La petite Mu qui plume

03 octobre 2016

Orchestre National de Lyon : Star Wars en concert

Les dernières soirées de l'Auditorium de Lyon avaient un avant-goût de festival Lumière, ce fameux rendez-vous lyonnais du cinéma, qui s'ouvrira dans quelques jours. En effet, l'Orchestre National de Lyon a choisi d'y interpréter les musiques de John Williams, et de faire revivre la symphonie de la Force et de son côté obscur. C'est la deuxième fois, en fait, que l'orchestre joue ces morceaux en ce lieu, mais l'autre fois, c'était sur le parvis, pour la fête de la musique 2015 : cette fois-ci, la saga entre dans l'amphithéâtre, et c'est l'occasion pour la conceptrice de lumières canadienne D.M.Wood d'illuminer la salle à grands coups de projecteurs. La plaquette du spectacle annonce d'ailleurs : "Star Wars en concert. Musique et lasers". 

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Les trois dates ont été rapidement complètes, les réservations étaient difficiles voire impossibles si on se connectait au site une demi-seconde trop tard ; des places ont été vendues chaque soir une heure avant le début du spectacle et "tout le monde a pu finalement entrer", a déclaré le vendeur de la billetterie. Même plus que tout le monde, car, finalement, samedi soir, il y avait des sièges vides dans la salle, alors qu'ont été vendues des places "à visibilité réduite", mises à disposition au tout dernier moment. Bon, ces petits couacs mis à part, il faut reconnaître que l'éventail des tarifs de la salle est tout à fait raisonnable et permet à tout le monde de s'y retrouver, les places les moins chères étant à 8€. Pour apprécier la beauté du lieu (la salle est vraiment classe, traditionnelle et moderne en même temps) et la qualité d'un orchestre symphonique, rien à redire !

Une fois un siège obtenu, les musiciens entament la musique de la Twentieth Century Fox, dont j'apprends qu'elle a été composée par un certain Alfred Newman, puis le spectacle enchaîne les morceaux que tous les fans connaissent. Une seule originalité : en avant-dernière position, l'orchestre joue deux extraits de la "Suite du jeu vidéo Star Wars : Shadows of the Empire", qui date de 1996. Son compositeur, Joel McNeely, s'est évidemment inspiré de John Williams, qui a suggéré son nom pour cette bande-son, mais il apporte une touche personnelle, agréable à entendre dans ce concert. 

On ne peut pas être déçus quand on aime les films et la musique (souvent, les deux vont de pair). C'est assez magique de pouvoir regarder les musiciens et de guetter chaque instrumentiste, en se disant "ah, tiens, c'est lui qui joue ça!" On (re)découvre ainsi la harpe, bien présente dans les morceaux, mais aussi le xylophone, les percussions... On passe donc un très bon moment musical, et le finale, dans lequel le chef d'orchestre Ernst van Tiel se bat au sabre laser contre deux autres musiciens déguisés pour l'occasion, a bien sûr ravi tous les fans, petits et grands. 

Seule déception véritable : les lumières. En fait de lasers, on a droit à quelques projecteurs qui balaient la salle, éblouissant au passage les spectateurs les plus hauts placés... J'aurais aimé des effets de duel, des couleurs qui respectent la trame narrative de la saga, avec le combat du rouge contre le vert... J'ai trouvé ça franchement limité, et je m'étonne qu'on en ait fait tout un pataquès. 

En tout cas, ce spectacle m'a donné envie de fréquenter plus souvent l'Auditorium (ah, l'époque bénie où j'habitais à côté...) car sa programmation est plus que riche, voyez vous-mêmes : 

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Là, comme ça, j'aimerais beaucoup être présente pour l'un des cinés-concerts, mettons The Artist que je n'ai pas encore vu, j'adorerais revoir Bobby McFerrin, déjà vu à Vienne, que j'idolâtre depuis qu'un professeur de musique me l'a fait découvrir au collège, pourquoi pas aussi Joshua Redman qui est, justement, mon dernier concert à l'Auditorium (mais ça remonte à 2009...), découvrir le fameux Carnaval des animaux des Amazing Keystone Jazz Big Band, dont je connais personnellement le saxophoniste (eh oui, messieurs dames, c'est ça d'avoir grandi dans une capitale du jazz !) et qui remporte un grand succès depuis sa création il y a plusieurs années déjà... Oh, et puis aussi cet inclassable, La couleur des sons, où le pianiste Mikhaïl Rudy se propose de "faire revivre" le spectacle artistique mêlant aquarelles de Kandinsky et musique de Moussorgski, avant de nous projeter son film d'animation, Chagall, la couleur des sons

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Je sens déjà que je ne pourrai pas assister à tout ça. Dites, si vous y allez, vous voudrez bien profiter pour moi ? Et venir ici me raconter, bien sûr ! 


26 septembre 2016

Maria Jalibert : Le joyeux abécédaire

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A comme Alligator, B comme Bison, C comme Caniche... Tiens, un abécédaire d'animaux, me direz-vous. A comme Atchoum, B comme Bêêêê, C comme Cocoricoooo, D comme Driiiiiiing : ah non, ce sont des onomatopées. Puis "Un gorille gelé sous une giboulée glaciale", un "Homme houspillant un âne harassé" : ah ? Serait-ce un abécédaire poétique ? 

En fait, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore ! Maria Jalibert avait déjà exposé sa collection de jouets miniatures dans Bric-à-brac, un imagier dans lequel elle suggérait des classements astucieux et parfois inattendus pour découvrir des contraires ou des oppositions. Elle recycle ces petits objets une deuxième fois, en proposant cette fois-ci des associations alphabétiques. Point de règles ni de régularité : chez Maria Jalibert, on surprend, on s'amuse, on se désordonne, et puis on se réordonne, mais jamais de la même manière. De cela sortent toutes sortes de planches très rigolotes :  

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Et le pari vocabulaire est tenu : l'album foisonne de mots intéressants que l'on prendra plaisir à expliquer et raconter à l'aide des images : qu'est-ce qu'une araignée "acariâtre" ? Un chien "colossal" ? Un diable "disgracieux" ? Etc, etc. 

J'ai complètement craqué sur cet album aux images délicieusement vintage, que j'ai lu comme une véritable malle au trésor : on exhume des jouets, on exhume des mots, mais on réinvente l'abécédaire et on joue avec le langage. Du recyclage d'images et de lettres tout à fait réussi ! Ca donne plein d'idées de créations artistiques... Avant ou après la lecture de l'album, allez jeter un oeil aux coulisses de la création sur le blog de l'auteure-illustratrice, et découvrez encore plein de petits trésors ! 

Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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22 septembre 2016

#Rentrée littéraire : Sophie Adriansen, Le syndrome de la vitre étoilée

Le syndrome de la vitre étoilée

Première déception de cette rentrée littéraire 2016. Pour une fois que je me donne envie en lisant les catalogues et que j'investis dans un livre neuf !... 

Quatrième de couverture : "Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d'enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant." Faisant partie de ce couple sur cinq, forcément, le sujet m'intéressait. Je m'attendais à quelque chose d'assez poétique, à l'image du titre et de son commentaire en début d'ouvrage : "La vitre étoilée, c'est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d'avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C'est quand tout est brisé à l'intérieur alors qu'à l'extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après, généralement, ça fait tilt."

