12 septembre 2017

Daniel Keyes : Des fleurs pour Algernon

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Une fois n'est pas coutume, la petite Mu va prêter sa plume à une autre blogueuse pour vous parler de ce roman découvert au début de l'été. Aemilia a effectivement rédigé en 2016 un article très complet, avec de nombreux extraits, idéal pour ceux qui, comme moi il y a peu, ne connaissent pas encore ce classique de la science-fiction : 

Des fleurs pour Algernon chez Forty-five weeks

Qu'ai-je envie d'ajouter ? Que le roman se fait de plus en plus sombre, peut-être un peu complexe au fur et à mesure. J'ai préféré la première partie, jusqu'au moment où Charlie prend son indépendance vis-à-vis de l'équipe scientifique responsable de sa transformation. En fait, je me suis tellement attachée au Charlie naïf et innocent du début que, lorsqu'il devient un adulte mature et réfléchi, c'est comme s'il était devenu quelqu'un d'autre, un étranger auquel je devais m'habituer, en tant que lectrice, tout en le sachant proche de la fin. Mais c'est bien là que réside la force de ce roman : nous montrer cette métamorphose en profondeur subie par le personnage, au point de devenir Autre, étranger à soi-même. 

Le principe du journal intime est parfait pour narrer cette évolution. Et l'idée des fautes d'orthographe et de syntaxe qui disparaissent petit à petit est très efficace. Avec un fort intérêt pédagogique : pas tellement de faire corriger, ni même constater les fautes par les élèves. Plus que l'orthographe d'ailleurs, c'est la transformation de la syntaxe qui est intéressante à étudier. Mais surtout, cela permet de réfléchir au rôle de l'orthographe en tant que norme sociale : une nécessité ? Une contrainte vaine et démesurée ? Un vrai débat peut naître de cette simple question. Débat que j'esquisse parfois en sixième, à partir de ces vers de Queneau dans "L'écolier" : "revenu dans mon école / Je mettrai l'orthographe mélancoliquement." Pourquoi mettre l'orthographe, si c'est pour éprouver tant de mélancolie ? Bon, évidemment, le roman de Keyes offre des perspectives de réflexion plus vastes, qui s'adressent à des élèves plus mûrs. 

Ce roman prend part à mes yeux à un triptyque - certes hétéroclite - autour de la question du retard mental et de l'intelligence : un écho à Des souris et des hommes de Steinbeck (même attachement au personnage, même force tragique, et en plus il y a des souris dans les deux), lui-même réécrit par Marie-Aude Murail (oui, j'avais prévenu que c'était hétéroclite) dans Simple

Triptyque retard mental

 

Idéal pour une progression de troisième, avec les nouveaux programmes. Des souris et des hommes se prête à l'objet d'étude "Agir dans la cité : individu et pouvoir". Les programmes disent en effet :  On étudie : - en lien avec la programmation annuelle en histoire (étude du XXe siècle, thème 1 « L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales »), une œuvre ou une partie significative d'une œuvre portant un regard sur l'histoire du siècle - guerres mondiales, société de l'entre-deux-guerres, régimes fascistes et totalitaires (lecture intégrale). Evidemment, cette indication de corpus oriente davantage vers des oeuvres traitant des guerres mondiales, de la guerre froide, du régime stalinien, mais ce que j'ai mis en gras concerne bel et bien le roman de Steinbeck. Comme avant la réforme, j'aime l'idée de proposer aux collégiens un lieu et une période qu'ils ne traitent pas dans leurs programmes d'histoire : la Grande Dépression aux Etats-Unis dans les années 30. Je ne souhaite donc pas me séparer de ce roman, que j'adore depuis plusieurs années

Des fleurs pour Algernon peut se proposer en lecture cursive, comme un pont entre le roman de Steinbeck et une séquence correspondant au nouvel objet d'étude (questionnement complémentaire) "Progrès et rêves scientifiques". On peut, en classe, travailler sur quelques extraits, proposer une réflexion de fond sur l'intelligence et les transformations génétiques. J'ai trouvé notamment cette séquence courte sur un site dédié à la littérature jeunesse et la pédagogie : séquence Des fleurs pour Algernon. A noter, le support n'est pas le roman mais la nouvelle, antérieure, écrite en 1959. 
Plusieurs éditeurs ou manuels ont choisi aussi d'étudier le roman en tant qu'oeuvre intégrale dans les nouveaux programmes : Le livre scolaire, Colibris de chez Hatier, une édition de Flammarion qui propose aussi un dossier pédagogique. On trouve enfin une séquence dans le n°647 de mars 2016 de la Nouvelle Revue Pédagogique (voir le sommaire ici).

