29 septembre 2019

Mes aventures pédagogiques, épisode 5

Parce que je ne suis pas que maman, et qu'après une période de réflexion sur mon avenir professionnel, j'ai choisi de persister - pour le moment - dans l'enseignement, voici un nouvel article sur mes projets de classe.

(J'en profite pour remercier les personnes qui m'ont écrit, pendant ces deux ans de parenthèses, à propos de certains articles, notamment sur les lectures cursives, et je les prie d'excuser mes réponses tardives ou mes non-réponses... ce que j'ai écrit plus haut en est l'explication : beaucoup de temps à être maman, et peu à être blogueuse, et un désintérêt passager pour le métier et ce qui s'y rattachait.)

Tout d'abord, retour sur l'année scolaire précédente. 

Un jeu de l'oie autour de L'Odyssée

J'ai repris un projet avorté dans mon ancien établissement, et, miracle venant de moi, je l'ai mené à bien ! 

Le principe dans les grandes lignes : réaliser un jeu de l'oie avec un plateau de 26 cases (en gros), comprenant des cases "épreuves", des cases "quizz" (piocher une question dans une pile), et des cases vides, en s'appuyant au maximum sur l'histoire de L'Odyssée , l'esprit général et les éléments culturels du texte. 

J'ai tout simplement compris qu'il fallait changer les paramètres de départ : plutôt que de constituer de petits groupes de 3 ou 4 élèves, leur confiant la réalisation d'un jeu de A à Z (dessins, préparations des questions et des épreuves, etc...), il est beaucoup plus adapté de travailler par effectif plus nombreux. J'ai profité de nos heures d'aide personnalisée en demi-classe. Chacun de mes demi-groupes (donc une quinzaine d'élèves) réalisait un jeu complet, et les rôles étaient répartis entre les élèves. Ainsi, certains étaient dessinateurs, d'autres calligraphes (pour tout ce qui devait être écrit à la main), d'autres concepteurs de questions, d'autres informaticiens (pour saisir puis mettre en forme les questions), et enfin, dernier groupe à ne pas négliger, les bricoleurs (pour découper, coller, fabriquer les pions, les dés...). 

Concrètement, nous avons consacré 6 séances d'AP, chaque séance se déroulant ainsi : 

1°) Une première phase collective : chaque semaine, le groupe entier se mettait d'accord sur quelques épreuves du parcours. Cela consistait à faire récapituler aux élèves les étapes du voyage d'Ulysse (par exemple, à la première séance : de quelle ville part Ulysse ? Quel est le premier peuple qu'il rencontre ?) et, à chaque fois, de leur demander si cette étape était adjuvante ou opposante pour le héros. Une fois les réponses obtenues, trois élèves au maximum proposaient une épreuve : reculer de trois cases, relancer le dé, accomplir un gage... On votait à main levée pour choisir l'épreuve, je la transformais en consigne claire et courte, et un secrétaire de séance la recopiait sur une feuille de route. 

Intérêt pédagogique de cette phase : j'ai essayé de guider les élèves pour que l'épreuve choisie soit la plus adaptée possible à l'esprit de l'épopée. Poussés à la réflexion, les élèves ont ainsi eu de jolies idées : sur la case départ, faire un trois pour avoir le droit de commencer (moi : "Mais, pourquoi un 3 ? Normalement, c'est plutôt un 6, dans les jeux, non ?" L'élève : "Ben, madame, c'est la case de Troie !") ; pour Charybde et Scylla, une épreuve en forme de dilemme (soit on choisit Scylla, et on recule automatiquement de 6 cases, soit on choisit Charybde, on lance le dé, et selon le résultat, on reste sur sa case...ou on retourne à la case départ). 

2°) Une seconde phase individuelle : chaque élève avance dans le rôle qui lui est confié. Les dessinateurs viennent chercher sur une table de petites cases découpées sur lesquelles ils dessinent la scène, les calligraphes recopient les épreuves directement sur le plateau, les concepteurs de questions les rédigent au brouillon puis les confient aux informaticiens qui les tapent à l'ordinateur (un ordinateur suffit, on peut travailler dans une salle de cours ordinaire si elle est équipée d'un poste pour le professeur), et les bricoleurs bricolent ! Evidemment, les rôles peuvent varier à la marge si certaines tâches demandent plus de travail que d'autres. 

Intérêt pédagogique : permettre à chaque élève de s'accomplir dans quelque chose qui lui correspond. Généralement, les dessinateurs et les bricoleurs sont très fiers (et aussi très talentueux : j'ai eu des scènes superbes et détaillées, et des pions en origami miniatures absolument bluffants !). Il faut aller les voir régulièrement pour les amener, là aussi, à suivre de près le récit étudié : on ne dessine pas les Sirènes avec une queue de poisson, on relit le texte pour représenter Scylla, on fait des recherches pour savoir à quoi ressemblerait le lotus des Lotophages... Même chose pour les questions : j'ai fini par créer des catégories (vocabulaire, culture, oral...) en proposant des modèles, sinon les élèves partaient dans tous les sens, ou posaient tous les mêmes questions (Comment écrit-on anthropophage ? De quelle année date L'Odyssée ?) ( et comment leur faire comprendre que cette dernière question n'a pas de sens dans le contexte !...)

Enfin, le plus gros travail fut de finaliser l'objet-jeu : là, je reconnais, c'est Bibi qui s'y est collée... une soirée de boulot à en avoir le tournis à force de chercher le bon dessin qui va sur la bonne case, d'imprimer les bonnes questions qui vont avec le bon jeu... Je m'étais (comme toujours) compliqué la tâche car je voulais que chaque jeu (plateau + pions + dés + questions) soit réalisé en plusieurs exemplaires pour faire jouer les élèves par petits groupes de 4 élèves maximum. 

Une fois la réalisation terminée, la dernière séance est évidemment consacrée au jeu. Je n'avais pas trop idée du temps d'une partie ; il s'est avéré qu'en une demi-heure, les élèves finissaient facilement. Chaque petit groupe de 3 ou 4 a donc fait une première partie avec un jeu qu'ils n'avaient pas réalisé, puis une deuxième partie avec leur propre jeu. On a ensuite voté pour les meilleurs jeux : le plus joli, et le plus drôle concernant les épreuves. 

Bilan de l'activité

Un travail lourd, tant dans les heures consacrées en classe (6 semaines d'AP sans pouvoir travailler autre chose, c'est beaucoup) que dans les heures passées ensuite à finaliser l'ensemble. Un objectif atteint : donner goût aux élèves de créer quelque chose collectivement à partir d'un livre étudié en classe. C'est sûr, ils se sont bien amusés, à la fois à préparer, puis à jouer. En revanche, je n'ai pas réussi à les canaliser suffisamment sur le texte. Je ne peux donc pas affirmer que les élèves ont mieux compris L'Odyssée avec cette activité (ce qui était quand même l'objectif initial). 

J'ai donc choisi de ne pas reconduire le projet cette année ; en revanche, je dispose maintenant de quatre beaux plateaux de jeux dont je n'hésiterai pas à me servir avec mes élèves actuels pour lancer ou clore (j'hésite) ma séquence sur les aventures d'Ulysse. 

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28 octobre 2017

Lecture cursive #3 : Science-fiction et contre-utopies en dix romans

Science-fiction et contre-utopies en dix romans

Attaquons-nous à présent à une autre thématique archi-classique : la science-fiction, et, pour élargir, l'anticipation et les contre-utopies. J'ai mêlé ces trois sous-genres que je trouve proches, car ils ont à mes yeux comme point commun de faire réfléchir les jeunes lecteurs (et les moins jeunes) à notre société actuelle, en campant leur action dans des sociétés futuristes ou intemporelles. 

Je progresse dans mes listes, car ici il n'y a que deux titres que je n'ai pas lus ! A savoir, Felicidad de Jean Molla, mais dont on entend souvent parler quand on parle de science-fiction adolescente, et Des ados parfaits d'Yves Grevet (un auteur que j'ai aimé dans la trilogie Méto, notamment). Précisons que ce dernier, d'une centaine de pages, est publié dans la collection "Mini-Syros" : je pense donc qu'il s'agit d'une lecture bien plus facile que les autres - mais il en faut toujours dans une liste. 