En feuilletant le livre, je remarque une présentation particulière, de nombreux mini-chapitres. Je comprends qu'il s'agit d'une sorte de journal intime. 

extrait vitre étoilée

Je me plonge dans ce journal avec assez de plaisir, mais très vite, je déchante. J'ai l'impression de lire le blog d'une lectrice de Cosmo. Je ne me reconnais absolument pas dans le personnage de Stéphanie, jeune working-girl qui travaille dans la pub. Elle représente ce genre de personnages qui, à mes yeux, sonne faux : l'auteur-e essaie de nous montrer qu'il ou elle n'a pas une vie parfaite, mais hormis le malheur qui s'immisce dans sa vie (pour Stéphanie et son compagnon Guillaume, leur infertilité), tout le reste semble lisse, fun, dans la norme. Moi qui n'aime que les personnages complexes, ambigus, voire tordus... Donc, certes, Stéphanie souffre, il lui manque ce que toutes ses copines ont et qui semble fait pour elle : un bébé. Mais à force de vouloir mettre à distance cette souffrance, la teinter d'humour, jouer sur le langage, on en perd l'émotion qui était censée être le fil conducteur du roman. Il y a quelques formules bien trouvées, mais dans l'ensemble, l'écriture n'a rien de différent d'une chroniqueuse de magazine girly. 

Par ailleurs, je n'ai pas aimé non plus l'orientation donnée à l'histoire. Au fil des pages, on sent que tout est fait pour nous montrer qu'on ne peut pas se complaire dans le malheur, qu'il faut rebondir, être positif. C'est ce que Stéphanie fait, par des choix de vie plus ou moins radicaux. J'ai donc aussi eu une désagréable impression de livre moralisateur. C'est assez insidieux, mais ça revient plus ou moins aux objectifs de ces magazines pour jeune femme qui veut améliorer sa vie : on peut trouver une solution à tout, moyennant un petit test de neuf ou dix questions et un petit article de quelques pages, avec des témoignages pour donner un peu de crédit aux conseils prodigués. Mouais. Ca peut marcher quand on cherche à perdre deux kilos ou à apprendre à se maquiller. Mais pour le genre de sujet que Sophie Adriansen a tenu à aborder, les recettes miracles ne fonctionnent pas. Alors, oui, elle s'attache à montrer, tout au long du roman, les clichés et les phrases à l'emporte-pièce contre lesquels les couples infertiles doivent souvent lutter. Mais la fin m'a laissée coite tellement je l'ai trouvée proche de ces clichés, justement. 

Peut-être que d'autres lecteurs, confrontés à ce même obstacle dans leur vie, apprécieront plus que moi ce roman et sauront justement y trouver le réconfort nécessaire. Peut-être que les amateurs de chick-lit liront avec plaisir un livre qui reprend quelques codes du genre, autour d'une histoire plus profonde, différente d'une simple romance. De mon côté, je ne retiendrais (presque) que les citations du roman de Julie Bonnie, Chambre 2  que Sophie Adriansen sème tout au long de son livre. Chambre 2 m'avait marquée et j'en trouve l'écriture plus belle et plus convaincante... 

Quelle déception, donc, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé quand la plume de Sophie Adriansen s'adressait aux jeunes lecteurs, sur un thème pourtant tout aussi délicat, avec Max et les poissons, vainqueur du prix PEP42 de l'année dernière

Et de deux pour le TTT rentrée littéraire !  

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19 septembre 2016

#Rentrée littéraire : Mikaël Thévenot, Flow (tome 2)

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Je retrouve Josh et ses aventures après quelques mois. Rappelez-vous, c'était ici : l'histoire d'un adolescent qui se découvre le pouvoir de capter le flot des pensées autour de lui, et dont le quotidien devient rocambolesque quand un mystérieux internaute le contacte... 

Nous retrouvons Josh, fraîchement revenu des Etats-Unis, et sacrément secoué par une rencontre absolument inattendue, à la toute fin du tome 1. Non, non, ne me suppliez pas : je ne révèlererai rien ! Après ce coup de théâtre, il devient nécessaire à Josh de se confier, et pas seulement à son meilleur ami Axel, avec qui il a partagé le début de ses aventures. Toutes les personnes importantes pour Josh sont alors mises dans la confidence de son "superpouvoir" et de tous les événements qui lui sont reliés. Pour ne pas vous spoiler quoi que ce soit, il me suffira de vous dire que Josh va très vite retourner aux Etats-Unis, et qu'il sera aidé par Kyle, un ancien agent du FBI - que le lecteur a rencontré dans le tome 1 à travers les nombreux flash-backs, qui revenaient sur l'enfance de Josh aux States... 

Il se passe beaucoup de choses dans ce tome 2, plus que dans le premier. Arrivée à la moitié du livre, et sachant déjà qu'il n'y avait pas de tome 3, je me suis demandée comment l'auteur allait faire pour rassembler la plupart des péripéties et le dénouement dans ce qui restait de pages. De fait, sur l'ensemble des deux volumes, le récit souffre quelque peu d'un problème de rythme, à mon sens. Peut-être aurait-il fallu consacrer moins de temps à la présentation de certains personnages ou à certaines intrigues secondaires. Mais c'est souvent le propre des romans jeunesse d'aventure : les romanciers cherchent à maintenir un équilibre entre tout ce qui fait avancer l'action et qui fait du roman un thriller, d'une part, et tout ce qui en fait un récit proche des lecteurs, avec davantage de touches réalistes, d'autre part. Cet équilibre est toujours assez fragile. Pour Flow, je crois que j'aurais préféré davantage de rocambolesque et moins de détails concernant la vie quotidienne de Josh, le lycée, les repas en famille... Cela aurait, en outre, donné plus de crédibilité au personnage de Josh, qui apparaît au lecteur comme un adolescent à la fois très banal et capable d'agir aussi bien, voire mieux qu'un agent d'une organisation nationale. 

Au final, j'ai quand même lu avec plus d'avidité ce deuxième tome, qui remplit parfaitement son rôle : on veut assembler les pièces du puzzle et savoir comment Josh va s'en sortir. Il reste matière à creuser : Josh pourrait certainement vivre d'autres aventures, avec ce pouvoir qu'il apprend seulement à maîtriser et qui peut s'avérer si pratique et si dangereux à la fois... 

Et d'un pour le TTT de la rentrée littéraire

Suite de ma collaboration avec les éditions Didier Jeunesse

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12 septembre 2016

La rentrée des éditions Sarbacane

Présentation Sarbacane

Le 29 août, à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, c'était déjà la rentrée : celle des éditions Sarbacane, qui venaient présenter leurs nouveautés dans les locaux du chouette Complexe du Rire.

Sarbacane, c'est une maison d'éditions encore adolescente (treize ans cette année), encore familiale (treize membres cette rentrée), encore audacieuse, mais avec un catalogue déjà sacrément étoffé, riche d'albums pour petits et grands, de romans "ados-adultes", et de BDs jeunesse, adulte, tout public. Quelques fils conducteurs pour la ligne éditoriale : de la création (95% des titres du catalogue sont des manuscrits jamais publiés auparavant), une importance particulièrement accordée à la qualité du texte, y compris dans les albums et les BDs, et, le plus souvent possible, des paris parfois risqués avec les jeunes lecteurs.