Simple peut quant à lui faire l'objet d'une simple proposition aux élèves, ces fameuses "lectures plaisir" dont nous parlent les formateurs. Du plaisir, j'en ai eu, j'en parlais déjà il y a quelques années. Mais j'en ai eu tout autant avec les romans de Steinbeck et de Keyes. Ne boudez pas le vôtre ! 

Neo-défi lecture 2016-continué-en-2017 : un livre pris sur la liste d'un autre participant

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16 juillet 2013

Des souris et des hommes

Challenge Petit Bac 2013 : 1ère grille! : un animal en catégorie "Divers"


Un classique relu récemment, dans l'optique du programme de 3e. Aussitôt relu, aussitôt adopté : j'ai vraiment très envie de travailler dessus avec mes élèves. J'espère que je saurais leur transmettre ce qui fait la profondeur et la force de ce court récit poignant. 

Tout ce qui touche à la folie, à la déficience mentale ou intellectuelle, me touche, voire m'émeut profondément. Et là, avec cette économie de moyens dans l'écriture, cette construction archi-travaillée qui livre une parfaite définition du tragique, évidemment, ça fait mouche. 

Quelques dialogues ont tendance à me lasser un peu, mais d'autres sont poignants, comme celui entre Lennie et le palefrenier noir, Crooks, confrontation de deux exclus qui ne se comprennent qu'à moitié. Finalement, tout est nécessaire dans ce roman, comme dans toute bonne tragédie. Chaque détail a un sens, et je ferai mon possible pour le faire comprendre aux élèves. J'espère aussi les rendre sensibles à l'amitié atypique entre George et Lennie. 

Ma relecture terminée, j'ai immédiatement pensé à Simple, de Marie-Aude Murail. Deux hommes, liés par un attachement à toute épreuve, même si l'un, déficient intellectuel (ou "i-di-ot"), pose de sacrés problèmes d'organisation à l'autre (son jeune frère qui débute dans la vie étudiante), et l'empêche parfois de réaliser certains souhaits. Non, vraiment, beaucoup de similitudes dans la situation de départ ; mais aussi beaucoup de différences dans le traitement de cette situation. Le roman de Murail est bien sûr beaucoup plus optimiste, et peut permettre de se rafraîchir un peu après la lecture de celui de Steinbeck, dont l'atmosphère est aussi lourde que le climat californien. Les deux étant, à mes yeux, de très belles prouesses littéraires. 

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25 février 2013

Poil de Carotte

[Relecture]

C'est Vipère au poing qui m'a donné envie de relire (pour la troisième fois me semble-t-il) cet autre classique du XXe siècle français. J'y ai retrouvé le même plaisir qu'auparavant, avec certains passages qui s'écrivaient presque tout seuls dans ma tête, comme cela m'arrive parfois lorsque je me replonge dans des pages maintes fois parcourues. 

De Jules Renard, j'aime le style elliptique, fragmentaire, ou peu importe comme on le nomme, cette forme d'écriture brève qu'on retrouve également dans son Journal, que j'ai feuilleté, il y a quelques années, et dans lequel j'avais glané de nombreuses citations (l'une de mes préférées étant : "N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir". Regardez dans vos papillottes, à Noël prochain, vous l'y retrouverez peut-être !).

Ce style, il l'applique, dans Poil de Carotte, à l'histoire de ce jeune souffre-douleur - contrairement à Brasse-Bouillon dans le roman d'Hervé Bazin, Poil de Carotte est incompris de tous, et n'a pas l'instinct de révolte du héros de Vipère au poing - qui n'est autre que lui-même. Et c'est avec une ironie mordante, mais teintée d'une énorme tendresse, qui transpire dans toutes les pages, que Jules Renard tend au lecteur le portrait et les mésaventures de cet enfant naïf, sensible, mais parfois cruel à force de sensibilité : c'est ainsi qu'il fera renvoyer un surveillant de dortoir en mouchardant au directeur des embrassades prétendûment déplacées entre ce surveillant et un élève, tout simplement par jalousie de n'avoir pas été, lui, embrassé. Ce n'est qu'à la fin du roman que Poil de Carotte arrive à la même conclusion que Brasse-Bouillon avait en tête dès le début de l'histoire. Il l'énonce ainsi, avec toute cette simplicité qui le caractérise : "Mon cher papa, j'ai longtemps hésité mais il faut en finir. Je l'avoue : je n'aime plus maman." Et je me suis rendue compte que j'avais mis de côté dans ma mémoire cette évolution du personnage vers la maturité, et cette fin en demi-teinte. 