Pour plus de simplicité, voici comment peuvent se classer ces dix romans : 

Science-fiction / anticipation (pouvant donc correspondre au thème complémentaire "Progrès et rêves scientifiques" de la classe de troisième) : 

Jenna Fox, pour toujours, sur le thème des greffes d'organes ;
Uglies, sur la chirurgie esthétique ;
Terrienne, dans lequel apparaît un monde parallèle où tout est assisté scientifiquement ; 
Des ados parfaits, sur le clonage ;
Théa, pour l'éternité, sur l'immortalité ;
Felicidad, sur les créations génétiques ;
Les fourmis, sur l'invention d'une communication entre humains et insectes ;
No pasaran, le jeu, où un jeu vidéo se change en réalité virtuelle (on est proche du fantastique dans ce roman). 

Dystopies (pouvant être proposées, en troisième toujours, en ouverture du thème "Dénoncer les travers de la société" et "Progrès et rêves scientifiques") : 

Le combat d'hiver, se déroulant dans une époque indéterminée ;
Le passeur, se déroulant dans le futur, mais sans mention explicite d'une invention ou d'un progrès scientifique.

Cette lecture cursive se prête très bien, parfaitement, aux fameuses bandes-annonces de livre, dont je vous parlais il y a quelques années (sans avoir encore pu les tester, hélas). De par les thèmes profonds, "résistants" comme diraient nos formateurs, elles peuvent aussi servir de support à des sujets de réflexion. L'extrait du Passeur présentant la cérémonie d'attribution des métiers peut faire réfléchir les élèves à l'importance du choix et de la liberté pour sa vie d'adulte ; Uglies peut permettre de poser la question aux élèves : "Et vous, choisiriez-vous de subir cette opération chirurgicale ?" ; un passage choisi dans No pasaran pour illustrer le personnage fasciste qu'Andreas devient dans le jeu peut les faire écrire sur la question de l'amitié et des apparences

Bref, beaucoup de pistes, et des lectures passionnantes, même quand on n'est plus en troisième ! Bon travail, et surtout bonnes lectures !  

30 septembre 2017

Lectures cursives #2 : Le Moyen Âge en dix lectures

Le Moyen Âge en dix lectures

 

Vous me l'accorderez, des listes de lectures autour du Moyen Âge, on n'en manque pas. Voici pourquoi j'insiste sur le fait que celle-ci est éminemment personnelle, avec des choix peut-être discutables, et un peu différents de ceux de la liste précédente : "Dire l'amour" en dix romans

Par exemple, il y a une bande dessinée : comme dans la liste précédente, me diront ceux qui y ont jeté un oeil, sauf qu'Angelot du Lac ne se situe pas du tout sur le même plan que l'adaptation dessinée de Roméo et Juliette. La bande dessinée d'Yvan Pommaux, dont j'ai dit le plus grand bien ici, est d'un niveau de lecture très facile. Mais justement, j'aime qu'il y ait dans les listes un titre beaucoup plus accessible que les autres, qui peut permettre à des élèves en situation particulière - dyslexie entraînant une lecture pénible, élèves allophones... - de participer quand même à la lecture cursive sans que ce soient les parents qui s'y collent... Et la série Angelot du Lac a le mérite de plonger le lecteur dans un univers médiéval assez riche et intéressant. Un compromis : on peut demander aux élèves qui feraient ce choix de lire les trois tomes de la série. 

Par ailleurs, il y a des titres chers : cette BD, déjà, mais aussi Arthur, l'autre légende, qui dépasse les 13 euros. Il y a aussi un titre difficile à trouver, sauf d'occasion (et, pour le coup, il devient très abordable), à savoir Gwydion, de Peter Schwindt. Comme je le disais au début, je ne prétends pas reprendre tous les titres que l'on trouve à foison dans les différentes bibliographies. Dans ces dernières, vous trouverez beaucoup d'ouvrages plus accessibles, souvent disponibles dans les CDI ou les médiathèques d'ailleurs. Donc je me suis permis des romans un peu différents, pour changer un peu d'Evelyne Brisou-Pellen ou d'Odile Weurlesse. 

Mes coups de coeur personnels sont Graal de Christian de Montella (qui a le mérite d'être assez addictif, souvent les élèves lisent les autres tomes ; il y en a quatre en tout, ainsi qu'une autre trilogie du même auteur, Graal noir), Avalon High, qui marche aussi pour les romans d'amour, et l'indémodable Roi Arthur de Morpurgo. Ah, et La cour aux étoiles m'avait laissé un bon souvenir de lecture d'enfance, mais je ne l'ai pas relu depuis fort longtemps. 

Bonne lecture, et bon travail ! 

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18 septembre 2017

Lecture cursive #1 : "Dire l'amour" en dix romans

Dire l'amour en dix lectures

 

Je commence ici une présentation un peu plus "formalisée" de ces idées de lectures cursives en littérature jeunesse que l'on peut proposer à nos élèves, par thème ou partie du programme. 

Ici, dix idées de romans sur l'amour et le sentiment amoureux de façon assez large, pouvant notamment correspondre à la thématique "Dire l'amour" du programme de 4e. 

Il manque des romans que j'ai beaucoup aimés, comme Dysfonctionnelle d'Axl Cendres ou Eleanor&Park de Rainbow Rowell, par exemple : c'est essentiellement parce que j'ai essayé de fixer un certain seuil de prix. Certains trouveront ce seuil encore trop élevé (clin d'oeil à Nathalie), mais il est malheureusement difficile, voire impossible, de trouver des titres de littérature jeunesse à moins de 6€. Les livres que je vous propose s'achètent entre 5 et 10€ (mais il n'y en a qu'un seul à moins de 5€...). 

En toute transparence, je précise qu'il y a quelques titres que je n'ai pas lus : pour les inclure dans la liste, je me suis appuyée sur ma connaissance de l'auteur, ou sur une convergence d'avis positifs de collègues. C'est le cas de Connexions dangereuses (à savoir, Sarah K. est un pseudonyme de Sarah Cohen-Scali, auteure que j'aimais beaucoup adolescente), de Lettres à une disparue qu'on trouvait déjà beaucoup dans les listes de romans épistolaires, à l'époque où "la lettre" était au programme de 4e, de Star-crossed lovers qui semble aussi être souvent proposé aux élèves (je n'aime pas trop Mickaël Ollivier, mais bon, il en faut pour tous les goûts), et d'Une preuve d'amour (une auteure reconnue par la critique, notamment pour Kinderzimmer). 

Une dernière chose : je ne suis pas du tout sûre de moi pour les étoiles (notamment pour les livres que je n'ai pas lus, forcément). Si vous n'êtes pas d'accord avec le nombre d'étoiles attribué pour certains titres, n'hésitez pas à me le dire, j'éditerai le document. 

En version Word : Dix_romans_sur_Dire_l_amour (autres versions disponibles par mail, me contacter ici). 

Bonnes lectures et bon courage aux collègues qui travaillent pendant que je couve !...

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07 août 2017

L'exil et les migrations

 

 

 

Cette belle chanson de Christophe Maé nous rappelle que le sujet des migrations reste encore et toujours d'actualité. C'est ce que j'ai tristement pensé en juin dernier lorsque, feuilletant les manuels scolaires à la recherche d'un dossier de presse pour la nouvelle séquence de 4e, "Informer, s'informer, déformer ?", j'en ai trouvé un sur les migrants. Je savais qu'il me servirait plusieurs années durant, parce que cette problématique n'était pas prête de disparaître. 

J'avais déjà fait quelques lectures à ce sujet. Je profite de l'été pour donner un panorama plus large de cette question : dans la littérature, notamment la littérature jeunesse, dans les programmes scolaires, dans le cinéma. 

Les nouveaux programmes de collège m'ont donc donné l'occasion de mettre en oeuvre une nouvelle séquence en 4e : "Quand la ville devient un lieu d'exil". Cette année, j'ai ainsi mêlé deux "enjeux littéraires et de formation personnelle" (c'est comme ça qu'on appelle désormais les différents points du programme de littérature) : "Informer, s'informer, déformer ?" (autour de la presse) et "La ville, lieu de tous les possibles ?". L'an prochain, je ferai de même, mais dans deux séquences dissociées : l'exil en littérature, puis l'exil dans les médias. 