En tant que grande lectrice de romans ados, c'est évidemment de la collection Exprim' que je connais le plus de titres. J'y ai découvert Antoine Dole (dans la collection Mini-romans plus exactement, avec A copier cent fois, puis chez Exprim' pour les autres romans) ; j'y ai lu des valeurs sûres, comme Frangine de Marion Brunet qui rencontre un bon succès auprès de mes élèves  j'y ai eu un tout récent coup de coeur, avec Dysfonctionnelle d'Axl Cendres. Je connaissais beaucoup moins les albums ; j'ai retrouvé des titres dont j'avais lus de très bonnes critiques à droite et à gauche, comme Le chien-chien à sa Mémère ou Course épique, vanté par la librairie des Croquelinottes. Des albums qu'on identifie immédiatement comme décalés, sortant du lot, par leurs choix de thèmes ou d'illustrations. Et ça se gâte encore pour les BDs, dont j'ignorais même l'existence chez l'éditeur, alors qu'il y en a quand même un certain nombre.

Quel menu alléchant Manue (éditrice albums) et Tibo (éditeur romans) nous ont-ils donc présenté ?

Côté albums, leur choix s'est porté sur trois parutions très différentes les unes des autres.

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D'abord un livre musical : Le fantôme de Carmen. Son créateur Pierre Créac'h, s'est payé le luxe de suivre cinq ans de Conservatoire puis cinq ans d'école d'art : c'est dire s'il a plusieurs cordes à son arc. Il est donc entièrement aux manettes de ce livre, à la fois auteur, dessinateur et responsable des choix musicaux et de la bande-son. Le fantôme de Carmen est le troisième tome d'un projet qui vise à faire découvrir la musique dite "classique" aux plus jeunes. L'histoire est toujours centrée autour d'un jeune garçon, Louis (parce qu'il écoute !), embarqué dans des aventures qui se déroulent bien sûr en musique. La bande-son est assurée par des instrumentistes de qualité, et la lecture est assurée par de grands noms, habitués à l'exercice : Jean Rochefort, Pierre Arditi, et pour cette nouveauté, Yolande Moreau. Ce dernier argument pourrait bien me convaincre, ainsi que les illustrations, en noir et blanc à la mine de plomb pour baigner le jeune lecteur dans un univers onirique.

Puis un album plutôt nourri en texte, qu'on a eu la chance d'emporter avec nous après la présentation pour le feuilleter posément : Le Royaume de Minuit, de Max Ducos. 

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Cet auteur illustrateur est apparemment un habitué des sélections et des prix littéraires, notamment les Incorruptibles que les professeurs (dézécoles ou décollèges) connaissent bien. Il privilégie de larges illustrations à la gouache, aux couleurs franches, en accordant de l'importance aux cadrages. La présentation de Jeu de piste à Volubilis, l'histoire d'une petite fille vivant dans une maison d'architecte qu'elle n'aime pas, et qui se transforme en chasse aux indices avec le lecteur, m'a accrochée. J'ai aimé aussi la couverture et les premières images du ce nouveau Royaume de Minuit.

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Mais, une fois l'album lu en entier (assez long, c'est un engagement des éditeurs pour faire aller les jeunes lecteurs vers des textes développés), je suis restée sur ma faim, surtout concernant l'histoire : deux enfants que tout oppose et qui se retrouvent réunis, tous seuls dans une école pendant une nuit entière. La manière dont Max Ducos a développé cette trame ne m'a pas semblé si originale, et l'écriture n'a rien d'exceptionnel non plus.

Enfin, un événement, à l'échelle éditoriale : Rébecca Dautremer, très connue pour ses Princesses et la panoplie de cartes et carnets qui en dérivent, anciennement publiée chez Gautier-Languereau, arrive chez Sarbacane après une période de "sommeil" artistique. Et c'est tout naturellement qu'elle se tourne vers une histoire de réveil : après avoir réinterprété le Petit Poucet et Alice, elle met en scène la Belle au bois dormant dans son album sobrement intitulé Le bois dormait. La même inspiration visuelle, bien sûr ; on peut être surpris, cependant, par la modernité de certains décors, les gros plans sur des visages, qui se démarquent quelque peu des précédents. Nouveauté en revanche, qui marque le début de cette nouvelle collaboration éditoriale, Rébecca Dautremer s'est mise à l'écriture. Parmi les petites anecdotes glanées au fil de la présentation, on apprend que c'est un coup de coeur pour Moi j'attends de Serge Bloch qui lui a donné envie, d'une part, de venir chez Sarbacane, et, d'autre part, d'écrire sur l'attente.

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Passons maintenant aux romans ados :

L'éditeur fête les 10 ans de la collection Exprim'. Tibo, le directeur de collection, a rappelé le caractère "exceptionnel" de l'année 2015-2016, avec quatre romans très remarqués :

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Il a avoué ensuite s'être demandé comment faire aussi bien cette année... Le choix semble avoir été celui du challenge, avec des tentatives audacieuses.

Pour commencer, Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais, dont on a déjà beaucoup entendu parler sur les blogs et les sites de libraires. Il s'agit d'une variation autour d'un roman de Pouchkine, Eugène Onéguine, rédigé en vers : eh bien, l'auteure a décidé de conserver cette écriture en vers pour en faire un roman ado. Rien que ça ! Et il paraît que ça marche : de jeunes blogueurs ont été interrogés, et visiblement, passée la surprise de départ, le roman plaît. Cela rend curieux, en tout cas, et c'est pour ça que j'ai fait figurer ce titre dans mon TTT sur la rentrée littéraire 2016.

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Puis l'incontournable de cette rentrée littéraire : le roman sur les attentats. En littérature adulte comme ados, c'est LE thème qui revient. Sarbacane a donc aussi, dans son nouveau catalogue, un roman intitulé sobrement et clairement 14 novembre, de Vincent Villeminot. L'histoire d'un jeune homme dont le frère meurt dans les attentats des terrasses, et qui, le lendemain, croise l'un des terroristes dans le métro. Après ce début très proche des événements réels, une fiction se met en place, dans laquelle il sera question de la soeur du terroriste, et de dialogue entre les deux hommes. Forcément, on peut être méfiant, trouver que c'est prématuré, s'attendre à du voyeurisme, se demander si l'auteur, et tous les autres qui se sont attaqués à ce sujet, sauront trouver le recul qui manquait tellement au flot d'images et d'informations qui nous a noyés à plusieurs reprises ces douze derniers mois... Là encore, la curiosité me poussera peut-être à lire ce roman. 

Voilà... c'est là que j'ai dû partir ! Je ne peux donc malheureusement rien vous dire sur les romans 8-12 ans (je suis repartie avec un livre de Marion Brunet, L'ogre à poil(s), mais c'est un tome 2, et bon, ce n'est pas trop ma tasse de thé...), ni sur les BDs. Mais à vrai dire, cela faisait déjà beaucoup d'idées, d'envies, pour mon budget qui n'est pas celui d'un libraire ni d'un bibliothécaire !... 

Bonne rentrée à Sarbacane, et bonnes lectures à vous ! 


06 septembre 2016

TTT #3 : Les 10 romans qui se déroulent dans un lieu scolaire lus ou à lire

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Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire qui consiste à présenter chaque mardi 10 titres répondant à un thème littéraire précis. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog Frogzine. (Et découvert par la petite Mu chez Forty-five weeks). 

