héros, roi, quasi dieu, vient du Nord : de nombreuses légendes scandinaves, germaniques, mais aussi celtes, donnent à cet animal un rôle central. Et d'ailleurs, saviez-vous qu'Arthur lui-même doit son nom au moyen gallois arth, qui signifie "ours" ? Mais, à mesure que la religion chrétienne se développe, que certains éléments associés à l'ours (comme sa couleur noire) perdent de leur valeur positive, et, surtout, que l'on découvre à quel point, scientifiquement, l'ours est proche de l'homme, l'animal autrefois admiré, respecté, voire vénéré, devient méprisé, ridiculisé, diabolisé. C'est ainsi qu'on le retrouve, aux Temps Modernes, en bête de foire et qu'il disparaît peu à peu des forêts françaises. Il faudra une anecdote surprenante, qui met en scène un ancien président des Etats-Unis (je n'en dis pas plus pour maintenir le suspense...), pour que le regard de l'homme porté sur l'ours change à nouveau, et permette notamment aux enfants de dormir aux côtés de leur Teddybear, l'ours en peluche...

Dans tout ça, ce qui m'a le plus passionnée, ce sont toutes les réflexions sur la fascination autour de la sexualité de l'ours. Ce serait un animal dominé par des pulsions qui l'entraîneraient vers des humaines, jusqu'au rapt, au viol, et même à la procréation. J'ai ainsi découvert l'existence d'un conte pyrénéen (mais qui existe dans de nombreuses autres régions du monde), Jean de l'Ours, dont le héros est un enfant-ours, né de l'accouplement d'une humaine capturée par un ours. Tous les récits, qu'ils soient imaginaires ou réels, portant sur la notion d'hybride, de mélange entre deux mondes, entre deux natures, m'attirent immédiatement. Me voici donc plongée dans une chasse aux mots (ou à toute source d'information) sur un animal qui, jusqu'à cette dernière lecture, ne suscitait pas particulièrement d'intérêt chez moi. 

Toute proposition de lecture, qu'elle soit théorique ou littéraire, sur ce thème-là est donc la bienvenue, même si la bibliographie que donne Michel Pastoureau en fin d'ouvrage est loin d'être mince...

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01 août 2014

Michel Pastoureau : Noir. Histoire d'une couleur

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(Aïe, zut, je viens de me souvenir que j'avais dit à la généreuse donatrice, fin juin, que Noir serait mon prochain article... Désolée, il s'est fait doubler par Yves Grevet - que je n'ai pourtant lu qu'après.)

J'ai entamé cette "Histoire des couleurs" avec le premier titre sorti en poche, Bleu, que l'on m'avait offert lors d'un swap Néoprofs (le swap, keskecé ? Rappel ici). Une lecture plaisante, fort instructive, qui en apprend beaucoup sur l'histoire des symboles et des cultures, à travers cet angle d'attaque riche et original qu'est l'histoire d'une couleur. 

Continuons, donc, avec le noir. Couleur passionnante, évidemment, car chargée de préjugés, de superstitions, utilisée dans des contextes très différents, avec des significations parfois aux antipodes les unes des autres. Michel Pastoureau nous apprend pourquoi cette couleur a véhiculé autant d'angoisses, en particulier de l'Antiquité au Moyen Âge, à quel moment elle a changé de statut au point de devenir une "non-couleur", et de quelle manière elle est devenue la couleur de l'élégance, de la modernité, omniprésente dans notre monde. 

Encore une fois, le plus intéressant dans ce genre d'ouvrages, ce sont les petits faits historiques, les anecdotes ou événements sur lesquels le chercheur s'appuie afin de faire vivre cette évolution dans l'esprit du lecteur. J'ai retenu, par exemple, les bêtises de Jésus enfant chez le teinturier, le lien (évident quand on y pense) entre l'invention de l'imprimerie et le début de la suprématie du noir, et la passionnante histoire de l'ours, "roi déchu" des animaux (je reprends ici une expression utilisée par Michel Pastoureau dans un autre de ses ouvrages, L'Ours. Histoire d'un roi déchu). Passionnante au point de m'avoir donné des idées de plus en plus précises pour les projets d'écriture qui s'empoussièrent dans plusieurs coins de ma cervelle... Affaire à suivre. 