A cette occasion, j'ai élaboré une nouvelle liste de lecture cursive autour de l'exil et des migrations (enrichie par rapport à celle que j'avais donnée cette année) : 

La traversée, de Jean-Christophe Tixier (9€50)
Refuges, d’Annelise Heurtier (12€)
Enfants de l’exil, d’Ahmed Kalouaz (9€95)
Un cargo pour Berlin, de Fred Paronuzzi (8€20)
La danse interdite, de Rachel Hausfater (8€50)
Tu peux pas rester là, de Jean-Paul Nozière (8€70)
Toute seule loin de Samarcande, de Béatrice Deru-Renard (8€50)
La petite fille de Monsieur Linh , de Philippe Claudel (5€60)
Le temps des miracles, d’Anne-Laure Bondoux (13€90)
Clandestine, le journal d’une enfant sans papiers- Loriane K (6€90)

[J'avais aussi fait figurer Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?, de Jean-Paul Nozière, dont je vous parlais en août 2013, mais je pense le retirer de la liste, d'une part parce que l'exil ne concerne qu'un récit sur les deux qui s'entremêlent dans le roman, d'autre part parce que les élèves ont eu un peu de mal à en faire la restitution que je leur demandais, à savoir l'interview du personnage principal. Beaucoup ont interviewé Ylisse ou Adélie, mais faire parler un mort est un exercice difficile et pas toujours convaincant...]

[bis : J'ai précisé les prix car je sais bien que c'est l'une de nos préoccupations quand on donne des livres à lire aux élèves... Ils sont chers, certes, mais je rappelle que, dans mon fonctionnement, je n'oblige jamais les élèves à acheter. Bien sûr, pour fonctionner ainsi, il faut avoir une ou plusieurs médiathèques bien achalandées à proximité, et donner beaucoup de temps aux élèves pour qu'ils s'organisent en premier lieu dans l'acquisition du livre.]

J'avais donc déjà lu les deux premiers de la liste, ainsi que La danse interdite, il y a longtemps, que j'avais beaucoup aimé (on trouve peu d'articles sur ce roman, étrange : quelques lignes dans Le Matricule des Anges)

Dernièrement, trois nouvelles lectures : 

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Je ne suis pas sûre d'intégrer le premier dans la liste. Les articles sur le roman de Maryline Desbiolles insistent tous sur sa brièveté, son "écriture épurée", et c'est justement ce qui m'a gênée. On n'a pas vraiment le temps de s'imprégner de l'histoire des personnages. Je trouve que ce livre ne répond pas assez à mon objectif pédagogique, j'aurais peur que les élèves ne sachent pas s'y prendre pour en rendre compte. Le début est complexe, j'ai mis du temps à saisir la situation - et une fois comprise, c'est presque déjà la fin du récit. Une déception face à ce roman dont on dit pourtant du bien ici, ici ou encore

Belle surprise, en revanche, pour le roman de Fred Paronuzzi, et découverte réussie de Laurent Gaudé que j'avais évité jusque là, plutôt méfiante, pas convaincue par certains extraits trouvés dans les manuels scolaires. Je vous en dis plus dans de futurs articles. 

J'ai trouvé une autre liste de lecture sur InterCDI, avec des titres que je ne connaissais pas, et que j'essaierai donc de découvrir prochainement : Inter CDI

 

 

Voici pour les lectures. Qu'en est-il de mes activités pédagogiques menées en 4e ? En voici un rapide aperçu (plus de détails à la demande) :

Corpus littéraire, autour du thème "Quand la ville accueille l'exil" (problématique travaillée : Comment la littérature et le cinéma utilisent-ils le décor d'une ville pour nous faire vivre le sentiment d'exil ?) : deux extraits non directement liés à l'exil, mais plutôt à la découverte d'une ville et de sa modernité (l'arrivée à Paris de Denise dans Au bonheur des dames, de Zola, et la découverte du métro par Zazie dans le roman de Queneau) ; l'extrait du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, donné au brevet 2013, dans lequel des migrants italiens attendent et imaginent leur arrivée à Ellis Island ; enfin, la première partie du poème "A New York", de Léopold Sédar Senghor, qui décrit la fascination suivie de la désillusion du poète face à la modernité de New York. 

Corpus cinématographique, pour accompagner les textes : l'arrivée de Xavier à Barcelone dans L'auberge espagnole, de Cédric Klapisch ; la séquence de Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, dans laquelle Marjane est envoyée de force par ses parents en Autriche, pour échapper aux contraintes du régime islamique iranien ; et un extrait de Pour un instant la liberté, film d'Arash T. Riahi où il raconte l'histoire vécue par ses frères d'une migration de l'Iran vers l'Europe (extrait à choisir car tout le film est passionnant et intéressant pour le thème...). 

Activité de lecture : pour accompagner la lecture cursive (voir plus haut), la rédaction de l'interview du ou des personnage(s) principal(aux) du livre (cinq questions posées par le journaliste et cinq réponses du personnage dans lesquelles il doit raconter les principales étapes de son parcours de migrant ou d'exilé). 
(Activité plutôt bien réussie par les élèves qui ont compris l'intérêt de bien choisir les questions et de bien rédiger les réponses s'ils voulaient que leur devoir prouve qu'ils ont lu et compris le livre. Quelques uns se sont néanmoins un peu perdus, comme je le remarquais plus haut.)

Activité d'écriture : une rédaction pour évaluer la séquence, dont le sujet est très proche de ce qui est tombé au brevet 2017 (raconter l'arrivée dans une ville inconnue, en décrivant les lieux, et en insistant sur les réactions et les émotions du personnage). Au préalable, j'avais fait tirer au sort une situation que les élèves devaient respecter dans leur rédaction : une ville de départ (par exemple, Port-au-Prince), une ville d'arrivée (Montréal, dans le même exemple), la raison de l'exil de leur personnage (ici, le tremblement de terre en 2010). Ils étaient donc censés faire des recherches en amont, et apporter le résultat de ces recherches le jour de la rédaction en classe, pour que leurs descriptions et les faits sur lesquels ils devaient s'appuyer soient les plus précis possibles. 
(Rédactions un peu décevantes : peu d'élèves avaient fait l'effort de véritables recherches ; à leur décharge, je n'avais pas beaucoup pu les guider dans ces recherches. Les récits étaient souvent très naïfs, avec des exilés qui passent leur première journée à visiter - avec un guide, bien sûr - tous les monuments historiques de la ville, ou qui trouvent du travail en demandant au premier boulanger croisé. A retravailler l'année prochaine avec des séances spécialement consacrées aux recherches, et d'autres à la technique de la description, peu utilisée dans les devoirs, malgré les consignes données.)

 

Travailler sur les migrations en interdisciplinarité : deux pistes à ce sujet, autour des médias ou autour du programme de géographie (les migrations y figurent en 4e : ça tombe bien !).

- Une séquence autour de l'entrée du programme de français "Informer, s'informer, déformer ?" : Quand l'exil est au coeur des médias (problématique travaillée : Jusqu'où les médias peuvent-ils aller pour aborder un sujet de société ?)

Il suffit de constituer un dossier de presse autour de la question des migrants (on en trouve un plutôt riche et intéressant dans le manuel L'envol des lettres, chez Belin, mais à réactualiser car il date de 2016), en intégrant notamment des images "résistantes", comme diraient nos formateurs : je pense par exemple à la fameuse photo d'Aylan, cet enfant syrien retrouvé mort sur les côtes de Turquie, photo qui a suscité de nombreuses polémiques (on peut donc faire lire différentes sortes d'articles aux élèves : ceux qui se sont servis de cette photo comme illustration, et ceux qui en ont dénoncé l'utilisation). Une réflexion peut être lancée sur les limites de l'information : à partir de quand peut-on parler de "surmédiatisation" ? Cette surmédiatisation apporte-t-elle quelque chose à l'information, ou en constitue-t-elle un obstacle ? On peut aussi faire réfléchir les élèves à ces nombreuses vidéos faites par des non-journalistes, qui remplacent parfois les informations "professionnelles" (comme toutes les vidéos amateurs qui ont circulé après les différents attentats, et qui ont parfois servi de point de départ aux théories du complot sur la Toile : "Mais non, le policier, il ne peut pas être mort, on ne voit pas de sang sur la vidéo..."). 
Autre piste intéressante autour d'une image : une photographie de migrants prenant le train utilisée par le Journal de la ville de Béziers. Cette photographie a été détournée par le journal (ajout de pancartes ne figurant pas sur la photo initiale), et permet donc de travailler sur la responsabilité vis-à-vis d'une image, la désinformation, et l'influence qu'un média peut avoir sur ses lecteurs. 