Le thème de la semaine est évidemment d'actualité, et il prend la suite des derniers articles de la petite Mu. On ne vous apprendra rien (surtout que la plupart de ceux qui viennent faire un tour ici sont de l'Educ'Nat'...) : c'est la rentrée.  

 

En littérature jeunesse, j'aurais pu citer des dizaines et des dizaines de titres, forcément. Quand les romans jeunesse prennent pour personnages des enfants ou des adolescents, il se trouve que le quotidien de ceux-ci est souvent rythmé par l'école, le collège, le lycée, qui servent donc logiquement de cadre au récit. On peut penser aux enquêtes de Jean-Philippe Arrou-Vignod, aux Disparus de Saint-Agil, aux aventures de Laure et ses amis dans les romans de Catherine Missonnier que j'adorais quand j'étais petite (Superman contre CE2, Extraterrestre appelle CM1...)... Parmi les titres plumés sur ce blog, il y aurait aussi A copier cent fois d'Antoine Dole ou Frangine de Marion Brunet, parce que le harcèlement dont leurs héros sont victimes a lieu majoritairement sur leur lieu scolaire ; Avalon High de Meg Cabot, dont le titre reprend le nom de ce lycée mystérieux où le présent croise le passé du Moyen Âge ; ou même Eleanor&Park de Rainbow Rowell dont la plupart des scènes se passent au lycée. 

Mais il fallait bien choisir, et j'ai sélectionné des romans dont l'école est non seulement le cadre mais aussi la thématique, et qui ont une importance particulière dans mon parcours de lectrice : 

La sixième, de Susie Morgenstern : parce qu'à mon époque c'était un livre déjà culte mais pas encore vieilli comme il peut l'être actuellement, et que c'était l'une de mes premières acquisitions chez L'école des loisirs ; 

L'année Rase-Bitume, de Philippe Barbeau : parce que ce roman beaucoup moins connu, lu également quand j'étais jeune, m'avait beaucoup plu, et que, pour une fois dans un roman jeunesse, l'héroïne n'était pas une élève mais la professeure, fraichement arrivée en classe Segpa ; 

Harry Potter à l'école des sorciers, de J.K. Rowling : parce que Poudlard, c'est quand même une école, et que, même si je n'en ai quasiment jamais parlé sur ce blog, je suis une inconditionnelle de Harry Potter, une de celles qui ont lu les premiers livres à leur sortie ou presque (à la parution du 3e volume pour ma part), et qui ont ensuite grandi avec le personnage, s'obligeant à lire les deux derniers tomes en anglais (un exploit pour moi) parce qu'il était impossible d'attendre la traduction en français ; 

Vive la République !, de Marie-Aude Murail : parce que j'ai ce roman que j'ai découvert à l'âge adulte et dans lequel l'héroïne est aussi une institutrice m'a beaucoup plu, malgré quelques concessions à certains stéréotypes et un enthousiasme peut-être un peu exagéré. 

 

En littérature adulte, les candidats à la sélection sont plus rares. J'ai dû réfléchir un peu plus, mais ce fut l'occasion de me remémorer de vieilles lectures quasi oubliées et de découvrir des idées pour ma liste à lire : 

L'orange de Noël, de Michel Peyramaure : parce que c'est un souvenir de mon premier swap Néoprofs, et que je n'aurais d'ailleurs jamais lu ce roman de terroir sans la contrainte "Noël" + "couleur orange" ; 

Délicieuses pourritures, de Joyce Carol Oates : parce que ce campus novel (qui est un genre littéraire à part entière, popularisé entre autres par David Lodge) m'a réconciliée avec Oates que je goûtais peu jusque là ; 

Chagrin d'école, de Daniel Pennac : parce que ce fut une bonne surprise et la source d'intéressantes réflexions pédagogiques ;

Sortie de classes, de Laurent Torres (à lire) : parce que ce livre (qui m'a déjà servi pour le TTT#2 sur la rentrée littéraire 2016) qui s'intéresse de près à la vie d'un enseignant représente ce que j'appelle "mes lectures sadomasochistes" (je sais que ça va parler de choses qui ne vont pas m'égayer, mais je succombe quand même à la tentation de lire à propos de cet univers que je connais si bien) ; 

Entre les murs, de François Bégaudeau (à lire) : parce qu'après avoir vu le film, qui m'avait mise assez mal à l'aise car j'étais incapable de savoir quel "message" sur l'enseignement il cherchait à nous délivrer, j'ai tellement aimé La devise, du même auteur, que j'ai envie de découvrir le livre à l'origine du film, pour voir exactement ce qui relève de la plume propre de Bégaudeau, sans apport du réalisateur ; 

Honte et dignité, de Dag Solstad (à lire) : parce que je viens de le découvrir en faisant des recherches et que la critique de Libération, qui parle de quarante-cinq premières pages "extraordinaires", m'a donné envie. 

Et vous, aimez-vous retrouver avec nostalgie vos années d'écoliers au coeur de vos lectures ou êtes-vous allergiques à tout ce qui touche à l'école dans les livres ?

 

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03 septembre 2016

François Bégaudeau, La devise

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Voici une lecture dont je vais vous parler avec beaucoup, beaucoup d'enthousiasme. Un enthousiasme dont je suis la première surprise : théâtre contemporain, François Bégaudeau, les valeurs de la République, trois éléments qui avaient tout pour me faire fuir. Je le disais précédemment, le théâtre d'aujourd'hui, ce n'est pas mon fort ; ma "rencontre" avec Bégaudeau à travers son film Entre les murs m'avait laissé un souvenir teinté de malaise (j'en reparle plus loin) ; et les valeurs de la République, à force d'en manger à toutes les sauces dans nos diverses réunions et formations, je ne pouvais plus les voir en peinture. Mais ce mois d'août étant placé, chez la petite Mu, sous le signe du challenge, la lecture de cette pièce n'y échappera pas. 

J'ai été rassurée dès le prologue. Benoît Lambert, le metteur en scène de la pièce, raconte que François Bégaudeau, dans un premier temps, n'avait pas envie d'écrire sur la devise nationale. Ce thème, je cite Lambert, "lui semblait même potentiellement suspect : dans la France de l'après-Charlie [ndlr : la pièce a été créée en 2015], le retour aux valeurs de la République avait aussi pris des allures de revanche, et les discours de célébration tournaient souvent pour bon nombre d'entre eux à la crispation identitaire. Comment dans un tel contexte évoquer sereinement les trois mots les plus épuisés de notre dictionnaire ? Comment éviter le catéchisme lénifiant sans tomber dans la provocation inutile ?" Voilà qui traduisait exactement mon sentiment à l'égard de cette notion de "valeurs de la République". 

Moi qui suis difficile à l'égard du théâtre, et qui n'aime pas quand il se résume à un dialogue de film, sans recherche sur la langue et le style, j'ai pourtant été convaincue par ce texte-là : j'en reconnais les possibilités scéniques, et, en même temps, j'ai aimé le lire comme un texte brut. 

D'abord parce qu'il y a beaucoup d'humour, porté par le jeu entre les deux personnages, l'homme totalement dépourvu de second degré et la femme qui n'en manque pas. Elle "charrie" beaucoup, pour reprendre un terme que les élèves d'Entre les murs adressaient à leur professeur. J'ai vraiment éclaté de rire à de nombreuses reprises. Il y a des formules qui tiennent autant du bon mot que de la pertinence la plus totale, comme cette phrase : "Les jeunes ont beaucoup moins d'argent que les vieux, mais beaucoup plus d'avenir." Incontestable ! 