Ce que j'en avais gardé, en revanche, c'est l'humour. Certains chapitres sont tout simplement irrésistibles. J'ai gardé depuis toujours une préférence pour la correspondance entre Poil de Carotte et son père. Les deux dernières lettres du chapitre sont fort connues, mais je ne résiste pas - irrésistibles, je vous disais - au plaisir de les partager ici : 

« De M. Lepic à Poil de Carotte.
Mon cher Poil de Carotte,
Ta lettre de ce matin m’étonne fort. Je la relis vainement. Ce n’est plus ton style ordinaire et tu y parles de choses bizarres qui ne me semblent ni de ta compétence ni de la mienne.
D’habitude, tu nous racontes tes petites affaires, tu nous écris les places que tu obtiens, les qualités et les défauts que tu trouves à chaque professeur, les noms de tes nouveaux camarades, l’état de ton linge, si tu dors et si tu manges bien.
Voilà ce qui m’intéresse. Aujourd’hui, je ne comprends plus. À propos de quoi, s’il te plaît, cette sortie sur le printemps quand nous sommes en hiver ? Que veux-tu dire ? As-tu besoin d’un cache-nez ? Ta lettre n’est pas datée et on ne sait si tu l’adresses à moi ou au chien. La forme même de ton écriture me paraît modifiée, et la disposition des lignes, la quantité de majuscules me déconcertent. Bref, tu as l’air de te moquer de quelqu’un. Je suppose que c’est de toi, et je tiens à t’en faire non un crime, mais l’observation.

Réponse de Poil de Carotte.
Mon cher papa,
Un mot à la hâte pour t’expliquer ma dernière lettre. Tu ne t’es pas aperçu qu’elle était « en vers. »

Sans oublier ce conseil hautement avisé du père, en réponse à son fils qui lui demande de lui rapporter des livres lors de son voyage à Paris :  « Mon cher Poil de Carotte, Les écrivains dont tu me parles étaient des hommes comme toi et moi. Ce qu’ils ont fait, tu peux le faire. Écris des livres, tu les liras ensuite. »

Il fut bien inspiré ! 

 


 

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Vipère au poing

Un classique que je découvre et que je ne trouve pas si facile. Disons, par rapport à ce que je m'étais imaginée. Je n'en connaissais en fait que certains extraits, glanés çà et là dans certains manuels scolaires. Je les trouvais vifs, au style enlevé, de petites scènes de vie très réussies, notamment la suivante : 

    "Mme Rezeau se contint jusqu'au palier. Mais là... les pieds, les mains, les cris, tout partit à la fois. Le premier qui lui tomba sous la patte fut Cropette et, dans sa fureur, elle ne l'épargna point. Notre benjamin protestait en se couvrant la tête :
      "Mais, maman, moi, je n'y suis pour rien."
      Petit salaud qui l'appelait maman ! Folcoche le lâcha pour se ruer sur nous. Remarquez que, d'ordinaire, elle ne nous battait jamais sans nous en donner les motifs. Ce soir-là, aucune explication. Elle réglait ses comptes. Frédie se laissa faire. Il avait un chic particulier pour lasser le bourreau en s'effaçant sous les coups, en le contraignant à frapper à bout de bras. Quant à moi, pour la première fois, je me rebiffai. Folcoche reçut dans les tibias quelques répliques du talon et j'enfonçai trois fois le coude dans le sein qui ne m'avait pas nourri. Evidemment, je payai très cher ces fantaisies. Elle abandonna tout à fait mes frères, qui se réfugièrent sous une console, et me battit durant un quart d'heure, sans un mot, jusqu'à épuisement. J'étais couvert de bleus en rentrant dans ma chambre, mais je ne pleurais pas. Ah ! non. Une immense fierté me remboursait au centuple.
      Au souper, papa ne put ne pas remarquer les traces du combat. Il fronça les sourcils, devint rose... Mais sa lâcheté eut le dessus. Puisque cet enfant ne se plaignait pas, pourquoi rallumer la guerre ? Il trouva seulement le courage de me sourire. Les dents serrées, les yeux durs, je le fixai longuement dans les yeux. Ce fut lui qui baissa les paupières. Mais, quand il les releva, je lui rendis son sourire, et ses moustaches se mirent à trembler."