Ce travail peut aisément se mener en cours de français (l'analyse de la presse, textes et images, faisant désormais partie de nos programmes), mais il est évidemment intéressant d'y associer le professeur-documentaliste (pour la constitution du dossier de presse par exemple, ou le travail sur le croisement des sources afin d'analyser une information). Pourquoi pas aussi le professeur de géographie, ou encore des professeurs de langues vivantes, qui peuvent trouver des articles faciles à lire, ou tout simplement des Unes de magazines, sur le même thème, pour insister sur l'aspect 'sujet de société". 

- Deuxième idée : associer le professeur de géographie dans la rédaction décrite plus haut. Les séances qu'il aura faites avec les élèves sur les migrations (dans son programme, donc) pourront servir de point de départ aux recherches, et la présence d'un deuxième professeur pour encadrer ces recherches a un intérêt incontestable. C'est ce qui aurait sans doute enrichi les devoirs de mes élèves. Si l'idée d'un récit (littéraire, puisque dans mon idée de rédaction, il s'agit quand même de travailler le style et le vocabulaire) n'intéresse pas plus que ça le professeur, on peut aussi faire écrire aux élèves l'interview d'un personnage fictif d'exilé. Une autre manière encore de travailler sur la presse (avec un travail en aval de mise en page). 

 

Voici pour le panorama que j'avais envie de dresser autour de ce thème. En espérant que mes idées de lecture et d'activités pédagogiques profitent au plus grand nombre ! 

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01 septembre 2016

Une bibliothèque dans la classe

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Une récente conversation sur Néoprofs m'a donné l'idée de cet article.

Non sans nostalgie et pincement au coeur, car, si j'ai pratiqué avec assez de bonheur la "bibliothèque de classe" dans mon désormais ancien collège, en l'améliorant d'année en année, jusqu'à arriver à quelque chose d'assez chouette, je dois dire... je ne peux en revanche pas affirmer du tout que j'arriverai un jour au même résultat dans mon désormais nouveau collège, car je deviens une professeure SSF (Sans Salle Fixe), retour en arrière bien connu des derniers arrivés dans un établissement scolaire. 

Bref, cela n'empêche pas de partager mon expérience.

D'abord, pourquoi une bibliothèque de classe alors que, depuis les années 1970, tous les collèges disposent d'un CDI entre leurs murs ? Mes trois réponses à cette question (et, évidemment, elles n'engagent que moi) : 

- Le besoin de compléter un fonds interne (celui du CDI) insuffisant. --> C’était mon cas, mais attention, j’explique le contexte : j’étais dans un petit établissement, doté d’un budget limité, mais surtout, dont la politique d’acquisition en terme de littérature jeunesse (ce qui m’intéressait plus particulièrement) n’avait visiblement pas été retravaillée depuis plusieurs années. Dans ce domaine, le fonds était donc effectivement très pauvre. Un nouveau professeur documentaliste est arrivé en même temps que moi, il y a progressivement remédié, mais mon impatience habituelle s’accoutumait mal des délais de commande et des impératifs de dates et de budgets qu’il devait respecter.

 - L’envie d’avoir des livres à proximité immédiate, à la fois des élèves et du professeur. --> Il y a le traditionnel « pour que les élèves s’occupent à la fin d’un contrôle ». Mais il n’y a pas que ça. C’est aussi beaucoup plus pratique de pouvoir saisir en direct le livre dont on est en train de parler aux élèves, ou de leur permettre d’aller le chercher eux-mêmes. S’ajoute à cela le bénéfice, j’en suis convaincue, d’une fréquentation régulière (presque journalière, puisque les élèves ont souvent un cours de français par jour) des livres, même si ce n’est que visuel. J’ai remarqué que les élèves jetaient souvent un œil, et remarquaient quasi toujours quand je modifiais quelque chose dans mes rayonnages ou présentoirs.

 - Enfin, le souhait de proposer ses livres, pas n’importe lesquels. -->  Au-delà d’une simple réserve de livres, la bibliothèque de classe, c’est aussi la bibliothèque du professeur. Elle lui permet de partager ses goûts et ses centres d’intérêt avec les élèves. Les titres qui y figurent ont été choisis par lui. Il sait précisément ce qui s’y trouve et la médiation n’en sera que plus facile. C’est un trait d’union entre son univers et celui des élèves. Je suis très attachée à cet aspect-là ; il m’importe de dire aux élèves, quand je leur présente un livre, que je l’ai aimé, ou pas, pour telle ou telle raison.

 

Si ces réponses vous ont convaincu, un petit document synthétique à télécharger pour les conseils pratiques : Une_biblioth_que_de_classe

 

Quant à mon aventure, par étapes : 

1°) Première année : Pas d’installation particulière, j’apporte de temps en temps quelques livres de chez moi, je les prête aux élèves qui le souhaitent en notant leur nom sur mon agenda, je les entrepose dans mon placard (souvent fermé).

2°) Deuxième année : Je décide de pratiquer l’exposition, et j’utilise pour cela une table placée au fond de la classe. Mieux, mais elle ne me permet d’exposer qu’une dizaine de livres (je dois donc varier les expositions et reléguer les anciens livres dans mon placard, toujours) et je dois attirer l’attention des élèves sur cette table, située dans leur dos.

3°) Troisième année : Je cherche à obtenir une étagère. J’atteins presque mon but : ce sera un placard, dont je dois ouvrir les portes. Mais j’utilise ces portes comme supports aux fiches indicatives ou autres affiches, et ça y est, j’ai enfin ma bibliothèque, une vraie ! J’y range, au fur et à mesure, jusqu’à une cinquantaine de livres : une grande partie de ma collection de littérature jeunesse (dont je ne faisais pas grand-chose chez moi ; je n’ai gardé que les livres auxquels je tenais vraiment, et encore, j’en ai fait circuler quelques-uns qui étaient même dédicacés !), des specimen reçus dans mon casier, de vieux Je Bouquine choisis pour être en rapport avec des thématiques étudiées en classe (je pense aux adaptations de classiques en BD), quelques documentaires bien spécifiques…
J’élabore alors mon propre classement :
- deux étages consacrés aux livres en lien avec les programmes, classés par thématique avec indication du niveau correspondant (récits merveilleux 6e, Moyen Âge 5e, fantastique 4e, récits d’enfance 3e…).
- un étage – bien rempli – pour la littérature sans lien avec les programmes, qu’on peut appeler « lecture plaisir » (mais pourquoi priver les autres de ce nom ?…). Je me suis un peu cassé la tête sur les indications de niveau (en mettre ? ne pas en mettre ? si oui, comment ?), et j’ai tranché pour ça :

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Enfin, un étage un peu « fourre-tout » : les Je Bouquine, quelques BD et documentaires, une collection dépareillée de Contes de ma mère l’Oye.
Les emprunts commençant à se faire plus nombreux, je me munis d’un petit cahier de prêts avec trois colonnes : nom de l’élève, titre du livre, date de prêt, et je raye la ligne au moment du retour. Pas de condition d’emprunt autre que de prendre soin des livres. Si un livre est très demandé, ou que moi-même j’en ai besoin, je demande à l’élève de le rapporter rapidement. J’ai toujours retrouvé mes livres. Pour ce qui de leur état, ça dépend des élèves emprunteurs. Certains ont les mêmes habitudes de grande précaution que moi, d’autres font manifestement du livre un objet totalement désacralisé. Mais puis-je leur en vouloir ? Je n’ai jamais eu de grosse dégradation en tout cas (livre déchiré, taché, ou autre chose de ce genre). Peut-être que je me déciderai à les couvrir, mais ça va me prendre beaucoup de temps et un peu d’argent.