Ensuite, le pari est tenu, celui de dire quelque chose de vrai sur les trois valeurs *biiiiiiiip* mots (lisez, vous comprendrez) de notre devise sans tomber dans "le catéchisme lénifiant" ni "la provocation inutile". Là encore, c'est la répartition des rôles qui le permet. L'homme, qui prend sa "mission" de conférencier très à coeur, a souvent tendance à verser dans la facilité, le discours attendu, le jargon très 2015 (et 2016 encore, d'ailleurs). La femme, elle, est prête à sombrer dans la mauvaise foi pour critiquer et poser des limites au jargon et à la morale. Comme deux petites voix que chacun d'entre nous pourrait avoir en tête, ils se renvoient la balle, et ne sont finalement pas plus capables l'un que l'autre de fournir un propos cohérent et fédérateur sur ces trois mots que, pourtant, tout le monde connaît. Un vrai débat linguistique, historique, philosophique, politique, est engagé sur chacun de ces mots, dans un ton que l'auteur a su rendre véritablement pédagogique, avec accessibilité mais sans facilité. La fin, on s'y attend un peu : c'est évidemment au public (et aux lecteurs), quel qu'il soit, de donner soi-même du sens à des mots qu'on peut interpréter et surinterpréter. J'ai bien aimé cette réflexion : la vraie interactivité d'un discours, ce n'est pas de jouer aux questions-réponses avec le public, c'est de lui permettre, après avoir écouté le propos en entier, de le prolonger, seul, en groupe, en silence ou en paroles. C'est une très belle leçon de pédagogie, qui réaffirme qu'un point de vue critique se construit après avoir écouté, après avoir appris, y compris ce que le thème pouvait avoir de contradictoire. 

Enfin, je dois reconnaître que François Bégaudeau a un regard très juste sur l'adolescence. Dans Entre les murs, les postures d'élèves étaient représentées avec tellement de vérité que, pour un professeur, le visionnage des scènes d'affrontement est réellement pénible. Ici, les allusions au public adolescent parsemées dans la pièce ne tombent pas dans la caricature, tout en étant incisives. Leur justesse vient aussi du fait qu'elles renvoient toujours dos à dos adolescents et adultes. Ainsi dans cet échange : 

"HOMME [...] : Est-ce que je précise que c'est la République de 1848 qui a adopté cette devise ? 
FEMME : Ca leur dira rien. Quand on s'adresse aux jeunes, toujours partir du principe qu'ils ne savent rien. 
(Un temps.)
Surtout en histoire.
HOMME : Et en géo. 
FEMME : Et en maths. 
HOMME : Et en anglais.
FEMME : Cela dit, les adultes non plus. Personne ne sait rien. Parle de 1848 à un adulte, il pensera que c'est une marque de bière."

En fait, ce n'est pas que sur l'adolescence que l'auteur porte un regard pertinent, mais sur l'espèce humaine en général. Entre l'idéalisme teinté de naïveté de l'homme, et la lucidité parfois défaitiste de la femme se dessine un juste milieu, une image nuancée de l'homme et de ses contradictions. 

Bref, vous l'avez compris, je recommande cette lecture à tout le monde sans exception. C'est évidemment un sujet dont chacun peut s'emparer car, malheureusement, le propos créé en octobre 2015 est on ne peut plus d'actualité en août 2016. J'adorerais voir jouer cette pièce devant un public adolescent ; et j'envisage sérieusement de choisir certains extraits pour les lire ou les faire lire à mes élèves. Merci à François Bégaudeau pour ce beau texte dont on avait besoin ! 

 

- - - Sur la photo, vous pouvez voir d'autres titres de la collection jeunesse des éditions Les Solitaires intempestifs : j'en reparle bientôt, mais j'ai été déçue par ces deux autres titres. - -  

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01 septembre 2016

Une bibliothèque dans la classe

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Une récente conversation sur Néoprofs m'a donné l'idée de cet article.

Non sans nostalgie et pincement au coeur, car, si j'ai pratiqué avec assez de bonheur la "bibliothèque de classe" dans mon désormais ancien collège, en l'améliorant d'année en année, jusqu'à arriver à quelque chose d'assez chouette, je dois dire... je ne peux en revanche pas affirmer du tout que j'arriverai un jour au même résultat dans mon désormais nouveau collège, car je deviens une professeure SSF (Sans Salle Fixe), retour en arrière bien connu des derniers arrivés dans un établissement scolaire. 

Bref, cela n'empêche pas de partager mon expérience.

D'abord, pourquoi une bibliothèque de classe alors que, depuis les années 1970, tous les collèges disposent d'un CDI entre leurs murs ? Mes trois réponses à cette question (et, évidemment, elles n'engagent que moi) : 

- Le besoin de compléter un fonds interne (celui du CDI) insuffisant. --> C’était mon cas, mais attention, j’explique le contexte : j’étais dans un petit établissement, doté d’un budget limité, mais surtout, dont la politique d’acquisition en terme de littérature jeunesse (ce qui m’intéressait plus particulièrement) n’avait visiblement pas été retravaillée depuis plusieurs années. Dans ce domaine, le fonds était donc effectivement très pauvre. Un nouveau professeur documentaliste est arrivé en même temps que moi, il y a progressivement remédié, mais mon impatience habituelle s’accoutumait mal des délais de commande et des impératifs de dates et de budgets qu’il devait respecter.

 - L’envie d’avoir des livres à proximité immédiate, à la fois des élèves et du professeur. --> Il y a le traditionnel « pour que les élèves s’occupent à la fin d’un contrôle ». Mais il n’y a pas que ça. C’est aussi beaucoup plus pratique de pouvoir saisir en direct le livre dont on est en train de parler aux élèves, ou de leur permettre d’aller le chercher eux-mêmes. S’ajoute à cela le bénéfice, j’en suis convaincue, d’une fréquentation régulière (presque journalière, puisque les élèves ont souvent un cours de français par jour) des livres, même si ce n’est que visuel. J’ai remarqué que les élèves jetaient souvent un œil, et remarquaient quasi toujours quand je modifiais quelque chose dans mes rayonnages ou présentoirs.

 - Enfin, le souhait de proposer ses livres, pas n’importe lesquels. -->  Au-delà d’une simple réserve de livres, la bibliothèque de classe, c’est aussi la bibliothèque du professeur. Elle lui permet de partager ses goûts et ses centres d’intérêt avec les élèves. Les titres qui y figurent ont été choisis par lui. Il sait précisément ce qui s’y trouve et la médiation n’en sera que plus facile. C’est un trait d’union entre son univers et celui des élèves. Je suis très attachée à cet aspect-là ; il m’importe de dire aux élèves, quand je leur présente un livre, que je l’ai aimé, ou pas, pour telle ou telle raison.

 

Si ces réponses vous ont convaincu, un petit document synthétique à télécharger pour les conseils pratiques : Une_biblioth_que_de_classe

 

Quant à mon aventure, par étapes : 

1°) Première année : Pas d’installation particulière, j’apporte de temps en temps quelques livres de chez moi, je les prête aux élèves qui le souhaitent en notant leur nom sur mon agenda, je les entrepose dans mon placard (souvent fermé).