Cet extrait met en évidence le grand talent de Bazin pour tirer le portrait de ses personnages, en quelques lignes, quelques mots, même. Voyez les différentes expressions qu'il emploie pour désigner la mère : du froid "Mme Rezeau" à l'enfantin, mais non moins cruel, "Folcoche", sans parler de cette acerbe périphrase, "le sein qui ne m'avait pas nourri", ou de la condamnation sans appel qu'il réserve à son frère qui ose, trahison suprême, nommer cette femme "maman". Tout est dit, ainsi que l'impression qu'autour du narrateur tous se dérobent aux faits, et à la vérité. Quant à la "fierté" de l'enfant, elle se révèle, au fil des épisodes, être un désir - presque un besoin - constant de se mesurer à cette mère qu'il hait. Comme Frédie, l'aîné, répond à son frère : "Pour une fois que nous ne l'avons pas sur notre dos, fiche-nous la paix avec cette femme ! Tu gueules toujours contre elle, mais, ma parole ! on dirait que tu ne peux pas t'en passer." Et le narrateur d'écrire : "Effectivement. Jouer avec le feu, manier délicatement la vipère, n'était-ce point depuis longtemps ma joie favorite ? Folcoche m'était devenue indispensable comme la rente du mutilé qui vit de sa blessure."

J'ai l'air de m'être lancée dans une étude de texte, avec arguments et exemples, mais je voulais surtout dire que le récit du rapport entre la mère et l'enfant m'a passionnée du début à la fin, et que je l'ai découvert finalement plus subtil que ce que je croyais à la lecture de seuls extraits.

Malheureusement, j'ai découvert en même temps des passages plus retors, de nombreuses références au contexte politico-social de l'époque, qui, au lieu de m'aider à plonger dans l'univers de cette famille née d'une alliance entre deux bourgeoisies, m'ont surtout donné des complexes quant à l'étendue de ma culture historique. Je pense qu'un peu de documentation sera nécessaire avant toute relecture. 

On sort de cette lecture les yeux très secs, car on découvre un personnage au caractère aussi dur que les peines qu'on lui inflige. C'est vraiment cette dureté que j'ai retenue. J'apprends à la fin de ma lecture qu'il y a une suite, La mort du petit cheval, dans laquelle le héros peine à trouver le bonheur, même éloigné de sa mère. L'éditeur écrit : "Des années de haine ne l'ont pas préparé à l'amour et il faudra qu'il fasse son apprentissage." Or, c'est vraiment de cela qu'il s'agit : un enfant tout entier modelé par la haine, et, avant tout, par la sienne, celle qu'il a éprouvée toute sa jeunesse et qu'il recrache dans les pages de son récit, comme du venin, ciselé bien sûr par la force de l'écriture. La vipère, n'est-ce pas lui aussi ? 

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09 juillet 2012

Vendredi ou la vie sauvage

(J'ai volontairement choisi de classer ce roman dans les "classiques de la littérature française" plutôt que dans la littérature jeunesse, pour respecter les intentions mêmes de Tournier, qui dit n'avoir pas écrit cette version spécialement pour les enfants, mais uniquement pour alléger, simplifier son Vendredi ou les limbes du Pacifique.)

Un classique que je découvre tardivement. Il faut savoir que je ne suis pas très - voire pas du tout - romans d'aventure, récits de voyage, pirateries et autres robinsonnades. Dans un livre, les passages qui m'ennuient le plus sont les passages où il y a "de l'action". En cela, je diffère beaucoup de mes élèves ! (Je me souviens par exemple de cet élève de 4e, cette année, qui, après la lecture de la fin de Dracula, passage où les héros affrontent le vampire dans un combat sanglant, me dit : "Eh, m'dame, pourquoi c'est seulement à la fin que y'a des passages bien dans ce livre ?!" Je n'ai pas osé lui répondre que j'avais failli ne pas leur faire étudier la fin tellement elle m'avait ennuyée...)