4°) Quatrième année : Dernière étape, l’ultime : je me dote d’un présentoir, un vrai (bon, avec une vis en moins, mais quand même), et ma bibliothèque, plus d’un meuble, devient alors un lieu, un vrai, avec un espace destiné à la conservation (les rayonnages archivés), et un autre destiné à la valorisation (le présentoir). J’ai veillé à ce que ce dernier soit régulièrement « mis à jour », en m’adaptant soit au contenu de mes cours, soit à une thématique que je souhaitais mettre en avant à un moment particulier (la poésie pour le Printemps des Poètes, la 1e GM lors des commémorations…), soit à une actualité particulière : ainsi, ce présentoir m’a tristement aidé, après les attentats de Charlie et ceux du Bataclan, à exposer des images qui me touchaient et à mettre à disposition des élèves des ressources de toutes sortes (livres, magazines… J’avais même fait un portfolio « revue de presse », avec des articles et des caricatures).

J'espère vraiment, vraiment continuer l'aventure dans mon nouvel établissement... A suivre ! 

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19 mai 2016

Entrez dans la Crim' : faites un commentaire de textes

Comment faire entrer les élèves de fin de collège ou de début de lycée dans l’exercice du commentaire de texte ? En leur présentant l’exercice comme une enquête.

La question à laquelle il faut répondre, c’est toujours la même : pourquoi avoir écrit ce texte, et pourquoi de cette manière-là ?

Pour y répondre, il faut chercher des indices. C'est d'ailleurs bel et bien le terme utilisé en sémiotique : Todorov appelle « indices textuels » tout élément du texte qui permet au lecteur de se forger une éventuelle stratégie interprétative.

Ne pas oublier que la scène de crime, c'est le texte, tel qu'il se présente aux yeux de l'élève - même s'il peut être utile, bien sûr, de faire tour dans le paratexte ou dans le reste de l'oeuvre.

Comment trouver des indices ? Il y a les incontournables, ceux auxquels on pense immédiatement : les empreintes digitales et, désormais, les traces d’ADN, sont les leitmotive des enquêtes criminelles ; les figures de style et les champs lexicaux, ceux des devoirs d’élèves.

A cette étape, il faut cependant rappeler aux élèves qu’un indice peut se cacher derrière l’objet (ici, le mot, la phrase, voire la lettre ou le signe typographique) le plus banal. Celui qu’un observateur non averti ne penserait même pas à regarder. La longueur d’une phrase, par exemple, en dit beaucoup sur le rythme d’une narration. La fonction grammaticale d’un pronom personnel distribue les rôles : celui qui est à l’origine de l’action, celui qui la subit.

Justement, le but est de transformer l’élève en observateur averti. Comment faire ? Il est très important de faire comprendre aux élèves, en début de seconde, que tout ce qu’ils ont travaillé en cours de français depuis l’école primaire (les conjugaisons, le vocabulaire, les catégories grammaticales…) constitue un bagage essentiel pour commenter un texte. Sur ce plan, ils sont bien mieux préparés que les enquêteurs criminels qui n’ont que quelques années d’études après le bac !...

Donc, on relève les indices. Ensuite, il faut leur faire dire quelque chose, autrement dit, les interpréter. Attention : ne pas tomber dans le piège de l’interprétation artificielle ! En réalité, il faut prévenir les élèves que, peut-être, certains indices relevés n’auront pas d’intérêt pour résoudre la question initiale. De fausses pistes, en quelque sorte. Un indice que l’on garde, c’est une pièce dont on sait qu’elle va compléter le puzzle. Dans l’idéal, il faut avoir l’intuition de sa place dans le puzzle. Encore une fois, cet idéal pourra être atteint avec de l’entraînement.

Parfois, un indice peut avoir plusieurs significations. Tel numéro de téléphone griffonné sur un papier peut diriger l’enquêteur vers un complice, ou vers une explication du crime, ou vers autre chose qui n’a rien à voir (la fameuse fausse piste). De même, un point d’exclamation peut exprimer la colère, mais aussi l’étonnement, ou encore l’enthousiasme, ce qui peut être une piste éclairante pour le texte, ou un simple détail sans importance si ce point d’exclamation n’est pas conforté par d’autres marqueurs de ces mêmes sentiments. C’est là qu’apparaît l’importance de confronter les indices les uns aux autres pour tisser une toile, construire le puzzle.

Se dessine alors sous les yeux du lecteur une réponse à la question initiale : l’auteur vise un certain effet, fait passer un certain message (attention à la facilité de ce « message », il n’y en a pas toujours), ouvre la réflexion vers une certaine thématique. Tous les indices convergent vers cette réponse ; si besoin, on peut aussi rouvrir d’anciens dossiers (d’autres textes présentant des caractéristiques communes : genre littéraire, période, même auteur…) et comparer les conclusions obtenues.

Vient enfin le moment parfois redouté des enquêteurs : la rédaction du rapport. Et oui, cela peut sembler fastidieux, voire inutile, puisque l’affaire est résolue. Mais c’est le seul moyen de transmettre efficacement ses conclusions à son supérieur hiérarchique (le professeur, pour les élèves), et, autre avantage non négligeable, de vérifier que l’enquête ne comporte pas de zones d’ombre non résolues ou d’erreurs notables. Car, on le sait, « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Donc, si les mots n’arrivent pas, c’est qu’il y a un couac dans l’enquête. Pour le plan, toujours suivre l’itinéraire suivant : du plus évident au plus profond.

Bien sûr, on ne pourra jamais être dans la tête de l’auteur, éternelle récrimination des non-avertis, de même qu’on ne peut pas être dans celle d’un criminel.  On peut objecter que le criminel, s’il est vivant, peut avouer, ou non, son crime. Mais les aveux ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre, pas plus que les préfaces des auteurs. La réflexion de l’enquêteur, si elle s’appuie sur des connaissances solides, sur une méthode rationnelle et sur des indices concrets, est bien plus importante. Surtout – et là, c’est davantage le professeur que le chef de la police qui parle – il me semble indispensable de faire comprendre aux élèves que le chemin pour parvenir au résultat est plus important que le résultat lui-même. Peu importe, finalement, de savoir ce que Rimbaud a voulu dire exactement dans « Voyelles », ou même s’il a simplement mis des mots les uns derrière les autres. Ce qui compte, en pédagogie, c’est que, pour parvenir à une conclusion, il a fallu mettre les mains dans le cambouis, fouiller dans la grammaire, dans la stylistique, dans l’histoire littéraire, et parfois aussi dans les sciences, dans les arts, dans la philosophie, et j’en passe. Et, sans s’en rendre compte, on devient un Lecteur du monde, et pas seulement du texte.   

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15 mai 2016

Théâtre : Un avare, d'après Molière, Jean-Pierre et Sylvie

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Ayant découvert cette pièce de théâtre dans un cadre scolaire, j'en fais un article "pour les profs". Mais je précise d'emblée que des représentations "tout public" existent aussi.

A l'origine du spectacle, il y a la compagnie Le voyageur debout. Trois personnes (je dirais presque : trois personnages) sacrément douées, et tout particulièrement dans le cadre scolaire. Jean-Luc Bosc est metteur en scène et comédien. Il y a vingt ans, il a donné des cours de théâtre à Sandrine Gelin et Marie-Emilie Nayrand, comédiennes : depuis, ils ne se sont plus quittés. Ils aiment se glisser dans la peau des personnages du "répertoire" comme de "ceux qui sont de pure création" (je reprends leurs propres termes), et ils se spécialisent aussi dans des rôles de clown, Philomène et Félix.