2°) Deuxième année : Je décide de pratiquer l’exposition, et j’utilise pour cela une table placée au fond de la classe. Mieux, mais elle ne me permet d’exposer qu’une dizaine de livres (je dois donc varier les expositions et reléguer les anciens livres dans mon placard, toujours) et je dois attirer l’attention des élèves sur cette table, située dans leur dos.

3°) Troisième année : Je cherche à obtenir une étagère. J’atteins presque mon but : ce sera un placard, dont je dois ouvrir les portes. Mais j’utilise ces portes comme supports aux fiches indicatives ou autres affiches, et ça y est, j’ai enfin ma bibliothèque, une vraie ! J’y range, au fur et à mesure, jusqu’à une cinquantaine de livres : une grande partie de ma collection de littérature jeunesse (dont je ne faisais pas grand-chose chez moi ; je n’ai gardé que les livres auxquels je tenais vraiment, et encore, j’en ai fait circuler quelques-uns qui étaient même dédicacés !), des specimen reçus dans mon casier, de vieux Je Bouquine choisis pour être en rapport avec des thématiques étudiées en classe (je pense aux adaptations de classiques en BD), quelques documentaires bien spécifiques…
J’élabore alors mon propre classement :
- deux étages consacrés aux livres en lien avec les programmes, classés par thématique avec indication du niveau correspondant (récits merveilleux 6e, Moyen Âge 5e, fantastique 4e, récits d’enfance 3e…).
- un étage – bien rempli – pour la littérature sans lien avec les programmes, qu’on peut appeler « lecture plaisir » (mais pourquoi priver les autres de ce nom ?…). Je me suis un peu cassé la tête sur les indications de niveau (en mettre ? ne pas en mettre ? si oui, comment ?), et j’ai tranché pour ça :

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Enfin, un étage un peu « fourre-tout » : les Je Bouquine, quelques BD et documentaires, une collection dépareillée de Contes de ma mère l’Oye.
Les emprunts commençant à se faire plus nombreux, je me munis d’un petit cahier de prêts avec trois colonnes : nom de l’élève, titre du livre, date de prêt, et je raye la ligne au moment du retour. Pas de condition d’emprunt autre que de prendre soin des livres. Si un livre est très demandé, ou que moi-même j’en ai besoin, je demande à l’élève de le rapporter rapidement. J’ai toujours retrouvé mes livres. Pour ce qui de leur état, ça dépend des élèves emprunteurs. Certains ont les mêmes habitudes de grande précaution que moi, d’autres font manifestement du livre un objet totalement désacralisé. Mais puis-je leur en vouloir ? Je n’ai jamais eu de grosse dégradation en tout cas (livre déchiré, taché, ou autre chose de ce genre). Peut-être que je me déciderai à les couvrir, mais ça va me prendre beaucoup de temps et un peu d’argent.

4°) Quatrième année : Dernière étape, l’ultime : je me dote d’un présentoir, un vrai (bon, avec une vis en moins, mais quand même), et ma bibliothèque, plus d’un meuble, devient alors un lieu, un vrai, avec un espace destiné à la conservation (les rayonnages archivés), et un autre destiné à la valorisation (le présentoir). J’ai veillé à ce que ce dernier soit régulièrement « mis à jour », en m’adaptant soit au contenu de mes cours, soit à une thématique que je souhaitais mettre en avant à un moment particulier (la poésie pour le Printemps des Poètes, la 1e GM lors des commémorations…), soit à une actualité particulière : ainsi, ce présentoir m’a tristement aidé, après les attentats de Charlie et ceux du Bataclan, à exposer des images qui me touchaient et à mettre à disposition des élèves des ressources de toutes sortes (livres, magazines… J’avais même fait un portfolio « revue de presse », avec des articles et des caricatures).

J'espère vraiment, vraiment continuer l'aventure dans mon nouvel établissement... A suivre ! 

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30 août 2016

Top Ten Tuesday #2 : Les 10 romans de la rentrée littéraire automnale 2016 que vous souhaitez absolument vous procurer

TTT 2 Rentrée littéraire

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire qui consiste à présenter chaque mardi 10 titres répondant à un thème littéraire précis. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog Frogzine. (Et découvert par la petite Mu chez Forty-five weeks). 

Je n'étais pas sûre d'écrire pour ce Top Ten Tuesday, car la rentrée littéraire me laisse, d'habitude, plutôt indifférente : étant une acheteuse de livres de poche ou une usagère de bibliothèque, il m'est difficile de lire les livres à leur première sortie. Mais ça n'empêche pas de se faire envie, après tout, et peut-être que cette année je ferai une entorse à mes habitudes. (Et si un éditeur passe par là et souhaite m'offrir l'un des titres de ma liste, qu'il n'hésite pas :-) ) 

Mais pourquoi ces dix-là ? 

 

Pour exorciser une mauvaise expérience passée : 

Comment tu parles de ton père, de Joann Sfar : parce que le titre me fait rire et que, peut-être, lui, je le lirai jusqu'au bout, contrairement à L'éternel (que j'ai dû abandonner avant même la moitié).

Les bottes suédoises, de Henning Mankell : parce que je ne veux pas rester sur la déception du premier volume, Les chaussures italiennes, alors que tout le monde en disait du bien. 

 

Pour prolonger logiquement mes partenariats ou challenges : 

Flow 2, de Mikaël Thévenot : parce que je veux connaître la suite des aventures de Josh, et savoir s'il va se laisser tenter par le côté obscur de son superpouvoir. 

Le rouge vif de la rhubarbe, d'Auður Ava Ólafsdóttir : parce que l'islandais est une langue de moins de 10 millions de locuteurs (pour comprendre, voir la liste des catégories du Néo-défi lecture 2016), que j'ai déjà lu - et plutôt aimé - Rosa Candida de la même auteure, et que j'aime bien la rhubarbe. 

 

Pour me laisser surprendre, et, pourquoi pas, séduire : 

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais : parce qu'après avoir lu la chronique de la librairie des Croquelinottes, je ne peux qu'avoir envie de le lire. 

Anatomie d'un soldat, de Harry Parker : parce qu'un roman sur le syndrome post-traumatique dont les narrateurs sont des objets, forcément, ça interpelle. 

Génération K, de Marine Carteron : parce que les mots-clés m'ont attirée et que le teaser promotionnel m'a plu (moi qui n'avais plus vu de book-trailer depuis longtemps), surtout dans une librairie qui expose l'album Buffalo Belle

 

Enfin, parce que les thématiques abordées ont tout pour me plaire : 

Le syndrome de la vitre étoilée, de Sophie Adriansen, qui parle de désir d'enfant ; 

Amour monstre, de Katherine Dunnqui parle de phénomènes de foire ; 

et Sortie de classes, de Laurent Torres, qui parle d'enseignement. 

 

Et vous, quelle sera votre rentrée littéraire ? 

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26 août 2016

Fiona Woodcock : Heidi joue à cache-cache

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Dans sa présentation de l'ouvrage, l'éditeur parlait d'un album "sur l'amitié et l'acceptation des différences". Ce qui m'intriguait car le résumé insistait surtout sur le don de la petite Heidi pour gagner à cache-cache. Comment l'auteure et dessinatrice allait-elle associer tout ça ? 