Mais l'aventure est au programme des 5e, et les 5e sont au programme de ma future année scolaire. Et Vendredi est disponible en série au CDI, ce qui m'évitera de le faire acheter aux élèves. Allons-y donc pour Vendredi

J'en retiens un livre plus didactique qu'aventurier. Peu d'action, finalement, mais des faits orientés clairement (pour moi, du moins... pour mes élèves, ce sera peut-être moins clair !) vers une réflexion sur la civilisation et la barbarie. Mais j'ai été frappée par le peu de paroles échangées, un sentiment de solitude qui s'étend jusqu'au lecteur. D'un autre côté, le temps s'écoule vite, bien trop vite pour que l'on ait le temps de s'imprégner des difficultés et des souffrances de Robinson. 

Je sors donc de cette lecture légèrement perplexe. Peut-être la version originale, "pour adultes", me laisserait-elle moins sur ma faim ? Ou peut-être ne suis-je définitivement pas faite pour ce genre de lectures. A creuser... mais plus tard ! J'ai d'autres livres sur le feu, à commenter ou à lire. 

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09 octobre 2011

La chute

"La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur."

Les mots de l'époque : 

Deux adjectifs me viennent à l'esprit pour parler de ce livre : riche et prenant. Riche parce qu'on y trouve des confessions, des récits anecdotiques, de l'humour, de la poésie (l'écriture de Camus, le poète, fait merveille dans ses descriptions d'Amsterdam), et une très grande réflexion philosophique, éthique et spirituelle. Théologien de la mort de Dieu, observateur très lucide de la nature, Camus est en outre un conteur au grand art. Le personnage se dévoile avec subtilité, jamais le texte ne se fait manichéen - bien au contraire, il nous pousse à l'indulgence éclairée. On se prend même à s'attacher au personnage, tout en gardant une certaine réserve. Malgré quelques passages un peu longs, je considère ce récit comme indispensable. 

Les mots de maintenant : 

Encore une fois, je souris en me relisant : "riche et prenant", ouah, dis donc, le top du top de l'originalité pour une critique de livre, fallait bien attendre la fin de la phrase pour les lâcher, ceux-là !

Bon, plus sérieusement. J'ai créé une catégorie qui est évidemment contestable (mais le temps des dissertations "Qu'est-ce qu'un classique ?" est à présent derrière moi, on ne va donc pas ergoter là-dessus), et qui me posera sans doute problème pour certains titres que je ne saurais où classer. Ce qui est assez drôle, c'est que, dans mon carnet, La chute est le seul classique ; il aurait pu y avoir L'arrache-coeur (Vian), et Mademoiselle Else (Schnitzler, pour la littérature étrangère), mais ces deux titres sont restés à l'état d'ébauche, je n'ai pas voulu, ou pas pu, en écrire une critique. Comme si j'avais éprouvé une sorte de répugnance, ou de gêne, ou je ne sais quoi d'autre, à donner mon avis sur ces oeuvres tellement commentées. Alors, pourquoi l'ai-je fait sur Camus ? Peut-être parce que l'oeuvre m'a vraiment marquée (pourtant, je n'en ai qu'un souvenir assez vague aujourd'hui), peut-être aussi parce qu'à l'époque, ça "faisait bien", pour moi, d'avoir fait la critique d'"un Camus"...

De lui, j'ai aimé aussi Les justes (que j'ai relu, d'ailleurs, et que j'aimerais relire aujourd'hui), je n'ai pas été spécialement emportée ni marquée par L'étranger, et je n'ai pas aimé La Peste, dont j'ai trouvé le style très plat. 

Juste un morceau choisi, pas spécialement représentatif de l'ouvrage, mais que j'aime beaucoup : 

"La Hollande est un songe, monsieur, un songe d'or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme ceux-ci, filant rêveusement sur leurs noires bicyclettes à hauts guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve, dans tout le pays, autour des mers, le long des canaux. Ils rêvent, la tête dans leurs nuées cuivrées, ils roulent en rond, ils prient, somnambules, dans l'encens doré de la brume, ils ne sont pas là."

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