Je les ai découverts, en scolaire également, avec un Don Quichotte(e) qui m'avait enthousiasmée. Attention, spoiler : le (e), c'est parce que tout les personnages de l'histoire sont joués par les deux comédiennes. Et la troupe joue énormément sur la question du travestissement, certes inhérente au théâtre, mais qui peut être plus ou moins mise en avant. Dans le cadre d'un travail avec les élèves, les comédiennes étaient venues en classe parler de ce travestissement : elles avaient montré, en direct, comment elles se maquillaient et s'habillaient pour jouer leur(s) rôle(s) respectif(s). Pour la comédienne jouant Don Quichotte, la métamorphose était spectaculaire : sans l'avoir vue se costumer, impossible de savoir qu'elle se cachait sous le personnage. Grand succès auprès des élèves. (Davantage que la pièce, parce que l'histoire ne leur était pas assez familière.)

Cette année, donc, c'était L'Avare. L'Avare ? Vraiment ? Non : Un avare, d'après Molière, Jean-Pierre et Sylvie. C'est déjà un régal de travailler sur le titre. Qui sont donc ce Jean-Pierre et cette Sylvie ? On nous dit, en présentation, que ce sont deux spectateurs, à qui on va demander de donner leur avis pendant le spectacle. Et c'est bien ce qui se passe au début de la représentation : on installe nos 130 élèves (oui, rien que ça), et le régisseur demande aux "deux personnes qui se sont proposées pour faire les interventions" de monter sur scène. Deux personnes du public, un homme et une femme, se lèvent, rejoignent le régisseur. Ce dernier leur explique qu'ils vont aller s'installer en coulisses, qu'ils auront un micro avec eux, et que, quand ils en auront envie, ils pourront sortir des coulisses et faire des commentaires sur le spectacle.

Que trouve-t-on, ensuite, dans ce spectacle ? Le texte de Molière, oui, celui qu'on connaît, mais avec quelques scènes en moins. Les personnages de L'Avare, oui, mais qui semblent passés chez les Guignols de l'info : les comédiens portent des masques aux traits exagérés, et certains personnages sont mêmes joués par des marionnettes. Du théâtre sur scène, oui, mais pas seulement. On a l'impression que le spectacle déborde de tous les côtés. Au début, il y a ces voix-off, une sorte de micro-trottoir où différents hommes et femmes parlent de L'Avare - ou de ce qui leur en reste. Puis de nombreuses interpellations du public. Et Jean-Pierre et Sylvie, qui déboulent de leurs coulisses, un peu perdus, un peu hésitants, pour commenter ce qui se passe sur scène. On flaire l'embrouille petit à petit. Jusqu'à la fin où la pièce de Molière semble voler en éclats, jusqu'à ce que les personnages se reprennent et jouent le finale, le vrai.

On passe un vrai bon moment avec ce spectacle qui nous parle davantage du Théâtre, au sens large, que de Molière, ou d'Harpagon. On a l'impression que toutes les ressources de l'art vivant sont mises à contribution. Les comédiens sont bons, Harpagon, Elise et Frosine sont assez irrésistibles. Aux enseignants qui verraient le spectacle dans la programmation culturelle de leur région : n'hésitez pas une seconde à y inscrire vos élèves, si vous le pouvez. Allez, je vais même me fendre de quelques petits conseils pour vous accompagner dans le projet :

En amont : Dites bien à vos élèves qu'ils vont voir une adaptation de la pièce. Parlez (mais brièvement) des marionnettes et des masques. Rappelez-leur les origines du théâtre, dans l'Antiquité, le rôle des masques à cette époque, exagérés eux aussi pour que tout le public puisse voir les expressions du visage. De mon côté, je suis particulièrement fière de moi : j'ai improvisé une séance la veille du spectacle, sans l'avoir vu, sans en connaître tous les détails, et je suis tombée plutôt dans le sujet : rappels généraux sur le théâtre, la notion de spectacle, de quelque chose qui se regarde ; puis travail sur les tonalités (tragique, comique, pathétique...), en insistant sur le fait qu'une pièce mêlait souvent différentes tonalités (or il se trouve que certaines parties du spectacle jouent là-dessus) ; enfin relecture du monologue d'Harpagon, pour faire le point sur le mélange des tonalités mais aussi la porosité scène/salle, personnage/spectateurs, avec la fameuse phrase "Ils me regardent tous, et se mettent à rire".

En aval : Demandez bien aux comédiens (et prévoyez-le dans la durée de votre sortie) un échange avec les élèves en fin de spectacle. D'abord parce que, vraiment, ces comédiens sont extras, ils savent parfaitement s'adresser aux ados, y compris pour leur rappeler quelques règles de savoir-vivre. Et puis parce que ça complète idéalement le spectacle. Mes élèves, le lendemain, m'ont dit avoir été assez perturbés par le côté peu classique de la représentation, un peu perdus avec toutes ces ruptures dans le fil de l'histoire. De leurs propres mots, ils auraient préféré "le vrai Avare". Eh oui, nos élèves sont conventionnels ! Mais, pour autant, ils ont été très réceptifs à l'échange final avec les comédiens, et ont posé des questions intéressantes. Je pense donc que le but a été atteint : le spectacle les a interpellés. Et on peut facilement s'appuyer dessus, par la suite, en travaillant sur d'autres textes ou d'autres mises en scène.

 

 

23 septembre 2014

Lire en cours de français

(Mise à jour de l'article avec ajouts et précisions de titres et d'éditions). 

Souvenez-vous, il y a déjà quelques temps, la petite Mu vous a parlé des lectures cursives et vous a donné quelques listes : c'était ici

Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder la question des oeuvres intégrales

Un rappel, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec le jargon Educ Nat ? Pas de problème ! Les textes que l'on propose à nos élèves se répartissent en trois catégories :
- les groupements de textes : ce sont les chapitres dans lesquels on utilise (en classe) plusieurs extraits issus d'oeuvres différentes, sur un thème donné, ou un courant littéraire, ou un genre... Ex : pour le chapitre sur le récit d'enfance en 3e, un extrait des Mots, un autre de Sido, un autre de Vipère au poing...
- les oeuvres intégrales : ce sont les oeuvres (romans, pièces de théâtre, recueils de contes ou de nouvelles, plus rarement - mais c'est possible - recueil de poèmes) que l'on étudie en classe pendant toute la durée d'un chapitre. Concrètement, on en sélection quatre ou cinq extraits que l'on analysera de manière approfondie pendant les heures de cours, et le reste est lu par les élèves de manière plus ou moins autonome (pour une oeuvre difficile ou une classe en difficulté, on peut faire pas mal de lecture suivie, c'est-à-dire lire avec les élèves des chapitres entiers, en les aidant surtout à comprendre le sens littéral, à suivre l'histoire). 
- les lectures cursives : ce sont les livres que l'on donne à lire aux élèves en devoir maison. Ces lectures peuvent être exploitées en classe, mais ne font pas l'objet d'un chapitre entier. Elles sont envisagées comme des lectures autonomes, et peuvent être choisies aussi bien dans le répertoire classique que dans la littérature jeunesse. 

Quels problèmes peut soulever le choix des oeuvres intégrales ?
D'abord, bien sûr, celui de la conformité aux programmes. Puisque ces oeuvres sont censées correspondre à des chapitres, elles doivent permettre d'aborder l'un des objets d'études (c'est-à-dire des thèmes) du programme. (Pour consulter ce dernier, dans sa mouture actuelle, voir ici). On doit faire, au minimum, trois oeuvres intégrales dans l'année : à nous de les choisir, en alternance avec des groupements de textes, de manière à couvrir, sur l'année, l'ensemble du programme. 
Ensuite, il y a le problème de la difficulté. Pour ma part, je pars du principe que, comme je vais pouvoir guider les élèves dans leur lecture tout au long du chapitre, je peux me permettre de choisir des oeuvres un peu complexes, "résistantes", comme disent les formateurs. Et, surtout, je choisis parmi les oeuvres du patrimoine, les "classiques" ; car, si on ne les aborde pas à cette occasion, quand les fait-on lire aux élèves ? Mais, bien sûr, je raisonne aussi avec réalisme, et j'essaie d'être, au maximum, en adéquation avec le niveau général de la classe. 
Dernier problème, bêtement matériel, mais à prendre en compte tout de même, celui de la possibilité - ou non - d'acquérir l'ouvrage. Dans un collège pauvre en ressources CDI-esques (et en ressources tout court), avec beaucoup de famille aux revenus très modestes, exit les oeuvres disponibles dans une seule édition, comme par hasard ultra chère. Priorité aux rares séries disponibles aux CDI (parfois pas le titre qu'on aurait préféré, parfois dans un état lamentable, mais il faut faire avec), ou bien aux oeuvres que les élèves pourront acheter à un prix modéré.