En fait, l'idée est simple et maline. C'est l'histoire, donc, de Heidi, qui adore se cacher. Forcément, quand ses amis n'arrivent pas à se décider pour un jeu, elle s'empresse de proposer cache-cache, parce qu'elle est sûre de gagner. Jusqu'à ce fameux jour de son anniversaire, où à force de se cacher trop bien, plus personne n'a envie de la chercher : "Charlie, Katie et Rosie ne purent trouver Heidi. En revanche, ils trouvèrent de délicieuses coupes glacées." Après réflexion, Heidi décide non seulement d'essayer les jeux de ses amis, mais, surtout, de les encourager, chacun, à proposer leur jeu préféré. Ainsi, ils pourront tous, tour à tour, être le meilleur. Et, finalement, c'est nettement plus rigolo de perdre, mais avec ses amis, que de gagner, mais toute seule. 

Moi qui aime tant le jeu, et qui crois fermement à son grand pouvoir éducatif (clin d'oeil au blogueur de Méliméludes ;-) ), cette réflexion sur la manière qu'a un groupe de jouer, et, d'abord, de choisir son jeu, m'a beaucoup plu. "Que le meilleur gagne !" : belle devise, mais encore faut-il que tout le monde en ait la possibilité, et que le potentiel de chacun puisse être mis en avant. 

Enfin, les illustrations ajoutent à la thématique de l'histoire, puisque le petit lecteur peut lui aussi s'amuser à chercher Heidi, toujours bien camouflée dans de très belles illustrations (crayon ? encre ? Un jour, il faudra vraiment que je prenne un cours d'arts plastiques...). Si j'en crois cet article, l'image est venue en premier, le texte en second : Fiona Woodcock aurait en effet d'abord créé la petite fille pour des cartes de voeux, ainsi que ce tableau, où l'idée de camouflage primait finalement sur celle d'une petite fille jouant à cache-cache avec des amis. 

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Un bien joli album sur tous les plans, donc, à découvrir très vite et à mettre entre les petites et les grandes mains. C'est le premier de Fiona Woodcock, mais attendez-vous à la retrouver bientôt ! 

Auteure et illustratrice : Fiona Woodcock
Editions Hatier jeunesse
A paraître le 27 septembre 2016

Etiquette Hatier jeunesseCe billet inaugure mon partenariat avec les éditions Hatier Jeunesse.

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24 août 2016

Des albums sur le genre

Dans les sorties d'albums jeunesse 2016, deux albums abordant la question du genre ont retenu mon attention. 

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Le premier, Emile ou la danse de boxe, fait partie d'une série écrite par Vincent Cuvellier et illustrée par Ronan Badel, et il m'a fait découvrir le personnage irrésistible d'Emile, un sacré garnement au caractère bien trempé. Quand il veut quelque chose, il ne se laisse pas détourner de son objectif. Vous voyez sa tête sur la couverture ? Eh ben, pareil tout le temps. Si les titres des autres albums de la série sont assez classiques, Emile a froid, Emile fait un cauchemar, Emile invite une copine, et ne semblent pas tellement différents des archi-classiques Max et Lili, de petites surprises se cachent quand même derrière certaines histoires : par exemple, la "copine du parc" qu'Emile fait venir chez lui n'est pas celle à laquelle ses parents (et le lecteur) s'attendent. Et, pour l'album dont il est question aujourd'hui, c'est dès le titre que le lecteur est interpellé. C'est quoi, "la danse de boxe" ?

En fait, personne ne le sait très bien, surtout pas les parents d'Emile, qui veulent "inscrire Emile à l'activité" (joli petit clin d'oeil critique à cette injonction sociétale où tout le monde, dès son plus jeune âge, doit faire "des choses", le plus possible). Sauf que dans la liste, Emile ne veut pas faire éveil au yoga, foot en salle ou découpe papier-carton. Il veut "faire de la danse, mais de la danse de boxe". Parce que "la danse de boxe, c'est pas pour les filles, c'est pas pour les garçons, c'est pour les danseurs de boxe !" Voilà, dans cette phrase, tout est dit. Ce combat d'Emile pour faire l'activité qu'il a choisie, lui, c'est un beau combat pour le droit de chacun à sortir des cases.

Ce que je salue dans cet album, c'est qu'à aucun moment l'auteur n'abandonne pour tenter de faire rentrer son héros dans un cadre plus conventionnel, même s'il fait beaucoup rire ses petites camarades de cours de danse. Jusqu'au bout, Emile "aime bien, il aime bien la danse". Certes, sur l'avant-dernière page, on peut soupçonner le jeune garçon d'aimer tout particulièrement être entouré de filles en tutus qui lui font des bisous. Mais, quand bien même ce serait sa motivation finale, ce n'était pas la première, et l'album se termine bien par une image d'Emile, tout seul, en marcel vert et caleçon rose, imperturbable dans son froncement de sourcils avec les "Hi hi hi" en arrière-plan. 

Un album court et très efficace, à lire dès 3 ans, pour dénoncer plusieurs travers de notre société et de la pression qu'elle cherche à imposer aux parents et aux enfants. 

 

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Le second est plus poétique et s'adresse, d'après les éditions du Rouergue, à un public adolescent. Moi qui suis d'habitude frileuse avec les prescriptions d'âge (j'ai tendance à très vite trouver un ouvrage complexe et déconseillé aux plus jeunes), j'inclurai pour le coup les préados dans cette cible. Parce que le texte repose sur des jeux de sons qu'un écolier de cycle 3 peut certainement comprendre, avec des phrases courtes, au vocabulaire plutôt simple, et que le propos ne doit évidemment pas être réservé aux plus grands. 

"B.B.", en quatrième de couverture, ce n'est pas Brigitte Bardot, mais Annabelle, ou Buffalo Belle, qui dès l'école maternil préfère le tractopil à la maril, et, adolescent-e, refuse le ricelle et rêve de pantalons et de bretils. Le personnage grandit au fil (pardon : au felle) des pages, et arrive l'âge adulte où la question se pose différemment, parce qu'à "l'état civelle [...], elle ou il, ce n'est plus désormais un détail futelle". La fin est très ouverte, et laisse libre cours aux interprétations, lumineuses ou sombres. La fusion avec la nature est évoquée, parce que tout y est plus facile - facelle, plus "subtelle". 

J'ai beaucoup aimé cet album qui se lit à toutes sortes de niveaux : on peut s'arrêter sur le texte ludique qui nous fait redécouvrir la langue française ; on réfléchit, forcément, aux diktats concernant le genre et l'identité sexuelle ; on s'intéresse enfin à la différence, qui prend diverses formes, à l'identité au sens large, au développement de soi. L'auteur et illustrateur, Olivier Douzou, raconte sur le site des éditions du Rouergue la genèse de cet album, fortement inspiré par ses enfants et en particulier sa fille Zélie. Je lui laisse la parole, pour conclure : 

"On peut affirmer dans notre bon français
que certaines gens sont incertains

Les accords réservent des surprises

Singulièrement l'amour est il
et plurielles les amours sont elles"

Un sacré farceur, ce bon français... 