En regard du Bleu, j'ai trouvé ce volume moins répétitif et plus riche. Certainement y avait-il davantage de matière, à traiter dans un nombre de pages similaire, donc, à l'arrivée, une impression d'efficacité plus grande. J'attends avec impatience la sortie de Vert en poche pour continuer ma collection, et, je l'espère, d'autres titres à l'avenir. 

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22 avril 2014

Chez Fleurus, Encyclopédie junior : Les mythologies

 Fleurus - Les mythologies - Avec un quiz de 50 questions offert.

Ce qui se cache derrière cette couverture pour le moins éclatante, c'est un foisonnement d'informations et d'illustrations, qui balaye le thème de la mythologie en parcourant tous les continents. L'Europe gréco-latine est présente évidemment, avec son panthéon bien connu, mais on rencontre aussi les dieux incas, hindous, africains, vikings, hittites ou encore celtes et aztèques. 

Chaque double page est savamment organisée, selon les principes qui régissent souvent les documentaires jeunesses : de courts paragraphes aux caractères typographiques plus ou moins grands selon l'importance de l'information traitée. Chaque double page peut ainsi nous offrir des définitions, des portraits de dieux ou de héros, de petits récits, voire des anecdotes moins connues. Les images sont une part essentielle de ce genre d'ouvrage, et je trouve celles de cet ouvrage particulièrement réussies : beaucoup de reproductions de sculptures, de toiles, de fresques pour permettre aux jeunes lecteurs d'appréhender l'histoire des arts, mais aussi de très belles illustrations en couleurs (pas moins de dix illustrateurs ont travaillé sur ce projet) qui aident à se plonger dans les récits fabuleux. 

Les auteurs sont tous des spécialistes, professeurs, chercheurs ou conservateurs, et l'équilibre est très juste entre nécessaire vulgarisation et exigence de qualité documentaire.

Au total, presque deux cents pages pour une somme très, très modique (dix euros seulement) : c'est pour moi un investissement extrêmement intéressant qu'on soit élève, professeur, ou simplement lecteur passionné. Pour ma part, je n'en ai pas encore fait le tour !  

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Anne Jonas et Nancy Pena : Le bestiaire de l'Olympe

Et me voici enfin de retour, avec quelques lectures jeunesse pour tenter de cerner le vaste domaine de la mythologie. Domaine dans lequel les élèves sont souvent plus calés que moi... il fallait remédier à cela ! 

Je commence par ce recueil de courts récits (deux à trois pages chacun), très bien illustrés, dans un mélange de réalisme et de graphisme, avec une belle harmonie de couleurs dans les tons bruns et ocres. Ces récits retracent une grande partie des mythes grecs, de la création du monde à la guerre de Troie, par cet angle d'attaque original annoncé dans le titre : le bestiaire de la mythologie. 

C'est une façon vraiment surprenante de découvrir ou redécouvrir des histoires qu'on croyait pourtant connaître. On sait bien que le monde des dieux et des héros regorge d'animaux réels ou fabuleux. On connaît l'aigle qui dévore le foie de Prométhée, les compagnons d'Ulysse changés en porcs par Circé, le Minotaure ou encore le lion de Némée combattu par Hercule. Mais que nous évoquent les mots "belette", "coucou", "fourmi" ou encore "perdrix" que l'on trouve dans le sommaire ? C'est nettement moins évident. 

J'ai donc beaucoup aimé cette originalité, ainsi que la narration, fluide et simple, qui promène agréablement le lecteur de récit en récit. A recommander à petits et grands. 

 

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03 janvier 2014

Des images du Moyen Âge : le dernier ouvrage de Jacques Le Goff et... La Caverne de la Rose d'or en DVD !

Je viens aujourd'hui pour vous parler de deux cadeaux que j'ai eus à Noël, merveilleux l'un comme l'autre, chacun à sa manière. Deux oeuvres pour se plonger dans les représentations du Moyen Âge, imagé, fantasmé. 

 

Pour commencer, cette très belle parution des éditions Seuil, dernier-né de Le Goff : Le Moyen Âge expliqué en images

 

Rien que la couverture fait rêver par l'éclat de ses couleurs, bien loin de l'image sombre que l'on peut avoir de l'époque médiévale... (A savoir que je suis aussi en pleine lecture du petit essai de Michel Pastoureau : Bleu. Histoire d'une couleur, et que, donc, sur les couleurs, je commence à m'y connaître !)