Parfois, même avec tous ces critères, le choix s'impose de lui-même. Et parfois, comme cela l'a été pour moi avec les oeuvres du niveau 3e, c'est un véritable casse-tête. 

Un peu de concret, à présent : voici la liste des oeuvres que j'utilise ou ai utilisées (ou prévois d'utiliser), pour les quatre niveaux du collège, avec quelques précisions sur les avantages et inconvénients de chaque, et l'édition que j'ai choisie. 

En 6e : 

- Le Magicien d'Oz, de Franck L. Baum, en collection Librio (2€)
Passe très bien avec les élèves, reste une des rares histoires merveilleuses qu'ils ne connaissent pas encore, est parfaite pour étudier la dimension initiatique du parcours de l'héroïne, pour travailler sur le registre merveilleux... En Librio, la traduction est tout à fait potable, et ça permet de se garder une réserve de budget pour les autres oeuvres. Pas mal d'exploitation à faire autour de l'image : le film de 1939, le dernier sorti en 2013 (mais qui ne raconte pas la même histoire, attention)... 

- Le Médecin malgré lui, de Molière, en collection Classiques et cie, chez Hatier (2€95)

Un choix par défaut (malgré moi, haha) parce qu'on avait la série au CDI, mais que j'ai appris à aimer. Les élèves comprennent bien l'histoire, pour peu qu'on travaille un peu sur le vocabulaire, et qu'on fasse beaucoup de lecture en classe. Possibilité d'utiliser des mises en scène, ou bien des lectures par des comédiens (il en existe par Fernandel, je crois), ou encore cette bande dessinée, qui reprend le texte même de Molière. J'aime bien la collection Classiques et cie pour deux raisons : la présentation des personnages sous forme de rapides portraits avec images, au début, et le petit dossier à la fin (ici, sur le thème de la médecine au XVIIe siècle : pratique et intéressant). Et elle reste très peu chère. 
(Mais je pique beaucoup d'activités à la fin de l'édition GF Flammarion, idem pour Le Magicien d'Oz, d'ailleurs)

- L'Odyssée, en collection Classiques abrégés, chez l'Ecole des Loisirs (5€10)

Un incontournable du programme, que les élèves continuent d'aimer, et qui offre évidemment de multiples possibilités d'activités de lecture, d'écriture... Attention, l'édition Ecole des Loisirs n'est pas la plus accessible : traduction de Leconte de Lisle, langue soignée. Mais elle reste plébiscitée par les puristes, et je les comprends. J'aime bien aussi les éditions qui regroupent le texte en trois grandes parties, ce qui permet aux élèves de mieux sentir le flash-back (quand Ulysse raconte sa propre histoire à Alkinoos), mais ces éditions présentent d'autres défauts (par exemple, traduction au présent pour Folio Junior : pas mal pour des classes en difficulté, mais dommage pour les autres). 

Cette année, j'ai aussi tenté :
- Les Contes de ma mère l'Oye, de Charles Perrault, en collection Librio (2€)
TB avec une bonne classe. Les grandes lignes de mon chapitre : deux contes sont étudiés en classe ("Les fées" et "Le petit Poucet"), les autres contes en prose sont lus par les élèves, chez eux, avec contrôle de lecture à la clé. Les contes en vers sont laissés de côté. Je fais une séance transversale sur les personnages et objets caractéristiques du merveilleux, une séance autour du "Petit Chaperon rouge" en utilisant d'autres versions (celle des frères Grimm, une version populaire, l'album de Sarah Moon), quelques lectures d'image avec les gravures de Gustave Doré...
MAIS : trèèèèèès difficile pour des classes faibles. Erreur que je ne referai pas. Avec ce genre de classes, se contenter d'un seul conte ("Le petit Poucet" passe bien), mais la langue du XVIIe siècle, la complexité narrative de certaines histoires posent bien trop de problèmes. 
Collection Librio : choix peu judicieux. Avantage du prix, mais présentation déplorable (dialogues intégrés dans le texte sans aucune marque de ponctuation, pas de guillemets, de retour à la ligne, etc...), aucune note de vocabulaire... Note pour plus tard : chercher une meilleure édition pour l'avenir ! 

Edit du 23 septembre 2014 : 

Voici l'heureuse élue :

Contes, de Charles Perrault, en collection Classicocollège, chez Belin-Gallimard (2€95)
Agréable à feuilleter, avec des gravures de Gustave Doré comme illustrations, ainsi qu'un petit cahier photos en couleur incluant des illustrations d'autres artistes, des questionnaires et activités plutôt intéressants et pratiques à utiliser, et un texte présenté clairement, avec suffisamment de notes de vocabulaire. Vous avez dit parfaite ? 

 

En 5e : 

- Tristan et Iseut, en collection Classiques et cie, chez Hatier (3€25)
Il s'agit d'une adaptation à partir des versions de Thomas et de Béroul, et inspirée de deux traductions modernes, Joseph Bédier et A. (?) Maryl. Les puristes diront : quel pot pourri ! Mais ça donne un texte facile à lire, agréable, et court : argument non négligeable auprès des élèves. J'aime bien, en OI, travailler sur des oeuvres peu copieuses, ça laisse plus de temps à l'analyse et il y a moins de risques de perdre les élèves en cours de lecture. La collection permet de proposer aux élèves de petits questionnaires sur chaque étape du récit. Le dossier sur l'amour courtois, en fin d'ouvrage, n'est pas mal du tout. Le chapitre fonctionne donc bien avec les élèves, qui découvrent souvent cette histoire et l'apprécient. 

- Les Fourberies de Scapin, de Molière, pas de collection de prédilection
Un classique, évidemment : loin d'être évident, cependant, pour les élèves de cinquième. On se rend compte que Molière, ce n'est plus si facile à travailler. Mais, en choisissant bien les passages étudiés, en proposant des questionnaires hyper détaillés, en s'aidant de la captation d'une mise en scène, en faisant jouer les élèves la fameuse scène de "la galère", on s'en sort. Les élèves aiment bien le théâtre, heureusement, ce qui permet de faire passer ce genre d'oeuvres. 

- Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier, en collection Folio Junior, chez Gallimard Jeunesse (5€50)
Chapitre fait en fin d'année avec l'une de mes classes, et qui a bien marché, pourtant. Je me suis pas mal aidée de ce dossier pédagogique pour préparer mon chapitre (et j'aurais même aimé m'en servir davantage, mais j'ai manqué de temps). J'ai également fait réaliser un travail pas évident, mais qui a été plutôt réussi : réaliser le journal de bord de Robinson (pas sur le texte entier, seulement les chapitres 7 et 8), en intégrant images et texte. Une bonne manière d'allier travail de lecture, de recherche documentaire et plaisir de création. J'ai de très belles choses dans le placard de ma salle : je penserai, à l'occasion, à en mettre une photo par ici. 

 

En 4e : 

- L'Avare, de Molière, pas de collection de prédilection 
Même remarque que pour Scapin : attention, pour les élèves, ça reste quelque chose de costaud. Même mes bons élèves décrochaient de temps en temps sur certaines scènes. Leur montrer une version filmée reste à mon avis indispensable (et j'aime bien celle avec De Funès, et les élèves aiment bien aussi). J'ai fait apprendre la scène 3 de l'acte I, avec Harpagon et La Flèche, ainsi que le monologue d'Harpagon à la fin de l'acte IV. J'ai même essayé de le faire jouer à deux : les élèves devaient réfléchir à la répartition du texte et à une mise en scène à la fois originale et cohérente. Certains ont très bien su mettre en valeur le double registre (pathétique et comique) de la scène, ainsi que la quasi-schizophrénie du personnage. Je profite aussi de cette oeuvre pour faire du travail de vocabulaire : les noms communs issus de noms propres, l'onomastique (= fabrication de noms de personnages, d'après leur trait de caractère par exemple). 
Cela dit, je ne suis pas du tout sûre, si j'ai de nouveau des quatrièmes, de faire cette pièce de nouveau : je compte essayer Cyrano de Bergerac, que je préfère (de loin !). 