 

Quelques liens pour prolonger la réflexion sur la thématique du genre dans les albums pour enfants :

un article chez La voix du livre, qui prend pour cible les albums Papa et Maman des éditions Sarbacane, et en profite pour nous donner tout un tas d'exemples et de contre-exemples ;
- un blog tout entier, Fille d'album, une vraie mine d'analyses et d'idées lecture ; 
- une réflexion sur le rôle de l'école et du collège, dans un article de Max Butlen intitulé "Que faire des stéréotypes que la littérature adresse à la jeunesse ?"

Et les albums : 

Emile et la danse de boxe 
Auteur : Vincent Cuvellier
Ilustrateur : Ronan Badel
Editions  Gallimard jeunesse - Giboulées

Buffalo Belle
Auteur et illustrateur : Olivier Douzou
Editions du Rouergue 
 

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22 août 2016

Carnet de lecture du Néo-défi lecture 2016 : et de 19 !

Néo-défi lecture 2016

Et de 19 dans ma liste du Néo-défi lecture 2016 (sur l'objectif de 50 : on avance lentement, mais sûrement.)

Défi 16 : Un journal intime / Défi 46 : Un livre dont l'un des personnages est musicien

Cette semaine, j'ai enfin lu le Journal d'un vampire en pyjama : ce fameux récit de Mathias Malzieu, chanteur de Dionysos, qui raconte toutes les étapes de son combat contre une maladie qui l'a porté aux limites de ses ressources. C'est du sang de cordon ombilical qui l'a sauvé. Après avoir entendu l'histoire sur La Grande Librairie, et écouté l'album presque éponyme, Vampire en pyjama, j'ai apprécié la lecture du journal. Au-delà d'un récit de vie, c'est un formidable hommage à l'art, parce qu'il permet de supporter ces épreuves, puis d'en témoigner, avec le choix de sublimer ou non chaque douleur, chaque souffrance, chaque angoisse. Cependant, il faut un véritable artiste pour arriver à une oeuvre aussi débordante de poésie et de vie : assurément, Mathias Malzieu en est un. Après avoir passé le cap de ce texte qui passe évidemment beaucoup de pages dans l'univers oppressant de l'hôpital, je me sens davantage prête à reprendre Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, l'autre roman autobiographique qui raconte la mort de la mère du chanteur. Un bel article sur ce dernier chez Forty-five weeks.

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Défi 26 : Un livre dont l'un des personnages est handicapé

J'ai aussi avalé Tant que nous sommes vivants d'Anne-Laure Bondoux, un roman jeunesse qu'on m'avait prêté il y a plus d'un an déjà. Une belle histoire d'amour, avec une originalité dans la narration, puisqu'après une première partie portée par un narrateur omniscient et centrée autout des deux personnages principaux, Bo et Hama, les deux amoureux, c'est ensuite leur fille qui prend la parole. J'ai trouvé ce détail très intelligent : quel meilleur moyen de montrer qu'un enfant est une forme de prolongement d'un couple ? Et en même temps, ce changement de narrateur entretient le mystère car ces trois individus restent autonomes et ne savent pas tout les uns des autres. L'histoire se déroule dans un univers et une époque indéfinis et indéfinissables : des réminiscences de début de XXe siècle, avec le travail à la mine, à la forge, à l'usine, une impression de Hauts de France (on parle de "chicon"... ben oui, une endive, quoi), et cette fameuse guerre, dont on ne connaît pas l'ennemi, mais qui pousse tout le monde à se disputer, fuir, se cacher, se battre. J'ai été un peu décontenancée par les multiples directions dans lesquelles ce livre nous entraîne, mais je l'ai quand même avalé, comme je le disais, d'un bout à l'autre sans sourciller.

(Petit spoiler pour expliquer la conformité du livre au défi : Hama, l'héroïne, se retrouve amputée de ses deux mains après un terrible accident à l'usine. La deuxième partie du récit tourne beaucoup autour de ce handicap qui implique autant Hama que les autres personnages.)

Défi 15 : Une pièce de théâtre du XVIIIe siècle

Pour préparer mon programme de 4e, j'ai relu L'île des esclaves de Marivaux. La scène 1 a retrouvé tout le caractère comique et efficace qu'elle avait dans mon souvenir, en posant le cadre de la pièce : un maître et son serviteur échoué sur une île où les esclaves au pouvoir manifestent leur autorité en obligeant les maîtres à endosser le rôle de serviteur, et vice-versa. A partir de la scène 2, ça se corse : il ne faut pas se perdre dans les noms des personnages (étrangers à nous, pauvres lecteurs du XXIe siècle, et en plus ils ont échangé leurs noms, les plaisantins), il faut enclencher le traducteur "français du XVIIIe". La langue de Marivaux, ça carbure. Chaque mot compte dans chaque phrase. Mais j'aime toujours autant ces réflexions sur l'Autre, sur le travestissement, sur les apparences, sur le hasard. On n'est pas vraiment dans une pièce politique, plutôt dans une satire des caractères, au sens que La Bruyère donnait à ce terme, et c'est très réussi. 

Défi 14 : Un livre dont les héros sont des animaux

En revanche, j'ai lu un peu à contre-coeur L'appel de la forêt, de Jack London. Je le classerais dans la catégorie de ces livres dont je préfère lire les analyses (très intéressant de savoir, par exemple, que la traduction française du titre est "frileuse" par rapport au terme anglais, the wild, qui aurait dû être traduit par "la vie sauvage" ou quelque chose comme ça) que le livre en lui-même. J'ai lu de nombreux passages en diagonale, tout en notant mentalement les effets de progression, de parallélisme, de boucle. Bref, je ne suis décidément pas une lectrice de romans d'aventure.  

Défi 20 : Un livre choisi par un proche 

Enfin, je reviens sur Demain, j'arrête de Gilles Legardinier, qu'une amie m'a offert pour me rendre la bonne humeur qu'il me manquait un peu à ce moment-là. C'est un roman "chick-litt mais pas que" pour reprendre les mots d'Enna sur son blog : l'histoire de Julie, éternelle maladroite et gaffeuse, qui va rencontre un voisin extrêmement charmant dans des circonstances qui se veulent abracadabrantes (mais que je n'ai pas trouvé si délirantes que ça). J'ai lu ce livre jusqu'au bout parce que j'avais envie de connaître la fin (sans m'attendre à rien de surprenant). Mais je crois que je reste décidément assez hermétique à ce genre. Plusieurs raisons, sans doute, à cela. D'abord parce que je me reconnais souvent mal dans les héroïnes (de même que j'ai du mal aussi à m'identifier aux cibles des magazines comme Cosmo), jeunes actives - mais rarement profs - qui ne sont pas des canons mais quand même pas moches non plus, qui se disent timides et gaffeuses mais font quand même pas mal de choses improbables que je ne me verrai pas faire dans la vie. Leiloona, de Bric à Book, par exemple,  a adoré parce qu'elle a trouvé en Julie son sosie : l'identification compte certainement beaucoup pour l'appréciation de ce livre. Ensuite parce qu'à force de lire magazines et blogs, on retrouve des expressions et des situations qu'on a l'impression d'avoir déjà lues cent fois. En outre, dans ce roman, il y a une pseudo-intrigue policière, car Julie soupçonne son séduisant voisin de préparer un cambriolage : c'était de trop, beaucoup trop invraisemblable par rapport au reste de l'histoire qui se veut "croquis de vie". Bref, je suis contente d'avoir tenté l'expérience, mais pas convaincue. Je laisserai Enna et Leiloona vous convaincre sur leurs blogs respectifs. 

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