 En ouvrant le livre... je découvre que c'est le même texte que dans Le Moyen Âge expliqué aux enfants, que j'ai déjà lu, et, même, que je possède !... Je ne le savais absolument pas quand j'ai suggéré cette idée de cadeau à ma mère. Mais, réflexion faite, ce n'est pas grave du tout : l'important, c'est bien sûr les images, et je suis ravie d'avoir les deux versions : l'une, de poche, plus maniable, que je peux prêter, consulter rapidement, annoter, et l'autre qui restera à la maison, à feuilleter avec précaution. 

Pour les images : de magnifiques reproductions, souvent pleine page (très utile pour certaines miniatures ou enluminures dont les détails sont peu visibles quand on les reproduit en petit format) ; quelques photos (des intérieurs d'abbayes ou de cathédrales) ; une mise en page à la fois aérée et élégante qui met vraiment l'illustration à l'honneur. Vous me direz, c'était le but de l'ouvrage...

Un bien bel objet, donc, pour se (re)plonger de manière attrayante dans l'univers médiéval. 

 

Et puis, le père Noël m'a aussi apporté... ceci : 

 

 Quoi ? Vous n'avez jamais entendu parler de cette "série culte" de téléfilms des années 90 ? Après sondage autour de moi, y compris des personnes de ma génération, en effet, on n'est pas très nombreux à connaître... Alors, petite présentation : 

Il s'agit donc de cinq téléfilms, chacun en deux volets, de production italienne. De mémoire, il me semble qu'ils étaient diffusés sur nos chaînes françaises à la période de Noël, et que, chaque année, ils ajoutaient un nouvel épisode.
Le décor est celui d'un Moyen Âge totalement fantasmé, certainement plein d'anachronismes (par exemple, la princesse Caroline qui rêve de rencontrer un jeune homme aux yeux bleus : non !! Je sais désormais, grâce à Michel Pastoureau, que cette couleur n'est pas idéalisée comme elle peut l'être de nos jours...). Mais bon, il y a des châteaux, des guerriers à cheval, des paysans, des troubadours, donc je suppose que cela suffit à en faire une "série médiévale".
Nous suivons les aventures d'une princesse pas comme les autres, Fantaghiro (prononcer "Fantagaro" pour ne pas avoir l'air stupide), qui, dès son plus jeune âge, refuse la place traditionnellement réservée aux femmes. Elle, ce qu'elle veut, c'est être chevalier. Et elle le sera, avec de nombreux ennemis à combattre : des ennemis réels, comme les princes des royaumes ennemis, ou magiques, comme la Sorcière Noire, l'enchanteur Tarabas ou le terrible Darken. Elle sera aidée dans ses combats par toutes sortes d'amis, de la "pierre qui revient" à la Sorcière blanche qui se transforme en oie, en passant par les anciens assistants de la Sorcière Noire, ou encore son fidèle destrier - qui parle -, Crin d'Or. 
Mais, bien évidemment, même férue de combats, Fantaghiro n'en reste pas moins une princesse de contes de fées, et elle est éperdument amoureuse du beau prince Romualdo. C'est d'ailleurs par amour qu'elle se battra la plupart du temps. 

Peut-être connaissez-vous les noms d'Alessandra Martines, dans le rôle de Fantaghiro ? (Si, c'est elle qui était jurée de "Danse avec les stars" avant Shy'm ! Est-ce que cette référence vous parle davantage ?...) Ou celui de Kim Rossi Stuart, pour le prince Romualdo ? Ou encore Ursula Dress, qui joue Xellesia, la cruelle mère de Tarabas ? 

En tout cas, de ce que j'ai pu lire ici et là sur le Net, pour ceux qui, comme moi, ont vu cette série quand ils étaient gamins, elle possède un impressionnant pouvoir nostalgique : il s'agit là d'un véritable charme qui agit en profondeur... Disons que tous les éléments du merveilleux étaient réunis, de l'amour aux combats, des gentilles fées aux méchantes sorcières, de la musique aux paysages... En revanche, la regarder pour la première fois adulte, au XXIe siècle,  ne provoque certainement pas les mêmes sensations. Les effets spéciaux ont bien entendu terriblement vieilli, de même que le discours sur les rôles sociaux de l'époque, qui restent terriblement empreints de conformisme. Mais je garde espoir que la magie opère encore pour de jeunes enfants d'aujourd'hui, pas encore trop abreuvés d'images modernes...