- Les Contes du jour et de la nuit, de Maupassant, en collection Classiques de Poche, chez Le Livre de Poche (3€60)
Un recueil que j'affectionne tout particulièrement, pour avoir fait mon mémoire dessus... Le pari était de choisir en oeuvre intégrale un véritable recueil fait par Maupassant, et non une "sélection" de nouvelles, faite par un éditeur, pour un public scolaire. Du coup, j'ai dû, tout de même, laisser quelques nouvelles de côté (je ne sais plus lesquelles exactement, je pourrais les retrouver si ça vous intéresse). J'ai travaillé de la manière suivante : plusieurs nouvelles que les élèves devaient lire seuls, avec contrôle de lecture en début de chapitre ; travail approfondi sur La parure (pour le volet "peinture de la bourgeoisie") et Coco ("peinture de la vie rurale") ; quelques séances transversales sur les structures des nouvelles, les thèmes principaux... J'ai tenté un exercice qui me tenait à coeur depuis mon mémoire : faire transformer une nouvelle en fait divers. Sous condition de ne sélectionner que quelques nouvelles qui se prêtaient bien à l'exercice, on peut avoir des choses réussies (et cela permet de travailler sur la voix passive, les compléments de temps et de lieu...). Les élèves ont sans doute été moins emballés par l'oeuvre que moi, donc je réfléchirai, à l'avenir, à travailler tout de même sur un autre recueil, plus court, et plus "cohérent" en terme de thématiques.
A noter que la nouvelle "La Main" a été utilisée en toute fin de chapitre, pour faire la transition avec l'objet d'étude suivant : le fantastique. *

- Dracula, de Bram Stoker, en collection Etonnants Classiques, chez GF Flammarion,  (2€90)
C'était aussi quelque chose que je voulais tenter. J'ai dû, évidemment, choisir une version adaptée (des extraits encadrés par des résumés), si je voulais que toute la classe suive. Ce roman est très intéressant pour sa structure : il s'agit d'un roman épistolaire (donc on peut réviser les notions vues dans le chapitre sur la lettre, au programme de 4e), le point de vue change régulièrement. C'est assez complexe et ça nécessite d'accompagner les élèves dans leur lecture, mais ça permet de traiter la question du fantastique de manière approfondie. Le travail sur la figure du vampire (ce que les élèves en savent, ce qu'ils en découvrent dans ce roman fondateur du personnage de Dracula) est aussi plaisant à mener. On peut se permettre (si on est en confiance avec la classe) de travailler sur la question de la sexualité, très présente (entre les lignes) dans l'histoire. A la fin, il y a "de l'action", ce qui plaît à certains élèves. Maintenant, il faut savoir que cela reste une oeuvre assez lourde à étudier si on veut que les élèves en retiennent vraiment quelque chose, et ne s'arrêtent pas aux apparences. 
Je ne le retenterai pas à l'avenir, pour la seule raison que c'est un roman étranger, et que cela m'ennuie un peu de délaisser le patrimoine français, si riche au XIXe siècle. 

 

En 3e : 

- Vipère au poing, d'Hervé Bazin, en collection Le livre de Poche (4€60)
Le test de septembre 2014 : je suis donc en plein dedans, et pour l'instant... eh bien, ça marche plutôt bien ! Bon, un (très) grand nombre d'élèves me dit, au bout de chaque séance de lecture (seul ou à la maison) : "Madame, j'ai RIEN compris !". Mais jusqu'à présent, toutes mes études de texte se sont très bien passées, moyennant des explications lexicales (qui m'obligent d'ailleurs souvent à ouvrir moi-même le dictionnaire...), des activités de lecture très précises, le visionnage de certains extraits du film de 2004... J'en suis donc très contente pour l'instant et pense réitérer l'expérience lors de mes prochaines années avec des 3e. 

- Des souris et des hommes, de John Steinbeck, en collection Classicocollège, chez Belin-Gallimard (5€95)
Le texte est court : premier avantage. Il ne pose pas de problème majeur de compréhension immédiate et littérale : deuxième avantage. Il est richissime d'interprétations, de pistes de réflexion, et aborde des questions humaines incontournables (l'amitié, la différence, la cruauté) : énième avantage. J'ai déjà parlé dans cet article de l'oeuvre, que je trouve bouleversante. Je peux maintenant ajouter que c'est une oeuvre qui accroche bien les élèves, et permet des séances d'écriture intéressantes. 

- Antigone, d'Anouilh, chez La Table Ronde (pas le choix !) (5€90)
Testé, validé, sans grande surprise, car je me doutais bien que cette oeuvre éternellement étudiée en 3e avait des atouts objectifs. Comme pour Steinbeck, un texte facile à comprendre pour ce qui est du sens littéral, court comme beaucoup de pièces de théâtre, avec des personnages forts, et une véritable mine pour le sujet de réflexion ou l'épreuve d'histoire des arts. Mes élèves, l'an dernier, ont notamment pu mettre le personnage d'Antigone avec celui de Marjane dans Persepolis, et aborder de nouveau les thèmes de la violence et du pouvoir, de la révolte et de la résistance, de l'adolescence et des sentiments associés à cette période... 

 

 

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04 août 2014

La bande-annonce de livre (book-trailer)

Vous connaissiez les bandes-annonces au cinéma, qu'on regarde désormais aussi (et beaucoup) sur Internet ? Celles qui vous racontent toute l'histoire vous montrent les meilleurs moments à l'avance vous donnent envie d'aller voir le film en choisissant soigneusement images, sons et texte ? Depuis quelques temps, les éditeurs commencent à proposer la même chose pour les livres. Sans doute une tentative (je n'ose dire ultime) pour relancer le marché du livre en l'inscrivant dans le domaine du multimédia, de l'image et du web. 

Quelques exemples ici et  là : 

Damnes - Le livre, chez Bayard Jeunesse

 

Book Trailer - Paper Town, de John Green

 

De Cape et de Crocs - Bande Annonce :

 

Un repas chez les lapins de Pâques, album de Carine Foulon, dont vous trouverez le lien du blog dans mes colonnes de droite : 

la bande annonce

et le blog de l'auteur

 

Et d'autres encore à regarder ici, sur un site intitulé Bandes-annonces de livres

 

 Bref, je m'étais dit que c'était une bonne idée à proposer aux élèves en guise de fiche de lecture (cette fameuse "fiche de lecture" sur laquelle je travaille depuis mes débuts, comme je vous l'explique ici et )

Bon. Cela reste pour l'instant à l'état de projet avorté, car, pour le mener à bien correctement sans faire quelque de ridicule, il faut du temps, du matériel, une bonne dose d'énergie pour canaliser les élèves en question : autant de choses dont je ne disposais pas l'an dernier, et dont je ne disposerai peut-être pas avant un bon moment ! (en particulier le matériel) Même sans vouloir se lancer dans un projet pharaonique, il faut pouvoir emmener les élèves en salle info, avec un logiciel permettant de travailler texte, images et sons de manière simple (je vais briser une idée reçue : non, nos élèves ne sont pas des cracks de l'informatique ; très peu savent se servir des logiciels même les plus basiques qu'on trouve sur un PC lambda), en insistant à la fois sur la qualité et l'intérêt de leur texte, l'utilisation des images (droits d'exploitation, utilité artistique et narrative), l'importance de la mise en forme... C'est en fait, à mon avis, un projet qui convient beaucoup plus à un club lecture - que je ne vais monter de sitôt dans mon établissement actuel, pour diverses raisons. 

 

Je soumets toutefois l'idée à des enseignants ou documentalistes qui souhaiteraient tenter l'expérience : je serais ravie de lire vos retours et divers témoignages, tant sur les avantages que les inconvénients ou les obstacles. 

Quelques pistes de réflexion ici :  Le book-trailer, un outil de promotion de la lecture à exploiter en classe ? 

 

 

 

Posté par lapetitemu à 16:08 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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